Taxonomie Verte Européenne : Définition et Enjeux

Dans le contexte de la finance durable, la taxonomie verte européenne s'impose comme l'un des leviers principaux pour atteindre les objectifs climatiques de l'Union Européenne. Conformément aux Accords de Paris sur le climat, le Pacte vert européen (Green Deal) a fixé comme objectif à l'UE d’atteindre la neutralité carbone en 2050. De son côté, le paquet « Fit for 55 » ambitionne de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’UE de 55 % dès 2030.

Mais comment la taxonomie verte peut-elle être définie ? Qui est concerné ?

Définition de la Taxonomie Verte Européenne

La taxonomie verte européenne, instaurée par le règlement européen éponyme, est un système de classification permettant de déterminer si une activité économique peut être considérée comme « durable sur le plan environnemental » (ou « verte »). Concrètement, la taxonomie verte est une méthode de classification des activités économiques selon une méthode scientifique. Elle doit à terme permettre d’identifier les investissements dits durables sur le plan environnemental et donc contribuer à la définition d'un investissement durable.

La taxonomie permet de mesurer la part « verte » des activités d’une entreprise ou d’un produit financier (portefeuille ou fonds d’investissement, notamment). Son but est de permettre de comparer la contribution de différents acteurs économiques et produits financiers à la transition écologique afin d’orienter les décisions d’investissement. Elle favorisera la transparence des marchés, ce qui est indispensable pour le développement de la finance verte - notamment des obligations vertes - et de la finance durable au sens large.

Elle s’accompagne d’autres réglementations parmi lesquelles nous retrouvons la NFRD, remplacée à partir du 1er janvier 2024 par la CSRD, pour les reportings extra-financiers des entreprises, et la SFDR qui s’adresse aux acteurs financiers afin d’apporter davantage de transparence aux mécanismes d’investissement.

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Le règlement taxonomie, quant à lui, est transverse dans le sens où il s’adresse à l’ensemble des acteurs et vise à développer un langage commun et harmoniser les informations sur la durabilité des activités des entreprises de l’UE.

Cette classification standardisée qu’est la taxonomie vise à évaluer la durabilité de 90 activités économiques, dites « éligibles », représentant 93% des émissions de l’UE.

Taxonomie Verte : Les 6 objectifs environnementaux

Certaines activités sont classées dans une catégorie dite « de transition ». Leur impact carbone est important, mais elles ne disposent pas, à l’heure actuelle, d’alternatives bas carbone viables sur le plan technologique et économique.

Rappelons que les activités non incluses dans la taxonomie ne sont pas nécessairement « non durables » : elles peuvent ne pas avoir été, pour l’instant, analysées ou ne pas apporter de contribution substantielle à l’objectif visé.

Les Objectifs de la Taxonomie Verte

Comprendre la taxonomie européenne en 10 shots - Shot 1

Le déploiement de la taxonomie a plusieurs objectifs. Comme nous l’avons indiqué précédemment, elle s’inscrit dans l’objectif de neutralité climatique des pays européens à l’horizon 2050. Pour cela, l’UE compte notamment s’appuyer sur les investissements privés en sus des fonds européens mobilisés dans cette transition écologique.

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C’est dans ce cadre qu’intervient la taxonomie verte. Elle doit créer un cadre favorable aux investissements verts en permettant, au moyen d’une grille de lecture commune, d’identifier les activités qui contribuent au développement d'une économie durable.

Le premier objectif est donc d’harmoniser l’ensemble des critères et informations qui permettront de définir une activité durable afin que les entreprises, investisseurs et institutions financières aient une vision claire et partagée de ce qui signifie le terme durable.

Le second objectif, le plus important, est de permettre, grâce à cette nomenclature, de réorienter les flux financiers vers ces activités durables et ainsi de financer la transition écologique de l’économie européenne.

Enfin, le dernier objectif est évidemment d’empêcher tout greenwashing. En définissant concrètement ce qu’est une activité durable, le Parlement européen fixe un cadre strict à ce que l’on peut considérer comme durable ou non, empêchant de facto toute dérive ou abus de la part des entreprises souhaitant se forger une meilleure réputation à moindres frais auprès des investisseurs, des institutions et/ou du grand public.

Comment fonctionne la taxonomie européenne ?

La taxonomie verte européenne est une nomenclature qui doit permettre, en fonction de l’activité économique d’une entreprise, de déterminer si celle-ci est “verte”. Pour cela, l’UE a défini 6 objectifs environnementaux auxquels ces activités doivent répondre.

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Toutes les activités ne sont pas incluses dans le règlement taxonomie. Certaines n’ont en effet aucun impact, voire un impact négatif, sur les objectifs climatiques de la TVE et n’ont donc pas vocation à intégrer ce référentiel. D’autres sont encore en cours d’examen et intégreront la taxonomie au fur et à mesure.

Une analyse d’éligibilité est obligatoire depuis 2022 pour les entreprises soumises au reporting extra-financier, soit 50 000 d’entre elles dès la mise en application de la directive européenne CSRD.

Il s’agit alors de mettre en parallèle les activités incluses dans la taxonomie avec l’activité de l’entreprise ainsi que de comptabiliser les dépenses d’exploitation (OpeX) et investissements (CapEx) dédiés au développement de cette activité dans la part des dépenses globales de l’organisation.

Quels sont les objectifs environnementaux de la taxonomie européenne ?

Pour qu’une activité soit considérée comme durable au sens de la taxonomie européenne, elle doit contribuer de manière substantielle à moins l’un de ces 6 objectifs environnementaux :

  • l’atténuation du changement climatique
  • l'adaptation au changement climatique
  • l'utilisation durable et la protection des ressources aquatiques et maritimes,
  • la transition vers une économie circulaire
  • la prévention et le contrôle de la pollution
  • la protection et la restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Ces objectifs visent donc une grande variété de sujets comme la transition énergétique, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la protection du vivant, le traitement des déchets...

Pour qu’une activité soit éligible, elle doit également respecter 2 autres conditions.

Selon le principe du Do No Significant Harm (DNSH), elle ne doit pas porter atteinte à l’un des objectifs de la taxonomie.

Enfin, elle doit respecter des standards minimaux de protection des droits sociaux et humains (Droits de l’Homme, conventions de l’OIT…).

Les 3 niveaux d’activité

Ce classement s’accompagne d’une catégorisation supplémentaire des activités selon leur niveau d’implication dans l’atteinte de ces objectifs climatiques. Nous y trouverons 3 niveaux :

  • Les entreprises qui contribuent de manière concrète et significative aux objectifs de la taxonomie et donc à la transition environnementale (parc éolien, société de recyclage…)
  • Les activités habilitantes qui permettent à d’autres activités de contribuer aux objectifs environnementaux de la taxonomie (bornes de rechargement des véhicules électriques…)
  • Les activités transitoires pour lesquelles il n’existe pas à l’heure actuelle d'alternatives bas carbone mais qui s’inscrivent tout de même dans une trajectoire de réduction de l’impact environnemental. C’est notamment le cas, depuis peu et sous conditions, pour les activités liées à la production d’énergie via le gaz et le nucléaire.

Qui est soumis à la taxonomie verte européenne ?

Comme nous le disions en introduction de cet article, le champ d' application du règlement taxonomie est vaste dans le sens où celui-ci s’adresse à l’ensemble des acteurs de l’économie : entreprises non financières, entreprises financières et enfin, Etats et institutions.

Les entreprises non financières

L’ensemble des entreprises soumises aux reporting extra-financier dans le cadre de la CSRD (et auparavant de la NFRD) seront dans l’obligation de suivre une démarche en 3 temps permettant d’acter de la durabilité ou non de leurs activités au sens de la taxonomie européenne.

  • Analyse d’éligibilité : les entreprises devront réaliser une analyse d’éligibilité afin de déterminer si leurs activités peuvent être qualifiées de durables selon la liste établie par la taxonomie.
  • Analyse d’alignement : elles devront dans un second temps réaliser une analyse d’alignement permettant de s’assurer que leurs activités éligibles répondent aux 3 exigences de la taxonomie (contribution à l’un des objectifs environnementaux, DNSH, respect des droits sociaux et humains).
  • Analyse de contribution : enfin, au moyen d’indicateurs financiers (ICP) les entreprises devront déterminer quelle part de leur chiffre d'affaires représente les activités alignées et quelles sont les dépenses d’exploitation (OpEX) et d’investissement (CapEx) dédiées à ces activités.

Ces analyses et données seront intégrées au reporting extra financier que l’entreprise doit publier chaque année dans le cadre de la CSRD. Elles permettront aux investisseurs et parties prenantes d’avoir une idée précise de la part que représentent les activités durables dans l’activité globale de l’entreprise.

Les entreprises financières

Depuis 2021, les acteurs financiers européens sont soumis à la réglementation SFDR (fonds d' investissement, gestionnaires d'actifs, société de conseil en investissement...). L’objectif de cet règlement européen est d’accroître la transparence des investissements financiers. Il contraint les acteurs des marchés financiers et les conseillers financiers à publier des informations quant à la durabilité des produits d’investissement qu’ils gèrent ou dans lesquels ils investissent.

Cette réglementation les contraint à également à appliquer le principe de double-matérialité aux produits financiers en fournissant une analyse de l'impact potentiel des changements climatiques et sociaux sur la rentabilité future des produits. Dans ce cadre, les produits financiers sont classés en 3 catégories selon leur niveau de durabilité :

  • fonds article 6 : sans objectif de durabilité
  • fonds article 8 : fonds à objectif de durabilité. Ils intègrent des critères ESG dans leur stratégie d’investissement, sans règle contraignante ou investissent dans des activités encore non classifiées dans la taxonomie mais à vocation de durabilité.
  • fonds article 9 : fonds durables. Ils contribuent de manière substantielle aux objectifs environnementaux de la taxonomie.

La taxonomie européenne, visant à réorienter les investissements privés vers les activités durables, renforce ce processus. Pour qu’un investissement soit considéré comme durable (fonds article 9), il doit donc financer à 100% des activités dites durables selon la définition de la taxonomie.

Pour davantage de transparence, les acteurs financiers sont donc également dans l’obligation d’indiquer quelle part du portefeuille d’actifs participe d’investissements durables et quelle est la contribution de ces investissements aux objectifs climatiques définis par cette nomenclature.

Les Etats membres de l’Union européenne

L’UE et ses États membres devront s’appuyer sur la taxonomie afin d’établir des mesures publiques, normes et labels concernant les produits financiers verts et obligations vertes. Une fois de plus, l’objectif est d’harmoniser la définition de ce qui est durable pour réorienter les investissements et éviter le greenwashing.

Ce travail d’harmonisation a déjà commencé avec la norme européenne sur les obligations vertes (EuGBS) actuellement discutée au sein des institutions européennes. Cette norme a pour objectif de réguler l’appellation d’obligation verte (green bonds). Les émetteurs d’obligations devront donc se plier à une liste d’exigences et s’aligner sur les objectifs fixés par la taxonomie européenne pour pouvoir commercialiser leurs obligations sous le titre “d'obligations vertes”.

Quel est le calendrier d’application de la taxonomie européenne ?

La taxonomie européenne a été mise en place de manière progressive en suivant les différents objectifs constituant le référentiel.

Les modalités de mise en œuvre des deux premiers objectifs liés au changement climatique sont applicables depuis le 1er janvier 2022. Ils contiennent une première liste des activités considérées comme éligibles ainsi que les critères d’examen techniques (CET) permettant de réaliser l’analyse d’alignement, obligatoire pour les entreprises soumises à la NFRD puis à la CSRD.

Les modalités de mise en application des 4 autres objectifs de la taxonomie sont entrés en vigueur au 1er janvier 2023.

Dès 2022, les entreprises de plus de 500 employés, soumises à la NFRD ont dû réaliser et publier leur analyse d’éligibilité et leurs ICP sur l'exercice 2021, concernant les deux premiers objectifs de la taxonomie. Elles ont publié en 2023 leur analyse d’alignement sur ces deux objectifs.

Calendrier d'application de la taxonomie européenne

A partir de 2025, elles devront intégrer les analyses d’éligibilité et d’alignement sur les l’ensemble des objectifs de la taxonomie, concernant l’exercice 2024 et les suivants.

D’abord applicable aux entreprises soumises à la NFRD, cette obligation de reporting va s’étendre à l’ensemble des entreprises nouvellement soumises à la CSRD au fur et à mesure de sa mise en application.

Pour résumer :

  • 2022 : obligation de publication des analyses d’éligibilité et des ICPs sur l’exercice 2021 pour les entreprises européennes de plus de 500 salariés à propos des deux premiers objectifs de la taxonomie.
  • 2023 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2022 à propos des deux premiers objectifs de la taxonomie.
  • 2024 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2023 à propos des deux premiers objectifs de la taxonomie.
  • 2025 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2024 sur l’ensemble des objectifs de la taxonomie.
  • 2026 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2025 pour les grandes entreprises cochant au moins à deux des critères suivants :
    • 40M de CA
    • 20M de bilan
    • 250 salariés ou plus
  • 2027 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2026 pour les PME cotées en bourse
  • 2028 : obligation de publication des analyses d’éligibilité, d’alignement et des ICPs sur l’exercice 2027 pour les entreprises non européennes qui génèrent plus de 150 millions d'euros de CA net dans l'Union européenne via une filiale ou une succursale localisée au sein de l’UE.

Les entreprises financières doivent également depuis le 1er janvier 2023 publier les informations concernant la part de leur portefeuille d’actifs alignée avec la taxonomie.

C’est également la date à laquelle la taxonomie a commencé à servir de référentiel d’analyse pour les différents produits financiers et leur classement en article 6, 8 ou 9, raison pour laquelle de nombreux produits financiers se sont vus reclassés d’article 9 à article 8 en fin d’année 2022.

Quel avenir pour la taxonomie européenne ?

La taxonomie est vouée à évoluer et à s’étendre en fonction des évolutions technologiques et de l’intégration de nouvelles activités. Cartographier l’ensemble des activités d’une économie est un travail dantesque qui va prendre plusieurs années mais permettra à terme d’avoir un outil efficace de classification, commun à l’ensemble des pays membres de l’UE.

Le système de classification est par ailleurs souvent débattu. Ce fut notamment le cas lors de l’intégration du nucléaire et du gaz dans le référentiel, certains pays ayant une vision fondamentalement différente du niveau de contribution de ces sources d’énergie à l’atteinte des objectifs climatiques.

La Commission européenne prévoit également une évolution régulière des CET (critères d’examen techniques) permettant de mesurer la contribution d’une activité aux objectifs de la taxonomie. En effet, les progrès technologiques et évolutions économiques auront forcément un impact sur les modes de classification.

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