Liquidation judiciaire des Aciéries de Bonpertuis: une fin historique après près de six siècles d’activité
Les Aciéries de Bonpertuis, situées à Apprieu et appartenant au groupe Forlam, ont été placées en redressement judiciaire le 2 septembre, avant d’être prononcées en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lyon le 23 octobre 2025. Cette décision intervient au cœur d’un contexte industriel Isérois marqué par plusieurs restructurations et de fortes difficultés du secteur métallurgique.
Contexte et déroulement de la procédure
Le tribunal de commerce de Lyon a prononcé la liquidation judiciaire des Aciéries de Bonpertuis le 23 octobre 2025, mettant fin à une histoire où l’entreprise et ses sites historiques dataient de plusieurs siècles. Les Aciéries de Bonpertuis à Apprieu, avec un site secondaire à Domène, comptent 68 salariés au total et avaient été placées en redressement judiciaire le 2 septembre 2025, comme l’ensemble du groupe Forlam. Deux offres de reprise avaient été déposées - l’une orientée vers le secteur papeterie et l’autre vers le laminage à chaud - mais elles n’ont pas été jugées suffisantes pour garantir la rentabilité et la viabilité de l’activité. Le verdict a été reçu comme une fin tragique par les salariés et les représentants du personnel, qui avaient exprimé leurs inquiétudes quant à l’avenir de l’entreprise et de ses savoir-faire.
Histoire et savoir-faire au fil des siècles
L’activité des Aciéries de Bonpertuis remonte à près de six siècles: forge initiée en 1434 sur le site de Bonpertuis, puis création officielle des Forges de Bonpertuis en 1574. L’essor industriel s’est amplifié au XIXe siècle, avec notamment la construction d’un four en 1859, classé monument historique depuis 2003. Le savoir-faire, transmis des Pères Chartreux, s’est ainsi développé autour du laminage, de l’étirage et d’un travail fin dans la coutellerie et les traitements thermiques des aciers inoxydables. La liquidation met fin à une présence industrielle remarquable qui a façonné l’identité économique et culturelle de l’Isère.
Impact local et réactions des acteurs
La fermeture annoncée touche 68 salariés, dont une partie travaille sur le site de Domène (environ 22 salariés), alors que le site d’Apprieu emploie une majorité des effectifs. Les représentants du personnel et les syndicats ont exprimé leur déception et leur préoccupation quant à l’avenir économique des salariés et du tissu industriel local. Le secrétaire départemental de la CGT 38 a appelé à des assises de l’industrie et de l’emploi pour dynamiser les filières identifiées et tenter de préserver des savoir-faire locaux. Des inquiétudes ont été exprimées quant à l’avenir des compétences spécialisées liées au laminage et à l’étirage des aciers inoxydables.
« On s’y préparait. L’ensemble des acteurs de l’audience ont émis un avis défavorable (à la poursuite de l’activité). Deux offres de reprises avaient été déposées, l’une pour le secteur papeterie qui prévoyait de conserver deux emplois, et l’autre pour le laminage à chaud avec une vingtaine d’emplois maintenus. »
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« C’est malheureux de perdre cette usine comme ça, du jour au lendemain. Comment ça va se passer ? On ne sait pas, je m’inquiète beaucoup sur l’avenir », souligne Nedeljko Delac, salarié et fils d’un ancien travaillant dans l’usine. Les salariés regrettent l’ampleur du savoir-faire national et international qui risquait de s’étioler avec la liquidation.
Perspectives et questions pour l’avenir
La liquidation des Aciéries de Bonpertuis interroge sur l’avenir de l’industrie en Isère et sur les possibilités de redressement sectoriel face à une concurrence croissante et à des marchés fragilisés par les importations. Après Ferropem, Soitec, Teisseire, Nestlé et d’autres, les annonces de restructuration s’accumulent; cela appelle à des mesures coordonnées pour préserver les chaînes de valeur industrielles et les emplois locaux. Les deux sites de Bonpertuis restent désormais orphelins d’activité industrielle immédiate, et l’héritage historique de ces établissements demeure un sujet de mémoire et de patrimoine pour le département et la région.
Éléments historiques et patrimoine
Le site d’Apprieu, où se dresse l’histoire des Aciéries de Bonpertuis, est intimement lié à l’identité locale: il a accueilli, selon les légendes, le roi François Ier pour forger son épée et a été classé monument historique en 2003. Ce classement témoigne d’un intérêt patrimonial qui pourrait influencer les initiatives futures autour de la réhabilitation industrielle ou du tourisme industriel.
Options et pistes pour le futur
Deux pistes de reprise avaient été esquissées, l’une orientée vers l’activite papeterie (moins d’emplois préservés) et l’autre vers le laminage à chaud (plus d’emplois potentiellement maintenus), mais les garanties nécessaires n’ont pas été réunies. Le sort des sites et des métiers de Bonpertuis dépendra désormais d’un éventuel recours à des aides publiques, d’une redéfinition du modèle économique ou d’un repositionnement dans des activités connexes à haute valeur ajoutée, capables de préserver les savoir-faire historiques tout en assurant une viabilité économique.
La Liquidation Judiciaire : [Droit des entreprises en difficultés]
Informations clés et données associées
- Redressement judiciaire: 2 septembre 2025
- Liquidation judiciaire: 23 octobre 2025
- Siège historique: Apprieu (Isère) et Domène
- Effectif: 68 salariés
- Activités historiques: laminage et étirage des aciers inoxydables
La liquidation des Aciéries de Bonpertuis marquera une étape importante dans l’histoire industrielle de l’Isère, remettant en question la pérennité des savoir-faire artisanaux et industriels transmis sur près de 600 ans.
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