Artisanat traditionnel et culture Ifugao à Banaue (Philippines)
La huitième merveille du monde : sous la pluie ou sous le soleil, ce n’est pas tout à fait la même chose… Inscrites sur la liste du patrimoine mondial en 1995, les rizières en terrasses du nord des Philippines sont communément considérées comme la 8e merveille du monde. Une reconnaissance à la hauteur de la beauté naturelle qui s’en dégage. Voilà deux millénaires que ces rizières occupent si harmonieusement ce territoire reculée et plutôt rude de l’archipel philippin.
Paysage culturel vivant et contexte géographique
Dans la région nord de Luçon, autour de Banaue notamment, les rizières en terrasses représentent un véritable paysage culturel, vivant et global, dans lequel les éléments naturels paraissent encore dominer les transformations humaines. Implantées sur les versants des montagnes peuplées de longues date par les Ifugao et par d’autres populations autochtones, les rizières étagées se situent à une altitude allant de 700 à 1500 mètres et couvrent une superficie de 20.000 kilomètres carrés, ce qui représente environ 7% du territoire terrestre philippin.
Les rizières « classées » s’étendent sur les cinq provinces du nord : Kalinga-Apayao, Abra, la province dite des Montagnes, Benguet et Ifugao. Pour l’Unesco, « les rizières en terrasses d’Ifugao incarnent le mélange absolu de l’environnement physique, socioculturel, économique, religieux et politique. Il s’agit, qui plus est, d’un paysage culturel vivant d’une beauté incomparable. Les rizières en terrasses d’Ifugao sont une contribution inestimable d’ancêtres philippins à l’humanité. Construites il y a 2000 ans et transmises de génération en génération, les rizières en terrasses d’Ifugao représentent une illustration immuable d’une civilisation ancienne qui a résisté aux nombreux défis et revers causés par la modernisation ».
Les cinq groupes de rizières classés par l'UNESCO
- le groupe des rizières en terrasse de Nagacadan dans la municipalité de Kiangan, groupe formé de deux rangées ascendantes de terrasses bissectées par une rivière;
- le groupe des rizières de Hungduan qui est le seul du genre à former une sorte de toile d’araignée;
- le groupe central des rizières de Mayoyao qui se caractérise par des terrasses entremêlées avec les bale (maisons) et alang (greniers) des paysans traditionnels;
- le groupe des rizières de Bangaan dans la municipalité de Banaue, avec en toile de fond un village traditionnel Ifugao typique;
- le groupe des rizières de Batad appartenant à la municipalité de Banaue, qui est niché dans des terrasses en demi-cercle semblables à un amphithéâtre avec un village en contrebas.
Ifugao : peuple des collines et mode de vie
Les Ifugaos sont un peuple autochtone des Philippines, principalement établi dans la province du même nom, au cœur de la Cordillère. Ifugao translates to ‘people of the hill’, and trek from village to village and it’s easy to see why - these people have spent generations living on steep, seemingly inhospitable mountains. Perched high in the Cordillera mountain range, the town is surrounded by an epic landscape of sweeping hills, dotted occasionally with clusters of tin-roofed houses. The sweeping Cordillera mountains which surround Banaue are home to a number of ethnic tribes, with the Ifugao being most dominant.
Contrairement à de nombreuses cultures indigènes menacées d’extinction, les traditions ifugaos restent bien ancrées. Les Ifugao, principaux autochtones de la zone concernée, sont déterminés de l’idée de conserver absolument leur mode de vie traditionnel et de faire de leur mieux pour maintenir les fameuses terrasses en état. Aujourd’hui, la plupart des jeunes de Banaue ont troqué les tissus tribaux contre des jeans de marque américains, mais il est encore possible d’apercevoir la tenue tribale et des coutumes traditionnelles auprès des anciens qui vivent dans les collines environnantes.
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Artisanat traditionnel : bois, textiles et symboles
L’artisanat local, avec notamment les célèbres sculptures en bois de certaines divinités ifugao, témoigne de ces forts liens entre la foi et la loi, entre la religion et la coutume. Woodcarving and textiles are some of the most unique forms of cultural expression still alive in tribal villages today. Les produits artisanaux sont en général de bonne qualité et de prix très abordables, similaires à ceux qu'on trouve en Thaïlande, par exemple. Dans certaines régions, on peut acheter l'artisanat des ethnies locales, comme celui des Ifugao à Baguio, dans la zone de la cordillère de Luzon.
Privilégiez la qualité avec les pièces artisanales produites localement par les communautés elles-mêmes. Plus chères que celle importées et fabriquées industriellement, elles sont non seulement la garantie d'un circuit court mais surtout de la pérennisation d'un savoir-faire ancestral utilisant des matières premières à proximité. Les communautés intègrent ainsi un meilleur bénéfice de leur travail sans dépendre d'un fournisseur.
Objets et techniques traditionnels
- Sculptures en bois représentant des divinités et symboles rituels;
- Tissus et textiles tissés à la main par des tisserandes locales;
- Greniers alang et maisons bale comme formes architecturales utilitaires et artistiques;
- Travail manuel des rizières : terrassement, construction de murets, gestion des canaux d'irrigation.
Systèmes agricoles, gestion de l’eau et durabilité
Le système traditionnel hydraulique qui prévaut sur ces hauteurs, avec ses canaux bien calculés et ses terres biens agencées, est fondamental pour le futur des communautés qui vivent sur place. La gestion de l’eau, denrée vitale et donnée précieuse, est également essentielle, et l’usage de machines ou de véhicules mécaniques, tout comme la pratique de l’élevage, sont limitées à leur portion la plus congrue possible. Les travaux d’entretien des rizières, de terrassement, ou de constructions de murets, sans même évoquer les habituelles taches liées à la riziculture, se font exclusivement de manière manuelle.
La poursuite de la déforestation dans la région ne peut que nuire à la durabilité de cet écosystème. De plus, un sérieux tremblement de terre ou une inondation monstre peut d’un seul coup totalement bouleverser ce minutieux aménagement, toujours éphémère et fragile. Les hommes certes bâtissent ces montagnes mais c’est encore la nature qui en dispose…
Programmes et axes de gestion recommandés
Aux yeux de l’Unesco, les thèmes de ces programmes sont : « la gestion des risques naturels, la gestion agricole, la gestion des bassins versants, la gestion de l’eau et l’irrigation, le développement des transports, le développement touristique, la valorisation socio-culturelle, le développement des moyens de subsistance, le développement institutionnel » (cité par Villalon). Depuis 2001, le lancement d’un projet de cartographie SIG de l’ensemble du site devrait contribuer à la mise en place d’un plan de gestion. En outre, un schéma directeur pour les groupes de terrasses des municipalités de Kiangan, Banaue, Hungduan, Hapao et Mayoyao, a été élaboré ces dernières années.
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Menaces, conservation et engagement communautaire
Alors, si en 2001, le Comité du patrimoine mondial avait déjà constaté le mauvais état de conservation - et de gestion - du site, il a décidé de placer ce dernier sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Entre 2005 et 2007, des missions d’experts ont à nouveau appuyé sur la sonnette d’alarme, en montrant du doigt le développement chaotique et touristique de la région, sans oublier l’abandon des terrasses et la perte d’identité culturelle…
La mission revenait dans un premier temps notamment à la « Commission des terrasses Ifugao », instaurée suite à l’inscription du site, mais les fonds étant trop maigres, les projets sont restés dans les cartons… Cette Commission fut alors remplacée le « Groupe d’étude des rizières en terrasses de Banaue », désigné donc comme responsable de ce projet. Mais, une nouvelle fois, le manque crucial de budget, a contribué à faire avorter l’avancement du projet… Le souci, relève Augusto Villalon, renvoie au manque d’intérêt et de sensibilisation de la part de l’Etat philippin : « Tant que les autorités nationales ne voient pas la nécessité de préserver ensemble les systèmes culturel, naturel, agricole et environnemental interdépendants, qui sont les éléments fondamentaux de la valeur patrimoniale du site, peu de projets peuvent aboutir ».
Face à l’absence de l’Etat, c’est le gouvernement provincial ifugao qui a directement décidé de s’occuper des plans et politiques de conservation, avec le soutien des autorités locales et d’une ONG du nom de Sitmo (Mouvement pour la sauvegarde des terrasses ifugao). Depuis 2007, ce sont donc les locaux qui tentent de préserver au mieux leur patrimoine et leur territoire, en s’aidant des conclusions rapportées par les chercheurs de l’Unesco.
Renaissance culturelle et tourisme communautaire
Surtout, les autochtones ont retrouvé l’envie et le besoin de mieux connaître leur culture, de perpétuer leurs savoir-faire, de relancer des fêtes et des traditions oubliées. Autour de ces actes forts, se fonde une identité culturelle, jusqu’alors moribonde, quelque peu retrouvée, et sur laquelle se construisent des programmes de tourisme communautaire, plus respectueux des milieux naturels et culturels rencontrés.
Cet exemple d’implication autochtone montre, si besoin en était, que pour que tout projet de ce type puisse fonctionner et porter ses fruits, la participation communautaire est essentielle et même obligatoire. Augusto Villalon constate que cet élan autochtone pour la survie de leurs trésors culturels est une bonne note d’espoir après tant d’années de tergiversations : « Chacun a reconnu qu’en l’absence de conservation culturelle, il ne pouvait pas y avoir de conservation des terrasses puisque leur entretien fait partie intégrante de la culture et des traditions locales. Une forme adaptative de gestion locale fondée sur le savoir ancestral est maintenant en place sous le contrôle de la communauté ».
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Ifugaos, sculpteurs de montagnes
Visiter Banaue, Batad et Bangaan : conseils pratiques
Située dans la région montagneuse de la Cordillère, au nord de l’île de Luzon à environ 9h de route de Manille, la province d’Ifugao est l’un des trésors culturels et naturels les plus fascinants des Philippines. Le principal attrait touristique de la région reste sans conteste les rizières en terrasses de Banaue, souvent surnommées la "huitième merveille du monde". Pour rejoindre Batad et Bangaan depuis la ville de Banaue, prenez un bus ou van depuis Manille jusqu’à Banaue, puis des transports locaux. Batad nécessite souvent un accès pédestre ou à cheval depuis le point d’arrivée, tandis que Bangaan est accessible par une route secondaire.
La meilleure période pour visiter la région va de novembre à mai, pendant la saison sèche. Les mois de mars à mai offrent souvent les plus belles vues, lorsque les rizières sont vertes et pleines d’eau. The best time to view the rice terraces is April and May when the terraces are at their greenest. Pour un visiteur, le meilleur endroit en ville pour admirer les terrasses est le Banaue Viewpoint, une montée raide ou une courte balade en tricycle au-dessus de la ville.
Activités recommandées
- Randonnées et treks vers Batad et autres villages pour découvrir les terrasses et le mode de vie local;
- Homestays en villages pour une immersion dans le quotidien Ifugao;
- Visites de boutiques d’artisanat, musées locaux et ateliers de tissage;
- Participation à des fêtes locales et « fiestas » pour observer rites chrétiens mêlés au folklore local;
- Exploration des chutes d'eau, Echo Valley et grottes proches pour varier les découvertes naturelles.
Culture, religion et vie sociale
De toute évidence, le champ spirituel et mythologique de ces ancestrales cultures montagnardes irrigue en profondeur l’environnement et la société autochtones. Les Philippins régissent leur vie autour de l'église catholique. Issu de la colonisation espagnole, le catholicisme a intégré chaque couche de la société. Généralement très pieux, les Philippins accordent une place importante aux rites religieux.
Les fêtes locales prennent une place très importante dans la vie des Philippins. Les « fiestas » sont des cérémonies très colorées mélangeant rites chrétiens et folklore local. Les Ifugao conservent des rituels et pratiques religieuses qui se mêlent aux pratiques agricoles et sociales : les cérémonies, le respect des dieux, la place des ancêtres et la fabrication d'objets rituels participent à l'équilibre entre culture et nature.
Risques et réflexions sur le tourisme
Le trépignant village de Banaue, carrefour des voyageurs, des commerçants et des artisans… Le tourisme est une opportunité mais aussi un risque. Rappelons-nous ici les propos rapportés, voilà déjà quelques décennies par R. Fox, à propos du tourisme et de son caractère particulièrement volatil : « Le tourisme est comme le feu. Il peut cuire vos aliments ou brûler entièrement votre maison. (…) Quel sera le coût de ce fantastique bond (touristique) en avant pour l’intégrité - peut-être la survie même - de nos sites du patrimoine ? ».
L’inscription à l’Unesco est supposée freiner sinon stopper le mal-développement qui menace ce coin de paradis. Mais le sursis est à l’ordre du jour, et ce en dépit de la labellisation officielle. Dans les hameaux de la zone, comme dans le pittoresque village de Batad, les toits en chaume participent à l’harmonie globale du paysage somptueux auxquelles nous ont habituées les cartes postales et autres photos de voyagistes. Pourtant, et en dépit des aides à cet effet allouées parfois aux familles, des toits de tôle d’acier continuent de voir le jour et malheureusement de salir quelque peu le beau spectacle de la nature.
Pourquoi soutenir l’artisanat et la culture Ifugao ?
Un voyage en Ifugao, c’est l’occasion de découvrir une autre facette des Philippines, loin des plages et du tourisme de masse. Aller à la rencontre des habitants est l'un des points essentiels si l'on veut s'imprégner de la culture du pays et ainsi mieux le comprendre. Quelques mots en tagalog vous ouvriront les portes de l'accueil chaleureux philippin. Accueillants et chaleureux, les Philippins communiquent avec un large sourire, alors n'hésitez pas à leur répondre.
Les artisanats locaux (bois, textiles, poterie éventuelle) sont des vecteurs de revenus durables quand ils sont achetés directement aux artisans. En privilégiant l'achat d'objets fabriqués localement, le visiteur soutient la pérennisation d'un savoir-faire ancestral, aide à maintenir les pratiques agricoles traditionnelles et participe à une économie locale moins dépendante des flux touristiques volatils.
| Élément | Importance |
|---|---|
| Rizières en terrasses | Patrimoine culturel et source de subsistance |
| Artisanat (bois, textile) | Transmission culturelle et revenus locaux |
| Gestion de l’eau | Clé de la durabilité agricole |
| Tourisme communautaire | Opportunité et risque selon la gestion |
Pour l’heure, il ne faut pas hésiter à partir se promener en ces lieux, gardés des dieux et pour l’heure encore relativement préservés de la prédation modernisatrice. Une terre où la beauté naturelle et la fierté des humains incitent au respect, à l’humilité et à la contemplation… Partons sur ces terres ifugao : à leur arrivée au village de Sagada, les visiteurs sont invités à s’inscrire à l’Office du tourisme local, puis ils décideront de ce qu’ils auront l’intention de faire les prochains jours… Leur choix sera vaste et prometteur : petites randonnées ou grands treks à Echo Valley, aux abords rizières et des chutes d'eau de Bomo-ok, de Bokong ou de Kapay-aw, visites des villages et des environs, comme le hameau de Balugan ou les grottes de Sumaging et de Lumiang.
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