Brexit et Finances : Conséquences pour le Royaume-Uni et l'Union Européenne

Le Brexit, abréviation de "British Exit" (sortie britannique de l'UE), découle d’un référendum dont le débat a porté sur la souveraineté du Royaume-Uni. Le 23 juin 2016, les Britanniques ont voté à 52 % en faveur d’une sortie de l’Union européenne (UE). Plus de 30 millions de Britanniques participent à ce vote, qui enregistre un taux de participation de 72 %.

L’accord de retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, adopté par les deux parties le 17 octobre 2019, est entré en vigueur le 31 janvier 2020.

Le mouvement de personnes et de marchandises sont maintenant sujets à des contrôles douaniers, ce qui pose de gros problèmes, au niveau de la frontière avec l’Irlande du Nord, qui fait toujours partie de l’UE.

Voyons les conséquences financières du Brexit pour le Royaume-Uni et l'Union Européenne.

I. Conséquences Budgétaires pour l'Union Européenne

Le retrait du Royaume-Uni n’est pas sans répercussions budgétaires conséquentes pour l’Union européenne. L’Union européenne a toutefois pris conscience des conséquentes répercussions budgétaires du Brexit bien avant la sortie effective. La question budgétaire, déjà ardue pour l’Union européenne, s’est complexifiée par la crise sanitaire.

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Sachant que le Royaume-Uni est l’un des principaux contributeurs nets au budget de l’Union européenne, son retrait entraînerait tout d’abord un manque à gagner permanent. Ce « trou du Brexit » (Brexit gap) est évalué à une dizaine de milliards d’euros par an par les think tanks pro-européens, voire plus.

Selon la Fondation iFRAP, l’impact global pour les 27 pays restant dans l’Union se calcule comme suit pour l’année 2020 :

  • (A) Dépenses pour le Royaume-Uni qui disparaîtront avec le Brexit.
  • (B) Contributions du Royaume-Uni qui disparaîtront avec le Brexit.
  • (C) Estimation des droits de douane communautaires qui, après le Brexit, seront versés au budget UE.

(A) - (B) + (C)= Impact budgétaire global, pour les 27 États restants, du Brexit sans accord : moins 9 milliards d’euros.

Encore faut-il souligner que cette évaluation correspond à la situation de rupture maximale. Si un accord était trouvé, des contributions britanniques pourraient continuer à alimenter le budget européen en échange des avantages accordés, comme c’est le cas aujourd’hui pour des pays extérieurs à l’Union tels que la Norvège ou la Suisse.

Selon les calculs d’un autre think tank, le Center for European Policy Studies (CEPS), faits pour l’année 2014, un Royaume-Uni bénéficiant du même statut que celui de la Norvège dans ses relations avec l’Union verserait une contribution de l’ordre de 3,5 milliards d’euros par an. Le trou du Brexit pour le budget de l’Union serait réduit d’autant et resterait un enjeu limité tant en comparaison du budget de l’Union hors Royaume-Uni (environ 6% de ce budget en 2019) que par rapport au PIB des 27 pays restants (moins de 0,7 pour mille de ce PIB en 2018).

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Pour la France, l’impact maximal pourrait être de l’ordre de 18% du trou à combler, soit 1,6 milliard d’euros par an. Ce chiffre ne représente qu’environ 15% du coût financier des mesures annoncées en décembre 2018 sous la pression du mouvement des gilets jaunes et moins de 10% du trou budgétaire lié à la suppression de la taxe d’habitation, annoncée, d’abord, pour 80% puis, maintenant, 100% des contribuables.

À ce manque à gagner permanent pourrait s’ajouter un autre « trou », temporaire celui-là, dans le cas, moins probable mais qui ne peut être exclu, où le Royaume-Uni ne règlerait pas la facture du Brexit. Cette facture est chiffrée aujourd’hui par l’office britannique d’évaluation à environ 36 milliards d’euros, somme constituée pour plus de 90% par des restes à payer sur le budget pluriannuel 2014-2020.

L’impact de cette facture impayée sur les finances de l’Union européenne et des 27 États membres restants demeure cependant incertain car une partie des opérations financièrement engagées sur le budget pluriannuel 2014-2020 pourra vraisemblablement être annulée si ces opérations n’ont reçu aucun commencement d’exécution. Des annulations partielles d’opérations commencées pourront aussi intervenir. Le trou potentiel de 36 Md€ serait réduit à due concurrence.

Même maintenue à 36 Md€, cette somme n’aurait pas un impact financier immédiat mais celui-ci serait étalé dans le temps. Pour la part représentée par le solde de la programmation 2014-2020, que nous évaluons au maximum à un peu plus de 33 Md€, l’office britannique anticipe un étalement sur 2020-2028, avec une assez forte concentration sur les quatre premières années. Pour le reste de la dette nette impayée, incluant notamment les engagements de retraites, l’étalement serait beaucoup plus long, avec un impact annuel non significatif sur les finances des pays membres.

Pour la France, en retenant comme précédemment une part de financement de 18%, l’impact maximal de ce trou temporaire dans le budget européen pourrait être de l’ordre de 2,5 Md€ en 2020, 1,4 Md€ en 2021, 1 Md€ en 2022 et 0,6 Md€ en 2023, non significatif ensuite.

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Impact budgétaire du Brexit pour l'UE

II. Impact sur le secteur financier

Christian Noyer souligne que les Britanniques s’exposent aujourd’hui à de nouveaux obstacles. En premier lieu, le Royaume-Uni perd son accès au marché unique. Ce dernier est une source d’économies (temps et argent) grâce à la libre circulation des marchandises et des personnes. Christian Noyer rappelle que la place financière de Londres est de loin la plus importante en Europe. Il estime que Londres ne va pas perdre cette position, mais qu’elle verra sa taille diminuer de 15 % à 25 % en raison de la perte du passeport européen.

Parmi les acteurs présents sur les marchés financiers, les banques de financement et d’investissement seront probablement les plus impactées en raison de la dimension internationale de leurs activités. A l’avenir, le marché CIB sera davantage fragmenté qu’il ne l’est actuellement ; et les banques devront engager des capitaux supplémentaires (estimés jusqu’à 40 milliards GBP) afin de consolider de nouvelles entités sur le continent Européen.

En plus de ces coûts structurels estimés en 10 et 15 milliards de GBP, l’étude montre qu’elles subiront en plus une baisse de leur profitabilité et retour sur investissement en raison des nécessaires duplication des services sur le continent Européen et au Royaume Uni.

Pour accompagner les acteurs de la place financière, l'Autorité des marchés financiers met à la disposition des intervenants de marché les éléments d'information utiles à la poursuite de leurs activités à l’expiration de la période de transition (1er janvier 2021), publiés par la Commission européenne et l'ESMA au cours de ces derniers mois.

A. Mesures transitoires

La Commission européenne a adopté, le 21 septembre 2020, une décision d'équivalence temporaire du cadre réglementaire applicable au Royaume-Uni aux chambres de compensation, pour une période de dix-huit mois à compter du 1er janvier 2021, afin de parer aux risques possibles pour la stabilité financière. Celles-ci sont effectives à compter de l’expiration de la période de transition pour une durée de 18 mois, soit jusqu’au 30 juin 2022.

Accordée pour une période de six mois à compter du 1er janvier 2021, cette décision permettra aux émetteurs de l’Union de continuer à recourir aux dépositaires centraux britanniques pour les services notariaux et de tenue centralisée de comptes en ce qui concerne des valeurs mobilières constituées selon le droit d’un État membre. Cette période d’équivalence devrait donner aux dépositaires centraux de l’Union le temps nécessaire pour poursuivre le développement de leur offre de services et aux émetteurs de l’Union le temps nécessaire pour transférer leurs positions vers des dépositaires de l’Union.

A la suite de cette équivalence, le 11 décembre 2020, l’ESMA a reconnu temporairement le CSD britannique Euroclear UK & Ireland Limited (EUI), pour la période du 1er janvier au 30 juin 2021.

L’ESMA a publié le 23 novembre 2020 deux rapports finaux relatifs à la modification des règlements délégués facilitant la novation, pendant une période de douze mois à compter de l’expiration de la période de transition, de certains contrats dérivés de gré à gré, pour lesquels un contrat est transféré d'une contrepartie établie au Royaume-Uni à une contrepartie établie dans l'Union à 27.

B. Impact sur MiFID 2 et MIFIR

L’ESMA a précisé, le 1er octobre 2020, les implications du Brexit pour certaines dispositions découlant de la directive et du règlement sur les Marchés d’instruments financiers (MiFID 2 et MiFIR), à l’issue de la période de transition.

L’ESMA a publié, le 26 octobre 2020, sa position finale sur l’obligation de négociation des actions, qui complète le communiqué publié le 29 mai 2019. Il est précisé que les actions ayant un ISIN commençant par l’identifiant d’un pays de l’Espace Economique Européen (EEE) sont concernées par l’obligation de négociation.

L’obligation de négociation des dérivés, qui impose à certaines contreparties de négocier certaines catégories de dérivés sur les marchés réglementés, les systèmes multilatéraux de négociation (MTF) ou les systèmes organisés de négociation (OTF), a fait l’objet d’un communiqué de l’ESMA publié le 25 novembre 2020. L’ESMA considère qu’à ce stade, aucune adaptation n’est nécessaire et que l’application de l’obligation de négociation sur plateformes des dérivés jugés suffisamment liquides à la fin de la période de transition ne présente pas de risque pour la stabilité du système financier.

Le 10 novembre 2020, l’ESMA a également précisé les conséquences de l’expiration de la période de transition en matière d’accès aux données de marché en provenance de la Financial Conduct Authority et en ce qui concerne l’autorité compétente pertinente pour le reporting des transactions sur instruments financiers listés dans l’Union.

Le 10 novembre 2020, l’ESMA a précisé dans un communiqué les conséquences de l’expiration de la période de transition sur les déclarations de transactions au titre des règlements sur les dérivés négociés de gré à gré (EMIR) et sur les opérations de financement sur titres (SFTR), pour les contreparties concernées et les référentiels centraux.

Dans sa communication du 1er octobre 2020, l’ESMA a détaillé les conséquences de l’expiration de la période de transition du Brexit sur son registre des administrateurs d’indices dans le cadre du règlement Benchmark.

Conséquences du Brexit

III. Impact sur l'économie britannique

D'un point de vue économique, la sortie de l'UE devait signifier la fin de la contribution au budget européen. Et donc plus d'argent pour le Royaume-Uni et plus de liberté dans sa gestion. Il convient donc de considérer avec mesure l'impact du Brexit sur l'économie britannique, eu égard à certains indicateurs économiques ou tendances.

Dès la victoire du “Leave” (quitter) le 23 juin 2016, les premières répercussions économiques du Brexit se manifestent. Les marchés financiers, anticipant les effets négatifs de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, réagissent immédiatement. La livre sterling chute de 7 % par rapport à l'euro.

Dans une note confidentielle révélée par la presse en 2018, le Trésor britannique évalue la perte de croissance du Royaume-Uni de 2 à 8 % dans les quinze années suivant la sortie de l'UE.

La sortie du Royaume-Uni s'est déroulée en deux temps, avec le retrait de l'UE le 31 janvier 2020, puis de son marché unique le 31 décembre de la même année. Selon les termes de l'accord de commerce et de coopération entre Londres et Bruxelles, les deux parties continuent leurs échanges sans droits de douane ni quotas. Mais de nombreuses formalités administratives et contrôles douaniers, inexistants auparavant, font leur apparition. Dans les semaines qui suivent la sortie du marché unique, des pénuries de fruits et légumes frais, importés depuis le continent, sont constatées dans les supermarchés britanniques. En cause, les difficultés d'acheminement dues aux nouveaux obstacles commerciaux liés au Brexit.

Rapidement, la pandémie de Covid-19, puis la guerre en Ukraine provoquent un choc économique qui affecte lourdement les économies européennes, dans et hors de l'UE, avec une forte inflation et un ralentissement de la croissance. Dès lors, difficile au Royaume-Uni de séparer l'impact de ces phénomènes mondiaux de celui du Brexit.

Sur l'ensemble de l'année 2023, la croissance n'aura atteint que 0,1 %. Un chiffre plus faible que dans l'Union européenne et la zone euro, à 0,5 % de croissance en 2023.

En 2024, l'économie britannique a montré des signes de reprise, avec une croissance de 0,7 % au premier trimestre (0,3 % dans la zone euro) et de 0,5 % au deuxième trimestre (0,2 % dans la zone euro), portée par la demande intérieure. La croissance est cependant restée nulle au troisième trimestre, période marquée par la crainte de fortes hausses d’impôts, confirmées depuis par le gouvernement travailliste de Keir Starmer. À cette embellie relative s'est par ailleurs ajoutée une inflation persistante, passée de 2,3 % à 2,6 % en décembre 2024, augmentant la pression sur le gouvernement pour stabiliser l'économie. Cette tendance s'est confirmée au début de l'année 2025.

Selon des chiffres communiqués mercredi 19 février par l’Office national des statistiques (ONS), l’inflation est repartie à la hausse en janvier, à 3 % sur un an.

Le 16 janvier 2025, une étude de l'Institute for Public Policy Research a par ailleurs révélé une baisse significative des échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l'UE, appelant à une révision fondamentale des règles commerciales post-Brexit pour mieux aligner les relations avec Bruxelles.

D'après les estimations, les exportations de biens britanniques vers l'UE ont diminué de 27 % entre 2021 et 2023, tandis que les importations ont baissé de 32 %.

Pour atténuer ces retombées du Brexit, il est suggéré aux ministres britanniques de négocier un accord vétérinaire avec l'UE afin de réduire les contrôles sur les aliments qui traversent la Manche.

Si la fluidité des échanges et la confiance des investisseurs ont donc bien pâti du Brexit, certains chercheurs invitent cependant à la prudence. D'abord parce qu'en données cumulées, le PIB britannique a globalement suivi les courbes des grandes économies de la zone euro depuis 2016, comme la France ou l'Italie.

D'après les dernières données publiées jeudi 15 mai 2025 par l’Office national des statistiques (ONS), le produit intérieur brut (PIB) du Royaume-Uni a suivi cette tendance. Il a déjà progressé de 0,7 % au premier trimestre 2025. Ce chiffre dépasse les prévisions des analystes, qui anticipaient une hausse de 0,6 %, selon une enquête de Reuters. Cette croissance est "principalement portée par le secteur des services, bien que la production ait également connu une amélioration notable après une période de repli", a précisé Liz McKeown, directrice des statistiques économiques à l’ONS.

Plus optimiste encore, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI), la croissance prévue pour le Royaume-Uni en 2029 serait de 1,3 %, comparable à celle de la France et deux fois supérieure à celle de l'Allemagne.

Jeudi 8 mai, le premier ministre britannique, Keir Starmer, et le président américain, Donald Trump, ont annoncé un accord commercial "historique". Premier texte signé par les États-Unis avec un pays partenaire économique depuis le "Jour de la libération", cet accord pourrait donner un léger coup de boost à l'économie du pays. Dans la pratique, il concerne l'ouverture de nouveaux marchés britanniques pour 5 milliards de dollars, incluant 700 millions pour l’éthanol et 250 millions pour des produits agricoles comme le bœuf américain. Les véhicules britanniques bénéficieront d’une taxe réduite à 10 % (au lieu de 27,5 %) pour un quota annuel de 100 000 voitures. En contrepartie, le Royaume-Uni s'engage à acheter 10 milliards de dollars d'avions Boeing.

Royaume-Uni - UE : quelles relations économiques après le Brexit ?

Si l'impact réel du Brexit sur l'économie britannique est difficile à évaluer, les Britanniques sont quant à eux de plus en plus nombreux à considérer que quitter l'UE fut une erreur. Le 23 juin 2016, ils étaient déjà 48,11 % à vouloir rester dans l'Union. Aujourd'hui, la part de Britanniques réfractaires au Brexit semble prendre durablement le dessus.

Selon une enquête de l'institut Redfield & Wilton relayée par le quotidien The Independent en septembre 2024, cette tendance est encore plus marquée chez les jeunes, dans l'incapacité de voter en 2016.

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