Rodenticide anticoagulant : toxicité, symptômes et traitement
De nombreux rodenticides sont à base d’anticoagulants. La plupart des rodenticides sont à base d’anticoagulants. Les rodenticides anticoagulants représentent la deuxième cause d’intoxication des chiens et chats en France après les insecticides.
Qu’est-ce qu’un rodenticide anticoagulant et comment il agit
Un produit rodenticide (du latin, rodere, ronger) ou raticide est une substance active ou une préparation ayant la propriété de tuer certains rongeurs, considérés comme nuisibles par l'homme. Les anticoagulants de 2eme et 3eme génération (les plus récents) sont toxiques après une ingestion unique. Lorsque le rat ou la souris consomme le principe actif, le rat ne peut plus sécréter de vitamine K, qui est essentielle pour que son sang coagule. Ils augmentent la tendance aux saignements en provoquant une déplétion en vitamine K active. Les rodenticides anticoagulants empêchent l’action de la vitamine K, vitamine indispensable au fonctionnement de certains facteurs de coagulation. Les antivitamine K sont toxiques pour le sang. Ce sont des anticoagulants, c’est à dire qu’ils empêchent le sang de coaguler lors de saignement.
Physiopathologie : rôle de la vitamine K et délai d’apparition des troubles
La vitamine K permet la transformation des précurseurs inactifs des facteurs de coagulations II, VII, IX, X, les protéines S et C en leur forme active. L’inhibition de la vitamine K entraîne une déplétion en facteurs de coagulation. Il faut une chute de 70 % d’un de ces facteurs pour qu’un trouble de la coagulation apparaisse. Comme le facteur VII a la demi-vie la plus courte (5 heures), il faut attendre de 15 à 24 heures pour mesurer un trouble de la coagulation. Les symptômes n’apparaissent pas dans les minutes ou les heures qui suivent l’ingestion. Ils surviennent généralement 1 à 4 jours après, parfois jusqu’à 8 jours plus tard. En cas d’intoxication, les troubles de la coagulation se manifestent 2 à 3 jours après l’ingestion et persistent plusieurs semaines.
Épidémiologie et circonstances d’exposition
Chaque année, le Centre Antipoisons reçoit environ 750 appels(*) impliquant un rodenticide (produit pour tuer les rongeurs). La majorité des accidents (70%) surviennent chez l’animal. Chez l’homme, les expositions aux rodenticides concernent autant les enfants que les adultes. Chez l’enfant, il s’agit surtout d’ingestion accidentelle de faibles quantités. Parmi les rodenticides en cause dans les appels, 10% sont à base d’alpha-chloralose et 65% à base d’anticoagulants. Les rodenticides anticoagulants sont de très loin à l'origine des intoxications les plus fréquentes en France chez les carnivores domestiques.
Signes cliniques chez l’animal et chez l’homme
Dans la forme la plus classique, les animaux présentent des hémorragies très diversement localisées, à l'origine de troubles variés et d'une anémie marquée. Ces signes sont en relation avec des troubles de la coagulation dus à un effet anti-vitamine K. La plupart du temps il est nécessaire de consulter votre vétérinaire pour qu’il puisse décontaminer adéquatement votre animal (induction de vomissement si possible et administration de charbon activé) afin de prévenir l’absorption de la toxine. Si votre animal a consommé une dose toxique de rodenticides, il est possible qu’il présente des signes cliniques 3-4 jours après l’ingestion. Les symptômes sont dus aux saignements, la plupart du temps non visibles initialement (dans le thorax, les poumons, les articulations…). Les signes sont généralement peu spécifiques au début : faiblesse, perte d’appétit, muqueuses pâles, boiterie… Par la suite des signes cardiorespiratoires apparaissent : toux, difficulté respiratoire, respiration rapide, augmentation de la fréquence cardiaque, pouls faibles, faiblesse importante. Lorsque votre animal présente des saignements spontanés, une prise en charge rapide et une hospitalisation sont nécessaires. Des prises de sang seront réalisées pour identifier le problème de coagulation et des examens d’imagerie médicale seront nécessaires pour identifier l’origine des saignements.
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On observe d’abord une baisse d’entrain et d’appétit, de la fatigue. Parfois de la toux, une boiterie, et quelquefois des saignements visibles : dans la bouche par exemple, ou bien la présence de sang dans l’urine ou dans les selles. Dans la plupart des cas, les hémorragies sont internes et la suspicion clinique peut être délicate en raison de l'évolution souvent subaiguë et du polymorphisme des signes cliniques.
Autres rodenticides : alpha-chloralose
En dehors des anticoagulants, quelques autres rodenticides, généralement plus anciens, sont encore utilisés. L’alphachloralose est toxique pour le système nerveux. Lors d’intoxication par ce produit, l’animal présente des signes rapidement, dans les heures qui suivent l’ingestion. On observe d’abord de la salivation et des troubles de l’équilibre, ainsi qu’une modification de son comportement. Puis il devient prostré et ne peut plus se lever. Il peut ensuite tomber dans le coma, mais avec souvent des tremblements, et parfois l’apparition de convulsions. Sa température corporelle diminue et il se refroidit. L’intoxication est souvent mortelle sans traitement, surtout chez le chat qui est plus sensible que le chien.
Diagnostic biologique : rôle du PTQuick
Pour une dose unique de 1.5 mg/kg de warfarine chez des volontaires sains, le pic de concentration plasmatique est atteint après 2 à 12 heures. La perturbation maximale du PTQuick se situe entre la 36e et la 72e heure. Le PTQuick permet de détecter la diminution des facteurs II, VII et X, mais ne mesure pas la chute du facteur IX. Comme c’est principalement le facteur VII qui chute, le PTQuick est le meilleur test de diagnostic. Le PTQuick permet de poser le diagnostic d’intoxication et la nécessité d’un traitement à la vitamine K1 ou pas. En cas d’intoxication aux anti-vitamines K, une prise de sang devra être réalisée 2 jours après l’ingestion pour tester la coagulation de votre animal. Le PTQuick sera déterminé 1 à 2 fois/jour.
Traitement : antidote, transfusions et suivi
La vitamine K1 est l'antidote. Sur l’emballage de ces derniers se retrouve souvent la mention qu’il s’agit d’un anticoagulant et que l’antidote est la vitamine K1. La vitamine K1 pharmaceutique est résorbée à > 80%. La dose de vitamine K1 doit être adaptée en fonction du PTQuick. Il n’existe pas de consensus thérapeutique établi et approuvé par des études. Vitamine K1 par voie orale: la dose à administrer est variable selon l’individu et la quantité d’anticoagulant ingérée. Lorsque la valeur du PTQuick est normale pendant 3 jours d’affilée ou n’est que très légèrement perturbée, le patient peut poursuivre son traitement d’entretien à la maison avec un contrôle hebdomadaire du PTQuick. Après 4 à 8 semaines de traitement (dépendant de la quantité d’anticoagulant prise), le traitement est suspendu et le PTQuick contrôlé après 2 et 4 jours.
Lorsque des saignements importants sont présents, un traitement spécifique doit être mis en place rapidement : transfusions de plasma, vitamine K (antidote) et transfusion de concentrés de globules rouges au besoin. Plasma frais congelé (FFP): 10-20 ml/kg ou des facteurs concentrés 50 U/kg. Si votre animal présente des saignements spontanés, une prise en charge rapide et une hospitalisation sont nécessaires. Une fois que les saignements se sont arrêtés, un retour à la maison avec un traitement de vitamine K est possible.
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Administration de médication sous-cutanée à un animal de compagnie
Prévention, sécurité et conseils pratiques
Les appâts contre les souris et les rats sont à base de céréales et sont attirants pour beaucoup d’autres espèces. Les raticides sont en effet des produits dangereux pour vous, votre famille, vos animaux de compagnie et ceux de votre entourage immédiat comme vos voisins. Lorsque l’utilisation de raticides n’est pas obligatoire, mieux vaut utiliser une méthode alternative. Si vous avez un doute quant au principe actif d’un raticide, mieux vaut vérifier l’étiquette avant de l’utiliser. Certaines formes de raticides sont réservées aux professionnels de la dératisation. Pour plus d’efficacité et de sécurité, fixez les raticides au milieu du poste sécurisé à l’aide de la tige fournie pour que le rat ou la souris ne puisse pas partir avec le sachet.
Les raticides ne sont clairement pas des méthodes de dératisation à prendre à la légère. Plus un empoisonnement aux raticides est détecté et traité tôt et meilleur est le pronostic vital. Les raticides sont bien entendu des produits dangereux qu’il convient d’utiliser avec de nombreuses précautions. Si vous cherchez à piéger efficacement vos souris et rats, la méthode avec tapette / attractif et poste sécurisé est celle que nous vous recommandons le plus.
Études cliniques chez l’enfant
Mullins: étude rétrospective portant sur une ingestion unique d’anticoagulants à longue durée d’action chez 542 enfants de moins de 7 ans. Seul un enfant a présenté une légère perturbation de son PTQuick (18.8 à la 48ème heure). Aucun enfant n’a été symptomatique. Shepherd: étude rétrospective portant sur 10.762 enfants. Deux de ces enfants (0.02%) ont eu des tests de la coagulation perturbés (> 50% au dessus des valeurs de référence), ils n’ont pas présenté de saignements. Ingels: étude prospective chez 463 enfants. Aucun de ces enfants n’a subi de décontamination, ni reçu de vitamine K. Aucun enfant n’a été symptomatique. Ces données montrent que les expositions accidentelles de faible dose chez l’enfant ne sont pas systématiquement associées à des manifestations cliniques, mais une surveillance biologique reste recommandée.
Points clés à retenir
- Les anticoagulants sont les rodenticides les plus fréquents et provoquent des saignements par déficit en vitamine K.
- Les signes apparaissent plusieurs jours après l’ingestion; la vigilance et le suivi biologique (PTQuick) sont essentiels.
- La vitamine K1 est l’antidote et le traitement doit être adapté au PTQuick; transfusions et plasma peuvent être nécessaires en cas d’hémorragie.
- Prévention et utilisation sécurisée des appâts réduisent le risque d’intoxication chez les animaux et les humains.
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