détails affaire BR Sarl Gabon
L'affaire BR Sarl, ce vaste scandale financier qui a ruiné des milliers d'épargnants gabonais, a refait surface au tribunal de commerce de Libreville.
Présentée comme un établissement de microfinance et exerçant cette activité de collecte d’épargne auprès de tiers depuis 3 ans, l’entreprise gabonaise Bâtisseur de richesse Sarl (BR Sarl) a périclité. La faillite de cette entreprise met à nu une fraude à grande échelle doublée d’un vaste scandale financier au sein duquel environ 10 000 personnes ont perdu la totalité de leur épargne.
43% de rendement garanti en 3 mois, telle était la promesse de BR Sarl. 43% de rendement en 3 mois ou 20% d’intérêts mensuels sur les dépôts collectés selon les offres, BR Sarl attirait sa clientèle en affichant une rémunération des dépôts très largement au-dessus de la moyenne du marché pour nourrir son système de fraude.
La fraude pyramidale développée par BR Sarl a consisté à rémunérer les dépôts des premiers épargnants directement à partir des dépôts des épargnants suivants. Il semble cependant qu’en 2015 l’activité de BR Sarl a commencé à se tasser. Le flux de dépôts des nouveaux entrants ne permettait plus d’assurer la rémunération des premiers clients, eux-mêmes beaucoup plus nombreux. L’escroquerie montée par BR Sarl a donc été confronté à un assèchement progressif de liquidités qui a eu pour effet de faire s’écrouler le système et accessoirement conduire le principal dirigeant à prendre la fuite.
La décision judiciaire d'hier est une énième rebuffade qui vient conforter le sentiment d'une sorte de délaissement dans laquelle elles sont plongées durablement. L'irrecevabilité d'hier, quels qu'en soient les motifs, est venue encore doucher les prétentions pécuniaires de ces 18 000 personnes flouées, plus qu'au bord de la crise des nerfs.
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En l'absence des responsables de la structure frauduleuse, en fuite depuis des années, les avocats des victimes ont changé de cible : ils pointent désormais la responsabilité des banques partenaires (UBA, Ecobank, Orabank), accusées de négligence coupable pour ne pas avoir dénoncé ces flux suspects. "Le fondement de notre action réside dans le fait que les banques étaient en relation d’affaires avec BR Sarl et n’ont pas dénoncé ses pratiques frauduleuses", a plaidé Me Francis Nkéa Ndzigue.
Selon lui, ces établissements bancaires, parfaitement au courant des activités illicites de cette institution financière illégale, n’ont pas alerté l’Agence nationale d'investigations financières (Anif), permettant ainsi à l’escroquerie de prospérer. "BR Sarl n’était même pas légalement constituée, pourtant les banques lui ont ouvert des comptes. Les épargnants, eux, ne pouvaient pas savoir qu’ils étaient victimes d’une escroquerie", a-t-il insisté.
Déjà, après cinq années d'une éprouvante attente, ces clients grugés avaient multiplié des initiatives dont celle de se saisir de la trêve sociale envisagée par le gouvernement pour tenter d'obtenir satisfaction, en espérant faire pression sur celui-ci. C'était en 2020. Il s'agissait de subordonner leur accord de la trêve au règlement de leur situation. À ce moment-là, l'on parlait du "remboursement des victimes avant la trêve sociale".
En octobre 2024, le Tribunal de commerce avait accepté d'ouvrir ce dossier, ce qui a redonné du baume au coeur de la troupe désemparée. Et c'est ce mauvais coton que filent, depuis, les victimes de la microfinance BR Sarl.
Dithyrambiques, les professions de foi des responsables de BR Sarl ont aguiché des milliers de personnes qui, aujourd'hui, vivent sous un ciel d'airain. Dans cette affaire, il faut dire que "les fruits n'ont pas tenu la promesse des fleurs".
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Les publicités de BR Sarl ont été assidument relayées pendant des mois à travers les médias du pays. Bien pensée, la communication multicanal de BR Sarl intégrait aussi bien des spots radios et télés ainsi qu’une communication via le web. La récurrence de ces publicités dans les principaux médias du pays fait que les autorités ne peuvent se cacher derrière la méconnaisse de cette société.
Dans un communiqué daté du 13 octobre 2015, BR Sarl annonçait à sa clientèle la fermeture de ses agences sur l’ensemble du territoire de la République gabonaise au motif qu’elle faisait face à des dysfonctionnements et qu’elle rencontrait des difficultés avec ses partenaires financiers.
La procédure judiciaire a connu de nombreuses péripéties. L’illusion "des portes s'ouvrant puis se refermant sans dénouement" se renforce chaque jour. L’affaire BR SARL, structure de microfinance opérant sans agrément de la BEAC depuis 2015, demeure ainsi un test majeur pour la crédibilité du système financier et judiciaire.
Dix ans après l’escroquerie qui aurait lésé près de 18 000 épargnants pour un préjudice estimé à 75 milliards FCFA, le Tribunal de commerce de Libreville a rejeté, le 24 février 2026, l’action engagée par le Congrès des agents publics (CAP) contre Orabank, Ecobank et UBA Gabon. L’audience s’est tenue devant une salle comble, marquée par la présence de nombreux investisseurs floués.
Le CAP avait assigné en 2024 trois établissements bancaires, leur reprochant un manquement aux obligations de vigilance et de conformité KYC (Know Your Customer). Le tribunal a d’abord examiné une exception d’incompétence soulevée par une des banques défenderesses, avant de rejeter une demande de sursis à statuer au motif qu’une information judiciaire serait pendante.
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Le président du CAP, Emmanuel Mve Mba, a tenu à relativiser la portée du jugement. « Le tribunal s’est prononcé sur trois éléments, essentiellement sur la forme. Loin d’acter une défaite, le CAP envisage désormais les suites à donner à cette décision, notamment l’opportunité d’un appel. »
Mûs par la volonté d'obtenir gain de cause, ils ont, à travers leur conseil, engagé une procédure contre les trois établissements bancaires (UBA, Orabank et Ecobank en opération avec BR Sarl), au motif du "manquement à leur obligation de vigilance en matière de conformité KYC, mécanisme de rigueur bancaire". Cette initiative ne prospérera point, une banque défenderesse ayant débouté CAP pour "défaut de qualité à agir".
Il faut louer leur détermination. L'illusion "des portes s'ouvrant puis se refermant sans dénouement" se renforce chaque jour. La décision judiciaire d'hier ne les rend pas plus optimistes. Un camouflet, un de plus, pour réaliser à quel point l'issue judiciaire de ce dossier ne se profile pas à l'horizon. L'incertitude sur l'avenir judiciaire du dossier BR Sarl semble se corser. Les victimes de cette structure de microfinance n'en ont pas encore fini de scruter un horizon de plus en plus évanescent.
Affaire Br.Sarl : les épargnants face aux banques au tribunal du commerce
Cadre réglementaire et responsabilités
L’exercice de l’activité d’établissement de microfinance au Gabon est encadrée par le règlement N°01/02/CEMAC/UMAC/COBAC. Sur le fondement des dispositions de l’article 43 de ce règlement « … nul ne peut administrer, diriger ou gérer un établissement … s’il a fait l’objet d’une condamnation pour crime, abus de confiance … ». Or nous constatons que le promoteur de BR Sarl M. De fait cette condamnation le disqualifie pour exercer une quelconque fonction de management dans le milieu bancaire et financier.
Si l’on se réfère au communiqué du ministère gabonais de l’économie, l'instruction des demandes d’agréments des établissements de microfinance qui lui incombe se déroule dans le cadre du conseil national du crédit présidé par le Ministre de l’économie. L’instruction de la demande d’agrément d’établissement de microfinance tient compte de l’avis technique de la COBAC en qualité de régulateur.
Dans un communiqué daté du 17 novembre 2015 par lequel il souhaitait se dédouaner de toute responsabilité dans l’affaire BR Sarl, le ministère gabonais de l’économie par le biais du Directeur général de l’économie et de la politique fiscale indiquait « ni […] BR Sarl, ni ses dirigeants n’ont obtenu des agréments délivrés par le Ministre de l’Economie. »
- Soit une demande d’agrément a été déposée par BR Sarl et le ministère de l’économie (et la COBAC) a conclu à un refus en raison de la fragilité du dossier et des antécédents judiciaires évidents du promoteur, auquel cas BR Sarl aurait bravé la décision des autorités. Dans un cas comme dans l’autre, les dispositions réglementaires sont claires. En effet l’article 58 du règlement N°01/02/CEMAC/UMAC/COBAC donne pouvoir à la COBAC d’agir si une personne agissant pour son compte ou pour le compte d’une personne morale exerçait l’activité d’établissement de microfinance en l’absence d’agrément.
Dès lors on peut s’interroger : Pourquoi ni le ministère de l’économie, ni la COBAC, ne sont intervenus pour mettre un terme à l’activité de BS Sarl ? Plusieurs agents de l’Etat avaient domicilié leur salaire chez BS Sarl via ses banques partenaires.
Conséquences humaines et financières
Les victimes de cette microfinance vivent aujourd'hui sous un ciel d'airain. Ces 18 000 personnes flouées, plus qu'au bord de la crise des nerfs, ont vu leurs prétentions pécuniaires rejetées à nouveau par le tribunal. Le système a ainsi duré 3 ans, sans que les épargnants peu habitués aux techniques financières ne s’aperçoivent de rien.
| Élément | Données rapportées |
|---|---|
| Nombre d'épargnants lésés (estimé) | ≈ 10 000 - 18 000 |
| Préjudice estimé | ≈ 75 milliards FCFA |
| Période d'opération | ≈ 3 ans (jusqu'en 2015) |
| Promesse de rendement | 43% en 3 mois / 20% mensuel selon offres |
| Bancs partenaires cités | UBA, Orabank, Ecobank |
Voies de recours et enjeux futurs
Le CAP envisage désormais les suites à donner à cette décision, notamment l'opportunité d'un appel. Cette nouvelle étape intervient après la condamnation solidaire de BR SARL, de l’État gabonais et de la COBA par la Cour de justice de la CEEAC en juillet 2025.
Les avocats des victimes ont engagé des actions judiciaires contre les banques partenaires en reprochant un manquement aux obligations de vigilance et de conformité KYC. Une banque défenderesse a toutefois débouté CAP pour "défaut de qualité à agir", illustrant la difficulté à faire prospérer certaines démarches judiciaires.
L’affaire BR Sarl demeure ainsi un test majeur pour la crédibilité du système financier et judiciaire, interrogeant la réactivité des autorités de contrôle et la responsabilité des établissements bancaires dans la détection et la dénonciation des pratiques frauduleuses.
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