Histoire et artisanat des bains-douches de Montbéliard

Les anciens bains-douches de Montbéliard incarnent une mémoire urbaine et sociale qui traverse le XXe siècle : lieu d’hygiène publique, équipement social et, plus récemment, espace réinvesti par des initiatives culturelles. Implanté au cœur du centre-ville, le bâtiment a connu plusieurs vies - installation municipale, fermeture progressive, accueil d’activités culturelles et projet de tiers-lieu - qui témoignent de l’évolution des préoccupations urbaines et sociales.

Origines et construction

L'établissement de bains-douches a été construit par la société Les Fils de Peugeot Frères vers 1905. Il a été cédé en 1938 pour le franc symbolique à la commune, laquelle entreprend en 1938-1939 d'importants travaux intérieurs (réaménagement) et extérieurs (fronton à redents, péristyle en béton marqué de l'inscription BAINS DOUCHES). Le bâtiment abritant le logement de fonction, les bureaux et la buanderie est construit en moellon de calcaire enduit, avec un étage carré, et est couvert d'un toit à croupes en tuile mécanique.

Reconstruction et modernité après la guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, la période de la Reconstruction de la ville est une véritable stratégie de planification urbaine. Dans ce contexte, les nouveaux bains-douches sont construits comme un ensemble formé avec l’école Jean-Jaurès, premier bâtiment public inauguré, et les HLM Gambetta qui seront les premiers logements sociaux. Les préoccupations majeures des reconstructeurs étaient alors le droit au logement sain, à l’éducation et à l’hygiène.

Les bains-douches réalisés par l’architecte Marcel Bouscasse ont fait l’objet d’un soin tout particulier, avec notamment un plan qui organise des volumes articulés entre eux par le hall. Il est ainsi très facile, simplement en regardant le bâtiment, de connaître sa composition. En ce sens, les bains-douches sont d’une conception assez moderne. En regardant le bâtiment, on peut apercevoir de gauche à droite, le garage à vélo, un modèle en la matière car il est un petit édifice reprenant tous les dispositifs du grand bâtiment, le hall puis l’aile de douches.

La façade est très marquée par le jeu de vides et de pleins, d’autant plus contrasté que l’architecte a joué avec de grandes baies pour le hall. L’école Jean-Jaurès est le premier bâtiment public reconstruit. C’est une réalisation importante de la Reconstruction, autant par sa taille, 4 000m², que par sa qualité architecturale. Tournées vers l’est, les classes sont naturellement éclairées le matin.

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Fonctions sociales et équipements

La cité de logements HLM Gambetta, construite en 1948, illustre le renouveau du logement social après-guerre. Elle est représentative du soin apporté à la conception du logement dans une ville qui développe une réflexion de fond sur l’action sociale et sur une nouvelle manière d’habiter : logements avec balcons et loggias, laverie, chauffage… L’orientation solaire est également étudiée.

Les bains-douches s’inscrivaient pleinement dans ce souci d’hygiène publique et d’égalité d’accès aux services. Leur présence à côté d’équipements scolaires et de logements sociaux manifeste une volonté de rapprocher santé, éducation et conditions de vie, éléments centraux de la Reconstruction.

Fermeture, déclin et démantèlement

L'établissement a fermé ses portes à la fin des années 1980 et les installations ont été démantelées. Après le départ du Théâtre Icare fin 2017 des ex bains-douches situés 24 rue des Halles, un appel à projets a été lancé en novembre 2018 afin de réactiver une présence artistique et culturelle dans ce lieu.

Réactivation culturelle et projet de tiers-lieu

Le collectif retenu a depuis créé une association, les Chantiers nouveaux, pour porter ce projet et créer un tiers-lieu pluridisciplinaire. Anne Guillou et Jeanne Menguy sont désormais à la manœuvre pour préparer l’ouverture de cet espace dédié aux différentes formes théâtrales, à la danse, à la musique et ouvert sur la ville. Ce réemploi illustre comment un équipement d’hygiène publique peut être transformé en un Bain public, un espace dédié à l’art et la culture.

Le rôle d’acteurs culturels locaux

Les Bains-Douches - Le Cinéma est un cinéma itinérant, inscrit dans le dispositif « Circuit Image ». Ce projet associatif, soutenu par la ville de Montbéliard, est porté par le Centre Image, en partenariat avec Le Cinéma et Rien d’Autre et MA scène nationale. Pensé comme un cinéma de proximité, Les Bains Douches - Le Cinéma propose des séances publiques principalement aux Bains Douches, et ponctuellement au Jules Verne.

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Implanté au cœur du centre-ville de Montbéliard, Les Bains Douches - Le Cinéma propose une programmation accessible à tous et toutes : films grand public, Art & Essai et œuvres du patrimoine. Les Bains-Douches - Le Cinéma proposera environ 700 séances pour sa première année. En période scolaire, une vingtaine de séances par semaine, du mercredi au dimanche avec trois à cinq séances par jour de 14h à 20h, ou, selon la programmation, de 11h à 21h. En période de congé, une dizaine de séances supplémentaires par semaine sera ajouté (soit trente au total), les lundis et les mardis.

Plusieurs fois par mois, Le Cinéma et Rien d’Autre propose des soirées de rencontres et d’échanges avec des cinéastes, des associations ou d’autres invités. Un bar est ouvert à l’issue des séances, permettant au public de prolonger les échanges dans un cadre convivial.

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Patrimoine industriel et liens avec Peugeot

Poletto, Elodie note dans ses recherches préliminaires que Les Fils de Peugeot Frères ont joué un rôle important dans le patrimoine industriel et architectural local (1805-1937). Les liens entre les établissements industriels et les infrastructures municipales, comme les bains-douches, attestent d’un maillage entre fabrication, bien-être social et urbanisme industriel.

Architecture et lisibilité urbaine

Bien que situés dans une rue secondaire, les bains-douches ont été conçus pour être lisibles : le plan organise des volumes articulés entre eux par le hall, et la façade joue avec de grandes baies. Il est ainsi très facile, simplement en regardant le bâtiment, de connaître sa composition. Le garage à vélo, le hall puis l’aile de douches forment une séquence architecturale explicite et modulaire.

Transformation urbaine et nouvelles pratiques

Après leur fermeture et un temps d’inoccupation partielle, les anciens bains-douches font l’objet d’un processus de réinvention : accueil d’activités théâtrales avec le Théâtre Icare, puis appel à projet en 2018, création de l’association porteuse et élaboration d’un tiers-lieu pluridisciplinaire. Le projet montre comment la reconversion d’un lieu d’hygiène peut soutenir des politiques culturelles de proximité et favoriser la mixité des usages.

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Tableau récapitulatif : étapes clés

Année / Période Événement
Vers 1905 Construction par Les Fils de Peugeot Frères
1938-1939 Cession à la commune et importants travaux (réaménagement, fronton, péristyle)
Après 1945 Reconstruction urbaine : bains-douches intégrés au projet avec école Jean-Jaurès et HLM Gambetta
Fin des années 1980 Fermeture et démantèlement des installations
2017-2018 Départ du Théâtre Icare, appel à projets pour réactivation culturelle
Depuis 2018 Création de l’association Les Chantiers nouveaux et préparation d’un tiers-lieu

Valeur patrimoniale et enjeux contemporains

Les bains-douches de Montbéliard constituent un témoin patrimonial des politiques d’hygiène et de logement du XXe siècle, ainsi qu’un exemple de reconversion réfléchie. Leur architecture, leur implantation aux côtés d’équipements publics et de logements sociaux, et leur réemploi culturel contemporains en font un marqueur de l’histoire sociale et urbaine de la ville.

La transformation en espaces culturels (cinéma itinérant, salles de spectacle, tiers-lieu) réaffirme la capacité des bâtiments industriels et utilitaires à se réinventer pour répondre aux besoins contemporains : proximité culturelle, convivialité et accessibilité. Ces évolutions s’appuient sur des acteurs locaux, des associations et des politiques publiques qui garantissent la réintégration de ces lieux dans le tissu urbain.

En relisant l’histoire des bains-douches, on perçoit une trajectoire commune à de nombreux équipements publics en France : initialement pensé pour répondre à des impératifs sanitaires et sociaux, le bâtiment devient, au fil des décennies, un espace de mémoire et un support de nouveaux usages collectifs, symbolisant la capacité des villes à repenser leur patrimoine pour le bien commun.

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