Règles typographiques : le trait d’union après « ape » et usages connexes

Le trait d'union « - » est un signe typographique utilisé pour joindre des mots (par exemple, deux prénoms dans le cas d'un prénom composé) et pour séparer les syllabes d'un même mot. Le trait d’union sert à unir deux mots ou prénoms pour une identité, dits composés, comme dans « brise-roche », « demi-sœur », « belle-mère », « chassé-croisé », etc. Le trait d’union sert à marquer qu’il existe un lien étroit entre deux termes. Les exemples précédents nous montrent que le trait d’union sert à créer des mots composés dont le sens dépasse celui de ses composants.

Ainsi, lorsqu’il s’agit de faire un choix entre le trait d’union ou les autres types de tiret, il n’est pas rare de se voir répondre « C’est le tiret du 6 ! » pour désigner le trait d’union, en référence directe à la place du trait d’union sur les claviers AZERTY dédiés à Windows. En raison de son accessibilité sur les dispositions de clavier (sur le pavé numérique et en accès direct sous la touche « 6 » sur l’azerty français), le trait d’union, qui sert aussi parfois de signe moins, est fautivement utilisé de plus en plus fréquemment à la place du tiret (moins accessible) ; or, autant leur œil que leur fonction diffèrent voire sont opposés : le trait d’union unit, le tiret divise.

Historique et évolution

Le trait d’union est déjà présent dans certains manuscrits français du XIIIe siècle, sous la forme d’une double barre oblique : ⸗. En grec ancien, l’énotikon (ou hyphen) est utilisé dans certains textes pour marquer l’union de deux lettres ou de deux mots, celui-ci a la forme d’un arc renversé comme le tirant souscrit : ‿. À l’époque, certains scribes utilisent encore la barre oblique simple pour indiquer la demi-pause (celle-ci a été remplacée par la virgule).

En français, dans la troisième édition de la Briefve Doctrine par Pierre de Sainte-Lucie de 1538, on peut voir le trait d’union, à la place de l’accent enclitique (l’apostrophe) des versions précédentes, entre le verbe et le pronom personnel sujet. Cet usage se répand durant la seconde partie du xvie siècle. Dans sa première édition, en 1694, le Dictionnaire de l'Académie française sépare beaucoup de mots, composés jusque-là en un seul mot, par des traits d’union, parfois sans cohérence (certains mots soudés sont conservés, comme arrieremain tandis que d’autres non, comme chauve-souris ou passe-port ; les mots composés avec entre- sont écrits avec l’apostrophe tandis que les mots composés avec contre- ou passe- sont écrits avec le trait d’union).

Règles générales d’emploi

  • On fait suivre le nom d’un trait d’union si le mot qui suit est un nom.
  • Le trait d’union est mis entre les éléments d’un prénom double usuel : Jean-Jacques Rousseau, Jean-Pierre Dupont.
  • Le trait d’union est en outre utilisé pour marquer la présence d’une ancienne enclise pour les pronoms sous leur forme conjointe ; c’est le cas dans des syntagmes comme « dis-tu », « dis-moi », « dis-le-moi », « vas-y », etc.
  • Les tournures interrogatives demandent des traits d'union avec les pronoms personnels (ou le pronom démonstratif ce) : est-on fatigué ? viendrez-vous avec nous ? comment allez-vous ? habite-t-il près d'ici ? est-ce qu'il s'en ira bientôt ?
  • L'impératif non négatif nécessite l'usage d'un trait d'union entre le verbe et le pronom personnel complément (direct ou non) qui le suit : donne-lui tout de même à boire ! ; prends-la ! ; rendez-les ! ; excusez-moi ! ; laisse-moi, laisse-moi donc tranquille !
  • Il existe des tournures analogues avec les pronoms en et y : prends-en un peu et allons-y ! va-t'en d'ici !
  • Dans le cas de forme négative, on ne met pas de trait d'union devant le pronom car celui-ci précède le verbe au lieu de le suivre : ne vous fatiguez surtout pas ! ; ne me dérangez pas ! n'en prenez plus !
  • L'impératif non négatif permet aussi des tournures avec deux pronoms personnels successifs précédés chacun d'un trait d'union : « donne-la-lui ! » ; « redis-le-moi ! » ; « rappelle-le-toi ! » ; « chantez-la-nous ! » ; « tiens-le-toi pour dit ! » ; « tenons-le-nous pour dit ! » ; « parlez-nous-en ! » ; « menez-nous-y ! ».

Cas particuliers et hésitations

Le trait d’union n’est pas systématique et certaines distinctions de sens en dépendent : une belle fille est caractérisée par ses qualités physiques et une belle-fille par ses liens familiaux. Ce n’est pareil de faire quelque chose sur le champ (de bataille par exemple) et sur-le-champ, c’est-à-dire immédiatement. Jugez plutôt : on écrit coffre-fort mais château fort, rez-de-chaussée mais pied de nez. Les mots suivants ne prennent pas de trait d’union : ayant droit, ayant cause, compte rendu, directeur adjoint, lieu commun, maître chanteur, opéra bouffe, pomme de terre, parti pris, raz de marée. Pas de trait d’union non plus dans bande dessinée et dessin animé. Quant à court métrage et long métrage, ils peuvent s’écrire avec ou sans trait d’union.

Lire aussi: tout savoir sur le traité Registre du Commerce et des Sociétés

En plus d’être absent de certains mots, le trait d’union a tendance à disparaître au profit de la soudure ou de l’agglutination. Malheureusement, ce procédé a créé de nouvelles incohérences qui ont été rectifiées en 1990 sans grand succès. La nouvelle orthographe, application des rectifications orthographiques de 1990, est enseignée en Belgique, en France et aussi au Canada, en Alberta, au Québec et au Saskatchewan et acceptée dans d’autres provinces.

Prénoms composés, état civil et usage officiel

Anciennement, les différents prénoms d’une personne étaient joints par des traits d’union, par exemple Louis-Charles-Alfred de Musset dans le Larousse du xxe siècle. Cette tradition n’est plus dans l’usage, spécialement dans les actes d'état civil et dans les textes officiels, et les prénoms sont actuellement séparés par des espaces. L’état civil a été créé en 1792 en France. En 1911, le Formulaire général des actes de l’état civil indique qu’« il ne devra y avoir de trait d’union entre deux prénoms que s’ils forment par leur réunion un prénom unique » selon « la volonté formelle du déclarant ».

L’instruction ministérielle relative à l’état civil du 12 avril 1966 établit l’usage officiel du trait d’union dans les prénoms composés limités à deux vocables. L’instruction générale relative à l'état civil dispose que « [l]es prénoms simples sont séparés par une virgule, les prénoms composés comportent un trait d’union. » Exemple : Jacques, Jean-Paul, François Dupont. Pour Aurel Ramat et Romain Muller, le trait d’union est utilisé dans les prénoms composés mais pas entre les prénoms distincts.

Traits d’union dans les noms propres, toponymie et institutions

Le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale et le Dictionnaire des règles typographiques de Louis Guéry indiquent que dans une dénomination composée, « tous les éléments, à l'exception de l'article initial, sont liés par des traits d'union ». Ces appellations sont parfois abrégées : Roland-Garros (le stade Roland-Garros et plus souvent encore les Internationaux de France de tennis) ne se confondant pas graphiquement avec Roland Garros (l'aviateur).

Les opinions sont partagées sur cet usage du trait d’union entre les éléments de dénominations préconisé dans certains guides typographiques. Certains grammairiens et ouvrages de référence l’ont recommandé ; d’autres l’ont critiqué. L’auteur belge Joseph Hanse indique que pour les « Noms de rues, de places, etc. On ne met pas de devant les noms propres de personnes : rue Victor Hugo (plutôt que rue Victor-Hugo, préféré par un certain usage français non habituel) », mais il signale aussi des usages différents selon les pays. En France, les codes typographiques s’en tiennent à ces règles d’emploi du trait d’union (graphie « place Charles-de-Gaulle ») : le Lexique des règles typographiques en usage à l'Imprimerie nationale, Louis Guéry, Serge Aslanoff, Jean-Pierre Lacroux, etc.

Lire aussi: Guide pratique : charges constatées d'avance et irrégularités

Dans la pratique, celui-ci peut varier selon les pays ou selon les décisions des autorités toponymiques. En français en Suisse, cet usage des traits d’union entre les divers éléments des noms propres est recommandé par l’Office fédéral de topographie, par exemple, Rue Henri-Dunant ou rue du Général-Dufour. Le français canadien utilise aussi le trait d’union entre le titre, le qualificatif, le prénom, les initiales et le nom de famille, mais contrairement à la norme française, la norme québécoise ne l’utilise jamais après la particule nobiliaire. Par exemple, il existe à Montréal une place Jacques-Cartier et un pont Jacques-Cartier portant tous deux le nom de Jacques Cartier, avec trait d’union, mais il existe une rue Sieur-De Beaucours à Québec portant le nom de Josué Dubois Berthelot de Beaucours ou une rue Charles-De Gaulle à Sainte-Julie portant le nom de Charles de Gaulle, avec trait d’union sauf après la particule nobiliaire.

La règle s’applique aussi aux « ouvrages d’art » ainsi qu’à « tout organisme, bâtiment ou monument public portant le nom d’une personne notamment ». Toutefois, les recommandations d’insertion du trait d’union des codes typographiques ne sont pas utilisées systématiquement et auraient même tendance à disparaître dans les noms propres devenus noms de rue. L’Institut national de l'information géographique et forestière n’utilise pas non plus cet usage dans sa Charte de toponymie, notamment dans les exemples Place du 8 mai 1945 ou Parc Henri IV.

Cas des établissements et noms d’université

La question du trait d’union pour les noms d’université suscite elle aussi des débats : « J’ai un doute concernant l’usage du trait d’union dans les noms d’université. - Damien a été accepté à l’université Paris III-Sorbonne nouvelle. Le trait d’union est de rigueur en effet, tout comme les noms de rues. » Pour un établissement officiel, vous pouvez aussi décider de respecter la graphie officielle. Quand le nom est institutionnalisé, on voit l’intérêt de distinguer « je connais Louis le Grand » (le roi) et « je connais Louis-le-Grand » (le lycée). Pour certains, la majorité des gens refuse une distinction arbitraire entre le nom de la personne et le nom de ce qu’elle représente désormais, et s’affranchit donc du trait d’union.

La Poste a modifié ses pratiques : aujourd’hui, sur les sites PagesBlanches et PagesJaunes, les traits d’union ont disparu, aussi bien des noms de voies que des noms de communes. Le modèle donné par La Poste pour « [b]ien rédiger l’adresse d’une lettre ou d’un colis » n’affiche plus aucun trait d’union. « La Poste demande aux usagers de “massacrer” l’orthographe des toponymes. [… Elle] voudrait interdire, dans la ligne du code postal, les minuscules, les accents, les apostrophes, les traits d’union… »

Transcriptions et usages internationaux

Dans certaines transcriptions de noms chinois ou coréens, le nom personnel (postnom ou prénom) peut avoir ces deux syllabes séparées par le trait d’union, souvent utilisé bien qu'optionnel : Sun Yat-sen, Lee Myung-bak. Le trait d’union est aussi utilisé dans certaines transcriptions de noms arabes entre l’article et le nom propre : Moubarak al-Shamikh. Globalement les autres langues n’utilisent pas ou moins souvent le trait d’union dans les dénominations. Par exemple, en anglais, on rencontre des usages différents pour les noms de lieux et de personnes.

Lire aussi: L'UAE en détail

Orthotypographie et recommandations pratiques

Le trait d’union en français joue un rôle précis en reliant des termes pour former des mots composés ou pour établir un lien syntaxique entre un verbe et son pronom. Il existe des divergences entre les dictionnaires (et au sein même d’un dictionnaire) pour de nombreux mots composés. En maîtrisant l’utilisation du trait d’union, vous améliorez non seulement votre écriture, mais aussi votre compréhension du fonctionnement de la langue française.

On veillera également à ne pas confondre au-dessus et en dessous. Les tournures interrogatives, l’impératif et les prénoms composés sont des cas fréquents d’emploi. En plus, pour des raisons techniques (ou d'ordre informatique), il ne soit pas possible d'utiliser des espaces insécables. En ce cas, il est préférable d'éviter les espaces.

Tableau synthétique : quand mettre un trait d’union ?

Cas Mettre le trait d’union Exemples
Prénoms composés Oui Jean-Paul, Jean-Pierre
Verbe + pronom (impératif non négatif) Oui Donne-lui, prends-la
Forme négative Non Ne te sauve pas, ne me dérangez pas
Noms de rues / toponymes Variable (selon pays et sources) rue Victor-Hugo / rue Victor Hugo
Mots composés (sens modifié) Souvent amour-propre vs amour propre

Quand faut-il écrire DEMIE ? et le trait d'union ?

Conseils pour l’usage courant

  • Respectez la graphie officielle des établissements ou des toponymes lorsque celle-ci est donnée.
  • En l’absence d’indication, suivez les recommandations des guides typographiques de référence (Lexique de l'Imprimerie nationale, Dictionnaire des règles typographiques de Louis Guéry, Le Bon Usage) ou la pratique administrative du pays concerné.
  • Pour éviter les ambiguïtés, n’hésitez pas à utiliser le trait d’union quand il change le sens ou la lecture d’une expression.
  • Rappelez-vous que le trait d’union unit ; le tiret divise. N’utilisez pas le premier pour remplacer systématiquement le second, malgré son accessibilité au clavier.

En cas de doute sur vos textes, consultez les ouvrages de référence cités ci-dessus ou demandez l’avis d’un correcteur spécialisé. Un doute sur vos textes ?

balises:

Articles populaires: