Histoire et techniques de fabrication des arcs : artisanat amérindien

L'arc est l’une des technologies les plus essentielles et les plus intéressantes de l'humanité, détrônée peut‑être par la maîtrise du feu. De plus, des pointes de flèches bien plus anciennes ont été découvertes par des archéologues. Les premiers arcs et flèches étaient fabriqués à partir de matériaux organiques qui se préservent mal.

Dans l'imaginaire occidental, les Indiens d'Amérique représentent le prototype par excellence des sociétés de chasseurs à l'arc. Les westerns, les uns après les autres, ont imprimé l'idée d'un continent nord‑américain tout entier peuplé de gais sauvages vivant dans des tipis, galopant à dos de cheval et lardant de flèches des troupeaux de bisons. La première chose est que le cheval était un article d'importation fort récent, puisqu'il n'était arrivé qu'avec les premiers conquistadors, au début du XVIe siècle. Et il avait fallu attendre encore un bon siècle avant que des animaux retournés à l'état sauvage (les mustangs) soient capturés et montés par les habitants.

Temporalité et diffusion de l'arc en Amérique du Nord

Toujours est‑il que si l'on s'accorde à penser qu'en Europe, les arcs les plus anciens remontent au moins à 10 000 ans avant notre ère, l'arc ne semble faire son apparition en Amérique du Nord qu'autour de -3 000. Il ne s'agit pas d'une invention locale, mais d'un article d'importation, lentement diffusé à partir de l'Asie : les traces les plus anciennes se trouvent donc tout naturellement en Alaska. L'arc ne progresse ensuite qu'assez lentement. Son usage s'étend peu à peu d'est en ouest dans les zones arctiques ; la côte orientale est atteinte vers -1 500.

Il faut descendre encore un peu plus vers le sud pour trouver des éléments plus fiables. L'arc ne semble apparaître dans le Grand Bassin que vers l'an 200 de notre ère. Il ne se diffuse sur la côte Ouest et dans les Plaines que vers l'an 500 ; il touche la côte Est vers l'an 600, et le sud‑est en 700, voire 800. Sa diffusion aurait été très lente au départ : quinze siècles pour couvrir la zone arctique, et aucune pénétration vers la zone plus tempérée. Ensuite, en quelques siècles, peut‑être trois ou quatre, il se serait répandu sur la totalité du territoire.

Arc, technique et évolution sociale

Revenons à présent à l'émergence des sociétés dites complexes. Dans les années récentes, certains chercheurs ont proposé une autre voie de recherche, en faisant remarquer que sur l'ensemble du territoire, l'apparition des sociétés complexes suit de près l'introduction de l'arc. Selon eux, il ne peut s'agir d'un simple hasard : on se trouve face à un rapport de cause à effet. L'arc aurait permis un progrès dans les capacités d'exploitation du milieu, en améliorant considérablement les performances à la chasse.

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C'est le mode de raisonnement le plus strictement « marxiste » : un progrès technique, en accroissant les forces productives, aurait induit une modification, sinon des rapports de production, tout au moins des formes sociales. L'influence de l'arc se serait jouée autour de la supériorité militaire qu'il donnait à ses possesseurs. Une fois adopté par certains peuples, il aurait contraint leurs voisins à former des ensembles plus grands afin de se défendre. Cette hypothèse, qu'on peut qualifier de militaire, ne paraît pas absurde.

Elle se heurte néanmoins à l'objection selon laquelle les sociétés complexes ne formaient pas un continuum. Il existe, je crois, un contre‑exemple assez évident au lien entre arc et complexité sociale : il s'agit de la Côte nord‑ouest, où la stratification sociale serait apparue dès le deuxième millénaire avant notre ère, soit deux mille ans avant l'arrivée présumée de l'arc. Si ces dates se vérifiaient, cela indiquerait que l'arc peut tout au plus être une cause parmi d'autres de la complexité sociale, mais une cause ni nécessaire, ni suffisante.

Plus généralement, il semble clair que l'évolution sociale est une résultante complexe et, pour le moment, fort mal comprise, de l'interaction entre plusieurs facteurs. Que la technique soit l'un de ces facteurs, et l'un des plus décisifs, ainsi que le soulignait déjà Marx, me paraît incontestable. Mais en aucun cas ce facteur n'agit seul et la relation entre technique et formes sociales ne se laisse pas appréhender par une formule générale simple.

Typologie des arcs et principes mécaniques

Mécaniquement, un arc est un ressort composé de deux parties souples et élastiques, tendues par une corde. Quand l'archer tire la corde vers lui, l'arc accumule de l'énergie. Puis quand il relâche la corde, l'énergie se transmet à la flèche, qui jaillit de l'arc. L'arc est une technologie très efficiente, l'énergie cinétique de la flèche est proche du total d'énergie déployée. Les flèches le sont également, bien plus que les balles. Elles perdent peu de vitesse lors du vol et nécessitent peu d'énergie pour transpercer une cible.

Nos ancêtres ont utilisé l'arc et les flèches sur chaque continent, à l'exception de l'Australie et de l'Antarctique. La diffusion géographique considérable et la longueur de l'histoire ont permis à une grande diversité de modèles d'arcs de se développer en fonction des situations locales : les matériaux et les outils disponibles, le terrain, le climat, l'utilisation de l'arme, le contexte social, etc. Tous les arcs étaient constitués d'une pièce en bois et d'une corde, mais les matériaux, les dimensions, les formes, les styles de tir et d'autres critères varient considérablement.

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On distingue essentiellement deux types d'arcs, en opposition : l'arc simple et l'arc composite. Les arcs simples sont composés d'une seule pièce de bois alors que les arcs composites sont formés de plusieurs pièces de différents matériaux. D'autres modèles d'arcs se situent entre les deux. Les arcs simples ont dominé les continents forestiers (Europe, Amériques et Afrique). Les arcs composites, eux, se sont imposés dans les régions plus arides (Moyen‑Orient et Eurasie).

Arcs simples (selfbows, arcs longs, arcs plats)

Un arc simple se caractérise par sa durabilité et sa simplicité de fabrication, d’entretien et de réparation. Il est constitué d'une seule pièce de bois, généralement droite. Le modèle le plus connu est l'arc long. Comme son nom le laisse entendre, il est connu pour sa longueur. Il était à peu près de la même taille (ou plus grand) que l'archer qui tirait avec.

La momie Ötzi possédait par exemple un arc long de 182 cm datant de 3 300 av. J.‑C. Le deuxième type d'arc simple est l'arc plat. Il est à peine plus court que l'arc long, mais sa partie centrale est différente. L'arc long a une forme circulaire ou en D, le ventre étant le côté de l'arc qui est tourné vers l'archer. L'arc plat, au contraire est plat des deux côtés.

Historiquement, la puissance des arcs simples de grande taille a servi au combat et à la chasse aux gros gibiers. Pour la chasse au petit gibier à courte distance, on se contentait d'arcs plus courts (appelés « petits arcs » ou « arcs à oiseaux »). Ces armes étaient moins puissantes, utilisaient des flèches plus courtes et plus légères.

Arcs composites et cavalerie

L'arc composite est constitué de plusieurs couches de matériaux collées ensemble, généralement du bois, de la corne et du tendon ou ligament animal. L'arc composite n'est pas long et droit, mais un arc court et presque toujours « recurve ». Le ventre de l'arc était constitué de corne (qui supporte très bien la compression) et le dos de tendon (qui a une très grande résistance à la traction).

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La combinaison de ces matériaux offrant de meilleures performances, un arc composite peut se courber davantage par rapport à sa longueur qu’un arc simple. C’est pour cette raison qu’on peut le fabriquer plus court qu’un arc simple à puissance égale, ce qui le rendait idéal pour tirer à cheval. L'arc composite était majoritairement utilisé par les archers à cheval.

Matériaux traditionnels : bois d'arc, corne, tendons, cuir

Pour qu’une branche d’arc puisse emmagasiner de l’énergie, le bois doit être à la fois solide et souple. Certains bois sont particulièrement bien adaptés à la fabrication d’arcs. Les fabricants d’arcs du passé considéraient l'if comme l’un des meilleurs matériaux. Son aubier est très résistant à la tension et son duramen supporte très bien la compression. Dans un arc en if, on utilise donc l’aubier pour le dos et le duramen pour le ventre.

Un autre excellent bois d’arc est l’oranger des Osages, originaire d’Amérique du Nord. Il a une forte résistance à la flexion et une grande élasticité. Il est pratiquement impossible de trouver une pièce droite d’oranger des Osages suffisamment longue pour un arc, car le bois est très tordu, plein de nœuds et d’épines. Cependant, l'if et l'oranger des Osages n’étaient pas les seuls bois utilisés, loin de là. On peut utiliser presque n’importe quel type de bois pour fabriquer un arc simple, même les bois les plus improbables.

Dans un arc composite, la corne était généralement prélevée sur un buffle domestique. La corne supporte très bien la compression et les tendons le dos de l'arc en résistance à la traction. L’arc est recouvert d’écorce ou de cuir et protégé par de la laque.

Choix et préparation du bois

Il est préférable de conserver le bois à l'air libre, mais dans un endroit couvert, à l'ombre. Les bûches doivent ensuite être fendues, sinon elles se fendront d'elles‑mêmes lors du séchage. Les extrémités des bûches fendues doivent être scellées avec de la cire ou du vernis, puis attendre patiemment que le bois sèche suffisamment. Un archetier expérimenté peut voir les arcs dans la bûche.

Avant l’apparition des outils en métal, le bois était plus facile à travailler lorsqu’il était encore frais et vert. Certains Amérindiens ont mis au point une technique ingénieuse pour découper des arcs à partir de troncs et de branches d’arbres vivants : ils pratiquaient deux entailles en forme de V aux extrémités supérieure et inférieure de la pièce prévue, qui était ensuite laissée dans l’arbre pendant plusieurs années en attendant qu’elle sèche. Enfin, avec un levier, ils arrachaient la pièce de l’arbre, puis façonnaient l’arc.

Fabrication d’un arc simple : étapes et savoir‑faire

Le modelage d’un arc simple consiste à suivre le grain et le comportement du bois. Si on utilise des rondins, la première étape consiste à les fendre en deux ou en quatre, en utilisant une cale de manière à ce que la fissure suive le sens du grain. Ce sont les bûches qui déterminent le style et la forme de chaque arc.

Le processus de fabrication d’un arc simple repose principalement sur le « tillering » : les branches de l’arc sont affinées de plus en plus en retirant du bois du côté du ventre, petit à petit, et en veillant à ne pas en retirer trop. Le dos de l’arc reste inchangé et suit l’anneau de croissance du bois. Un arc fabriqué dans un bois de qualité inférieure peut être protégé contre la rupture en renforçant le bois sous la forme d’un arc plus long ou plus large.

Un arc simple peut être fabriqué en quelques heures, sans compter le temps de séchage du bois. Une arme d’excellente facture demande du talent, mais n’importe qui peut se fabriquer un arc rudimentaire. Les auteurs de The Bowyer’s Bible racontent une expérience : ils rentrent dans une forêt les mains vides et en ressortent avec un arc dont la fabrication ne leur a pris que six heures avec des outils de l’âge de pierre : une pierre, une hache à bois faite à la main et un feu.

Outils et finitions chez certains peuples amérindiens

Réalisé dans un bois dur et sombre, nommé sans surprise « bois d’arc », l'arc possède des encoches de corde à chaque extrémité, taillées directement dans le bois. D’abord façonné à la hache, le bois d’arc prend ensuite sa forme grâce à la lame d’un bon vieil Opinel plus facile à manier et plus précis qu’une machette. Quant à la finition pour bien polir l’arc, c’est une mâchoire de Pecari qui a toujours la préférence des Wayampi.

La corde (sorte de chanvre) est composée de 4 brins torsadés. Les chasseurs rangeaient leurs arcs dans un étui de peau de phoque ou de caribou et les flèches dans un carquois, attaché à l’étui. Dans de nombreuses cultures, l’ensemble arc‑flèche était généralement orné de plumes, de cuir et de perles.

Spécificités amérindiennes : formes, usage et flèches

Les arcs indiens étaient beaucoup plus courts que les arcs européens, car les Indiens d’Amérique utilisaient généralement l’arc pour tirer des flèches lorsqu’ils étaient à cheval. L’arc amérindien plus court permettait de disposer d’une arme d’attaque plus mobile et plus légère. D’une manière générale les amérindiens sont de petite taille et les arcs mesurent environ 1,6 m.

Le type d'arc et de flèche à utiliser dépendait de l'animal à chasser. Par exemple, les arcs simples servaient pour les petits animaux, comme les oiseaux, et les plus grands arcs servaient à la chasse au caribou et au bœuf musqué. Les têtes de flèche étaient faites d’os, de corne ou de pierre, et parfois de cuivre.

Les flèches elles‑mêmes étaient munies d’une pointe de lance en os ou d’une tête en silex ou en obsidienne. Le contraste avec la longueur des flèches est frappant chez certains peuples : ces dernières mesurent près de 1,5 m d’un bois tubulaire très léger, une sorte de roseau. En définitive la flèche est aussi longue que l’arc lui‑même.

Cas concrets et artisans contemporains

Si de nos jours les amérindiens Wayampi chassent majoritairement au fusil, longtemps l’arc fut l’arme de prédilection. Sa confection et son utilisation se raréfient dramatiquement aujourd'hui, mais quelques artisans, comme Renaud Sakeu et Jean‑Baptiste Bretreau à Camopi continuent à faire perdurer cet art ancestral.

Il existe des cours et des ateliers contemporains qui enseignent ces savoir‑faire : cours pour adultes d'une durée de 4 jours en compagnie d’un spécialiste en archéologie expérimentale, apprentissage et pratique des rudiments de la percussion et la retouche, fabrication d'outils simples, techniques d'amincissement et d'emmanchement, fabrication de pointes de projectiles et expérimentation. À noter que la fabrication d’un arc est un processus relativement long, ardu et minutieux.

Fabriquer un arc très puissant facilement !

Variations régionales et diversité des armes amérindiennes

Les Indiens d’Amérique étaient un peuple très créatif. Ils ont fait découvrir au monde de nombreux styles d’armes encore utilisés aujourd’hui. Les armes dont il est question dans cet article étaient souvent utilisées comme outils de chasse ou de campement, tout autant que pour le combat.

Les tomahawks, par exemple, étaient utilisés pour le campement, le combat, la chasse et les cérémonies. Les têtes du tomahawk, selon l’époque, étaient faites de pierres et de métaux différents. Les lances amérindiennes étaient utilisées pour le combat, la chasse et la pêche. Les couteaux amérindiens ont généralement une lame en silex ou en obsidienne et un manche en bois de cerf ou en os.

Les clubs de guerre sont apparus lorsque les Européens ont commencé à commercer avec les Indiens d’Amérique. Les massues à crosse sont exactement ce qu’elles semblent être, une massue fabriquée à partir de la crosse d’un fusil. Les massues à tête sphérique sont des massues dont la pointe est munie d’une balle ou d’une lame pour une plus grande efficacité au combat.

Conservation, entretien et comportement du bois

Les arcs en bois doivent être manipulés et entretenus. Ils aiment les choses naturelles et sont conscients que le bois change. Il est possible que l'arc devienne plus fort pendant l'utilisation, et une fois l'arc réchauffé, il peut être un peu plus faible. Les arcs en bois doivent être manipulés avec soin pour éviter la rupture ou le dépassement de leur limite d'élasticité.

Il existe des archetiers qui utilisent également la mûre et l'acacia pour fabriquer des arcs, ceux‑ci sont également plus faciles d'accès. Si quelqu'un flirte avec la fabrication d'un arc en bois et recherche du bois d'oranger, des ateliers proposent régulièrement des matières premières dans leurs ateliers, mais sans pour autant fournir de notice d'utilisation, d'aide ou de garantie.

Archéologie, datations et débats scientifiques

Les plus anciennes découvertes archéologiques ont été faites dans des tourbières, des glaciers et des sédiments lacustres gorgés d’eau : des milieux dépourvus d’oxygène qui empêchent la décomposition de la matière organique. Dans les années 1930, à Stellmoor, en Allemagne, des archéologues ont découvert une centaine de hampes de flèches dont la date de fabrication a été estimée entre 8 000 et 10 000 ans avant Jésus‑Christ. L’arc le plus ancien a été découvert dans les années 1940 à Holmegaard, au Danemark. Les scientifiques ont estimé sa date de fabrication entre 6 500 et 7 000 av. J.‑C.

Compte tenu de ces informations, certaines études ont reculé la date de création estimée des arcs et des flèches jusqu’à entre 35 000 et 70 000 ans avant aujourd’hui. Néanmoins, le raisonnement par la forme des pointes de projectile est très indirect et d'une fiabilité fragile : les pointes peuvent être confondues avec les pointes de projectiles d’autres armes, en particulier les propulseurs (atlatl).

Entre les mains d’un archer doué et puissant, l’arc (pré)historique était une arme précise et redoutable. Les armes à feu ont remplacé l'arc non pas à cause d’une supériorité technique mais en raison de leur facilité d’utilisation.

Tableau synthétique : types d'arcs et usages

Type d'arc Caractéristiques Usage principal
Arc simple (selfbow) Une pièce de bois, long ou plat, fabrication simple Chasse, combat, usage polyvalent
Arc long Longueur proche ou supérieure à l'archer, puissant Combat, chasse au gros gibier
Arc plat Section plate des deux côtés, similaire en longueur à l'arc long Chasse, tir de précision
Arc composite Multicouches (bois, corne, tendon), court, recurve Tir à cheval, mobilité, puissance courte portée

Cette diversité illustre à la fois l'adaptabilité de la technologie de l'arc et la créativité des peuples qui l'ont façonnée, parmi lesquels les Amérindiens occupent une place significative par leurs variantes régionales et leurs techniques traditionnelles de fabrication et d'utilisation.

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