Procédure de redressement judiciaire expliquée

Lorsqu’une entreprise est en cessation de paiement, elle peut ouvrir une procédure de redressement judiciaire. Elle permet à l'entreprise en difficulté de poursuivre l'exploitation de son activité, sous contrôle judiciaire, tout en lui permettant de rembourser ses dettes et de maintenir ses emplois. Zoom sur cette procédure.

Qu’est‑ce qu’un redressement judiciaire ?

Le redressement judiciaire est une procédure collective prévue aux articles L631-1 et suivants du Code du commerce. Elle s'applique à toute entreprise (commerciale, artisanale, agricole, libérale) qui se trouve en état de cessation de paiement, c'est‑à‑dire dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible, mais dont la situation n'est pas irrémédiablement compromise. Contrairement à la liquidation judiciaire, le redressement judiciaire a pour objectif la poursuite de l'activité de l'entreprise, le maintien des emplois et l'apurement du passif.

L'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire doit réunir les deux conditions suivantes : l'existence d'une situation de cessation de paiement et la perspective d'un redressement possible analysée par le tribunal compétent. L’état de cessation de paiement est un critère déterminant de l'ouverture du redressement judiciaire. L’entreprise doit être dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible à l'aide de son actif disponible, sans que sa situation soit sans issue. Les difficultés doivent donc être passagères.

Qui peut demander l’ouverture et quel tribunal est compétent ?

La demande d'ouverture peut être formulée par trois acteurs distincts : le débiteur lui‑même, qui a l'obligation légale de déclarer l'état de cessation de paiement dans les 45 jours suivant sa survenance ; un créancier ; ou le procureur de la République. Le chef d'entreprise doit demander l'ouverture de la procédure de redressement judiciaire au plus tard dans les 45 jours qui suivent la cessation des paiements.

Le Tribunal de commerce est compétent lorsque l'entreprise concernée exerce une activité commerciale ou artisanale, et le tribunal judiciaire l’est dans les autres cas. Le tribunal territorialement compétent est celui dans le ressort géographique duquel est situé le principal établissement ou le siège social de la société. Le tribunal compétent dépend de la nature de l'activité et du lieu d'exercice.

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Conditions et pièces à joindre à la demande

La demande d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire doit être déposée au greffe du tribunal compétent et doit exposer les difficultés rencontrées par le débiteur et les raisons pour lesquelles il n'est pas en mesure de les surmonter. Elle doit être accompagnée, en plus des comptes annuels du dernier exercice, de différentes pièces.

  • Numéro unique d'identification de l'entreprise.
  • État du passif exigible et de l'actif disponible (complété par la liste des créances dont le paiement est poursuivi sur le patrimoine en cause) et déclaration de cessation des paiements.
  • Nombre de salariés employés à la date de la demande (nom, adresse etc.) et le montant du chiffre d'affaires à la date de clôture du dernier exercice comptable.
  • État actif et passif des sûretés et engagement hors bilan.
  • Inventaire sommaire des biens, droits et obligations de l'entreprise (en distinguant ceux relevant du patrimoine professionnel et ceux relevant du patrimoine personnel).
  • Comptes annuels du dernier exercice.
  • Situation de trésorerie datant de moins d'un mois (liste des créances et dettes).
  • Attestation sur l'honneur certifiant l'absence de désignation d'un mandataire ad hoc ou l'ouverture d'une conciliation dans les 18 mois précédant la demande.

L’ensemble de ces pièces doivent être datées, signées et certifiées sincères et véritables par le débiteur. S’il ne peut pas fournir ces documents et qu’il ne justifie pas cet empêchement, le tribunal pourrait déclarer la demande irrecevable.

Le jugement d’ouverture : effets et mentions

Le tribunal ne peut prononcer l'ouverture d'un redressement judiciaire qu'après avoir vérifié sa compétence, le respect des conditions de fond et de forme, et après avoir entendu le débiteur, ainsi que toute personne dont l'audition peut être utile. Avant de rendre sa décision, le tribunal peut compléter son information par une enquête.

Le jugement d'ouverture de la procédure de redressement judiciaire comporte plusieurs renseignements : il détermine provisoirement la date de cessation des paiements, il détermine la durée de la période d'observation et désigne les organes de la procédure (juge‑commissaire, administrateur judiciaire, mandataire judiciaire, représentant des salariés et experts). À la date de cessation des paiements débute la période dite suspecte. Durant cette période, certains actes sont nuls de plein droit, ou susceptibles d'être annulés.

Le jugement est exécutoire de plein droit, avant même l'expiration du délai pour exercer une voie de recours. Toutefois, cette exécution peut être suspendue s'il y a appel. Le débiteur reçoit communication du jugement par le greffier dans les 8 jours suivant le prononcé. Copie en est transmise par le greffier à l'administrateur et aux mandataires judiciaires, au procureur de la République et au trésorier‑payeur général du département dans lequel est situé le siège ou l'établissement principal du débiteur.

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Le jugement fait l'objet, dans les 15 jours suivant sa date, d'une mention au registre ou répertoire où est inscrit le débiteur. Le jugement fait également l'objet de publicités par l'insertion d'un avis au Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales et dans un journal habilité à recevoir des annonces légales.

La période d’observation : durée et objectifs

Le jugement d'ouverture fait débuter la période d'observation et en définit la durée. Sa durée initiale est de six mois maximum, renouvelable une fois pour la même durée maximale, sur décision du tribunal. Elle peut être encore prolongée de six mois maximum à la demande du ministère public. La période d'observation peut donc durer jusqu'à 18 mois.

Cette période permet de faire un diagnostic de la situation et d'établir un bilan du patrimoine, des revenus et des dettes pour déterminer les mesures qui permettront de poursuivre l'activité. L'administrateur judiciaire, avec l'aide de l'entreprise en difficulté, élabore le projet de plan de redressement.

Au plus tard dans les deux mois du début de la période d'observation, le tribunal doit confirmer sa poursuite s'il juge que l'entreprise dispose de capacités de financement suffisantes. La période d'observation peut être interrompue à tout moment par la conversion du redressement en liquidation judiciaire, l'adoption d'un plan de redressement, ou la disparition des difficultés si le débiteur dispose des sommes suffisantes pour désintéresser les créanciers et s'acquitter des frais de procédure.

Les organes de la procédure et leurs rôles

Le jugement désigne les différents intervenants à la procédure : juge‑commissaire, mandataire judiciaire, administrateur judiciaire, représentants des salariés et éventuellement un commissaire‑priseur ou des experts. Le mandataire judiciaire représente la collectivité des créanciers et agit au nom et dans l'intérêt de ceux‑ci. L'administrateur judiciaire est chargé d'assister l'entrepreneur ou d'assurer seul, entièrement ou en partie, l'administration de l'entreprise en fonction de la mission que le tribunal lui a confiée. Il établit un bilan économique et social de l'entreprise. La désignation d'un administrateur judiciaire est obligatoire lorsque l'entreprise a plus de 20 salariés et un chiffre d'affaires hors taxes supérieur à 3 000 000 €.

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Le juge‑commissaire est chargé de veiller au bon déroulement de la procédure et peut autoriser l'accomplissement de certains actes par le débiteur lorsque le sauvetage de l'entreprise l'exige. Le mandataire judiciaire et l'administrateur judiciaire sont rémunérés par l'entreprise. Cette rémunération est fixée par un arrêté pour chacune de leurs missions et dépend du nombre de salariés et du chiffre d'affaires de l'entreprise.

Pouvoirs du dirigeant pendant la procédure

Pendant la période d'observation, le dirigeant continue d'exercer sur son patrimoine les actes de disposition et d'administration, et les droits et actions ne relevant pas de la mission confiée à l'administrateur. Sous certaines réserves, le débiteur conserve la gestion courante de l'entreprise. Le débiteur a désormais la possibilité de proposer le nom d'un administrateur judiciaire à la désignation du tribunal.

Le dirigeant reste à la tête de l’entreprise et n’est pas dessaisi de ses fonctions, sauf si l’administrateur judiciaire se voit attribuer une mission de gérance. Sa rémunération est maintenue, mais l'administrateur judiciaire peut demander au juge‑commissaire de la modifier. Il ne peut plus modifier son patrimoine professionnel si cela entraîne une diminution de l'actif professionnel.

Protection des actifs et gel du passif

Les droits et biens de l'entreprise font l'objet de mesures conservatoires : l'établissement de l'inventaire dès le prononcé du jugement d'ouverture et l'accomplissement, par le dirigeant ou l'administrateur, de tous les actes nécessaires à la conservation des droits de l'entreprise. L'inventaire est réalisé par un commissaire‑priseur, un huissier, un notaire, ou un courtier en marchandises assermenté. Il est déposé au greffe du tribunal.

L'ouverture de la période d'observation a pour effet d'interdire le paiement de la plupart des créances dues par le débiteur et de suspendre toute instance en cours tendant au paiement d'une somme d'argent. Les créances postérieures au jugement d'ouverture, régulières et utiles, sont payées à leur échéance. Le jugement d'ouverture maintient la date d'exigibilité des créances non échues à la date de son prononcé et arrête le cours des intérêts légaux ou conventionnels.

Contrats en cours et poursuite de l’activité

Pour les contrats en cours au jour du prononcé du jugement d'ouverture, cette décision ne provoque pas leur résiliation. L'administrateur judiciaire, s'il a été désigné, ou bien le débiteur sur avis du mandataire judiciaire, peut choisir, en exerçant son droit d'option, d'exiger ou non la poursuite de contrat. L'administrateur a seul la faculté de se prononcer sur la poursuite ou non des contrats en cours.

Le bail commercial obéit à un régime particulier : le bailleur ne pourra agir en résiliation du bail pour non‑paiement de loyers et charges postérieurs à l'ouverture de la procédure qu'à l'issue d'un délai de 3 mois suivant le jugement d'ouverture. Les contrats de travail se poursuivent normalement.

Le bilan économique et social et la préparation du plan

Le bilan économique et social est élaboré par l'administrateur judiciaire avec l'assistance du débiteur au début de la période d'observation et analyse l'origine, la nature, et l'ampleur des difficultés de l'entreprise. Il doit être communiqué avant l'expiration de la période d'observation notamment au débiteur, au mandataire judiciaire, aux instances représentatives du personnel et à l'inspecteur du travail. À défaut d'administrateur, le bilan n'est pas exigé.

Sur la base du bilan économique et social, l'administrateur élabore avec le débiteur le plan de redressement. Le projet de plan comporte les perspectives de redressement ; les modalités de règlement du passif et les garanties éventuelles ; le niveau et les perspectives d'emploi, ainsi que les conditions sociales envisagées pour la poursuite de l'activité. Le projet recense, annexe et analyse les offres d'acquisition, portant sur une ou plusieurs branches d'activité, par des tiers.

Adoption et contenu du plan de redressement

Le tribunal n'arrête un plan de redressement que s'il considère que l'entreprise peut être sauvée. Il ne le fait qu'après convocation du débiteur, du conseil social et économique, et information du ministère public, de l'administrateur, du mandataire judiciaire, et au vu du bilan économique et social. Il recueille également l'avis du ministère public.

Le plan adopté par le tribunal doit impérativement préciser : la désignation des personnes tenues de l'exécuter ; l'exposé et les justifications du niveau et des perspectives de l'emploi et des conditions sociales envisagées pour la poursuite de l'activité ; la durée du plan et la nomination d'un commissaire à l'exécution du plan ; la prise d'acte des délais et remises acceptés par les créanciers antérieurs ; l'éventuelle homologation des accords de conversion des créances en capital par les créanciers concernés. Le plan peut prévoir la conversion de créances en titres de capital ou la cession d'activités.

Exécution du plan et clôture de la procédure

Après le dépôt au greffe du compte‑rendu de fin de mission de l'administrateur ou du mandataire judiciaire, et l'approbation de ce document par le juge‑commissaire, la clôture du redressement est prononcée par ordonnance du président du tribunal, non susceptible de recours. Le commissaire à l'exécution du plan établit un rapport annuel sur l'exécution des engagements du débiteur, qu'il dépose au greffe et communique au ministère public, et tient à la disposition de tous les créanciers.

Le tribunal constate l'achèvement de l'exécution du plan au vu d'un rapport établi par le commissaire à l'exécution du plan. Le plan peut être modifié par le tribunal à la demande du débiteur et sur rapport du commissaire à l'exécution du plan.

Issues possibles et conséquences

L'issue de la période d'observation comprend plusieurs options : l'adoption d'un plan de redressement (continuation ou cession), la conversion en liquidation judiciaire si le redressement s'avère impossible, ou, dans les cas favorables, une clôture pour extinction du passif. Le plan de redressement peut avoir une durée maximale de 10 ans pour l'apurement du passif.

La procédure de redressement judiciaire poursuit trois objectifs : assurer la pérennité de l'entreprise, sauvegarder l'emploi et apurer le passif. La satisfaction des créanciers est donc reléguée en troisième position, derrière les préoccupations sociales. Si le redressement est manifestement impossible, le tribunal judiciaire prononcera directement une liquidation judiciaire.

Conséquences pour les créanciers

Pour un créancier professionnel, l'ouverture d'une procédure collective chez un client constitue un événement à gérer avec précision. La première obligation est la déclaration de créance auprès du mandataire judiciaire, dans un délai impératif de deux mois à compter de la publication du jugement d'ouverture au BODACC (quatre mois pour les créanciers établis hors de France métropolitaine). Ce délai est un délai de forclusion : son non‑respect entraîne l'extinction définitive du droit à être remboursé dans le cadre de la procédure.

Une fois déclarées, les créances sont examinées par le mandataire judiciaire et le juge‑commissaire. Les créanciers antérieurs sont traités selon un ordre de priorité strict : les créances superprivilégiées (salaires), les frais de justice, les créances nées régulièrement après le jugement d'ouverture, puis les créances antérieures chirographaires. Les créanciers munis de garanties réelles (gage, nantissement, hypothèque) bénéficient d'une position plus favorable.

Alternatives à envisager avant le redressement judiciaire

Avant d’envisager une procédure de redressement judiciaire, il est crucial d’explorer toutes les options possibles. La procédure de conciliation et le mandat ad hoc sont deux options à envisager. Elles permettent de négocier avec les créanciers et de trouver des solutions sur mesure. La procédure de sauvegarde est une autre option intéressante pour les entreprises qui rencontrent des difficultés mais ne sont pas encore en état de cessation des paiements.

Le mandat ad hoc est la solution la plus souple, puisqu’un mandataire désigné par le tribunal accompagne le dirigeant dans la négociation avec ses principaux créanciers, sans publicité et sans contrainte de délai. La conciliation, procédure confidentielle d'une durée maximale de cinq mois, permet de négocier un accord homologué par le tribunal, offrant aux créanciers signataires un privilège de conciliation.

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Financer l'activité pendant le redressement

L'accès au financement est l'un des défis majeurs d'une entreprise en redressement judiciaire. Les établissements de crédit traditionnels sont généralement réticents à accorder de nouvelles lignes, mais des solutions existent : financement par des tiers, vente d'actifs non stratégiques, ou avances garanties (par exemple AGS pour les salaires). Des actifs peuvent être exceptionnellement vendus pour assurer le financement de l'entreprise. Leur prix de vente est versé soit directement à l'entreprise pour sa trésorerie, soit consigné.

Bons réflexes et recommandations

  • Réagir rapidement : la réactivité est la clé, le chef d'entreprise doit demander l'ouverture au plus tard dans les 45 jours suivant la cessation des paiements.
  • Documenter soigneusement : réunir toutes les pièces justificatives et tenir à jour la trésorerie et les comptes.
  • Consulter des spécialistes : avocat, administrateur judiciaire, mandataire ad hoc ou conciliateur.
  • Communiquer avec les salariés et les partenaires : une communication transparente permet de préserver la confiance.
  • Envisager les alternatives préventives : mandat ad hoc, conciliation, procédure de sauvegarde.
Phase Durée légale Objectif
Période d'observation 6 mois (renouvelable, jusqu'à 18 mois) Diagnostic, bilan économique et social, préparation du plan
Plan de redressement Jusqu'à 10 ans pour l'apurement Apurement du passif, maintien ou cession de l'activité
Clôture Après exécution du plan Fin de la procédure

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