Amélie Verdier : Un Parcours Exceptionnel à la Tête de la Direction Générale des Finances Publiques

Amélie Verdier a été nommée à la tête de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP), marquant une étape historique en tant que première femme à occuper ce poste prestigieux à Bercy. Le nouveau visage des impôts est connu. Cette haute fonctionnaire de 46 ans, énarque, succède à Jérôme Fournel, devenu directeur de cabinet du ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, à l’occasion du remaniement ministériel en janvier. Le temps de trouver un successeur, Antoine Magnant, le directeur général adjoint, avait assuré le poste de DG par intérim.

La nomination d’Amélie Verdier n’a étonné personne dans le microcosme de la haute fonction publique. Pour beaucoup, c’était même la “candidate naturelle”. Et pour cause, la nouvelle directrice générale, connue pour son énergie et son franc‑parler, justifie d’un C.-V. à la hauteur du poste. Et cette férue de sport et de littérature, qui vient au bureau en vélo, a aussi su gagner le respect de ses pairs, au fil du temps.

La DGFIP est chargée notamment du recouvrement des impôts et dépend du ministère de l’Economie et des Finances. Pour autant, elle n’avait encore jamais travaillé à la DGFIP et rejoint donc, pour la première fois une direction forte d’environ 93 000 ETPT**, répartis entre le siège et les services déconcentrés. Les uns saluent sa “loyauté“, les autres son “courage” ou sa “créativité”. “C’est quelqu’un de très véloce intellectuellement, explique un de ses ex‑collaborateurs.

Rencontre avec Amélie Verdier, directrice générale des Finances publiques

Un CV Riche et Varié

Revenons sur le C.-V. de la nouvelle “DGFIP”. À Bercy d’abord, où Amélie Verdier a passé près de quinze ans. Diplômée d’une licence d’histoire à l’Université Panthéon-Sorbonne et de Sciences Po, Amélie Verdier a côtoyé sur les bancs de l’Ecole nationale d’administration (ENA), au sein de la promotion Léopold-Sédar-Senghor, plusieurs personnalités du monde politique, à l’ascension parfois fulgurante, dont le président de la République Emmanuel Macron. Elle y a débuté sa carrière en 2004, à sa sortie de l’ENA et de la promotion Léopold Sédar Senghor - où elle rencontre son mari, Jérémie Pellet, et côtoie Emmanuel Macron.

Amélie Verdier fait ensuite rapidement ses armes à la direction du budget - la DB pour les intimes - à partir de 2007. Cela d’abord en tant que cheffe de bureau, puis comme sous‑directrice, à une époque où le monde est secoué par la crise de 2008. Dans cette direction où elle‑même estime avoir “beaucoup appris”, et où elle ne laisse “que des bons souvenirs” à Philippe Josse, le directeur du budget qui l’avait recrutée, Amélie Verdier reste d’abord jusqu’en 2012. Puis elle reviendt, cinq ans plus tard lorsque le gouvernement lui propose d’en devenir la patronne. En 2017 donc, Amélie Verdier se retrouve à la tête de la DB, au même étage que son actuel bureau à la DGFIP. “Encore un poste que j’ai adoré, sourit‑elle. Il y a plein de dossiers de l’époque que je retrouve aujourd’hui.“

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Elle planche alors sur des sujets tels que le système Chorus, ou la gestion pluriannuelle des dépenses, et doit composer avec la baisse du nombre de conseillers en cabinets ministériels. Résultat : “Il y avait beaucoup de choses qui auparavant étaient gérées par les cabinets, que nous devions désormais prendre en charge.” Elle y vit aussi les débuts du Covid : “Quand j’étais sous directrice, nous avions déjà eu à faire des lois de finances en urgence, se souvient‑elle. Mais là, nous avons fait encore mieux : des lois de finances à distance et en télétravail.

Infographie sur la relance économique en France

Expériences en Cabinet et dans le Secteur de la Santé

Autre expérience marquante à Bercy, celle de son passage en cabinets. De 2012 à 2014, sous la présidence de François Hollande, elle est directrice de cabinet du ministre délégué chargé du Budget, Jérôme Cahuzac (PS) puis, après la chute de celui-ci dans une affaire de fraude fiscale, de Bernard Cazeneuve. “Je n’ai jamais autant qu’à cette période‑là appliqué la devise nietzschéenne : ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. On se le disait d’ailleurs régulièrement avec l’équipe”, se remémore la haute fonctionnaire. “Une période dure, et intense”, pour la jeune mère de famille qu’elle était alors, mais qui a pu compter sur les membres de son cabinet, où tous se sont serré les coudes.

Lors du départ de Jérôme Cahuzac, Amélie Verdier est reconduite aux côtés de son successeur, Bernard Cazeneuve, pendant près d’un an, puis rejoint le monde de la santé et l’Assistance publique‑Hôpitaux de Paris. Amélie Verdier est recrutée en 2014 comme secrétaire générale de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, aux côtés de Martin Hirsch, qui fut lui Haut secrétaire aux solidarités actives contre la pauvreté au sein du gouvernement de François Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Le directeur général de de l’époque, Martin Hirsch - qui ne tarit pas, lui non plus, d’éloges sur son ex‑recrue -, l’embauche pour être sa collaboratrice, puis la secrétaire générale de l’établissement.

De ce “milieu très attachant”, et où elle “n’exclut pas de revenir un jour”, Amélie Verdier garde de bons souvenirs : “C’était l’époque où nous avons remis à plat l’organisation du temps de travail et ouvert les accords des 35 heures. J’ai beaucoup appris auprès de Martin Hirsch en matière de négociation sociale. Cette première expérience lui donnera envie plus tard de revenir dans le monde de la santé.

Direction de l'ARS Île-de-France

Elle devient alors directrice générale de l’ARS francilienne en 2021, en remplacement d’Aurélien Rousseau. Elle se souvient : “À Bercy, on gérait les conséquences de la crise. On a d’ailleurs mené beaucoup d’actions. Mais à l’ARS, c’était vraiment la guerre contre l’épidémie.” Lorsqu’elle arrive, “l’urgence, alors, c’était la vaccination”. S’ensuivra aussi le scandale Orpéa, la variole du singe, la crise des ressources humaines… Résultat : Amélie Verdier a passé la moitié de son mandat à faire de la gestion de crise.

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Elle retient néanmoins une action qui l’a marquée : le lancement d’un plan de rattrapage de solutions pour les personnes en situation de handicap, alors que l’Île‑de‑France est en retard sur la question.

Les Défis et Objectifs à la DGFIP

Maintenant à la tête de la DGFIP depuis bientôt trois mois, Amélie Verdier compte capitaliser sur son expérience pour mener à bien sa mission. En termes d’objectifs : “J’arrive dans une administration qui a déjà une feuille de route très complète, à savoir un cadre d’objectifs et de moyens, adopté il y a un an”, il s’agira donc de le mettre en œuvre, explique‑t‑elle. Et côté management des équipes, celle qui se voit ”plutôt comme une cheffe d’orchestre”, et non comme ”un général face à son armée”, ne compte pas les “abreuver d’instructions toute la journée”.

Infographie sur les impôts locaux en France

De nombreux travaux attendent désormais Amélie Verdier, notamment à l’heure de la dématérialisation. Tout le monde garde en mémoire les difficultés rencontrées par les usagers lors de la déclaration des biens immobiliers en 2023, à la suite de la suppression de la taxe d’habitation. Parmi les autres dossiers, la DGFIP acte bientôt également le déploiement d’une nouvelle géographie concernant ses implantations sur le territoire.

Amélie Verdier souhaite également poursuivre le dialogue social. “C’est un point auquel je tiens beaucoup, souligne‑t‑elle. Les organisations syndicales attendent des preuves, je compte leur en donner dans la durée !“ Une chose est sûre, c’est que cette dernière a déjà laissé une certaine impression aux syndicats : “L’avantage qu’elle a, c’est qu’elle dit les choses et ne tourne pas autour du pot, estime par exemple Olivier Villois (CGT Finances publiques). Mais on sent bien qu’elle a une feuille de route gouvernementale et qu’elle est dans cette droite ligne.

Réformes et Modernisation de la DGFIP

Le nombre de communes où la DGFiP est présente devait ainsi passer de 1.977 en 2019 à plus de 2.570 fin 2023, soit une augmentation de plus de 30%. L’objectif a été dépassé puisque, dès fin 2022, 2.975 communes étaient déjà concernées, et quelque 3.000 fin 2023. Ces points de proximité sont implantés dans les espaces France services (2.601 en novembre 2023) et dans les mairies avec environ 400 permanences. En outre, les usagers peuvent désormais régler leurs impôts chez 15.043 buralistes.

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Outre ce nouveau réseau, la DGFIP doit également mettre en place différentes réformes annoncées par le président comme la révision du barème de l’impôt sur le revenu. Une réforme mis en avant par Antoine Magnant, le directeur par intérim de la DGFIP, lors d’un entretien accordé à La Tribune.

Récapitulatif du parcours d'Amélie Verdier
Période Poste
2004 Inspection Générale des Finances
2007-2012 Cheffe du bureau de la politique budgétaire puis sous-directrice chargée de la synthèse budgétaire à la direction du Budget
2012-2014 Directrice de cabinet de Jérôme Cahuzac puis de Bernard Cazeneuve, ministres délégués chargés du Budget, directrice de cabinet adjointe de Pierre Moscovici
2014-2016 Secrétaire générale de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris
2017 Directrice du budget
2021 Directrice générale de l’agence régionale de santé Île-de-France
Aujourd'hui Directrice générale des Finances Publiques

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