L'Artisanat Gallo-Romain : Techniques et Héritage
Les Gallo-Romains ont rapidement adopté le style de vie romain, influençant profondément les arts et métiers de la Gaule. L'artisanat de cette époque est un témoignage de l'ingéniosité et de l'adaptation des techniques romaines aux ressources locales.
Architecture et Divertissement
La Gaule romaine se distingue par la construction d'édifices combinant les caractéristiques du théâtre et de l'amphithéâtre. Théâtres et amphithéâtres étaient habituellement des monuments distincts : les premiers destinés aux comédies, tragédies, mimes et réunions politiques, et les seconds aux spectacles violents (combats, exécutions, fauves).
L’ISTA, l’Institut des sciences et techniques de l’Antiquité de l’université de Franche-Comté, vient d’éditer un DVD expliquant l’ensemble de ces activités, et les fait renaître dans les rue d’Epomanduodurum, l’actuelle Mandeure (25) : une reconstitution 3D de la ville et de la vie qu’on y menait au début de l’Antiquité, réalisée à partir des travaux de recherche et des résultats des fouilles archéologiques entreprises sur le site depuis de nombreuses années.
Reconstitution spectacle théatre romain Mandeure
Éloignées du cœur de la ville où s’érigeaient le théâtre, les temples et les résidences, les quartiers dédiés à l’artisanat se partageaient en deux zones principales : elles reprennent vie grâce à la modélisation 3D ! Dans une rue commerçante d’Essarté se succèdent les façades des échoppes du marchand de tissu, du verrier, du boulanger, du forgeron…, et les fabriques abritées dans les cours. Dans le quartier du Pont, les fours des potiers et les ateliers des forgerons, des bronziers et des verriers s’activent à nouveau.
Peintures Murales et Mosaïques
L’art des peintures murales se manifeste partout en Gaule romaine, dans tous les types de bâtiments : maisons et villae, mais aussi bâtiments publics, temples, thermes et boutiques. Dans les riches maisons gallo-romaines, murs et plafonds sont ornés de décors. Les peintures se répartissent en trois panneaux, du bas vers le haut : la plinthe, le panneau médian et la frise supérieure. Plafonds et voûtes peuvent aussi comporter des frises en stuc pour compléter le décor peint. Les couleurs, vives, sont appliquées selon la technique de la fresque, à savoir sur un enduit de chaux et de sable fin encore humide. La fresque se fixe définitivement en séchant.
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Les sols des riches demeures et de certains bâtiments publics sont dallés de marbre, de calcaire ou d’autres matériaux souvent venus de très loin. Les pièces d’apparat sont pavées de mosaïques, parfois très simples, bicolores (généralement en noir et blanc) et géométriques. Mais on trouve aussi de grandes compositions en couleur, représentant des scènes mythologiques, de chasse ou de la vie quotidienne, comme celle de Lillebonne en Normandie, qui illustre les différentes étapes de la chasse. Un autre pavement, conservé au Musée d'archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, décrit les activités agricoles et les fêtes saisonnières.
L'Artisanat Artistique et la Commande
Un commanditaire peut s'adresser à un artisan ou à un artiste en dirigeant plus ou moins son œuvre. Un texte du IIe siècle nous fait assister ainsi à une discussion sur la construction de bains à partir de dessins sur parchemin présentés simultanément par plusieurs constructeurs et à une sorte d'examen des devis (Aulu Gelle, Nuits attiques, XIX, 10). Au contraire, lorsque Trimalcion dans le Satiricon de Pétrone passe commande de son tombeau, le programme iconographique est très contraignant mais la forme du monument, le style de la représentation ne sont pas précisés : « ... je te prie de représenter sur mon monument des navires voguant à pleines voiles, et moi-même siégeant sur une estrade, vêtu de la toge prétexte et portant cinq bagues, en train de distribuer au public des pièces que je prends dans un sac [...] et tu mettras aussi tout le peuple en train de s'empiffrer... » (paragr. 71) ; le texte est certes parodique mais il paraît bien rendre compte des rapports les plus fréquents entre artisan et commanditaire.
Il y avait peu de risques de voir les artisans romains abuser de leur liberté de créer : bien que des techniques nouvelles puissent s'introduire (par exemple dans la construction ou dans la céramique), en matière d'art, où la doctrine de l'imitation reste fondamentale, l'innovation n'est pas pour eux une valeur essentielle et la copie n'est pas déshonorante. Le producteur « romain » de représentations figurées peut s'inscrire dans plusieurs traditions esthétiques : celle de sa province particulière (par exemple les reliefs funéraires de Palmyre), ou bien celle du classicisme grec et du réalisme qui est dominante (par exemple la stèle du musée du Vatican, représentant un sculpteur), ou bien encore celle de l'Italie centrale, l'art dit « plébéien » expressif, moins académique et cultivé (comme sur la représentation des tailleurs de pierre d'Ostie) qui convient à la technique parfois sommaire des artisans.
De façon générale, il ne faut pas s'exagérer la qualité de la production romaine : à côté de la remarquable architecture du pont du Gard, l'aqueduc d'Uzès à Nîmes présente des malfaçons grossières ; cette irrégularité est typique de la production artisanale. L'immense majorité des consommateurs romains devait s'en satisfaire sans problème.
Diversité des Métiers et Techniques
Les Gallo-Romains et déjà les Gaulois avant eux maîtrisaient le travail de la céramique, du métal, du verre, du textile, connaissaient les secrets de la salaison et de la fumaison.
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« Les vestiges, trouvés sur les quelques dizaines d’hectares que représentaient les îlots artisanaux, attestent de la polyvalence des activités dans cette ville de première importance qu’était Epomanduodurum sur le territoire des Séquanes », raconte Georges Tirologos, ingénieur chargé des aspects d’imagerie scientifique à l’ISTA, et responsable du projet DVD.
Le colloque international intitulé L'artisanat antique en milieu urbain de Gaule romaine et des régions voisines s'est tenu à Autun, du 20 au 22 septembre 2007, à l'initiative de Pascale Chardron-Picault. La rencontre a ainsi permis de faire progresser la connaissance sur une série de questions majeures : l'insertion des ateliers dans les villes et les liens entre production et urbanisme, l'aménagement des ateliers et des boutiques, les chaînes opératoires, l'organisation par corps de métiers, les circuits économiques, les évolutions et les changements techniques et de mode.
La qualité et la variété des auteurs, historiens et spécialistes des techniques, archéologues, archéomètres, archéozoologues, épigraphistes, historiens de l'art, l'équilibre entre les synthèses, les études d'un métier ou d'un site et l'approche historique ont permis de dépasser la diversité des approches pour étudier sous toutes ses facettes « l'artisan… héros secret » de l'histoire ancienne, pour paraphraser une formule célèbre de P.
Tableau des Métiers et Techniques Gallo-Romains
| Métier | Techniques | Matériaux |
|---|---|---|
| Céramiste | Tournage, cuisson | Argile |
| Forgeron | Forgeage, trempe | Fer, bronze |
| Verrier | Soufflage, moulage | Verre |
| Tisserand | Tissage | Laine, lin |
| Peintre mural | Fresque | Chaux, pigments |
| Mosaïste | Assemblage | Tesselles (pierre, verre) |
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