Impact du Brexit sur les relations entre le Royaume-Uni et l'Afrique

Le référendum du 23 juin qui décida du Brexit a posé une question fondamentale sur l’avenir du Royaume-Uni et sa place au sein de l’Union européenne. Alors que les partisans du « leave » plaident que l’Union européenne s’est beaucoup transformée au cours des ans, les partisans du « remain » soutiennent que l’Union européenne présente plusieurs avantages, notamment en ce qui concerne l’influence globale et la sécurité. Le départ du Royaume-Uni - communément appelé le Brexit - pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’économie mondiale et provoquer des répercussions multiples dans les relations entre la Grande-Bretagne et l’Afrique.

Un des plus grands impacts du Brexit sur l’Afrique serait, sans doute, la fin de « l’extériorité britannique » - c’est-à-dire l’intérêt du pays envers les problèmes liés au développement global. On se souvient de la présidence britannique du G8 en 2005 et de l’annulation des dettes publiques des pays africains. Le Brexit pourrait conduire à un retranchement de l’extériorité avec de possibles implications négatives pour les initiatives de développement du Royaume-Uni. Alors que le processus de reconstitution de l’IDA18 - l’institution de la Banque mondiale visant à aider les pays les moins développés - est en cours, le Brexit constitue une mauvaise nouvelle pour les bénéficiaires d’aide. Le Brexit pourrait également avoir des conséquences désastreuses pour l’aide au développement.

Commerce, accords de continuité et négociations post-Brexit

Le Royaume-Uni, quittant formellement l’Union européenne, se voit dans l’obligation de renégocier les accords commerciaux qu’il entretenait avec l’Afrique au titre des relations avec l’UE. En principe, rien ne change immédiatement à la fin du retrait formel, car le Royaume-Uni reste membre de l’Union douanière et du marché unique jusqu’à la fin de la période de transition. Mais au-delà de cet horizon, les accords commerciaux entre de nombreux pays africains et le Royaume-Uni devront être renégociés.

Le Royaume-Uni a mis en place une quarantaine d’accords de « continuité » couvrant près de 70 pays afin de maintenir les conditions commerciales existantes (tarifs, quotas, normes, etc.). Ces « accords de continuité » finiront par s’épuiser, et c’est à ce moment-là que les véritables possibilités et défis pour les États africains apparaîtront. En dehors de l’UE, le Royaume-Uni a techniquement moins de pouvoir de négociation, ce qui pourrait signifier que certains pays africains obtiennent des conditions légèrement préférentielles dans les négociations.

Les négociations commerciales pour obtenir ces accords sont très compliquées. Il faudra peut-être des années pour transformer des promesses en accords effectifs, et l’incertitude demeure un facteur pénalisant. L’incertitude est l’ennemi de l’investissement : les entreprises qui dépendent fortement des préférences liées à l’UE sur le marché britannique doivent garder un œil sur les négociations en cours.

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Sommet UK-Africa Investment Summit : symbolisme et résultats

Le UK Africa Investment Summit illustre la volonté britannique de consolider des liens d’affaires avec l’Afrique dans l’ère post-Brexit. Avec l’UK Africa Investment Summit, les responsables politiques et la diplomatie britannique ont témoigné une fois de plus du goût national pour l’originalité et l’indépendance d’esprit en organisant une réunion sans équivalent ni précédent. Elle ne se compare ni aux grands dialogues politiques entre la Chine ou le Japon et l’Afrique, ni aux sommets franco-africains traditionnels, ni à ceux du Commonwealth ou de la Francophonie, tout en témoignant d’une certaine hybridation avec ces forums privés visant à stimuler les relations d’affaires entre le continent et le reste du monde.

La liste des pays invités (dont étaient exclus notamment le Zimbabwe et la Namibie) est restée secrète jusqu’à l’ouverture de ce sommet. Une « déclaration » finale exclusivement britannique (UK Government Statement) s’est limitée le 20 janvier à évoquer « plus d’un millier de participants », mêlant ainsi indistinctement responsables politiques, hommes d’affaires, institutions internationales et représentants de la société civile. Aucun accord d’ensemble engageant globalement les États africains, ni mécanisme de suivi n’ont résulté de cette réunion.

Dans le détail, les résultats concrets sont, de source britannique, la signature de plus de 6 milliards de livres de contrats commerciaux mais aussi le lancement d’un nouveau partenariat entre l’Afrique et la City. L’on note également une nouvelle priorité à accorder aux infrastructures pour le ministère du Développement international (DFID) et l’appui aux énergies « propres ». Le sommet a contribué aussi à consolider les relations entre hommes d’affaires et politiques sur le potentiel d’exploitation du pétrole et du gaz naturel au Sud du Sahara.

Stratégie britannique : « Global Britain », Commonwealth et ciblage régional

La nouvelle « Grande-Bretagne globale » aspire à retrouver sa liberté vis-à-vis de l’UE et à renforcer ses relations économiques et diplomatiques avec l’Afrique. Le retour au Commonwealth est intimement lié au resserrement des liens avec l’Afrique. Philip Parham, l’ambassadeur thématique du Commonwealth, a coordonné la préparation du sommet, montrant l’attention portée par Londres aux pays du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest non membres du Commonwealth. Les Britanniques s’intéressent également au potentiel ouvert par l’African Continental Free Trade Area (AfCFTA), impliquant une vingtaine de pays et mobilisant surtout des États d’Afrique de l’Est et australe où la Grande-Bretagne est déjà fortement implantée.

Le sommet avait une signification hautement politique et symbolique, illustrée par la mobilisation de la famille royale. Le sommet s’inscrit dans un réaménagement d’ensemble de la politique britannique envers l’Afrique, annoncé comme un « nouveau partenariat » (New Partnership) visant le commerce, l’investissement, le partage des valeurs et l’intérêt mutuel.

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Services financiers, fintech et risques pour l’Afrique

L’impact le plus significatif d’un « Brexit dur » pour l’Afrique devrait se faire sentir dans le secteur des services financiers. Le gouvernement britannique cherchera à s’assurer que la City de Londres conserve sa place de centre financier de l’Europe. Mais même si l’exécutif échoue, les institutions financières basées à Londres pourraient retirer leur présence vers l’Europe continentale. L’Afrique pourrait en souffrir :

  • Le renforcement du secteur bancaire en Afrique a été rendu possible en partie par des produits fintech développés à Londres.
  • Les solutions de financement de pointe utilisées pour moderniser des institutions comme la Standard Bank dépendent de l’expertise présente au Royaume-Uni.
  • Si le Brexit affaiblit le rôle de Londres, des dégâts collatéraux pour l’Afrique pourraient inclure un affaiblissement de la confiance des investisseurs, des lacunes en matière de services bancaires et des processus interrompus.
  • Un affaiblissement du secteur des services financiers au Royaume-Uni pourrait aussi conduire à une pénurie de talents disposant de la connaissance des marchés africains, nuisant au commerce entre le Royaume-Uni et l’Afrique.

Aide au développement, priorités et changement d’orientation

Le Royaume-Uni est l’un des plus généreux contributeurs d’aide au monde, ce qui lui donne une voix importante dans l’agenda du développement international. Par rapport au revenu national brut, le Royaume-Uni a une stature importante pour l’aide. Mais la manière dont cette aide évolue est significative : l’aide britannique en Afrique a évolué de la réduction de la pauvreté vers le financement de projets d’entreprise dans des pays comme l’Éthiopie et le Rwanda.

La nouvelle stratégie africaine s’éloigne de l’objectif central de « lutte contre la pauvreté » qui avait été le mot d’ordre du New Labour avec la création du DFID en 1997. Le DFID ne devrait pas disparaître et l’objectif de 0,7 % du PIB dédié à l’aide publique au développement sera maintenu, mais l’affectation de ces fonds va évoluer, tandis que l’équilibre entre le Foreign Office, le DFID et le ministère de la Défense sera consolidé. Cette « doctrine fusionnelle » (fusion doctrine) élaborée en 2018 par le National Security Council insiste sur la convergence entre initiatives publiques et privées.

Sécurité, diplomatie et présence militaire

L’ouverture récente d’ambassades britanniques au Mali et au Niger obéit à des considérations moins économiques que militaires. Le Royaume-Uni développe un important programme de formation pour l’armée nigériane et a fourni des hélicoptères Chinook en soutien à l’opération Barkhane au Sahel. La Grande-Bretagne post-Brexit apparaît comme un rival commercial pour certains partenaires européens, mais simultanément un allié stratégique dans le traitement des problèmes sécuritaires du continent.

Conséquences économiques directes pour certains secteurs africains

Le Brexit peut affecter des secteurs précis : par exemple, l’industrie florale kényane, qui fournit un emploi direct à 100 000 personnes et indirect à environ deux millions, est vulnérable aux perturbations logistiques. En ce moment, les fleurs du Kenya transitent massivement par Amsterdam avant d’atteindre le Royaume-Uni. Si des arrangements physiques ou logistiques changent, il pourrait y avoir un impact significatif.

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De même, si l’économie du Royaume-Uni entre en récession après le Brexit, cela toucherait durement des pays comme l’Afrique du Sud, pour qui le Royaume-Uni est un marché commercial important. Une contraction de l’économie britannique aurait des effets en chaîne sur l’investissement et les échanges.

Investissements directs étrangers (IDE) britanniques et perspectives

Le Royaume-Uni est devenu un partenaire d’investissement beaucoup plus engagé en Afrique au fil des années. Fin 2014, l’investissement étranger direct (IED) en Afrique était de 42,5 milliards de livres sterling, soit plus du double des 20,8 milliards investis en 2005. L’IED britannique a été canalisé vers les télécommunications et les services financiers, mais aussi vers l’aide au développement et les infrastructures.

Cependant, cette tendance à la hausse est susceptible de s’inverser si les négociations du Brexit conduisent à une érosion de la confiance dans le marché britannique. La Grande-Bretagne est obligée de consolider sa propre économie et de rechercher des opportunités à l’étranger, mais cela pourrait limiter sa capacité d’investissement en Afrique si l’incertitude perdure.

Diplomatie, image et publics africains

Les relations diplomatiques pourraient être mises à mal si un Royaume-Uni plus introverti ferme ses portes aux voyageurs et aux étudiants africains. La diplomatie britannique n’a pas produit de liste officielle des pays invités au sommet, et le succès diplomatique paraît limité à court terme malgré la présence de certains dirigeants africains. La Grande-Bretagne met en avant ses atouts : puissance et expérience financières, et l’appui du numérique pour s’imposer face à la concurrence et élargir sa zone d’influence.

Opportunités pour l’Afrique : autonomie croissante et diversification

Il ne faut pas toutefois surestimer le risque que le Brexit représente pour l’Afrique. Le commerce n’est pas l’épine dorsale unique de cette relation : de nombreux pays africains cherchent à renforcer les échanges intra-africains et à établir de nouvelles alliances régionales. Depuis 2000, le total annuel de l'aide à l'Afrique était en moyenne de 50 milliards de dollars, tandis que les recettes fiscales sont passées de 163 milliards à 550 milliards de dollars, montrant une évolution de la base de revenus des pays africains.

Les dirigeants africains sont aujourd’hui occupés à améliorer l’environnement commercial, à collaborer dans des projets d’industrialisation et à capter l’attention de nouveaux partenaires. Par des mesures incitatives adéquates, l’Afrique pourrait jouer un rôle plus central dans la planification économique du Royaume-Uni si les dirigeants africains aident leurs homologues britanniques à envisager le changement comme porteur d’opportunités.

VOX NEWS | UK Africa Investment Summit 2020 [ VOX FRENCH highlights]

Tableau synthétique : risques et opportunités post-Brexit pour l’Afrique

Domaines Risques Opportunités
Commerce Perte d’accès préférentiel, incertitude des règles Renégociation d’accords, conditions préférentielles possibles
Investissements (IED) Réduction des flux si confiance érodée Nouvelles relations bilatérales ciblées, investissements dans infrastructures
Services financiers / Fintech Affaiblissement de la City → fuite des compétences Développement local de capacités financières, partenariats numériques
Aide au développement Baisse potentielle de l’engagement extérieur Financement de projets d’entreprise, priorités sur infrastructures et sécurité
Sécurité & diplomatie Réorientation des priorités Alliances stratégiques renforcées en matière de sécurité

En définitive, le Brexit change le cadre institutionnel des relations entre le Royaume-Uni et l’Afrique, créant à la fois des risques significatifs et des possibilités nouvelles. L’incertitude à court terme est atténuée dans une certaine mesure par les accords de continuité, mais les véritables effets dépendront des négociations futures, des choix politiques britanniques et de la capacité des gouvernements africains à transformer les défis en opportunités.

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