Avis sur la monnaie euro : avantages et inconvénients

Utilisé au quotidien par des millions d’Européens, l’euro est un symbole tangible de l’intégration européenne. L’euro est plus qu’une monnaie. Il a transformé nos pratiques commerciales et fait désormais partie intégrante de notre identité, réunissant les différentes populations de la zone euro. L’euro nous procure un sentiment d’appartenance.

Les avantages de l’euro

Il offre de nombreux avantages aux particuliers, aux entreprises et aux économies des pays qui l’utilisent: il permet aux citoyens de vivre, de travailler et d’étudier plus facilement à l’étranger; il permet aux entreprises d’acheter et de vendre à l’intérieur de la zone euro et de faire des affaires avec le reste du monde de manière plus facile et plus sûre et à moindre coût; il contribue à maintenir la stabilité des prix et à améliorer la stabilité économique et la croissance; il contribue à renforcer l’intégration des marchés financiers et, partant, à les rendre plus efficaces; il permet d’exercer une plus grande influence sur l’économie mondiale.

Nombre de ces avantages sont liés entre eux. La stabilité économique permet aux gouvernements de planifier l’avenir, offre une plus grande sécurité aux entreprises et encourage les investissements. L’économie de la zone euro bénéficie d’une gestion prudente. Les règles économiques et budgétaires de l’UE, y compris le pacte de stabilité et de croissance, élément central de l’Union économique et monétaire, favorisent la stabilité et la croissance économiques. En outre, l’euro maximise les avantages du marché unique, de la politique commerciale et de la coopération politique.

Comment l’euro crée-t-il ces avantages? L’euro a éliminé les coûts des fluctuations des taux de change au sein de la zone euro, protégeant les consommateurs et les entreprises d’une volatilité monétaire coûteuse. Avant l’euro, la nécessité de changer des devises entraînait des surcoûts, des risques et un manque de transparence dans les transactions entre les pays. Une monnaie unique a supprimé ces obstacles, rendant les échanges et les investissements dans la zone euro plus faciles, moins chers et plus fiables.

En facilitant la comparaison des prix, l’euro encourage les échanges et les investissements entre les pays. La diffusion de la monnaie unique et la taille de la zone euro créent également de nouveaux débouchés dans l’économie mondiale. La monnaie unique rend la zone euro plus attrayante pour les entreprises des pays non membres de l’UE et stimule ainsi le commerce et l’investissement. L’euro est la deuxième monnaie la plus importante au monde. Sa stabilité encourage les entreprises du monde entier qui font du commerce avec l’Europe à accepter des prix libellés en euros.

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Les entreprises européennes n’ont plus à supporter les coûts liés aux mouvements de devises et à la conversion des euros en d’autres monnaies. Par ailleurs, les coûts de transaction de change sont aussi supprimés. De plus, en créant une monnaie largement répandue, il est possible d’en faire une monnaie de facturation et de règlement utilisée dans un grand nombre de contrats internationaux.

Voyager devient moins onéreux grâce à la suppression des commissions de change et des paiements transfrontaliers par carte bancaire. Vous pouvez utiliser vos espèces en euros dans vingt-et-un pays de l’UE, sans opérations de change et sans frais. Avec l’euro, voyager dans ces pays et y vivre est plus simple et moins cher. Il est plus facile d’aller vivre, travailler ou étudier dans un autre pays de la zone euro.

La dimension et la gestion attentive de la zone euro lui apportent également une stabilité économique et la rendent plus résistante aux chocs économiques extérieurs, c’est-à-dire aux changements soudains susceptibles de survenir en dehors de la zone et de perturber les économies nationales, tels que des augmentations du prix du pétrole ou la volatilité des marchés monétaires. Par ailleurs, une gestion économique prudente fait de l’euro une monnaie de réserve intéressante pour les pays hors UE et confère à la zone euro un plus grand poids sur la scène économique mondiale.

Pour certaines petites économies, l’union monétaire permet au pays ayant une faible crédibilité dans la lutte contre l’inflation de bénéficier de la réputation du pays le plus favorable à la lutte contre l’inflation. Une petite économie qui souhaite lutter contre l’inflation et qui s’est historiquement montrée peu efficace en la matière gagne en crédibilité lorsqu’elle rejoint une union monétaire.

Les inconvénients et limites de l’euro

L’euro fait l’objet de vives critiques et un débat oppose ses défenseurs et ses détracteurs. En contrepartie, les États qui partagent une même monnaie partagent aussi les risques de déstabilisation. Le fonctionnement de la zone euro est encore imparfait. La convergence réelle entre les économies de la zone euro n’a pas suffisamment progressé, au contraire.

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Pour qu’une zone monétaire fonctionne correctement, les pays la composant doivent suivre un certain nombre de règle de convergence et de stabilité. Le Pacte de Stabilité et de Croissance, qui prévoit notamment l’obligation pour les pays membres de la zone euro de respecter un déficit budgétaire maximal de 3 % de leur PIB, était et est toujours au cœur de cette stratégie. Ce dernier a été amendé, car il empêchait les pays de mener une politique de relance en période de crise, sans pour autant les inciter réellement à faire des efforts lorsque la conjoncture était bonne. Le système de sanction n’était pas adapté.

D’autre part, en présentant des chiffres maquillés, la Grèce a démontré que les dispositifs de surveillance n’étaient pas suffisamment efficaces. Un autre problème de fonctionnement de la zone euro provient de l’absence de coordination des politiques économiques des pays membres. Dans une union monétaire, la politique monétaire est décidée par la banque centrale et s’impose à tous les pays de la zone. La BCE siège à Francfort : là se prennent les grandes décisions monétaires, telles que l’évolution des taux directeurs.

Ces statuts limitent nettement l’usage de la monnaie comme instrument de relance. La Banque centrale européenne, une responsabilité encadrée par ses statuts, définit notamment une cible d’inflation (2%) et lui interdit de prêter directement de l’argent aux États de la zone euro. En clair, et malgré plusieurs initiatives «non conventionnelles» prises par l’institution, ces statuts limitent nettement l’usage de la monnaie comme instrument de relance.

Incapacité à dévaluer, risques de chocs asymétriques : un choc asymétrique affecte plusieurs pays ou régions de manière différenciée. Face à un tel choc, le taux de change permettait de ramener la situation à l’équilibre. Or dans le cadre d’une union monétaire, chaque économie renonce à l’instrument du taux de change, donc à sa souveraineté monétaire. Initiée par Robert Mundell en 1961, cette théorie est fondée sur l’idée qu’une zone monétaire ne peut être optimale que s’il existe des instruments d’ajustement venant compenser la perte du taux de change.

Reste la question des mécanismes de transfert budgétaire. Le budget de l’UE se monte à environ 1 % du PIB cumulé des économies de l’UE. À ce stade, quels que soient les mécanismes de transfert budgétaire, ils sont relativement marginaux. Sans intégration politique, la zone euro a d’excellentes chances de finir comme toutes les unions monétaires passées qui n’ont pas franchi cette étape.

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Il a été constaté que, faute de pouvoir rééquilibrer leur compétitivité par la dévaluation, certains pays ont connu une moindre hausse de leur PIB. L’Euro a ainsi freiné leur croissance économique par rapport à la croissance qui aurait été la leur s’ils avaient gardé leur monnaie. Certains travaux estiment que la France s'en sortirait à peine moins mal avec une diminution de 3 591 milliards d'euros de son PIB, soit une baisse de 55 996 euros de son PIB par habitant [entre 1999 et 2017], mais ces résultats font l’objet de vifs débats méthodologiques.

Le chômage dépasse des niveaux préoccupants dans la zone euro : le chômage y dépasse les 11%, approchant même les 25% pour les jeunes ; le scénario déflationniste reste une hypothèse sérieuse ; la crise grecque, enfin, a démontré que les problèmes d’un pays membre peuvent avoir des conséquences sur la plupart des autres. Aussi bien les spreads (écarts de taux d’intérêts sur la dette publique) ont-ils en effet atteint des sommets durant la crise: le 25 janvier 2012, la Grèce empruntait à 430 % à un an, et à 33 % l’an sur dix ans, alors qu’à la même date les taux étaient respectivement de 0,12 % et 1,90 % pour l’Allemagne.

Certains critiques dénoncent une gouvernance économique complexe et largement décentralisée. La Commission, organe à la légitimité politique ténue, est chargée de surveiller les budgets nationaux sous le contrôle de l’Eurogroupe, une enceinte qui statue à huis clos et à l’unanimité, ces deux institutions agissant sans contrôle parlementaire, ni national, ni européen.

Des voix estiment que l’euro a entraîné une hégémonie allemande sur l’économie de la zone, car l’Allemagne "a réussi à imposer en grande partie son agenda à ses partenaires durant la crise de la zone euro [2010-2012]". Selon certains, l’euro « ne lutte que contre un seul "ennemi", l’inflation, au prix d’un niveau de chômage important et de politiques économiques inadaptées à la situation concrète de chaque pays ».

Scénarios alternatifs et propositions

Plusieurs scénarios et propositions sont avancés pour résoudre les difficultés. Insatisfaisant dans sa forme actuelle, l’euro pourrait être transformé en « monnaie commune », selon la même idée qui fut à l’origine du Système monétaire européen et de l’Ecu. Une monnaie commune est une monnaie partagée par plusieurs États, en complément de leur monnaie nationale. Elle est gérée par la banque centrale de la zone monétaire et se superpose aux monnaies nationales gérées par les banques centrales nationales, libres de mener leur propre politique monétaire, et en particulier la monétisation directe des besoins d’investissements nécessaires - d’urgence - à la transition écologique et énergétique.

Lors de la transition de la monnaie unique (l’euro actuel) vers une monnaie commune, chaque pays de la zone recrée sa monnaie nationale, à la parité d’un euro existant contre une unité de cette nouvelle monnaie. Les parités entre les nouvelles monnaies nationales sont alors définies d’un commun accord politique : certaines sont réévaluées, d’autres dévaluées par rapport à un cours pivot, en fonction des balances des échanges commerciaux, des parités de pouvoir d’achat de chaque pays, afin de rétablir des conditions normales d’échange.

Il n’y aurait pas de marché libre des changes entre les monnaies nationales des participants à la monnaie commune. Aucune spéculation ne serait donc possible sur ce terrain. Tous les prix resteraient inchangés, dans chaque pays, au moment du passage à ces monnaies nationales (en nominal) et à la monnaie commune. Les réajustements réguliers des taux de change donneraient aux États la marge de manœuvre nécessaire pour permettre des politiques économiques différenciées.

Nous ne serions ni les premiers ni les seuls à utiliser une monnaie commune. Comme l’indique Julien Landfried, « une politique de change réaliste ferait plus que compenser les effets récessionnistes de politiques budgétaires restrictives ». Nous pensons, au contraire, que soit la monnaie unique effectuera une transition volontaire vers la monnaie commune, soit les tensions seront telles que même si l’euro n’explose pas totalement, il donnera le jour au moins à deux monnaies différenciées : un euro du nord et un euro du sud.

Omar Cissé (InTouch) - "Débat sur le Franc CFA : Il faut une monnaie unique en Afrique" • RFI

Questions juridiques et politiques

L’aspect légal d’une sortie ou d’une transformation de l’euro reste néanmoins d’une effroyable complexité et tout a été fait, depuis Maastricht, pour qu’il en soit ainsi ! Les traités ne permettent pas de rester dans l’UE tout en quittant la monnaie unique. Il n’y aurait donc que trois solutions : utiliser l’article 50 du traité de Lisbonne, qui permet d’engager une procédure de sortie de l’UE ; s’appuyer sur la Convention de Vienne, qui considère qu’un État a toujours le droit de dénoncer un traité en tout ou partie ; ou la « désobéissance », en arguant de la souveraineté nationale à la suite d’une élection importante et en modifiant la Constitution pour redonner la primauté au droit national sur les traités européens.

Tout pays, particulièrement au sud de l’Europe, peut donc démarrer seul l’établissement de sa monnaie nationale qui aurait vocation à intégrer une monnaie commune. Simultanément, le gouvernement pourra proposer à d’autres pays de rejoindre cette monnaie commune et décider avec eux des règles d’une organisation (« banque centrale de la monnaie commune »), la fixation initiale des taux de convertibilité et les conditions de renégociation annuelle de ceux-ci.

Observations finales (sans conclusion générale)

La création de l’euro est une étape majeure de la construction européenne. Pour certains, il s’agit de « la plus belle construction politique de l’après-guerre ». Pour d’autres, l’euro serait responsable d’une grande partie de nos malheurs économiques. La conclusion principale est sans doute que les intégrations monétaires réussies sont subordonnées à une volonté d’intégration politique. Conscients de cet enseignement, les concepteurs de l’euro ont œuvré non pas à favoriser l’intégration monétaire, mais l’intégration économique en Europe.

Point Avantage Inconvénient
Voyages et paiements Plus simple, sans frais de change -
Commerce intra-zone Réduction des coûts et transparence Concurrence entre pays sans harmonisation
Monnaie de réserve Influence mondiale, stabilité Dépendance aux décisions supranationales
Politique monétaire Stabilité des prix (cible BCE) Perte de la souveraineté monétaire nationale
Chocs asymétriques - Absence d’ajustement par change, besoin de transferts

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