Artisanat au Cameroun : histoire, techniques et secteurs clés
L’artisanat, moteur discret mais essentiel de la transformation économique made in Cameroon, mérite un repositionnement stratégique. Contrairement à l’industrie qui repose sur la production de masse, l’artisanat privilégie un travail manuel et personnalisé. Loin d’être marginal, l’artisanat camerounais constitue une force vive de l’économie nationale, avec des savoir-faire enracinés dans les traditions culturelles.
Chiffres et enjeux économiques
Le chiffre est tombé comme un rappel d’évidence. 5 % du PIB national provient du seul secteur de l’artisanat. En parallèle, le ministre a dressé devant les députés, le tableau des PME dans le tissu économique. Les PME camerounaises représentent à elles seules 36 % du PIB, selon les dernières données de l’Institut national de la statistique. « 99,8 % des entreprises enregistrées au Cameroun relèvent du statut de PME », a rappelé le ministre.
« Il est impératif de les accompagner dans leur changement d’échelle », a insisté le ministre. Le gouvernement entend désormais faire évoluer les très petites entreprises (TPE) vers des PME structurées, et permettre à certaines d’entre elles de franchir un cap vers le statut de grandes entreprises. Cette dynamique s’inscrit dans une stratégie de transformation structurelle de l’économie, qui vise à renforcer la présence camerounaise sur les marchés extérieurs.
Politiques publiques et accompagnement
Entre 2019 et 2024, nous avons accompagné près de 3 602 artisans à travers les bureaux communaux de l’artisanat», a indiqué le ministre, insistant sur l’importance des politiques publiques dans la structuration de ce vivier productif. L’État mise désormais sur la modernisation du secteur artisanal, notamment à travers l’accès aux équipements, la montée en gamme des produits, et l’intégration des normes de qualité.
Des formations sont organisées en partenariat par exemple avec l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) pour initier les artisans aux standards de certification. Car le coût des tests de conformité reste un frein majeur aux acteurs du secteur. Pour y remédier, un fonds spécifique a été mis en place par le ministère des Finances, permettant l’organisation de campagnes de tests groupés, en particulier dans l’agroalimentaire. L’enjeu est notamment d’alléger les charges pesant sur les petits producteurs et d’ouvrir la voie à une labellisation crédible.
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La Nomenclature des métiers de l’artisanat du Cameroun (NMAC) contribue à améliorer le cadre réglementaire de l’enregistrement des artisans. Cette révision prend en compte non seulement les nouveaux métiers mais également des métiers ignorés par la décision ministérielle de 2012, leur donnant ainsi une reconnaissance juridique. La liste des métiers de 2012 comprenait 3 secteurs, 20 filières et 203 métiers.
Après la révision, outre que les 3 secteurs sont restés les mêmes, on obtient finalement 14 filières, 20 corps de métiers avec 314 métiers (dont 46 métiers dans l’Art, 133 dans la Production et 134 dans les Services). Cette nomenclature comporte 156 nouveaux métiers. La seconde innovation est la description de tous les métiers.
Le Secrétaire Général du MINPMEESA, Monsieur TCHANA Joseph, a présidé l’atelier de validation de la NMAC 2021 qui s’est tenu les 2 et 3 mars 2021 et a connu la participation de cinquante-sept (57) participants provenant du MINPMEESA et des Ministères sectoriels dont relèvent les filières de métiers artisanaux, de la Chambre de commerce, de l’industrie, des mines et de l’artisanat (CCIMA), de l’Institut National de la Statistique (INS), du Fond national de l’Emploi (FNE), des Bureaux communaux de l’artisanat, des Organisations faîtières des artisans et de l’OIT.
Cet accompagnement de l’OIT s’inscrit dans son concours à la mise en œuvre de la feuille de route nationale de transition vers la formalité élaborée et transmise dans les Services du Premier Ministre en 2018.
Typologie des métiers et secteurs clés
L’artisanat regroupe plusieurs catégories d’activités qui varient selon les matériaux utilisés et les produits fabriqués :
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- Artisanat agroalimentaire : C'est la transformation des produits agricoles en denrées consommables comme la boulangerie, la fromagerie, la fabrication d’huiles et de boissons traditionnelles.
- Artisanat textile : Elle concerne la production de tissus, de vêtements traditionnels, de pagnes, de tapis et de broderies.
- Sculpture : C'est le travail du bois, de la pierre, du bronze ou de l’argile pour produire des objets d’art, des masques, des statues et des meubles.
- Vannerie : Elle concerne la fabrication de paniers, nattes et chapeaux à partir de fibres naturelles comme le raphia, l’osier et le bambou.
- Forge et métallurgie : C'est la production d’outils, de bijoux, d’armes et d’ustensiles de cuisine en fer, en cuivre ou en bronze.
- Poterie et céramique : C'est la fabrication de pots, de jarres et d’objets décoratifs en argile.
- Maroquinerie : Elle concerne la production d’articles en cuir comme des chaussures, des sacs, des ceintures et des portefeuilles.
- Menuiserie et ébénisterie : Elle concerne la fabrication de meubles, de portes, de fenêtres et de sculptures en bois.
Au-delà des catégories, l’artisanat camerounais est un patrimoine vivant. De la sculpture de Foumban aux textiles Ndop du Nord-Ouest, en passant par la vannerie, la poterie, les bijoux en perles ou les instruments de musique traditionnels, chaque objet raconte une histoire, porte une identité, et suscite un intérêt croissant, tant au niveau local qu’international.
Des villes comme Maroua, Bafoussam ou Yaoundé sont aujourd’hui des centres de création foisonnants, où se croisent traditions et innovation. La réflexion a été axée sur le Cameroun et spécifiquement sur la ville de Maroua, chef-lieu de la province de l’Extrême-Nord du Cameroun.
Histoire et transformations : le cas de Maroua
Ainsi, les filières artisanales mises en place dans cette cité au XIXe siècle par les Kanouri et Haoussa ont subi des influences multiples, de la période coloniale française jusqu’à nos jours. La politique coloniale d’appui à l’artisanat développée par les Français, l’ouverture de la région du Nord-Cameroun au tourisme dans les années 1970 et l’avènement des organisations non gouvernementales qui travaillent dans la promotion de l’artisanat, sont autant de facteurs qui ont changé la physionomie de l’artisanat de Maroua tant du point de vue technique, organisationnel que commercial.
La réflexion a pour ambition de lire l’histoire de la domination et de la résistance en Afrique à travers les arts et spécifiquement de l’artisanat. Plusieurs études et archives locales documentent ces évolutions : Mainet, N. et Paba Salé, M., « L’artisanat d’art à Maroua (Nord-Cameroun) », Archives non classées du Centre Artisanal de Maroua, rapports et publications académiques qui retracent l’impact de l’islamisation, de l’urbanisation et du tourisme sur les formes artisanales.
Opportunités de marché et défis
Lutte contre le chômage : en créant des emplois locaux, notamment pour les jeunes et les femmes, l’artisanat réduit le taux de chômage. Préparation au monde des affaires : les artisans développent des compétences entrepreneuriales et peuvent évoluer vers des entreprises plus structurées. Développement du tourisme : les produits artisanaux attirent les touristes et favorisent l’essor de l’économie locale. Exportation et commerce international : certains artisans parviennent à vendre leurs œuvres à l’étranger, participant ainsi à l’économie nationale.
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Malgré son importance, l’artisanat est confronté à plusieurs défis : insuffisance des capitaux, accès difficile au financement, ruptures logistiques et faible compétitivité. De nombreux artisans manquent de fonds pour moderniser leur production et agrandir leurs ateliers. Les produits industriels, souvent moins chers et plus accessibles, réduisent la demande pour les objets artisanaux. La fabrication artisanale est lente et ne permet pas d’atteindre les volumes de production nécessaires pour satisfaire une large clientèle. Les jeunes se désintéressent de l’artisanat, ce qui met en péril la transmission du savoir-faire. Les artisans utilisent souvent des équipements rudimentaires, ce qui limite leur efficacité. Peu d’écoles spécialisées existent pour former les artisans aux nouvelles techniques et aux stratégies de commercialisation.
Normes, qualité et accès aux marchés régionaux
Des formations sont organisées en partenariat par exemple avec l’Agence des normes et de la qualité (ANOR) pour initier les artisans aux standards de certification. Pour y remédier, un fonds spécifique a été mis en place par le ministère des Finances, permettant l’organisation de campagnes de tests groupés, en particulier dans l’agroalimentaire.
Des mécanismes comme la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’Accord de partenariat économique (APE) avec l’Union Européenne ou les régimes préférentiels CEMAC-CEEAC, qui offrent de nouvelles perspectives, à condition de proposer des produits de qualités et conformes aux normes internationales.
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Actions prioritaires pour la montée en gamme
- Soutien financier aux artisans et facilitation de l’accès au crédit.
- Formation professionnelle et vulgarisation des normes de qualité.
- Modernisation des équipements et introduction de technologies adaptées.
- Structuration des filières et appui à la commercialisation, y compris via le e-commerce.
- Valorisation des métiers artisanaux et incitation des jeunes à s’y investir.
Tableau récapitulatif : évolution de la nomenclature des métiers (2012 → 2021)
| Élément | 2012 | Après révision (2021) |
|---|---|---|
| Secteurs | 3 | 3 |
| Filières | 20 | 14 |
| Corps de métiers | - | 20 |
| Métiers | 203 | 314 (156 nouveaux) |
| Description des métiers | Partielle | Complète |
Ressources documentaires et recherches
Plusieurs auteurs ont analysé l’artisanat et son histoire au Cameroun et en Afrique : François Wassouni, Adandé J., Agbenyega A., Vansina J., Ki-Zerbo J., Willet F., Wole Soyinka, et de nombreux rapports et archives locales comme celles du Centre Artisanal de Maroua. Ces travaux couvrent l’art africain, l’imaginaire des autres, l’impact du tourisme et des politiques coloniales, et fournissent un cadre historique pour comprendre la transformation des pratiques artisanales.
La réflexion esquissée par les acteurs publics vise à valoriser les ressources locales et à monter en compétence les acteurs de terrain. L’artisanat peut ainsi devenir un vecteur de développement économique inclusif, de préservation culturelle et d’intégration aux marchés régionaux et internationaux, à condition d’agir sur les freins identifiés et de renforcer les mesures d’accompagnement.
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