Comment fonctionne la retraite pour les femmes et la durée de cotisation
Les inégalités professionnelles entre les hommes et les femmes entraînent des répercussions au moment de la retraite (départ plus tardif, pension plus faible…). Pour le gouvernement, l’objectif est d’œuvrer « en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes », notamment au moment de la retraite.
En France, le système des retraites repose sur le principe suivant : pour valider des droits à la retraite, il est nécessaire de verser des cotisations auprès d’un régime de base obligatoire et de régimes complémentaires. Il existe un très grand nombre de régimes différents. Il est obligatoire de s’affilier à un régime de base et à un régime complémentaire obligatoire, qui dépendent de chaque profession.
Durée d’assurance, validation des trimestres et calcul de la pension
La durée d'assurance permet de déterminer l’ouverture du droit à la retraite et entre dans le calcul de son montant. Elle comprend l'ensemble des périodes transformées en trimestres : cotisés, assimilés, validées par présomption et les majorations de durée d'assurance. La validation de droits à la retraite est conditionnée par le versement de cotisations prélevées sur les revenus professionnels.
Pour le régime général, la pension de base est calculée à partir du salaire annuel moyen (SAM), établi à partir des 25 meilleures années de revenus. De manière générale, pour le régime de base, le montant de la pension est égal à 50% de la moyenne des 25 meilleures années de rémunération, tous régimes confondus. Une personne qui n’a pas validé tous ses trimestres aura une décote et ne touchera pas 50% de cette moyenne.
Les modalités de validation des trimestres dépendent du montant du salaire soumis à cotisations : le montant du salaire soumis à cotisations sert de base à l’attribution des trimestres, et non la durée du travail. Pour un contrat de travail à temps partiel, le plafond est proratisé selon la durée de travail réelle rapportée à la durée légale du travail.
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Périodes prises en compte
- Les périodes assimilées sont les périodes d’interruption involontaire du travail salarié (chômage, stages de formation, chômage partiel, périodes de maladie selon règles).
- Les périodes à l’étranger sont retenues comme indiqué sur le formulaire de liaison transmis par le pays concerné.
- Un assuré social peut acheter des trimestres pour parfaire sa durée d’assurance validée, voire cotisée.
- Les trimestres de majoration de durée d’assurance (MDA) ne sont pas affectés à des années civiles déterminées.
Mesures spécifiques en faveur des mères et impact des réformes 2026
La loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 intègre des mesures d’amélioration de la retraite des mères de famille. Ces mesures aspirent à compenser les effets des carrières morcelées, interruptions ou salaires plus faibles.
Les MDA regroupent les trimestres octroyés au titre de la naissance ou de l’adoption d’un enfant, ainsi que les trimestres octroyés au titre de l’éducation de l’enfant. Les MDA s’élèvent à huit trimestres par enfant dans le secteur privé. Au total, il est possible de cumuler jusqu’à 8 trimestres supplémentaires par enfant : 4 trimestres pour la maternité ou l’adoption et 4 trimestres pour l’éducation de l’enfant. Six trimestres sont automatiquement octroyés à la mère (4 pour la maternité ou l’adoption et 2 pour l’éducation).
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 instaure donc deux mesures supplémentaires afin d’améliorer la retraite des mères de famille :
- Prise en compte de trimestres accordés pour la naissance, l'éducation ou l'adoption d'un enfant afin de pouvoir bénéficier d'un départ anticipé pour carrière longue. Le PLFSS pour 2026 prévoit d'en transformer au maximum deux de ces trimestres « non cotisés » en trimestres cotisés. Cette mesure, qui doit entrer en vigueur en septembre 2026, permettra à 3% des femmes nées en 1970 de bénéficier d'une anticipation de départ en retraite.
- Changement du mode de calcul de la retraite de base des mères de famille : le PLFSS pour 2026 prévoit de prendre en compte les 24 meilleures années de carrière pour les mères d'un enfant, et les 23 meilleures années pour celles ayant eu deux enfants ou plus, au lieu des 25 meilleures années actuelles.
Cette modification peut paraître marginale au premier abord, mais son impact mécanique est puissant. En extrayant du calcul les deux années les moins rémunératrices (souvent des années de reprise d’activité ou de temps partiel), le SAM est revalorisé. "Il faut poser les calculs, cela ne va pas augmenter drastiquement la pension des mères de familles, on parle de quelques euros ou dizaines d'euros en plus par mois", estime Marilyn Vilardebo. Pour les syndicats, c'est une avancée à ne pas négliger.
Exemple concret
Pour bien comprendre ce changement, prenons l'exemple d'une mère de deux enfants, née en 1963 et qui a commencé à travailler avant 20 ans. Elle a cotisé 168 trimestres dans le privé et obtenu 16 trimestres supplémentaires pour ses deux enfants. Au total, elle compte donc 184 trimestres, soit bien plus que les 170 trimestres nécessaires pour bénéficier d'une retraite anticipée pour carrière longue. Mais n'ayant que 168 trimestres cotisés, elle ne peut pas y prétendre. Le PLFSS prévoit de transformer au maximum deux trimestres par enfant en trimestres cotisés afin d'autoriser certains départs anticipés.
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Majorations, surcotes et dispositifs pour compenser la parentalité
- Majoration maternité ou d’adoption : 4 trimestres gratuits pour la mère.
- Majoration d’éducation : 4 trimestres supplémentaires gratuits (modalités selon année de naissance de l’enfant).
- Majoration de la durée d’assurance retraite égale à la durée du congé parental, par périodes de 90 jours (non cumulable avec trimestres maternité/éducation si moins favorable).
- Majoration de 8 trimestres en cas d’éducation d’un enfant lourdement handicapé, cumulables avec les autres trimestres.
- Majoration de la pension de retraite de 10% pour les parents de 3 enfants ou plus (sous conditions).
- Surcote parentale depuis le 1er septembre 2023 : elle majore le montant de la retraite de 1,25% pour chaque trimestre cotisé après 63 ans, dans la limite de 5% au total, accessible si un trimestre de majoration pour enfant a été enregistré et si l’assuré obtient son taux plein à 63 ans.
Ces dispositifs s'ajoutent aux mesures existantes et visent à compenser au moins partiellement les impacts de la parentalité sur les droits à la retraite des femmes.
Femmes au foyer et dispositifs dédiés
En France, pour les femmes au foyer n’ayant pas ou peu travaillé, la situation est complexe. En théorie, il ne leur est pas possible de valider des droits à la retraite, car elles ne cotisent pas auprès de caisses de retraite avec leurs salaires et revenus professionnels. Toutefois, même en étant au foyer, elles peuvent bénéficier d’une retraite, car seul un trimestre de cotisation suffit pour faire valoir ses droits. Il est cependant à noter que l’intéressée doit avoir validé au moins 9 trimestres pour bénéficier d’une rente mensuelle de retraite.
Une femme au foyer peut s’affilier à l’AVPF afin de percevoir une pension de base. Dans ce cas, la mère au foyer n’a pas de démarche particulière à effectuer. Les femmes au foyer bénéficiant de l’AVPF bénéficient du même régime de retraite que celui des salariés, soit la CNAV. Les bénéficiaires peuvent ainsi percevoir leur pension dès 64 ans (l’âge légal de départ à la retraite). Il n’existe pas de dispositif similaire pour la retraite complémentaire.
La réforme des retraites de 2023 a créé une nouvelle assurance vieillesse spécifiquement dédiée aux aidantes, l’AVA. L’assurance-vieillesse des aidants (AVA) (depuis septembre 2023), est une affiliation gratuite et obligatoire au régime général de l’assurance vieillesse pour les personnes accompagnant un proche en situation de handicap ou de perte d’autonomie.
Pension de réversion et cumul emploi-retraite
La pension de réversion permet aux veufs et veuves de percevoir une partie de la pension de base que leur conjoint décédé touchait ou aurait touchée à la retraite : ce taux est par exemple de 54% pour les salariés du privé et les professions libérales, et de 50% pour la fonction publique hospitalière. Aujourd’hui, 4,4 millions d’assurés bénéficient d’une pension de réversion. 87% des bénéficiaires de la pension de réversion sont actuellement des femmes, du fait de leur espérance de vie plus longue et de leur faible niveau de pension.
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Le cumul emploi-retraite permet de cumuler un revenu d’activité et une pension de retraite, soit de façon intégrale, soit dans le respect de certains plafonds. À partir de 67 ans, vous pourrez bénéficier sans conditions du cumul de votre retraite et d’un revenu d’activité. Ces règles s’appliqueront pour les premières retraites qui débutent à partir du 1er janvier 2027. Après 2026, les conditions de cumul emploi-retraite deviendront plus restrictives.
Écart de pensions entre femmes et hommes : état des lieux et objectifs
Le Panorama des retraités et des retraites publié en 2025 par la DREES montre que, en 2023, la pension directe brute des femmes était en effet inférieure de 37% à celle des hommes (1 306 euros contre 2 089 euros). Et si cet écart s’abaisse à 25% lorsqu’elles profitent du système de réversion, il reste encore au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE. En cause : les carrières féminines généralement incomplètes, le travail à temps partiel et les niveaux de salaire moins élevés que ceux des hommes tout au long de leur vie professionnelle.
Le législateur a fixé un objectif de suppression des inégalités entre les sexes des montants de pensions liquidées à compter de 2050, avec une étape intermédiaire de résorption de moitié à horizon 2037. Les mesures du PLFSS 2026 viennent s’inscrire dans cette trajectoire pour compenser les effets des carrières morcelées et encourager l’égalité.
Solutions d’épargne pour compléter la pension : PER et assurance-vie
Les dispositifs légaux de compensation étant souvent insuffisants, le Plan d'épargne retraite (PER) s'impose comme une solution stratégique. Fin 2025, ils n’étaient pas moins de 4,8 millions à détenir un PER individuel. Le PER réserve de nombreux avantages : ouverture possible à partir de 18 ans, investissement sur différents supports, gestion pilotée, versements libres et possibilité de déduction fiscale des versements volontaires.
L’assurance vie constitue un complément idéal du PER : disponibilité totale (capital accessible), fiscalité optimisée à la sortie après 8 ans, abattement sur les gains et liquidité pour faire face aux imprévus. Ces deux outils permettent d’élaborer une stratégie de retraite sur mesure pour sécuriser le niveau de vie des femmes à la retraite.
Simuler, vérifier son relevé de carrière et anticiper
La multiplicité des régimes et la technicité des règles de transition rendent l’analyse individuelle indispensable. Pour percevoir sa retraite, il faut arrêter toute activité, et demander la liquidation de la retraite, à l’âge légal ou de manière anticipée pour carrière longue. Il est parfois nécessaire de le faire auprès de plusieurs organismes différents. Le site lassuranceretraite.fr sera actualisé au fil de l’eau pour évoquer ces évolutions législatives.
Il est essentiel de vérifier attentivement le relevé de carrière, car des employeurs publics, des Caf ou MSA n’ont pas toujours appliqué la réglementation et versé les cotisations au régime général. Pour savoir comment ces mesures impactent précisément votre future pension, une analyse individuelle et une simulation sont recommandées.
Tableau synthétique : principales mesures 2026 et effets pour les mères
| Mesure | Qui est concerné | Effet attendu |
|---|---|---|
| Prise en compte de 1-2 trimestres MDA en cotisés | Mères ayant MDA (secteur privé, etc.) | Permettre l’accès au départ anticipé pour carrière longue à certaines mères |
| Calcul sur 24 ou 23 meilleures années | Mères d’un enfant / mères de deux enfants ou plus | Revalorisation mécanique du salaire annuel moyen, quelques euros à dizaines d’euros par mois |
| Entrée en vigueur | Toutes les personnes concernées par la PLFSS | Mesures prévues pour septembre 2026 / retraites à partir de 2027 |
Vous êtes une femme et mère au foyer et avez des doutes sur vos droits futurs ? Pour bénéficier de conseils personnalisés selon votre situation, n’hésitez pas à contacter un conseiller retraite ou prendre rendez-vous en ligne.
Vidéo explicative sur les pensions - Réforme Lalieux - Partie 1
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