Revue de l'Entrepreneuriat : Définition et Enjeux dans le Secteur Culturel et Créatif

Depuis une vingtaine d’années, l’intérêt porté par les pouvoirs publics, les acteurs socio-économiques mais également le monde académique au secteur créatif et culturel s’est particulièrement développé en Europe.

Concernant les acteurs politiques et socioéconomiques, l’attention nouvelle portée à la culture est à relier à sa contribution à la dynamique économique mise en évidence par de nombreux rapports, à la fois en termes de contribution directe à la croissance économique (emplois, valeur ajoutée) mais aussi indirecte en termes de ‘spillovers’ et contribution indirecte à l’innovation dans l’ensemble de l’économie.

De nombreuses collectivités territoriales ont alors cherché à asseoir leur développement économique sur le secteur culturel et créatif et/ou sur la « classe créative ». Elles ont misé sur la mise en œuvre de politiques supposées rendre leur territoire plus attractif, de stratégies territoriales fondées sur la culture ou ont également soutenu le développement de clusters et de quartiers créatifs, souvent en combinant des politiques économiques, culturelles et de développement urbain.

Les spécificités de l’entrepreneuriat créatif

Le Rapprochement Culture-Économie

En France, la commande du rapport sur l’apport de la culture à l’économie de la France par l’Inspection Générale des Finances et l’Inspection Générale des Affaires Culturelles témoigne de ce rapprochement entre culture et économie, jusqu’il y a peu encore impossible. Ce rapprochement s’inscrit dans un double tournant culturel.

Le premier mouvement d’économicisation de la culture donne à voir les implications économiques des politiques culturelles en termes d’effet de levier, de création d’emplois ou encore de revenus directs et indirects. Le second mouvement de culturalisation de l’économie s’inscrit dans l’économie de la connaissance. L’économie culturelle et créative y désigne l’ensemble des activités ayant recours à la propriété intellectuelle et orientées vers l’exploitation marchande de la création artistique, esthétique et sémiotique. Dans ce contexte, les définitions du secteur culturel et créatif se redessinent au travers de sa capacité à se positionner comme un secteur économique à part entière et de son impact positif sur l’économie et l’emploi.

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Selon l’Union Européenne, les industries créatives appelées aussi « industries culturelles » sont « des industries qui trouvent leur origine dans la créativité, les compétences et le talent d’une personne et qui ont un fort potentiel de croissance et d’emploi à travers la production et l’exploitation de la propriété intellectuelle ».

Elles recouvrent des réalités socio-économiques très hétérogènes plus ou moins étendues selon les définitions (cinéma et audiovisuel, édition et presse, musique, arts du spectacle, patrimoine artistique et monumental et également jeux électroniques, design, architecture, mode,…), avec une forte prépondérance de travailleurs indépendants et de petites et moyennes entreprises.

Secteur culturel et créatif

Développement de l'Entrepreneuriat Culturel et Créatif

Le développement de la notion d’« entrepreneuriat culturel et créatif » durant les dix dernières années s’inscrit dans cette redéfinition. Les Nations Unis défendent l’émergence d’un nouveau paradigme dans lequel l’entrepreneuriat, la créativité et l’innovation sont les principaux moteurs de l’économie mondiale. L’intérêt porté à l’activité créative comme ferment de nouvelles dynamiques entrepreneuriales s’est affirmé, à la fois pour mieux comprendre les effets de la créativité sur l’entrepreneuriat et l’innovation, mais aussi pour favoriser les conditions sociales, culturelles, géographiques de son développement (interactions, mise en réseau, ‘spillover’…).

D’un point de vue académique, la parution en 2000 de l’ouvrage de Richard Caves sur les industries créatives constitue une étape importante, à partir de laquelle les chercheurs en sciences humaines et sociales vont s’intéresser aux problématiques des industries créatives et de l’entrepreneuriat culturel dans une perspective plus théorique.

En Angleterre, certains auteurs et institutions ont par exemple commencé à s’intéresser à la manière de promouvoir les compétences entrepreneuriales dans le secteur culturel et créatif au sein des cursus universitaires ou autres à partir du milieu des années 2000.

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Cependant, les apports scientifiques notamment menés par des chercheurs en entrepreneuriat et plus largement en sciences humaines et sociales sont encore limités. Il existe aussi peu de recueils offrant des perspectives comparatives, tenant compte de l’influence des contextes culturels, sociaux, économiques et politiques sur les dynamiques entrepreneuriales dans le secteur culturel et créatif.

Par exemple, la définition proposée dans le rapport Hearn « Sur le développement de l’entrepreneuriat dans le secteur culturel en France » (2014) montre le chemin encore à parcourir et encourage à se tourner vers la communauté scientifique pour éclairer ce champ d’étude. L’entrepreneuriat dans le secteur culturel serait donc « d’abord statutaire, avant de se définir par domaine, par filière (musique, spectacle vivant, art contemporain notamment) ou par seule posture entrepreneuriale ».

Entrepreneuriat culturel

Ainsi, en France, environ un tiers des établissements culturels sont des structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) et la culture est l’un des tout premiers secteurs de l’ESS. Reconnaître et mieux comprendre l’articulation des objectifs économiques, sociaux et culturels inhérent au secteur culturel et créatif a été mis de l’avant par plusieurs auteurs. De plus, si le secteur culturel compte des acteurs industriels, il repose également sur des travailleurs indépendants (free-lance, artistes, auto-entrepreneurs…) et sur des configurations organisationnelles réinventées, dans lesquelles les acteurs créatifs collaborant en mode projet, sont impliqués dans des réseaux d’échange très interconnectés, fondés sur toutes les formes de proximité, à l’échelle de métropoles urbaines, de quartiers spécifiques ou encore de clusters dédiés.

Dans ce cadre, se saisir de la dimension entrepreneuriale de l’activité artistique ainsi que des caractéristiques créatives de l’activité entrepreneuriale, rapprocher l’artiste de l’entrepreneur pour mieux aborder la fonction entrepreneuriale, explorer les travaux d’économistes et de sociologues (comme Schumpeter ou Weber) pour éclairer conceptuellement l’entrepreneuriat culturel et créatif, sont autant de perspectives intéressantes pour progresser dans la caractérisation de l’entrepreneuriat culturel et créatif.

Notre compréhension du phénomène entrepreneurial doit également passer par l’observation et la compréhension des pratiques individuelles et sociales des entrepreneurs culturels, dans une perspective pragmatique; le pragmatisme (Dewey) constituant, selon Joas (2004), une voie féconde à une compréhension de l’agir humain axée sur la dimension créative. D’autres travaux récents, consacrés à ouvrir de nouvelles perspectives pour une épistémologie de l’action, nous invitent à examiner les représentations et dispositifs de l’action repérés dans l’entrepreneuriat culturel et créatif.

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Le secteur créatif et culturel, lieu privilégié d’expérimentation et de dynamiques entrepreneuriales variées individuelles ou collectives (mutualisation, groupement d’employeurs, collectif d’artistes, mode projet…), offre des terrains particulièrement propices pour penser l’émergence de l’action collective et repérer une « révision inventive » de modèles collectifs de l’action ainsi que pour questionner les objets, pratiques et dispositifs de gestion (modèles d’activité, modes de financement, pratiques de management de projet…).

Aussi beaucoup de choses restent à clarifier et étudier au sujet de l’entrepreneuriat culturel et créatif qui nécessite une théorisation solide et des travaux empiriques que ce soit au niveau de sa caractérisation, de son processus ou de sa rationalisation. De plus reconnaitre sa diversité à travers les différents contextes européens nous semble important.

Axes Problématiques de l'Entrepreneuriat Culturel et Créatif

Les contributions s’attachant à asseoir des définitions de l’entrepreneuriat culturel et créatif et une meilleure compréhension de l’entrepreneur culturel sur des fondements théoriques ou ancrées dans les pratiques sont attendues. Elles pourront répondre à tout ou partie des questions suivantes :

  • Quels sont les contours de l’entrepreneuriat culturel et créatif ?
  • Quelles en sont les formes et les modalités concrètes ?
  • Quels sont ses rapports à l’entrepreneuriat social, à l’entrepreneuriat en économie sociale et solidaire ?
  • Quels éclairages conceptuels et théoriques sont proposés par les sciences humaines et sociales sur ces questions ?
  • Quelles sont les relations entre identités artistiques et entrepreneuriales ?
  • Quelles peuvent être les motivations et les tensions qui traversent l’« artiste-entreprise » qui doit gérer la mise en synergie des deux dynamiques, artistiques et économiques, de production de ses œuvres ?
  • Quelles sont les figures de l’artiste entrepreneur ou de l’entrepreneur culturel ?
  • Quels éclairages apportent le fait de voir l’artiste comme un « entrepreneur » ou au contraire l’entrepreneur comme un artiste ?

Dynamiques entrepreneuriales / processus entrepreneuriaux dans le secteur culturel et créatif

Les recherches s’attachant à décrire et analyser les processus d’émergence dans le secteur créatif et culturel et créatif sont attendues.

  • Quels sont les modes spécifiques des artistes et travailleurs créatifs pour identifier, explorer et exploiter des opportunités ?
  • Quelles sont les particularités des processus d’émergence, bricolage, effectuation dans les industries culturelles et créatives ?
  • Entre émergence spontanée et démarche structurée, quels sont les processus entrepreneuriaux individuels et collectifs observables dans le secteur culturel et créatif ?
  • Quelles connaissances peut-on tirer de l’analyse des processus d’expérimentation à l’œuvre dans ces secteurs ?
  • Quelles sont les pratiques des entrepreneurs culturels et créatifs ?
  • Quels sont les acteurs parties prenantes des dynamiques entrepreneuriales culturelles et créatives (rôle des pouvoirs publics, des collectifs, des intermédiaires, des structures d’accompagnement à la création…) ?
  • Quels sont les rôles des réseaux sociaux ou encore de l’espace physique dans ces dynamiques ?
  • Observe-t-on de nouvelles dynamiques avec le développement de tiers lieux, d’espaces de co-working voire de structures d’accompagnement dédié à l’entrepreneuriat culturel et créatif ?
  • Existe-t-il des dynamiques nouvelles d’innovation, des pratiques de coopération originales ?

Groupes de Recherche et Thématiques

Le groupe Entrepreneuriat et PME réunit des enseignants-chercheurs de différentes disciplines comme l’entrepreneuriat, le management public, la stratégie, la GRH et le management. Le point de focalisation est l’entrepreneuriat pris au sens large du terme, au-delà de la seule création d’entreprise.

Entrepreneurial Support Lab est un groupe déjà identifié dans le cadre du Labex Entreprendre.

La première est centrée sur l’accompagnement entrepreneurial réalisé par les structures d’accompagnement au sens large du terme. L’objectif est de travailler sur les évolutions de business models et les nouvelles formes d’accompagnement. Les incubateurs (définition anglo-saxone du terme) sont devenus des entreprises comme les autres. Entre coopération et compétition, leurs stratégies se renouvellent sans cesse et remettent en cause leur business model. De nouveaux outils sont à inventer pour maintenir un niveau de performance élevé dans un écosystème renouvelé par l’arrivée de nouveaux acteurs privés.

La seconde thématique se concentre sur les écosystèmes entrepreneuriaux et la poursuite d’opportunités. La poursuite d’opportunité dépend en partie de la nature des écosystèmes entrepreneuriaux qui offrent des conditions plus ou moins propices. Ce programme s’intéresse à l’émergence et au développement des écosystèmes entrepreneuriaux. De nombreux acteurs développent des initiatives pour favoriser la dynamique d’innovation et d’entrepreneuriat et donnent ainsi naissance à des micro-écosystèmes. L’enjeu est de mieux comprendre les stratégies écosystémiques mises en œuvre par ces acteurs.

Ce programme porte également sur la poursuite d’opportunité dans différents contextes comme les collectivités territoriales, l’internationalisation des éco-PME, la transmission d’entreprise ou encore la pauvreté.

Le deuxième axe est intitulé développement durable et santé.

  • La première est centrée sur les études de la santé au travail des dirigeants et de ses conséquences managériales et entrepreneuriales.
  • La deuxième thématique porte sur la RSE et le développement durable en PME.

Enfin, le troisième axe de recherche, Entrepreneuriat et l’Innovation est fondé sur les recherches autour des nouveaux comportements entrepreneuriaux : types d’entrepreneurs et d’innovations, contextes entrepreneuriaux, comportements individuels et collectifs.

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