L'Artisanat de Tranchée Allemand : Histoire et Exemples
La Première Guerre mondiale, souvent associée à la guerre des tranchées, a vu naître une forme d'art populaire unique : l'artisanat de tranchée. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite.
Sauf lors des sièges, les batailles sont rapides, et les militaires ne restent pas longtemps dans l’attente du combat. Cette situation inédite donna naissance à un art populaire singulier : l’artisanat de tranchée.
Pour passer le temps, certains poilus se mettent à fabriquer, avec des matériaux communs ou de rebut, des objets usuels, des bijoux ou des artefacts décoratifs qu’ils donnent à leur famille, à leurs amis ou vendent pour compléter leur solde.
Outre les matériaux à portée de main (bois, tissu), ces créations sont essentiellement réalisées à partir d’éléments récupérés sur le champ de bataille, aux risques et périls des soldats qui s’exposent alors aux balles ennemies.
L’historien Jean-Yves LE NAOUR évoque l’artisanat des tranchées : « Les soldats n’ont rien d’autre à faire qu’à apprendre la patience. Ils jouent aux dames, aux cartes, cisèlent des bagues, des vases, des tire-bouchons et quantité d’autres objets avec le cuivre des douilles d’obus, confectionnent des jouets pour les enfants, sculptent des cannes, et font passer le temps comme ils peuvent. »
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Certains soldats étaient dans la vie civile des artisans très qualifiés - orfèvres, graveurs, dinandiers, mécaniciens de précision, etc. - ou des paysans faisant preuve d’une grande habileté manuelle dans la fabrication d’objets d’art populaire.
Au départ très spontané, l’artisanat de tranchée prit rapidement beaucoup d’ampleur. L’engouement qu’il suscite à l’arrière, parmi les civils, conduit à la création d’une véritable industrie. Des ateliers dédiés à la fabrication de ces objets sont mis en place dans les campements en seconde ligne, les centres de rééducation professionnels pour les mutilés de guerre produisent des artefacts similaires, des bijoutiers vendent des copies réalisées par des civils.
Des expositions et des ventes sont également organisées pour montrer le travail des poilus et soutenir des actions caritatives.
Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre. Avoir sous les yeux des artefacts réalisés avec les matériaux entourant les poilus, et surtout ceux directement liés au combat - munitions, projectiles, armes - leur donne l’impression de partager une partie de l’expérience des combattants.
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Les Matériaux et Techniques
Le bois facile à trouver et ne nécessitant qu’un outillage rudimentaire est un matériau de prédilection. Il permet la création de nombreux objets comme des plumiers, des tabatières, des boîtes à bijoux, des jouets, des cadres à photos, des bas-reliefs, etc.
Le capitaine, futur commandant et chef de bataillon au 159e RIA, Narcisse ALIXANT, décrit le travail fait par ses hommes : « Novembre 1915. Aux heures de répit, les grelus (surnom des chasseurs du 159e de Briançon) se remettent à fondre l’aluminium extrait des fusées de 105 ou de 77, et à façonner indéfiniment des bagues à l’intention de leur marraine ou de leurs proches. L’outillage est simple, un petit bâton conique et une lime. Les vitraux pulvérisés de l’église de Carency procurent des chatons multicolores très recherchés dont l’ajustage est la spécialité de quelques as au cantonnement. »
Certains ont utilisé du papier calque pour mettre le motif sur la douille, d’autres plus doués le faisait directement et ensuite les gravaient ou poinçonnaient, avec leurs outils. Pour que cela soit plus facile, ils remplissaient la douille de sable, de terre. Ils ont aussi utilisé du bitume, ou du plomb, qu’ils coulaient à l’intérieur de la douille, et une fois le travail de ciselure, gravure terminée, ils chauffaient la douille afin d’en évacuer la matière.
On trouve des douilles dont la base sur environ 15 cm est cannelée.
Une partie de ces objets est réalisée à l’arrière des lignes de combat par des soldats blessés ou mutilés, dans des ateliers aménagés par l’autorité militaire. Certains objets ont aussi été réalisés après le conflit par les soldats restés sur les champs de bataille pour le travail de déminage, et par des prisonniers de guerre dans un but lucratif et furent vendus dès 1919 aux touristes visitant les anciens champs de batailles.
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À l’image du cliché Soldats français affublés de casques allemands à Neufmontiers, où les militaires, coiffés du casque à pointe, posent devant leur butin, le produit de cette collecte constitue souvent une sorte de trésor de guerre, surtout lorsqu’il a été soustrait à l’ennemi.
L’ingéniosité déployée dans l’artisanat de tranchée est en effet d’autant plus étonnante que les poilus n’ont que les « moyens du bord » pour fabriquer ces objets.
Voici quelques exemples d'artisanat de tranchée allemand :
| Objet | Matériaux | Description |
|---|---|---|
| Vases | Douilles d'obus | Douilles transformées en vases décoratifs, souvent gravées avec des motifs floraux ou des inscriptions. |
| Bagues | Aluminium de fusées | Bagues fabriquées à partir de l'aluminium récupéré des fusées, souvent offertes aux proches. |
| Objets en bois | Bois | Plumiers, tabatières, boîtes à bijoux, jouets, cadres à photos, bas-reliefs. |
| Feuilles de chêne sculptées | Feuilles de chêne | Feuilles de chêne sculptées avec des messages personnels ou des souvenirs de Serbie. |
Le marquage « ST » (en allemand, stark : adj. fort ; adv. St : stark, culot renforcé ; les douilles d’avant était plus légère avec un culot plus fin. Les premières douilles de 77 mm n’ont pas ce marquage. La théorie serait qu’à la base, les douilles pour le canon de 77 soient plus courtes. Ils auraient allongé ces premières mais quelques soucis techniques ont amené à renforcer le culot d’où le St.
Voici un exemple d'artisanat de soldat allemand, certaines feuilles du palmier sont cassées, la base est une douille de 40 bofors anglaise. Si récupéré dans ce secteur, en effet fort probable que ce soit un gars de la 21 vétéran d'afrique.
Cet artisanat témoigne de la résilience et de la créativité des soldats dans des conditions de vie extrêmement difficiles.
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