L'Artisanat des Andes : Histoire et Techniques Ancestrales
En Amérique du Sud, les montagnes imposantes des Andes s’étendent sur plus de 7 000 kilomètres, abritant une richesse culturelle et humaine profonde. L’Altiplano a été façonné par des millénaires d’histoire et d’interactions humaines avec cet environnement naturel aussi époustouflant qu’exigeant. Le mode de vie des populations andines, imprégné de coutumes ancestrales, est encore aujourd’hui profondément lié à la nature et au rythme des cycles agricoles. Ainsi, elles conservent une spiritualité complexe fondée sur une foi syncrétique.
Les premières traces de civilisation andines remontent à plus de 10 000 ans, avec les premiers habitants chasseurs-cueilleurs. Cependant, la période la plus marquante et la plus influente est celle du peuple du Soleil, connu sous le nom de civilisation inca. Jadis, cette dernière s’étendait sur une grande partie de la région jusqu’à l’arrivée des conquistadors espagnols au XVIe siècle. Malgré la colonisation et l’évangélisation forcée menée par différents ordres religieux qui visaient « l’extirpation de l’idolâtrie », de nombreuses pratiques et croyances traditionnelles ont persisté au fil des siècles.
Les paysans des Andes ont développé des modes de vie adaptés à la géographie montagneuse et à la rudesse des Andes. Les terrasses agricoles en altitude, appelées « andenes », constituent une caractéristique distincte de l’agriculture andine, avec des tubercules endémiques comme l’oca et l’ulluco. De nombreuses variétés de plantes cultivées dans les Andes sont résistantes aux conditions environnementales extrêmes. La conservation des ressources et la durabilité est au cœur des techniques agricoles traditionnelles dans les Andes.
Outre l’agriculture, l’élevage est également une composante essentielle de l’économie et de la culture andines. Elle offre aux communautés locales une source de protéines animales ainsi que des produits dérivés tels que la laine et le cuir. Les éleveurs des Andes ont domestiqué des animaux adaptés aux conditions difficiles des hautes altitudes, notamment les lamas, les alpagas et les vigognes. Bien que l’élevage traditionnel demeure répandu dans de nombreuses régions, des initiatives modernes cherchent à améliorer la productivité et la durabilité de cette activité.
De plus, les communautés rurales ont développé des systèmes sociaux et économiques basés sur la coopération et le partage, connus sous le nom de « ayni » chez les Quechuas et de « minka » chez les Aymaras.
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La Richesse de l'Artisanat Andin
L’artisanat dans les Andes, notamment dans des pays comme le Pérou, la Bolivie, l’Équateur et le nord du Chili, est extrêmement riche et diversifié. L’artisanat est un allié précieux de l’économie locale, jouissant d’une excellente réputation à l’échelle mondiale pour sa beauté et sa qualité. Cependant, le déclin des compétences artisanales traditionnelles est un problème majeur, car les jeunes générations sont de moins en moins enclines à perpétuer ces métiers traditionnels.
Bien que le tourisme offre des opportunités économiques aux artisans, il peut également entraîner une commercialisation excessive et une perte d’authenticité dans les produits artisanaux. L’Équateur regorge de matières premières exceptionnelles que les peuples autochtones ont su appréhender au fil de l’histoire. Cet artisanat tantôt délicat tantôt rustique illustre le savoir-faire d’une nation multiculturelle et syncrétique. Les artisans proposent un artisanat ancestral exclusif et sur mesure respectueux de l’homme et de son environnement.
Voici un aperçu des principales formes d'artisanat andin :
Textiles Traditionnels
Les tissus andins sont célèbres pour leurs motifs colorés et leurs techniques de tissage complexes. Chaque région met en valeur ses propres motifs et styles distinctifs. Les peuples des Andes possèdent une longue tradition de travail de la laine de lama, d’alpaga et de mouton.
La laine de l’animal est dorénavant un moyen de subsistance pour de nombreuses communautés andines et un moyen de valoriser leur savoir-faire ancestral. Il existe aussi d’autres manières de travailler la laine pour élaborer des chapeaux, des ponchos, etc. aux couleurs vives et naturelles. Le coton est cultivé sur la côte pacifique dans la région de Manabí. Il est à la base de nombreux vêtements ou décorations typiques dans certaines régions.
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Dans les années 1940, Doña Rosario Pallares, la femme de l’ancien président de l’Équateur, Galo Plaza, enseigna aux femmes indigènes à broder selon une technique venue d’Espagne, sur un tissu en coton ou en lin clair. Elles créent aujourd’hui leurs propres designs telles que des fleurs, colibris, etc. L’un des secrets de ces broderies se trouve dans les fils utilisés par les petites mains : du fil en coton français DMC dont la qualité et la résistance ont fait leurs preuves. La broderie de Zuleta est sans doute l’un des savoir-faire les plus raffinés d’Équateur.
Certains sont tissés à partir de fils de laine ou de soie. Les villages de Gualaceo, Bullcay et Bullzhun dans la région de l’Azuay comptent encore plus d’une centaine d’artisans, conservant ainsi le savoir-faire depuis plus d’un siècle. Le fil est alors tissé à la main souvent par les hommes. Environ 2500 fils sont ensuite tissés sur un métier attaché autour de la ceinture. La technique du tissage descend des ethnies précolombiennes qui posaient le métier à tisser sur les hanches. Pour les pièces plus imposantes, les artisans utilisent dorénavant le métier à tisser à pédales introduit par les Espagnols afin de tisser jupes, ponchos et couvertures en laine de mouton.
La manière de porter le macana ainsi que sa couleur indiquait le statut de la femme : bleu et blanc pour les femmes mariées, noir et blanc pour les femmes âgées ou veuves. Dès le XVIII siècle, le châle était un signe distinctif et de prestige. Les femmes de la région de Cuenca, possédaient parfois jusqu’à 6 châles. La parfaite maîtrise du tissage hérité de père en fils donne au vêtement un caractère unique et charmant. La technique du macana fut déclarée patrimoine culturel immatériel par le Ministère de la Culture d’Équateur en 2015.
A Peguche près d’Otavalo, l’expertise des communautés indigènes du tissage de matières comme le coton est ancestrale. Les femmes tissent à la main des écharpes, vestes ou éléments décoratifs en conservant l’art des formes géométriques typique de la cosmovision andine. Le travail du textile est de tradition ancienne notamment dans les communautés indigènes et une source de revenus non négligeable.
Pour les femmes Quechuas des hauts plateaux péruviens, le tissage est plus qu’un simple gagne pain. Ce savoir-faire vieux de plusieurs centaines d’années, transmis de mères en filles, est au cœur de l’identité de cette tribu indigène. Les Quechuas sont un des peuples emblématiques d’Amérique du sud. Dans la région de Chinchero, dans la province de Urubamba au Pérou, le tissage fait partie intégrante de la vie des Quechuas. Plus qu’une simple forme d’artisanat, il représente l’identité et le tissu social de la tribu.
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Les techniques de tissages des Quechuas datent de l’époque précolombienne. Les femmes de la région de Chinchero sont considérées comme les gardiennes de la culture et des traditions de leur communauté. Le tissage est une façon de communiquer leur histoire aux jeunes générations et au reste du monde. Les tisserandes traditionnelles doivent connaître les motifs ancestraux par cœur. Ces motifs représentent le Mayu Qenqo (rivières sinueuses), le Pumac Makin (empreintes de puma) et les lagons de Piuray et de Huaypo.
Textiles colorés des Andes
Travail de la Laine
Les peuples des Andes possèdent une longue tradition de travail de la laine de lama, d’alpaga et de mouton. La laine d'alpaga est utilisée depuis des siècles par les populations indigènes au Chili. Elle est aujourd’hui très appréciée pour sa qualité et sa douceur. La plupart de ces animaux de la famille des camélidés sont élevés dans le désert d’Atacama. L’alpaga vit en altitude, dans les hautes plaines des Andes en Amérique du Sud. Contrairement au lama, l’alpaga n’est pas utilisé comme bête de charge mais plutôt pour sa laine chaude et douce. Elle est très utilisée pour faire des vêtements, des ponchos, des couvertures…
Tout comme en Europe, la laine de mouton est tout particulièrement appréciée pour son confort et son efficacité contre le froid. Elle est également utilisée en Amérique du Sud et particulièrement sur l’île de Chiloé, dans le Sud du Chili. Cette île est réputée pour son artisanat local et ses traditions de tissage de la laine de lama ou de mouton.
Tissage de Paniers et de Cordes
Les artisans des Andes tissent également des paniers et des cordes à partir de fibres végétales telles que le jonc, la paille et la fibre de palmier.
Poteries
La poterie est une autre forme d’artisanat importante dans les Andes. À Quinua, ville située à 40 km d’Ayacucho, la poterie est l’activité principale. Sont connus les petites églises, chapelles, maisons et le taureau de Quinua. La tradition Inca a marqué la production de la poterie à Cuzco. Parmi les séries les plus élaborées figurent des séries de vaisselle anthropomorphe, où les hommes et les femmes acquièrent différentes positions montrant les sexes clairement définis.
Dans la région amazonienne de Pastaza, les Quichwas produisent de la céramique à partir de la terre présente en bord des rivières Pastaza et Napo : les mucahuas. La terre est sculptée à partir de calebasse vide. Une fois cuite, la terre est recouverte d’un engobe rouge. Le plus souvent, les femmes sont à l’œuvre et produisent les bols qui seront utilisés pour boire la chicha (boisson de manioc fermenté). Avec leurs cheveux, elles peignent des représentations des esprits de la nature environnante : les supai qui représentent des tortues d’eau, des étoiles, des montagnes ou encore des pattes de grenouilles qui ont une fonction protectrice pour les femmes et leurs activités de cueillette et de préparation de la nourriture. Les figures géométriques oscillent entre le noir (obtenu par frottage de feuilles) et le blanc. La poterie est ensuite recouverte d’une résine élaborée à partir du protium.
À Cuenca, l’argile est vernie après cuisson laissant ainsi aux objets des tonalités orangées, vertes et marrons. À Loja, les artisans posent un vernis noir ou peignent les céramiques qui sont en général des objets de la vie quotidienne.
Sculpture sur Bois
Les artisans andins sculptent souvent le bois pour créer des masques rituels, des figurines religieuses, des ustensiles de cuisine et des articles décoratifs. A Quito, les artisans du bois proposent entre autres coffres en bois à la confection singulière : les b_argueños._ En Amazonie, de nombreuses communautés élaborent des bijoux en tagua, fruit extraordinaire d’un palmier qui est séché puis taillé afin d’en faire des bijoux ou de petits objets décoratifs. Dans le petit village de Tigua, les artisans sont reconnus pour leurs peintures sur bois aux représentations de style naïf. Souvent, les tableaux reflètent les légendes de la région de la lagune du Quilotoa.
Orfèvrerie
Les communautés andines perpétuent une longue tradition de travail des métaux précieux, notamment de l’or et de l’argent. A Chordeleg, à quelques kilomètres de Cuenca, les artisans brodent des bijoux à partir de fils d’argent valorisant ainsi une tradition d’orfèvrerie venue d’Espagne. La région de Chordeleig est apparemment riche en or et en argent. Des sépultures retrouvées démontrent l’existence du travail de l’or et de l’argent par le peuple Cañari. Les Espagnols apporteront durant la colonisation leurs techniques qui donneront toute la finesse aux bijoux élaborés dans ce village.
Orfèvrerie des Andes
Autres Formes d'Artisanat
- Les fibres naturelles : totora (roseaux), fibres d’agaves, palme de Chambira.
- Le travail du cuir : Cotacachi est l’une des villes de référence pour le travail du cuir.
- La pierre taillée : au Pérou, il existe plusieurs types de pierre taillées: le granit, le basalte, l’andésite, la pierre du lac (Puno), le sillar qui est la pierre volcanique d’Arequipa, et l’albâtre blanc connue sous le nom de Pierre de Huamanga.
- La calebasse gravée : connue sous le nom de maté au Pérou, est le support de l’art raffiné du maté gravé.
- Retables : Syncrétiques, ces retables étaient disposés sur deux niveaux: le monde supérieur, céleste, pour les saints et les animaux sacrés de la Cordillère des Andes ; et l’inférieur se référant au monde terrestre.
- Tables de Sarhua : Ces illustrations colorées peintes sur une surface de bois, représentant les coutumes du peuple et sont accompagnées d’un texte explicatif.
Spiritualité et Croyances Andines
Avant l’arrivée des Espagnols, les peuples andins pratiquaient une religion complexe, avec une vénération particulière pour des divinités liées à la nature, telles que la Pachamama (la Terre mère) et Inti (le Soleil). Les montagnes (Apus), les rivières et les animaux étaient également considérés comme sacrés.
Avec l’arrivée des missionnaires espagnols, la religion catholique a été introduite de force dans la région. Le chamanisme joue également un rôle important dans la spiritualité des Andes. Ainsi, les chamanes, ou guérisseurs traditionnels d’Amérique du Sud, apparaissent comme des intermédiaires entre le monde humain et le monde spirituel. Les chamanes possèdent une grande connaissance des plantes médicinales et de leur usage. De fait, elles sont utilisées lors des rituels de guérison pour soigner les maladies physiques et émotionnelles.
Les guérisseurs appelés « curanderos » utilisent une variété de techniques pour entrer dans des états modifiés de conscience, tels que la méditation, la danse, la musique et l’utilisation de plantes sacrées comme l’ayahuasca ou le San Pedro (issu d’un cactus). Le chamanisme andin connaît un regain d’intérêt ces dernières années, tant au sein des populations locales que des Occidentaux en quête de spiritualité et de sens.
Pachamama, la Terre mère
Conclusion
Les peuples traditionnels des Andes continuent de maintenir un mode de vie riche en traditions et en spiritualité, malgré les défis posés par la modernité et la mondialisation. L’artisanat andin, avec ses techniques ancestrales et ses motifs uniques, reste un témoignage vivant de cette culture millénaire.
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