Artisanat fer forgé en Alsace: techniques, histoire et transmission au cœur du savoir-faire
Derrière chaque volute, des gestes restés proches de ceux du Moyen Âge, qu’une poignée d’ateliers français transmet encore.
Le « fer forgé » n’est plus du fer : histoire d’un matériau.
Le terme désigne aujourd’hui une technique plus qu’une matière.
Le fer des forges anciennes, produit par puddlage à partir de la révolution industrielle, a disparu des filières : selon l’encyclopédie Wikipédia, l’acier issu des convertisseurs l’a remplacé à partir de 1880, plus résistant et moins coûteux à produire.
Les ferronniers contemporains forgent donc de l’acier doux, pauvre en carbone, qui se comporte sous le marteau comme le fer d’autrefois.
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Le fer pur existe toujours, mais à la marge.
D’après les Cahiers Techniques du Bâtiment, son prix atteint cinq à six fois celui de l’acier doux, ce qui le réserve aux ouvrages de prestige et aux monuments historiques.
Sa teneur en carbone, inférieure à 0,10 %, lui donne en contrepartie une très bonne tenue à la corrosion.
L’âge d’or français se situe au XVIIIᵉ siècle.
Jean Lamour, ferronnier du roi Stanislas, forge entre 1751 et 1755 les grilles de la place Stanislas à Nancy, rehaussées à la feuille d’or et dessinées avec l’architecte Emmanuel Héré.
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La Bibliothèque nationale de France les présente comme un chef-d’œuvre de la ferronnerie européenne, et l’ensemble rococo est aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Deux siècles et demi plus tard, ces grilles restent le modèle que citent les amateurs de ferronnerie d’art.
Chauffe, martelage, assemblage : les gestes de l’artisanat du fer forgé.
Trois étapes structurent le travail, quelle que soit la pièce : porter le métal à température, le déformer sur l’enclume, puis réunir les éléments entre eux.
Le forgeron et le ferronnier partagent les deux premières ; la troisième, avec ses assemblages apparents, signe le travail de ferronnerie.
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La chauffe : lire la couleur du métal.
Tout commence à la forge, au charbon ou au gaz.
Chauffer trop longtemps brûle le métal ; pas assez, et chaque coup de marteau porte moins.
L’économie de chaudes, ce nombre de retours à la forge réduit au strict nécessaire, reste un marqueur de métier : elle limite la calamine, cette croûte d’oxyde qui se forme en surface, et préserve la section de la barre.
Le martelage : étirer, refouler, cintrer.
Sur l’enclume, le marteau fait bien plus qu’aplatir.
L’étirage allonge et amincit la barre, frappée fortement sur le tas.
Le refoulement produit l’inverse : le métal se tasse et s’épaissit là où l’artisan prépare un renflement ou un trou renflé.
Viennent ensuite le cintrage, le pliage et la torsion, qui donnent les courbes et les torsades caractéristiques des grilles anciennes.
Le martelage sert aussi la texture.
Un étampage léger ou un martelage de surface vieillit la pièce et signe visuellement le travail à la main, à l’opposé du profilé industriel lisse.
L’outillage complet d’un atelier de ferronnerie, de l’enclume au marteau-pilon, découle directement de ces gestes.
L’assemblage : rivets, colliers et tenons.
L’assemblage traditionnel se passe de soudure moderne.
Les Cahiers Techniques du Bâtiment recensent les liaisons héritées du métier : tenons et mortaises, embrèvements, entailles à mi-fer, rivets, goujons, colliers, clavetage ou soudage à la forge.
Le collier, cette bague de métal serrée à chaud autour de deux barres, reste l’emblème du genre : il maintient sans percer ni fondre la matière.
Un œil exercé reconnaît d’ailleurs une grille artisanale à ses rivets bombés et à ses colliers, là où l’ouvrage industriel aligne des cordons de soudure meulés.
Rien n’interdit le poste à souder à l’atelier ; il s’efface simplement des zones visibles.
Sur une restauration de patrimoine, l’assemblage d’origine est même reconduit à l’identique, rivet pour rivet.
La volute, signature du ferronnier.
Une volute désigne, en ferronnerie, une barre enroulée en spirale sur elle-même, héritée du motif des chapiteaux ioniques.
C’est l’ornement le plus répandu du répertoire : portails, rampes, grilles de défense, marquises et pieds de mobilier en portent par dizaines.
Son extrémité se termine en pointe simple, en œil, c’est-à-dire un enroulement fermé, ou en queue de carpe, cette palme aplatie typique du style français.
Son rôle dépasse la décoration.
Répétée à intervalles réguliers, la volute rythme un barreaudage, raidit les panneaux et masque les liaisons : la spirale absorbe le regard là où un remplissage droit exposerait chaque défaut d’alignement.
Sa régularité trahit aussi le niveau de l’atelier, car enrouler dix spirales identiques à la main ne pardonne aucune approximation.
Volutes en C et en S : les formes de base.
Deux familles couvrent l’essentiel des besoins.
La volute en C dessine une courbe simple dont les extrémités s’enroulent dans le même sens ; la volute en S enchaîne deux enroulements opposés, pour un mouvement plus fluide.
Chacune existe en demi-version, enroulée d’un seul côté.
Les catalogues de pièces détachées de ferronnerie proposent ces éléments prêts à poser, à l’image des S symétriques en fer plat de 205 × 72 mm finis en queue de carpe.
Un choix pratique pour réparer, mais la pièce forgée sur mesure garde une irrégularité de frappe qu’aucune série n’imite.
Le gabarit garantit des volutes identiques sur toute la largeur d’une grille.
Sa fabrication suit une logique simple : dessiner le patron à taille réelle, à la main ou avec un logiciel, en marquant le centre de la spirale ; reporter le tracé sur un support rigide, plaque d’acier ou fort contreplaqué ; cintrer un fer plat en suivant la courbe, puis le fixer de chant sur le support ; amener une encoche au centre pour bloquer l’amorce de la barre ; enrouler chaque barre autour du guide, à froid pour les petites sections, après chauffe au-delà.
La barre épouse le fer de chant, spire après spire.
Une fois le geste calé, les volutes sortent en série, régulières, prêtes à être réunies au collier.
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