Cessation d’activité du site Sanofi Fareva: portraits, enjeux et perspectives
Ils finissent leurs cartons. Et s'apprêtent à emporter avec eux tous leurs souvenirs. Ce soir, les locaux du site de chimie de Sanofi fermeront définitivement leurs portes à Romainville. Derrière la barrière fermée de l'usine, face à Biocitech, quelques travailleurs – des CDD et des intérimaires – nettoient et ferment les ateliers historiques en brique rouge. Car même si, officieusement, la société Fareva s'est déjà installée dans une partie des bâtiments pour continuer à produire des médicaments, il ne reste plus d'anciens employés du groupe pharmaceutique. Depuis le mois d'octobre, la production s'est arrêtée. Avec elle, les salariés ont quitté les lieux, un par un, pour partir en préretraite ou pour rejoindre l'un des autres sites de Sanofi en France.
Réunis dans le local syndical CGT, une poignée d'ex-salariés du site n'ont pas le cœur à parler d'avenir. On sent une atmosphère pesante, amère. « Quand je suis arrivé ici, Sanofi possédait tous les immeubles du quartier », glisse Eric, 44 ans, dont vingt-quatre à travailler comme technicien de production à Romainville. « Mais tout a fermé, année après année. Maintenant, c'est la fin d'une histoire. C'est un beau gâchis. »
Pour eux, le couperet est tombé en mars 2010, avec l'annonce du plan de sauvegarde de l'emploi (PSE). « On nous a claironné que le site n'était plus rentable et qu'il fallait le fermer, lâche Saïd. Mais ce groupe fait 9 M€ de bénéfices par an! »
Un dernier combat pour deux « copains » sur le carreau. Ce qu'ils reprochent au groupe pharmaceutique ? D'avoir « bâclé le PSE ». Pourtant, sur les 217 salariés à reclasser, le bilan est plutôt positif. Sanofi a en effet trouvé des solutions pour quasiment tous. « Tous les collaborateurs, sauf deux, ont été reclassés, note une porte-parole de Sanofi. Il n'y a eu aucun licenciement. »
Si statistiquement le résultat est bon, les salariés évoquent les difficultés de ces derniers mois, les dépressions des copains, ceux dont le couple n'a pas supporté les tensions sociales ou ceux, encore, qui sont en arrêt maladie pour la première fois de leur longue carrière. « En réalité, avec les départs en retraite et les reconversions professionnelles, il ne restait qu'entre 70 et 80 personnes à recaser sur les différents sites du groupe, explique Nilsen. Alors qu'ils nous avaient promis des postes en Ile-de-France, la moitié d'entre nous a dû accepter du travail en province. Pour certains, cela a eu de lourdes répercussions sur leur vie de couple. »
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Les autres? Les plus chanceux ont intégré le site de chimie de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), à l'image de Nilsen. Et si la plupart des anciens de Romainville ont déjà pris leurs fonctions, tous ont envie de mener un dernier combat. Lequel? Se battre pour les deux « copains », encore sur le carreau : Eric et Amine, deux leaders CGT du site qui se sont particulièrement exposés pendant les discussions concernant le PSE. « Pour nous, ils ont été les hommes à abattre, c'est pour cela que la direction ne leur a rien proposé de sérieux, lâche un de leur collègue. Surtout quand on sait qu'il y a huit postes d'ouverts à Vitry qui leur correspondent parfaitement. »
En réalité, les deux techniciens de production se sont vu proposer, comme la loi l'exige, deux offres de reclassement. Mais incohérentes par rapport à leur formation, assurent-ils. Du coup, lundi, ils sont attendus au siège administratif du groupe, à Antony (Hauts-de-Seine). « On va nous mettre derrière un écran alors que l'on sait faire bien d'autres choses, grince Amine. C'est déprimant. »
Le contexte corporatif : Fareva, un acteur clé de la sous-traitance
Le Groupe Fareva est une Organisation de Fabrication sous Contrat (CMO/CDMO), fondée par Bernard Fraisse en 1981. Le groupe est un leader mondial de la sous-traitance industrielle, couvrant le développement et la fabrication sous contrat dans plusieurs domaines, notamment les produits pharmaceutiques, cosmétiques et les produits industriels pour la maison. Son réseau mondial comprend 41 sites de production, emploie environ 13 000 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 2,22 milliards d'euros.
Le 1er décembre 2020, Fareva a finalisé l'acquisition de deux sites de production stériles français du Groupe Pierre-Fabre, afin de renforcer ses capacités de fabrication dans le domaine des produits oncologiques. En 2021, Fareva a commencé la production de vaccins dans ses usines françaises. En 2025, Fareva a acquis 70 % des parts de la société exploitant le site de production pharmaceutique de Sanofi à Lüleburgaz, en Turquie, Sanofi conservant une participation minoritaire de 30 %. Le site turc est polyvalent et dédié principalement aux génériques et aux marchés grand public.
Fareva dispose d'un réseau mondial et d’un chiffre d'affaires qui se situe autour de 2,22 milliards d'euros, avec 41 sites de production dans le monde et environ 13 000 employés. En tant que fournisseur majeur de services d'organisation de fabrication sous contrat, Fareva est régulièrement classé parmi les principaux acteurs du secteur dans plusieurs rapports de marché.
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Contexte local et année 2022-2026
La transformation du parc industriel Biocitech à Romainville est une étape clé du passage de Sanofi vers Fareva et d’autres acteurs. Le site Biocitech, ancien laboratoire de recherche, est devenu un parc technologique abritant près de 27 entreprises sur 19 000 m2, géré par des investisseurs comme Fiminco après avoir appartenu à la Banque des Territoires. Le prix de revente du site Biotech a suscité des interrogations locales autour de la logique immobilière et industrielle, avec des retombées sur le tissu économique et les habitants.
Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large: la désindustrialisation de la région et le déplacement des activités pharmaceutiques notamment hors de l’agglomération parisienne. Le maire de Romainville et d’autres acteurs locaux ont attiré l’attention sur les effets sociaux et économiques des décisions de cession et de restructuration, pointant le besoin de continuité pour les emplois et les compétences locales.
Répercussions humaines et sociales
Pour les salariés, l’exode progressif et les reconversions ont modifié les équilibres familiaux et professionnels. Des témoins évoquent les tensions et les périodes d’incertitude, avec des répercussions sur la vie privée et les relations de couple. L’arrivée de la retraite ou le repositionnement sur Vitry ou d’autres sites a été une réalité pour beaucoup, mais les choix ont été loin d’être simples ou sans coût personnel.
Les deux ex-salariés Eric et Amine symbolisent les tensions internes et les combats syndicaux: leurs trajectoires récentes et les promesses de reclassement restent un point de friction entre la direction et les travailleurs, malgré des garanties officielles de reclassement pour la quasi-totalité des salariés concernés.
Tableau synthèse des éléments clés
| Aspect | Détails |
|---|---|
| Nombre initial de salariés à reclasser | 217 |
| Offres de reclassement acceptées | Tous sauf deux |
| Principales zones de reclassement | Ile-de-France et province (Vitry, Antony, etc.) |
| Situation en 2025 | Fermeture définitive du site de Romainville; transfert partiel à Vitry et autres sites |
Enjeux économiques et stratégiques
Du point de vue économique, la cession de parts et les restructurations montrent une logique de concentration de capacités et de diversification des sites sous contrôle de Fareva. Fareva, en tant que leader mondial de la sous-traitance pharmaceutique et cosmétique, poursuit une stratégie d’expansion via l’acquisition et la consolidation de sites en Europe et ailleurs. Le secteur est marqué par une alternance entre continuité des chaînes de production et relocalisations qui créent des incertitudes pour le personnel et les communautés locales.
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Au-delà de Sanofi et Fareva, la dynamique autour du Biocitech et de son avenir immobilier illustre les enjeux d’un territoire qui cherche à réorienter son paysage économique tout en protégeant les savoir-faire locaux et les emplois qualifiés. La tension entre valorisation immobilière et maintien d’activités industrielles sensibles est centrale pour les décideurs locaux et nationaux.
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