L'Artisanat de la Calebasse en Guadeloupe: Histoire et Techniques
L’artisanat en Guadeloupe est bien plus qu’une simple activité économique. C’est une véritable fresque culturelle, un héritage riche et diversifié qui témoigne de l’histoire, de la créativité et de l’identité de cette île paradisiaque. De la vannerie aux sculptures, chaque pièce est une œuvre d’art unique qui raconte une histoire.
L’artisanat guadeloupéen tire ses racines de traditions ancestrales qui ont traversé les siècles. Cette île des Caraïbes, avec ses influences africaines, européennes et amérindiennes, a su créer une culture singulière et vibrante. Les couleurs vives, les motifs géométriques et les techniques de fabrication utilisées dans l’artisanat local reflètent cette diversité culturelle. Les artisans utilisent des méthodes traditionnelles pour transformer des matières premières locales en objets d’art et de quotidien.
Les Ressources Naturelles et les Matières Premières
La Guadeloupe regorge de ressources naturelles qui alimentent la créativité des artisans locaux. Le choix des matières premières est crucial pour la qualité et l’authenticité des produits artisanaux.
Le bois, par exemple, est largement utilisé dans la confection de meubles, de sculptures et d’objets décoratifs. Les essences locales comme l’acajou, le gaïac ou encore le bois de rose sont appréciées pour leur robustesse et leur esthétisme. Ces bois sont travaillés avec une grande minutie pour révéler toute leur beauté naturelle.
Les fibres végétales sont également très présentes dans l’artisanat guadeloupéen. Les feuilles de palmier, le bambou, le roseau ou encore le raphia sont utilisés pour confectionner des paniers, des chapeaux, des nattes et bien d’autres objets. La vannerie est une technique très répandue qui nécessite un savoir-faire particulier et beaucoup de patience.
Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet
La terre cuite est une autre matière première très prisée. Les potiers guadeloupéens utilisent l’argile locale pour créer des objets utilitaires et décoratifs. Les poteries sont souvent décorées de motifs traditionnels et colorées avec des pigments naturels.
La Calebasse: Un Fruit aux Multiples Usages
Enfin, les calebasses sont des fruits du calebassier, un arbre typique de la région, utilisés pour fabriquer des objets du quotidien comme des bols, des lampes ou des instruments de musique. La coquille de la calebasse est évidée, séchée et travaillée pour créer des objets à la fois esthétiques et fonctionnels.
Faisons connaissance avec un fruit qui fait partie de notre patrimoine végétal. Il s'agit de la calebasse, Crescentia cujete, que l'on retrouve dans toute la Caraïbe sous le nom de calebasse, kalbas, pyé kalbas dans les Antilles francophones; calabash, calabash tree dans les Antilles anglophones; calabasa, totuma à Cuba; higuero en République dominicaine; camas, totumo au Venezuela ...etc.Originaire d'Amérique tropicale, le calebassier a été introduit dans tous les pays tropicaux. C'est un arbre de 3 à 8 mètres ayant un tronc court. Son fruit, une baie ellipsoïde de 10 à 35 cm de diamètre, contient une abondante pulpe qui renferme des graines ovales et aplaties.
Les principaux usages du calebassier sont un héritage des Indiens Caraïbes. En effet, cet arbuste a été entre autres, le vaisselier traditionnel des Amérindiens. De tailles diverses, ils les fendent en deux, les sèchent, les vident de leur pulpe. Selon l'Anonyme de Carpentras, le nom générique de ces récipients est coy ou coui pour Coppier, Rochefort et Laborde. Ce dernier nom est celui utilisé en créole pour désigner ces récipients.
Dans La vie quotidienne des Indiens Caraïbes aux Petites Antilles de Laurence Verrand, on trouve une description détaillée de leur fabrication, décrite par l'Anonyme de Carpentras : " Les unes sont deux ou trois fois plus grosses que la tête d'un homme, les autres moindres...Elles ne sont point raboteuses...et fort polies et unies." Ils les cueillent, les exposent un ou deux jours au soleil puis "fendent les plus petites par la moitié et les remettent au soleil durant deux ou trois heures" avant d'ôter la pulpe. Pour le fendre, "ils entourent ce fruit avec une petite cordelette à l'endroit où ils veulent fendre, et puis ils frappent avec un petit bâton le long de la cordelette qui s'enfonce et laisse comme une gravure sur le fruit, puis mettant la pointe du couteau en deux ou trois endroits du fruit il se fend au même endroit que la marque de la cordelette."
Lire aussi: Guide des Métiers d'Art Lucratifs
Ces coui sont décorés différemment selon leur fonction. l'Anonyme de Carpentras en différencie plusieurs :
- lita pour le piment et la viande
- rita, grande, pour le "vin" quand elles "sont peintes de rouge avec des ouvrages noirs par-dessus; et pour l'eau quand elles ne sont pas décorées.
- taba, petite, permet de se servir à boire dans le rita.
- comori, pour le transport du "vin", "hors des villages".
De nos jours, cet usage pour la vaisselle demeure aux Antilles.
Le monde végétal a fait don à l'humanité d'un fruit étonnant, indissociable de l'histoire de la Caraïbe : la calebasse. Très usité avant l'ère du plastique et du verre dans la vie de tous les jours, ce drôle de fruit, non comestible, tend aujourd'hui à disparaître de la Guadeloupe. Ronde, ovale, lisse ou cabossée, brute, poncée, teintée, peinte avec des couleurs vives, ou teintes discrètes, naturelle, sculptée, percée, découpée, la calebasse est un drôle de fruit non comestible qui offre un matériau inspirant pour les artisans de la Caraïbe.
À tel point que Myriam Moretto en a vu sa vie transformée. Et c'est aujourd'hui une véritable histoire d'amour qu'elle vit avec ce fruit qu'elle façonne en splendides lampes ouvragées. Difficile de croire quand on admire ses oeuvres que Myriam n'a pas fait cela toute sa vie. Et pourtant. Façonnée par les voyages, c'est véritablement sa rencontre avec la calebasse qui la pousse à se lancer dans l'artisanat. Une véritable révélation.
"Avant cette rencontre, je pensais même que je ne savais rien faire de mes dix doigts, avoue Myriam. J'ai mis longtemps à me lancer. C'était intimidant. Puis très vite, il m'a semblé évident de mettre de la lumière dans la calebasse et de la marier avec la terre cuite".
Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne
Chacun ses techniques pour travailler ce matériau que tous considèrent comme un don de la nature. Car la calebasse a longtemps facilité la vie quotidienne des habitants de la Caraïbe. Ainsi, avant l'ère du plastique et du verre, c'est dans ces gros fruits lisses et résistants que l'on transportait l'eau, que l'on faisait mariner le poisson, que l'on mangeait. La calebasse se déclinait en effet en assiette, en bol, en cuillère, en plat, en saladier, en passoire. Bref, tous les ustensiles de cuisine y trouvent leur ancêtre.
Aujourd'hui, la calebasse se transforme en lampes, en sac à dos, en porte-monnaie, en pendentif. Philippe a trouvé sa voie après plusieurs années de tâtonnement. Désormais, c'est en appliques murales qu'il affectionne plus particulièrement les calebasses. Ces oeuvres se parent de couleurs obtenues par la cire, les teintes à bois ou des colorants naturels tels le roucou et diverses autres baies récoltées au hasard de ses escapades dans la nature, testées avant d'être utilisées comme finition.
Rodolphe, lui, obtient les variations de teinte de ses tableaux en utilisant exclusivement le feu. La calebasse est découpée de façon improvisée, selon l'inspiration de l'artiste. Sous ses doigts, les petits morceaux du fruit se transforment en iguane, en arbre ou en masque.
Depuis trois ans se tient chaque année dans le superbe cadre du Jardin d'eau de Blonzac à Goyave, un festival dédié à la calebasse ; à l'initiative de l'association Ouvé Zié Art, des artisans de toute la Caraïbe, d'Afrique et même d'Europe s'y retrouvent pour partager ensemble leur passion. Musique, vêtements, contes, poèmes, tout et tous s'inspirent de la calebasse.
Objectif : revaloriser ce fruit aux multiples vertus médicinales et thérapeutiques associé de par le monde à la vie quotidienne des hommes et à leurs fêtes, et qui tend aujourd'hui à disparaître de la Guadeloupe.
A Awala-Yalimapo, des jeunes travaillent la calebasse. Leur volonté est de perpétuer la tradition des anciens, mais aussi de mettre en lumière tout un pan de la culture et de l’histoire amérindienne. Un savoir-faire valorisé par l’artisanat. C’est dans un silence presque de recueillement qu’ils écrivent l’histoire.
L’histoire de tout un peuple sur des calebasses. L’histoire du peuple kali’naCes dessins représentent plein de choses comme ceux des roches gravées. On les reproduit sur des calebasse... et je les transmets à la jeunesse. On a plein de motifs différents.
Des gravures taillées autrefois par leurs ancêtres dans la pierre. Aujourd’hui elles reprennent vie sur des calebasses. Une écriture, une gravure, des gestes qu'Ulrich Sehoe a mis plusieurs années avant de maitriser.J'ai appris en regardant mes ancêtres graver la calebasse avec un couteau. Nous avons inventé un autre outil à partir d'une fourchette.
La reconnaissance de cet art ancestral, passera par l’accompagnement des jeunes dans cette activité. La volonté d’un devoir de mémoire afin que le patrimoine matériel et immatériel amérindien de Guyane ne tombe pas dans l’oubli.
Les calebasses sont de grands fruits de forme ronde ou ovale qui peuvent servir de récipients ou de divers objets tels des instruments de musique. Les artisans en font de très jolis objets de décoration.
Le calebassier est originaire du nord de l’Amérique tropicale, du Mexique à la Colombie. Il est très commun aux Antilles françaises. Son fruit est ovale, à l’écorce vert clair et unie. Il est utilisé comme plat, récipient, pot, cuiller sous le nom de coui.
Tant que la callebasse est d’un vert brillant, la laisser tranquille dans l’arbre et ne pas y toucher. La pulpe du fruit contient de l’acide cyanhydrique, tartrique, citrique et chlorogénique, des alcaloïdes et des polyphénols. De nombreux iridoïdes et leurs glucosides ont aussi été trouvés. Longuefosse signale aussi une activité cancérigène de la pulpe de type leucémie-lymphome.
La calebasse est probablement le plus vieux récipient des Antilles : cet objet était utilisé par les Amérindiens et n’a jamais cessé d’être. Depuis les années 1980, il sert de matériau de base en artisanat : le coui, son nom en créole, est aujourd’hui devenu une très belle idée cadeau chargé d’histoire. Les Amérindiens lui avait donné le nom de kwi.
Ce fruit aux parois dures est porté par un calebassier. Cet arbre fournissait une grande partie des ustensiles nécessaires à l’équipement de la « cuisine ». Une calebasse peut peser jusqu’à 8 kg et mesurer jusqu’à 40 cm de long.
Une fois vidée de sa pulpe, elle était coupée en deux, soit pour la diviser en deux récipients équivalents, soit pour en faire un plus gros muni d’un couvercle. Puis elle était longuement polie avec de l’eau et du sable, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ainsi étanche, neutre gustativement et de forme variée, elle permettait des usages très variés.
Les kwis étaient décorés avec des peintures extraites de plantes : du roucou pour le rouge, de l’indigo pour le bleu. Les calebasses, une fois séchées, sont des supports d’expression pour de nombreux artistes. Elles peuvent être décorées, sculptées.
L’artisanat guadeloupéen est riche et varié. Parmi les nombreux objets fabriqués sur l’île, certains produits phares se distinguent par leur originalité et leur qualité. Les bijoux en corail et en coquillages sont très prisés. Les artisans guadeloupéens utilisent des matériaux naturels pour créer des colliers, des bracelets, des boucles d’oreilles et bien d’autres accessoires. Chaque pièce est unique et reflète la beauté des plages et des fonds marins de la Guadeloupe.
Les chapeaux en paille sont une autre spécialité de l’artisanat guadeloupéen. Fabriqués à partir de feuilles de palmier ou de bambou, ces chapeaux sont à la fois esthétiques et pratiques. Ils protègent du soleil tout en ajoutant une touche d’élégance à n’importe quelle tenue.
Les paniers en fibre végétale sont également très populaires. Utilisés pour les courses, comme sacs à main ou simplement comme objets décoratifs, ces paniers sont fabriqués avec soin et minutie. Chaque panier est tissé à la main, ce qui garantit sa qualité et sa durabilité.
Les tissus traditionnels comme le madras sont omniprésents dans l’artisanat textile guadeloupéen. Le madras est une étoffe colorée, souvent à carreaux, qui est utilisée pour confectionner des vêtements, des accessoires et des objets de décoration.
Enfin, les sculptures en bois sont des œuvres d’art très prisées. Les artisans guadeloupéens créent des statues, des masques, des meubles et bien d’autres objets en utilisant des essences de bois locales. Chaque sculpture est unique et témoigne du talent et de la créativité de son créateur.
L’artisanat en Guadeloupe joue un rôle crucial dans l’économie locale. Il contribue à la création d’emplois, au développement rural et à la valorisation du patrimoine culturel de l’île. Le secteur de l’artisanat offre de nombreuses opportunités d’emploi, notamment pour les jeunes et les femmes.
Les formations en métiers d’art sont encouragées et permettent de transmettre des savoir-faire traditionnels tout en favorisant l’innovation. Les marchés et foires artisanales sont des événements incontournables en Guadeloupe. Ils permettent aux artisans de vendre leurs produits directement aux consommateurs et de faire connaître leur travail. Ces événements sont également des lieux de rencontres et d’échanges culturels.
L’artisanat contribue également au développement du tourisme en Guadeloupe. Les touristes sont souvent attirés par la qualité et l’originalité des produits artisanaux. Les objets d’art, les bijoux, les vêtements et les accessoires fabriqués par les artisans locaux sont des souvenirs parfaits pour les visiteurs.
Enfin, l’artisanat guadeloupéen joue un rôle essentiel dans la préservation de l’environnement. Les artisans privilégient les matières premières locales et les techniques de fabrication respectueuses de l’environnement.
L’artisanat guadeloupéen est une véritable richesse culturelle qui mérite d’être préservée et valorisée. Les matières premières locales, les techniques traditionnelles et la créativité des artisans font de chaque création une œuvre unique et authentique. En soutenant l’artisanat local, vous contribuez à la préservation de ce patrimoine et à la promotion de l’économie locale. Les créations des artisans guadeloupéens sont bien plus que de simples objets, elles sont des symboles de la richesse culturelle et de l’authenticité de la Guadeloupe.
Myriam Moretto expose en permanence ses oeuvres à la caféière Beauséjour et à la Maison du bois de Pointe-Noire. - 05 90 98 95 41.
Atelier : initiation à la sculpture sur calebasse
balises: #Artisanat
