Armor Méca : redressement judiciaire et situation actuelle

Basée à Pleslin-Trigavou (Côtes-d’Armor), l’entreprise industrielle a été placée en redressement judiciaire en mars puis en liquidation judiciaire avec poursuite d’activité jusqu’au 26 mai par le tribunal de commerce de Saint-Malo.

Contexte et historique récent

Armor Meca est en difficulté. Spécialisé dans les pièces techniques pour l'aéronautique civile et militaire, le sous-traitant qui a reçu en 2017 le prix de l'entrepreneur régional de l'année décerné par le cabinet EY, a été placée en redressement judiciaire en juillet dernier par le tribunal de commerce de Saint-Malo.

Armor méca a été placée en redressement judiciaire le 9 juillet dernier. Une procédure de redressement judiciaire est ouverte lorsqu’une entreprise est en cessation des paiements, donc dans l’impossibilité de faire face au passif exigible avec son actif disponible. Le but est de permettre la poursuite de l’activité, le maintien de l’emploi et l’apurement du passif.

Cette décision lui a été signifiée depuis le mardi 5 mars 2024. L’entreprise, qui a compté près de 200 personnes (191 à fin 2018) a pu en maintenir 110 jusqu’à ces derniers jours.

Activité industrielle et clients

Spécialisée dans l’usinage de pièces complexes en aluminium, titane, inox ou super-alliages, pour les secteurs de l'aéronautique et de la défense, elle compte parmi ses clients des grands noms de l’industrie comme Airbus, Thalès, Safran ou Latécoère.

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Elle dispose désormais d'une usine d'une surface couverte de 10.000 m² située à Pleslin-Trigavou (Côtes d'Armor) où elle conçoit et produit des éléments en aluminium, titane et inox pour des groupes comme Airbus, Safran ou Thales. L’entreprise est spécialisée dans l’usinage de pièces complexes et l’assemblage de sous-ensembles. Son savoir-faire est reconnu par les plus grands donneurs d’ordres (Airbus, Stelia, Safran, Thales, MBDA…).

Armor Meca est aussi présente dans le médical et l'énergie. L'entreprise fait état d'un parc composé de 60 machines différentes.

Investissements, reconnaissance et partenaires

La société de Pleslin Trigavou, qui a beaucoup investi ces dernières années dans son parc machines pour se doter d’un outil industriel innovant et à la pointe de la technologie, a pourtant toujours été reconnue pour son excellence industrielle. Elle a d’ailleurs participé avec succès au projet “performance industrielle“ et a été certifiée niveau 2 en 2019 et avait fait partie en 2017 de la première promotion du programme Ambition PME-ETI du Gifas en partenariat avec Bpifrance.

Armor Meca a fait partie de la première promotion du programme Ambition PME-ETI de bpifrance pour accompagner les entreprises à fort potentiel de croissance. Forte d'une équipe composée de plus de 170 collaborateurs, l'entreprise a multiplié les investissements industriels au cours des années écoulées.

Armor méca avait fait entrer l’investisseur Unexo à son capital en 2015. Unexo, filiale des caisses du Crédit Agricole du grand Ouest de la France , est partenaire depuis 2015 d'Armor Meca. « Nous accompagnons la holding du groupe - société Soc-Air- sous la forme d'emprunts obligataires. Elle n'est pas concernée par le redressement judiciaire », précise la direction d'Unexo.

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Société à capitaux majoritairement familiaux, Armor Meca a été accompagnée par la Région Bretagne qui lui a accordé à plusieurs reprises des aides pour son important plan de développement et ses embauches. L'une des dernières subventions en date porte sur un total de 760.000 euros.

Chiffres financiers et trajectoire

Son dernier chiffre d’affaires connu, en 2017, était de 19,54 M€ avec un résultat net de 794 k€ (16,18 M€ avec un résultat net de 842 k€ en 2016). Armor Meca a réalisé 21,6 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2018, pour un résultat net positif de plus de 760.000 euros. En 2015, elle présentait un chiffre d'affaires de 13,6 millions d'euros.

En 2018 elle ambitionnait même d’atteindre les 100 M€, à moyen terme, par croissance externe et par croissance organique.

Causes des difficultés et tentatives de redressement

C'est la perte récente d'un important marché dans l'aéronautique qui aurait contraint Sébastien Colas, le dirigeant d'Armor Meca, à déposer le bilan. « Nous ne sommes pas parvenus à redresser l’entreprise suffisamment. Le secteur de l’aéro-nautique est en grande difficulté. Nous sommes confrontés à d’importantes difficultés de trésorerie », nous a fait savoir Nicolas Lunot, le Pdg de Armor Méca Développement, entreprise qu’il avait reprise en 2020 avec un groupe d’investisseurs.

« On a mis beaucoup d’énergie pour relancer une entreprise qu’on avait reprise juste avant le covid. On a réussi à traverser cette première difficulté, puis le début du conflit en Ukraine, mais les conditions du marché se sont considérablement dégradées. Nous avons injecté beaucoup d’argent pour maintenir l’outil, les personnes et le savoir-faire. Nous avions une feuille de route prometteuse mais nos actionnaires sont arrivés au bout de leur capacité de financement », explique aussi Nicolas Lunot, déçu par ailleurs de n’avoir pas obtenu un soutien plus marqué de l’institution bancaire, « au moment, pourtant, où l’on parle de réindustrialisation du pays ».

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La société a peut-être été déstabilisée par le départ d’Olivier aux Etats-Unis. Armor Meca a récemment réorganisé son capital suite au départ aux Etats-Unis d'Olivier Colas, le frère du dirigeant actuel. Il s'est chargé de développer outre-Atlantique la société Argolf.

Elle a peut-être aussi pâti du rapprochement avorté avec We Are Aérospace avec des engagements de volume qui n’ont pas été tenus alors que le groupe de Montauban était son premier client.

Emploi et mesures sociales

Le PSE - Plan de sauvegarde de l'emploi - qui est en préparation devait initialement porter sur un total de 40 à 60 suppressions d'emplois. L'administrateur judiciaire espère en minimiser la portée pour le ramener à moins d'une trentaine de suppressions de postes.

Le personnel a été prévenu de la situation. En début de semaine, l’activité se poursuivait normalement dans les ateliers d’Armor-Méca.

La procédure de redressement prévoit qu’un point d’étape soit effectué tous les deux mois. Un rendez-vous est prévu en septembre prochain au tribunal de commerce de Saint-Malo pour étudier l'évolution de la situation.

Reprises, offres et perspectives

Selon nos informations, une offre de reprise a été déposée et quatre entreprises ont donné des marques d’intérêts. La date limite de dépôts des dossiers est désormais fixée au 5 avril. Le tribunal de commerce, après avoir convoqué les potentiels repreneurs fin avril, devrait rendre sa décision début mai.

« Il y aura des offres de reprise » : ce qui pourrait favoriser l’arrivée d’un repreneur, « qu’on a bon espoir de trouver dans les deux mois, des négociations sont en cours. On va chercher à s’appuyer sur un grand groupe ou bien à trouver un investisseur susceptible de diversifier l’activité. Il y aura des offres de reprise, il conviendra de maximiser les chances de trouver la solution industrielle qui permette de maintenir la totalité des emplois », continue Nicolas Lunot.

Début mai, le tribunal de commerce de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) a retenu l'offre de reprise émise par Drouault Industries, groupe normand spécialisé dans le découpage et la transformation des métaux.

« Le tribunal nous laisse le temps de trouver un repreneur », appuie Nicolas Lunot, le PDG d’Armor Méca, qui se dit « très confiant ». « L’amertume est d’autant plus grande pour le dirigeant « que nos carnets de commandes sont bien remplis ». Ce qui pourrait favoriser l’arrivée d’un repreneur.

Acteurs impliqués

  • Sébastien et Olivier Colas : pilotes historiques de la société, deux frères aux profils complémentaires, commercial et gestionnaire.
  • Nicolas Lunot : PDG d’Armor Méca Développement, impliqué dans la reprise de 2020.
  • Unexo : investisseur entré au capital en 2015 et partenaire depuis 2015.
  • Tribunal de commerce de Saint-Malo : instance judiciaire gérant la procédure et les décisions de reprise.
  • Drouault Industries : repreneur retenu début mai par le tribunal de commerce.

Tableau récapitulatif (données financières et effectifs)

Année Chiffre d'affaires (M€) Résultat net (k€) Effectif (approx.)
2015 13,6 - -
2017 19,54 794 -
2018 21,6 760+ 191 fin 2018

C'est peut-être la fin de la série noire pour Armor Meca. Sauvé de la faillite il y a cinq ans, ce spécialiste de l'usinage de précision - principalement pour le secteur aéronautique - installé à Pleslin-Trigavou, près de Dinan, dans les Côtes-d'Armor, avait de nouveau été placé en redressement judiciaire en mars.

Nous ne sommes pas parvenus à redresser l’entreprise suffisamment, et nos actionnaires sont arrivés au bout de leur capacité de financement, mais l’activité se poursuit et les démarches de reprise sont en cours.

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