ArcelorMittal Dunkerque : Entre Décarbonation et Suppressions d'Emplois
Publié le jeudi 15 mai 2025 à 20:52, cet article se penche sur les enjeux complexes auxquels est confronté ArcelorMittal, notamment sur son site de Dunkerque.
Un Projet de Décarbonation Relancé à Dunkerque
Le groupe sidérurgiste a annoncé ce jeudi qu'il relançait son projet massif d'acier décarboné sur son site de Dunkerque, suspendu depuis novembre. Un montant d'1,2 milliard d'euros va être injecté. Le groupe sidérurgique confirme ce jeudi son intention d'investir pour la décarbonation sur le site de Dunkerque. Il avait suspendu cet investissement en fin d'année dernière.
Cette annonce est perçue comme une bonne nouvelle par les syndicats. "C'est une bonne nouvelle aussi pour Florange. Et c'est une très bonne nouvelle pour les salariés qui travaillent en France", estime ainsi Julien Walterspieler, délégué syndical central CFDT chez ArcelorMittal, organisation majoritaire sur le site mosellan.
"On préfère recevoir des brames de Dunkerque que d'ailleurs. Et c'est vrai que si demain, l'usine de Dunkerque ne décarbone pas, c'est toute la filière qui va être impactée. Donc ça fait du bien de recevoir un peu d'effets positifs", concède-t-il.
La CFE-CGC exprime également un sentiment partagé. "C'est un moment fort, on ne va pas se le cacher. C'est une réponse concrète à des années d'alerte et de propositions qu'on avait formulées. On n'a jamais cessé de plaider pour une stratégie industrielle ambitieuse et surtout décarbonée sur notre territoire. Cela va ruisseler sur toute la filière, notamment sur les huit établissements, dont Florange fait partie", reconnaît Christophe Chemin, secrétaire de la section CFE-CGC d'ArcelorMittal à Florange.
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Maintien du Plan Social : Une Contradiction ?
En revanche, le plan social, lui, est maintenu, suscitant des avis contrastés au sein du site de Florange, en Moselle. Après l'annonce de plus 600 suppressions de postes partout en France, dont près de 200 à Florange, en Moselle, ArcelorMittal veut rassurer.
Le représentant syndical CFDT ajoute : "Mais on n'oubliera pas le projet d'ArcelorMittal avec les 636 suppressions d'emplois et la mise en place d'un plan de sauvegarde de l'emploi, qui veut dire que certains salariés vont perdre leur emploi et vont être licenciés. Et ça, pour nous, organisation, il est totalement inconcevable que ça se passe comme ça et on fera tout pour faire reculer Mittal sur ce projet".
Christophe Chemin de la CFE-CGC modère : "Mais il y a un 'mais', même un gros 'mais', parce que cet élan est quand même gâché par ce que j'appellerais une contradiction profonde. Alors même qu'on parle de préparer l'avenir avec un plan ambitieux de décarbonation, le groupe néanmoins maintient son plan de sauvegarde de l'emploi qui, à Florange, menace près de 200 postes. On va exiger la suspension immédiate du PSE, parce que pour nous, pérenniser l'industrie, c'est aussi pérenniser les hommes et les femmes. Sans eux, je pense qu'il n'y a aucune transformation qui pourra réussir."
"S’agit-il d'une véritable confirmation d'intention ou simplement d'une opération de communication ?", s’interroge de son côté la CGT. "Ces annonces ne résolvent en rien le PSE en cours, ni les licenciements qui s’annoncent. Elles ne réparent pas le choc émotionnel subi par les salariés touchés. Des mots, encore.
Le géant sidérurgique a annoncé un plan social de sa filiale ArcelorMittal France prévoyant la suppression de 636 postes sur 8 sites. L’avenir s’assombrit pour ArcelorMittal France. Le 23 avril dernier, la direction d’ArcelorMittal France a annoncé aux organisations syndicales un plan social prévoyant la suppression de 636 postes sur les 8 sites basés à Basse-Indre (Loire-Atlantique), Desvres (Pas-de-Calais), Dunkerque (Nord), Florange (Moselle), Mardyck (Nord), Montataire (Oise), Mouzon (Ardennes) et Saint-Denis (Saint-Denis). Les deux les plus impactés sont ceux de Dunkerque (295 suppressions de postes) et de Florange (194).
« Le groupe fait valoir qu’il doit réduire les coûts et retrouver de la compétitivité en raison des difficultés structurelles de la filière sidérurgique et du contexte économique mondial, explique Pierre Damiani, secrétaire CFE-CGC du CSE central d’ArcelorMittal France et président du syndicat CFE-CGC de la Sidérurgie. Nous connaissons ce contexte mais ne saurions accepter que l’on tire des conséquences aussi lourdes et irréversibles sur les effectifs et notre outil industriel. «
« Alors que l’Union européenne a lancé un plan acier ambitieux, fondé sur l’accès à une énergie propre et abordable, sur le soutien à l’investissement industriel et à la montée en compétences des salariés, les décisions d’ArcelorMittal France vont à l’encontre de ces orientations stratégiques, analyse Xavier Le Coq, coordinateur syndical CFE-CGC du Groupe ArcelorMittal. Cela revient à utiliser la situation économique européenne compliquée en opportunité de dégraissage drastique des effectifs de l’entreprise. Comment comprendre qu’au moment où l’entreprise doit réussir sa transformation industrielle, elle se prive de centaines de compétences clés ? «
« Comment comprendre qu’au moment où l’entreprise doit réussir sa transformation industrielle, elle se prive de centaines de compétences clés, interroge Pascal Deshayes, délégué syndical central CFE-CGC d’ArcelorMittal France. Comment comprendre qu’au moment où le groupe affiche sa priorité pour la santé, la sécurité, la décarbonation et son attractivité, il s’engage dans un affaiblissement de ses ressources humaines et techniques ? Dans une déclaration présentée lors du CSEC le vendredi 30 avril, les élus CFE-CGC ont interpelé la direction pour éviter une telle « saignée humaine irréparable », demandant que les salariés « soient reconnus non pas comme des coûts mais comme des forces essentielles pour réussir les mutations de demain ».
Concernant la mise en œuvre du PSE, les équipes CFE-CGC vont dorénavant travailler site par site, fonction par fonction, emploi par emploi, pour accompagner au mieux les salariés. « Il s’agit aussi d’envisager la future organisation du travail avec les salariés qui resteront, la question des compétences, la productivité et l’efficacité des process, détaille Pierre Damiani. La direction cherche à imposer brutalement son calendrier et à nous laisser peu de temps. C’est très difficile humainement avec de la peur chez les salariés quant à savoir qui va être concerné.
Symbole d’une filière sidérurgique en grande difficulté, le dossier ArcelorMittal devient politique. Après avoir sollicité un rendez-vous à Bercy, la CFE-CGC, avec les autres organisations syndicales, a eu un échange direct ce mardi 6 mai avec Marc Ferracci, ministre chargé de l’Industrie et de l'Énergie, et plusieurs élus locaux dont Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France.
La sidérurgie va mal en France et en Europe. « Depuis 2008, l'industrie sidérurgique européenne a connu une baisse sévère et permanente de la demande et des importations atteignant 30 % de part de marché », décrypte Xavier Le Coq, coordinateur syndical CFE-CGC du Groupe ArcelorMittal. Les grosses difficultés actuelles de l’automobile, de la construction et du bâtiment impactent toute la filière. La consommation d’acier diminue en Europe mais le niveau d’importation demeure stable. Les conséquences sur l’emploi sont tangibles : la branche sidérurgique du groupe allemand ThyssenKrupp a annoncé la suppression de 11 000 emplois d'ici à 2030. Aux Pays-Bas, le groupe indien Tata Steel va supprimer 1 600 emplois. Au Royaume-Uni, British Steel ferme ses derniers hauts fourneaux.
Dans le cadre de la commission d’enquête sur les défaillances des pouvoirs publics face à la multiplication des plans de licenciements, vous avez été auditionné, au nom de la CFE-CGC, sur les intentions du Groupe ArcelorMittal de se désengager en France et en Europe. Qu’avez-vous indiqué aux parlementaires ? Il y a un risque, à plus ou moins long terme, d’un désengagement partiel du Groupe en Europe avec un recentrage sur les sites les plus productifs et disposant du meilleur carnet (ou de la capacité à reprendre ceux des autres sites plus fragiles).
Pour la CFE-CGC, l’urgence est de rétablir rapidement une équité dans la compétition internationale. Il s’agit d’une part d’instaurer un mécanisme de quotas d’importations flottants en fonction de la demande réelle en Europe et de lutter de manière efficace contre le dumping. Par exemple, la Chine subventionne sa sidérurgie - comme d’autres filières -, ce qui lui permet de faire baisser les prix de vente, notamment au sein de l’Union européenne (UE).
Nationaliser ArcelorMittal en France est une très mauvaise idée ! La CFE-CGC constate que le Groupe continue d’investir massivement en Europe (fours électriques à Sestao et Gijón en Espagne, à Belval au Luxembourg…). La France n’est pas oubliée, malgré des résultats économiques « dans le rouge » ces dernières années. Si le Groupe avait pour stratégie de quitter la France, il n’aurait très probablement pas recapitalisé la filiale ArcelorMittal Méditerranée de 425 millions d’euros depuis 2020, sans compter une nouvelle recapitalisation en cours de 170 M€.
Le Groupe attend maintenant des réponses concrètes de la Commission européenne sur sa volonté de défendre la sidérurgie avant d’investir dans la décarbonation de ses procédés. Le Groupe a d’ailleurs confirmé son intention de construire un premier four électrique à Dunkerque (1,2 milliard d’euros).
Nationaliser ArcelorMittal en France est portée par plusieurs partis politiques pour préserver les emplois. Nationaliser ArcelorMittal en France est une très mauvaise idée ! Le Groupe est trop intégré pour qu’une nationalisation des seuls sites français soit pertinente ou efficace. En effet, la R&D, les brevets, la force de vente, les clients, les fonctions supports et les systèmes de gestion ne sont pas dans le scope opérationnel de la France.
La CFE-CGC prône plutôt une prise de participation conjointe des États européens concernés par la production d’acier au sein d’ArcelorMittal (Allemagne, Belgique, Espagne, France), qui tiendrait compte du poids relatif de la production au sein d’ArcelorMittal en Europe. Cela permettrait des projets communs (ex : la décarbonation) et cohérents avec la vision à moyen terme de l’UE.
Quelles autres analyses la CFE-CGC a-t-elle formulé devant la représentation nationale ? Pour la CFE-CGC, l’enjeu est certes français mais il est avant tout européen ! ArcelorMittal Europe demeure la zone avec la plus forte contribution en termes de production et de chiffre d’affaires (48 % du CA en 2024, mais seulement 22 % de l’EBIDTA). En revanche, où se trouve aujourd’hui le centre de gravité « culturel » du Groupe ? Quelles sont ses motivations à maintenir sa base industrielle telle qu’elle existe en Europe en investissant au Brésil ou en Inde ?
Par ailleurs, outre son caractère cyclique, la sidérurgie est un secteur aux marges limitées et d’une très forte intensité capitalistique avec des investissements conçus pour des durées longues.
Enfin, nous rappelons que la sidérurgie est une industrie stratégique dans laquelle tous les États du monde investissent.
Tableau Récapitulatif des Suppressions de Postes
| Site | Nombre de suppressions de postes |
|---|---|
| Dunkerque | 295 |
| Florange | 194 |
| Autres sites | 147 |
| Total | 636 |
Eric Niedziela (ArcelorMittal) : ArcelorMittal vise la neutralité carbone en 2050
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