Situation financière et procédure de redressement judiciaire de Brandt Vendôme
Selon les informations publiées par Les Échos, le tribunal des activités économiques de Nanterre vient d’ouvrir une procédure de redressement judiciaire concernant à la fois la holding Groupe Brandt et sa filiale opérationnelle Brandt France. Cette décision intervient après des années de difficultés financières et industrielles pour le spécialiste français de l’électroménager, propriétaire des marques Brandt, Vedette, Sauter et De Dietrich.
Si cette information est confirmée, le jugement ouvrira une période d’observation de six mois, renouvelable, durant laquelle l’entreprise devra démontrer sa capacité de redressement. En pratique, la procédure gèle les dettes et place l’entreprise sous la supervision d’administrateurs judiciaires. La direction de Brandt devra présenter un plan de continuation afin d’assurer la poursuite de l’activité et de préserver l’emploi.
Contexte économique et performances récentes
Repris en 2014 par le groupe algérien Cevital après la faillite de Fagor-Brandt, le groupe réalise un chiffre d’affaires en France est estimé entre 200 et 250 millions d’euros en 2023, loin des plus de 400 millions d’euros enregistrés il y a une dizaine d’années. Sous l’ombrelle de cette entreprise fondée en 1924 par Edgar William Brandt, cette entreprise emblématique de l’électroménager en France regroupe plusieurs marques bien connues du grand public.
Fleuron industriel français, Brandt venait de célébrer son centenaire, affichant un chiffre d’affaires de 260 millions d’euros, dont 30 % en Europe. Les pertes seraient de plusieurs dizaines millions d’euros à chaque exercice depuis plusieurs années. Le groupe Brandt, propriété du groupe algérien Cevital depuis 2014, subit de plein fouet la mauvaise passe que traverse actuellement le marché du gros électroménager, lié à la crise de l’immobilier.
Après une baisse en 2023, ce secteur a connu l'an dernier un nouveau recul (-3,9%), affecté par une crise persistante de l'immobilier. En effet, selon le dernier bilan du Gifam, ce secteur a subi en 2024 une baisse de -3,9 %.
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Enjeux industriels et concurrence
La taille du groupe et la fragilité de ses comptes sur un marché du gros électroménager extrêmement concurrentiel rendent l’équation difficile. Cette situation illustre la difficulté croissante pour l’industrie de l’électroménager de rester compétitive en France et plus largement en Europe face à la montée en puissance des produits fabriqués à bas coût, notamment en Chine.
Brandt, une marque que tout le monde connaît, a fait l'histoire notamment avec ses lave-linge, mais aussi ses fours et ses plaques de cuisson. Tout d’abord sa marque généraliste Brandt qui propose à la fois des produits de cuisson, de lavage et de conservation des aliments. Mais également Sauter qui est exclusivement dédié à la cuisson, De Dietrich se positionne sur le haut de gamme, quand Vedette revendique de proposer l’essentiel du lavage au meilleur rapport qualité prix.
Procédures judiciaires et conséquences sociales
Début octobre, elle semblait encore croire à une issue favorable pour le fabricant des produits Brandt, mais aussi de ceux des marques Vedette, Sauter et De Dietrich. Brandt était en redressement judiciaire depuis le 1er octobre. Si cette information est confirmée, le jugement ouvrira une période d’observation de six mois, renouvelable, durant laquelle l’entreprise devra démontrer sa capacité de redressement.
La justice a prononcé dans la matinée du jeudi 11 décembre la liquidation de Brandt, qui était en grande difficulté depuis son placement en redressement judiciaire. Quelque 700 emplois vont être supprimés. L'annonce a été brutale. Dans la matinée du jeudi 11 décembre, les salariés d'une usine Brandt à Saint-Ouen (Loir-et-Cher) ont appris la liquidation du groupe.
Au total, près de 700 salariés sont licenciés, dont 93 dans cette usine. Brandt emploie près de 700 personnes en France, notamment dans ses deux usines en Centre-Val de Loire, à Saint-Jean-de-La-Ruelle, dans le Loiret, et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher. L'usine Brandt de Saint-Jean-de-la-Ruelle employait 350 salariés dans le Loiret.
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Une fin particulièrement douloureuse pour Tony Janvier, conducteur régleur, après 38 ans de carrière chez Brandt : "Quand on aura le chômage, mais bon, le chômage, ça ne va pas durer. 25 millions d'euros étaient nécessaires pour relancer l'activité. L'État et les collectivités locales étaient prêts à remettre au pot au total 20 millions d'euros d'aides publiques. Mais il a manqué de l'argent privé, dénonce aujourd'hui le maire (DD) d'Orléans (Loiret).
Projets de reprise et réactions locales
Au milieu de plusieurs offres, un projet de reprise de Brandt France par ses salariés - sous forme de société coopérative et participative (SCOP) - soutenu par le groupe Revive, promettait de sauver 295 emplois sur les deux sites de production, à Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret) et en Loir-et-Cher, sur un total de 443. Le projet de reprise en Scop n’a pas été retenu.
Le tribunal a jugé leur proposition trop fragile. Ils espéraient reprendre le groupe en créant une coopérative de salariés. Le projet de reprise par ses salariés sous forme de SCOP - Société coopérative et participative -, soutenu par le groupe Revive qui a déjà repris Tupperware France, avait pourtant reçu un large soutien des pouvoirs publics.
L'État s'est dit lundi 1er décembre "prêt" à apporter cinq millions d'euros dans un projet de reprise en Scop du groupe d'électroménager Brandt, placé en redressement judiciaire. Ce projet est soutenu par le groupe Revive (propriétaire notamment de la marque Happyvore), qui dit venir "en soutien de la Scop". Parmi les autres projets déposés, aucun ne propose de sauver les deux usines du groupe Brandt, située près d'Orléans, dans le Loiret, et à Vendôme, dans le Loir-et-Cher, selon des sources concordantes dont des élus locaux.
Pour relancer l’activité de Brandt, entre 20 et 25 millions d’euros auraient été nécessaires. A ce titre, le gouvernement avait annoncé un soutien de l’Etat à hauteur de 5 millions d’euros, suivi par la région Centre-Val de Loire qui aurait pu dégager 7 millions d’euros et un montant équivalent pour la métropole d’Orléans. Même la région Ile-de-France qui accueille le siège du groupe à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et ses activités de service après-vente à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) a prévu de débloquer une aide d’un million d’euros pour soutenir la reprise en Scop du groupe.
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Réactions politiques et syndicales
"C’est une terrible nouvelle, un choc et un coup très dur porté à l’industrie française", a réagi le président de la région Centre-Val de Loire François Bonneau. Le gouvernement a fait part de son côté de sa "profonde tristesse" après l'annonce de la liquidation judiciaire, pour le ministre de l'Economie et des Finances, Roland Lescure, et le ministre en charge de l'Industrie, Sébastien Martin, c'est "un fleuron français qui s'éteint".
"Je suis à la fois abasourdi par cette décision et très en colère, abasourdi parce qu'il s'agit de 700 salariés (...) et complètement en colère parce qu'alors qu'on érige la souveraineté industrielle en priorité, on laisse filer les marques iconiques" réagit Christophe Chaillou, sénateur socialiste du Loiret et ancien maire de Saint-Jean-de-la-Ruelle. Du côté des syndicats, la déception est immense. "On avait beaucoup d’espoir que ça perdure avec ce projet de Scop. Mais, en sortant du tribunal, on avait vu des juges très sceptiques. Les financements promis ne les ont pas convaincus."
Des élus locaux, mais aussi des parlementaires et des représentants de collectivités du Centre-Val de Loire en appellent au Premier ministre pour qu'il se saisisse du dossier du groupe Brandt. Un rassemblement de soutien a lieu devant l'usine Brandt à Saint-Jean-de-la-Ruelle, rassemblant élus, salariés et habitants inquiets.
Impact territorial et perspectives
L'annonce de sa fermeture définitive est vécue comme un choc dans la ville. "Un désespoir par rapport à l'économie du territoire, par rapport à tous les salariés", déplore un habitant. Difficile également pour les commerces de centre-ville, qui redoutent de voir rapidement leur activité baisser. "Bien sûr, ça nous inquiète. Après la fermeture, que deviendront les deux dernières usines du groupe Brandt ?"
Autour de chez vous, l’espoir de la dernière chance pour les 700 salariés du groupe d’électroménager a été coupé net ce jeudi 11 décembre. L’annonce de la liquidation du groupe d’électroménager Brandt provoque tristesse et stupéfaction à Saint-Ouen (Loir-et-Cher) et Saint-Jean-de-la-Ruelle (Loiret).
Liquidation de Brandt : Le choc pour les salariés du site de Saint-Ouen
Comparaisons sectorielles
Dans ce contexte, Brandt n’est pas le seul à souffrir. Le groupe d’électroménager Seb (Tefal, Moulinex, etc.) qui emploie à date 31 000 personnes dans le monde a annoncé fin octobre un plan d’économies à hauteur de 200 millions d’euros, ouvrant la porte à de possibles mesures sur l’emploi. Lors de la publication de ses résultats trimestriels, Seb avait en effet fait état d’un recul de 39,8 % de son résultat opérationnel, à 267 millions d’euros, et un chiffre d’affaires en retrait de 3,5 %, à 1,92 milliard d’euros.
Tableau récapitulatif - données clés
| Élément | Valeur / commentaire |
|---|---|
| Chiffre d’affaires récent (France) | Estimé entre 200 et 260 millions d’euros |
| Chute par rapport à il y a 10 ans | De plus de 400 M€ à ~200-260 M€ |
| Besoin estimé pour relance | 20-25 millions d’euros |
| Aides publiques envisagées | État 5 M€, Région ~7 M€, Orléans Métropole ~7 M€, Île-de-France 1 M€ |
| Emplois menacés / supprimés | Environ 700 suppressions |
| Situation juridique | Placement en redressement judiciaire début octobre puis liquidation prononcée le 11 décembre |
Pour Olivia Guernier, déléguée générale du Gifam, qui regroupe les fabricants d'appareils et d'équipements ménagers : « Brandt a toujours défendu avec conviction la promotion du Made in France et le maintien du savoir-faire industriel sur notre territoire ». Elle ajoute : « Cette situation illustre la difficulté croissante pour l’industrie de l’électroménager de rester compétitive en France et plus largement en Europe face à la montée en puissance des produits fabriqués à bas coût, notamment en Chine. »
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