Histoire et conséquences de l'apartheid en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud occupe une place singulière dans l’histoire moderne, conjuguant un passé marqué par la colonisation européenne, la ségrégation raciale officielle appelée apartheid, et une transition démocratique emblématique incarnée par Nelson Mandela. Si l’on résume souvent l’histoire sud-africaine aux notions d’apartheid et de Mandela, il est primordial de comprendre la profondeur historique de ce régime et ses lourdes conséquences sur la société sud-africaine.

L'origine et la mise en place de l'apartheid

Le terme « apartheid » vient de l'afrikaans et signifie « séparation » ou « à part ». Il est employé pour la première fois en 1917, avant même l’établissement officiel de la politique en 1948. L'apartheid est une politique de développement séparé des populations en fonction de critères ethniques et linguistiques, imposée de manière légale par le Parti national sud-africain dirigé par Daniel Malan à partir de 1948.

Cette politique ségrégationniste trouve ses racines dans la colonisation de l’Afrique du Sud par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales dès 1652, et s’est développée au fil des siècles. Elle répond également à « l'anxiété historique des Afrikaners obsédés par leur peur d'être engloutis par la masse des peuples noirs environnants ». L’apartheid officialise des discriminations qui existaient déjà sous forme empirique, comme les lois sur les laissez-passer (Pass-laws), la domination des Blancs (« baasskap ») et les restrictions selon la couleur (« colour bar »).

Une différence essentielle est établie entre deux formes d’apartheid :

  • Le « petit apartheid », qui limite les contacts entre Blancs et non-Blancs dans la vie quotidienne, notamment dans les transports publics ou lieux publics.
  • Le « grand apartheid », qui organise une séparation territoriale stricte, culminant avec le déplacement forcé des Noirs dans des bantoustans créés en fonction de leur origine tribale. Ces bantoustans étaient censés devenir des « pays indépendants », isolant les populations noires dans des zones rurales et pauvres.

Classification raciale et règles de ségrégation

La population sud-africaine est divisée en quatre grandes catégories officielles : les Blancs, les Indiens, les Métis (Coloureds) et les Noirs (Bantous). Les Blancs - descendants des colons néerlandais, français, allemands, et britanniques - occupent les villes et bénéficient des privilèges politiques et économiques. Les Indiens sont les descendants des travailleurs recrutés dans les régions de Madras et Calcutta pour les plantations de canne à sucre. Les Métis sont issus de mélanges interraciaux entre Européens et populations indigènes, tandis que les Noirs représentent la majorité mais vivent souvent dans des zones rurales ou des townships pauvres, soumis à d'importantes restrictions de droits.

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Les mariages et relations sexuelles entre Blancs et non-Blancs sont interdits. Les populations noires sont exclues du droit de vote, du droit de grève, ainsi que de la création de syndicats et de partis politiques les représentant.

Le régime de l'apartheid face à l'opposition et à la contestation

La violence et la ségrégation imposées durant l’apartheid ont engendré une opposition croissante, notamment incarnée par le Congrès national africain (ANC). Fondé en 1912, l’ANC s’est transformé à partir de 1944 avec des militants comme Nelson Mandela, Walter Sisulu et Oliver Tambo, qui créent une branche armée, Umkhonto We Sizwe (« la lance de la nation »), en 1961 pour combattre le régime par la lutte armée.

Une date clé dans la contestation de l’apartheid est le massacre de Sharpeville en 1960. Des milliers de manifestants noirs décident de désobéir aux lois de passage en se rendant sans leurs pièces d’identité aux commissariats pour provoquer leur arrestation massive. La police tire sur la foule, tuant 69 personnes, dont 29 enfants, un événement qui fait basculer la lutte anti-apartheid dans une phase encore plus radicale.

En 1962, Nelson Mandela est arrêté puis condamné à la réclusion à perpétuité en 1964. Il passera vingt-sept ans en prison sur l'île de Robben Island, devenant un symbole mondial du combat contre l’apartheid.

Parallèlement, l’Afrique du Sud est de plus en plus isolée internationalement. Le pays est exclu de nombreuses organisations mondiales, et subit dans les années 1970-1980 des sanctions économiques et un embargo sur les ventes d’armes, notamment après les émeutes de Soweto en 1976 et devant la pression du Conseil de Sécurité des Nations unies.

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La fin du régime d'apartheid et les négociations démocratiques

Arrivé à la présidence en 1989, Frederik De Klerk annonce une série de réformes majeures. En février 1990, il lève l’interdiction des partis politiques noirs tels que l’ANC, le PAC et l’AZAPO, ainsi que celle du parti communiste. Il libère Nelson Mandela le 11 février 1990.

Mort de Frederik de Klerk, le président sud-africain qui mit fin à l'apartheid

Les lois principales de l’apartheid, notamment le Group Areas Act et le Population Registration Act, sont abolies en juin 1991. Les négociations entre le gouvernement et les forces anti-apartheid s’engagent rapidement, aboutissant à une Constitution intérimaire.

Le 27 avril 1994 se tiennent les premières élections multiraciales en Afrique du Sud. L’ANC gagne, et Nelson Mandela devient le premier président noir du pays. Cet événement symbolise l'état de grâce et le début officiel de la Rainbow Nation, une société démocratique voulue unie dans sa diversité.

Les difficultés persistantes post-apartheid

Malgré l’abolition officielle du régime, de nombreux défis demeurent. Les inégalités économiques restent marquées, particulièrement entre Blancs et Noirs. Le chômage, la pauvreté, et la criminalité affectent gravement la minorité noire et métisse. La dégradation de la situation économique dans les années 1980, liée à la tertiarisation et au déclin industriel, a laissé des traces profondes.

Les tensions internes entre factions noires opposées, notamment entre l’ANC et le parti zoulou Inkatha Freedom Party (IFP), continuent aussi de provoquer des violences, comme le massacre de Boipatong en 1992 où 45 personnes sont tuées.

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Les mauvaises conditions d’éducation des enfants noirs, la persistance des discriminations à l’emploi et la difficulté d’accès aux opportunités économiques expliquent en partie ces tensions.

Les racines idéologiques et culturelles de l'apartheid

L'apartheid s’appuie sur une idéologie complexe, avec des racines historiques, culturelles et religieuses. Les Afrikaners, descendants des colons européens, ont développé un fort sentiment nationaliste, marqué par une identité linguistique (afrikaans) et une interprétation calviniste de la prédestination, qui légitimait une hiérarchie des peuples. Ce mouvement est renforcé par des historiens et pasteurs comme Stephanus Jacobus du Toit à la fin du XIXe siècle et par des récits légendaires comme le Grand Trek, qui fonde mythologiquement la nation afrikaner.

Cette idéologie a été aussi influencée par des idées d'Europe, y compris certains aspects du darwinisme social et des doctrines coloniales. Elle fut aussi un moyen pour les Afrikaners de protéger leurs intérêts de classe et d’assurer leur survie face aux évolutions démographiques en Afrique du Sud.

Le régime d'apartheid a donc été autant un instrument politique et économique qu'un projet identitaire, traduit juridiquement par un arsenal de lois raciales propres à maintenir la domination blanche et à contrôler les populations noires et métisses.

Un système d’oppression internationalement reconnu comme un crime

La notion de « crime d'apartheid » a été définie par l’Assemblée générale des Nations unies en 1973 comme un crime contre l’humanité, caractérisé par des actes inhumains d’oppression systématique et de domination d’un groupe ethnique sur un autre. Cette qualification a renforcé la pression internationale pour la fin de ce régime.

Perspectives actuelles

L’Afrique du Sud moderne est une démocratie qui tente de surmonter les séquelles de l’apartheid. Malgré les progrès institutionnels, la lutte contre la pauvreté, les inégalités sociales, le chômage et la criminalité demeure une priorité. La mémoire de ce régime demeure un moteur pour les politiques sociales et réconciliatrices. Nelson Mandela incarne toujours l’espoir et la résilience dans ce processus de reconstruction.

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