Orientation politique de la CFE-CGC : profil, action syndicale et positionnement

La CFE-CGC est une confédération syndicale catégorielle qui rassemble les techniciens, agents de maîtrise, cadres, ingénieurs et ceux qui ont vocation à le devenir. Spécifique, mais solidaire, elle se veut la voix des personnels de l’encadrement et entend défendre leurs intérêts matériels et moraux tout en promouvant leurs aspirations.

Historique et reconnaissance

C’est au 15 octobre 1944 que remonte l'acte de naissance de notre Confédération. La CGC obtient la création de la section encadrement. L’Association générale des institutions de retraite complémentaire des cadres (Agirc) est créée le 14 mars 1947, par la Convention collective nationale de retraite et de prévoyance des cadres. En 1951, les organisations de l’encadrement français (CGC), allemand (ULA) et italien (CIDA) fondent la Confédération internationale des cadres.

La CIC deviendra, en 1989, la Confédération européenne des cadres (CEC), un des six partenaires sociaux européens interprofessionnels reconnus par la Commission européenne. La CFE-CGC est reconnue comme organisation syndicale représentative (présomption irréfragable de représentativité). Saisie le 9 juillet 2010 d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) sur l’article L. 2122-2 du Code du travail, la Cour de cassation juge la disposition conforme à la Constitution. La CFE-CGC est confortée comme organisation syndicale catégorielle.

Audience et progression électorale

La CFE-CGC revendique quelque 180 000 adhérents, contre 145 000 une décennie plus tôt. Aux élections professionnelles qui se sont tenues dans le privé de 2021 à 2025, elle a recueilli 12,95 % des suffrages, soit 3,5 points de plus par rapport à la période 2009-2013. Avec 21,75 % des suffrages dans son champ statutaire de l’encadrement, la CFE-CGC progresse par rapport à 2021 où elle avait obtenu 20,71 %. Tous syndicats et tous collèges confondus, la CFE-CGC atteint une audience de 12,95 % contre 11,92 % en 2021. En quatre ans, la CFE-CGC a progressé de plus de 36 000 voix.

C'est historique : la CFE-CGC est devenue il y a quelques semaines le premier syndicat d’EDF. La centrale est aussi devenue première ces dernières années chez Renault ou plus récemment chez Stellantis. Le syndicat est aussi en tête dans des entreprises comme la Société Générale ou BNP. Bref, il s’installe.

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Positionnement idéologique et pratiques syndicales

La CFE-CGC se définit comme indépendante, sans attache avec des formations à tendance politique, confessionnelle ou raciale. Elle n’est et ne sera jamais assujettie à un parti politique. Répondant au vœu de l’encadrement, la CFE-CGC n’a aucune attache avec des formations à tendance politique, confessionnelle ou raciale. Elle est indépendante et se veut de nature strictement syndicale.

« Dès le premier jour de mon élection, en juin 2016, j’ai indiqué que nous souhaitions sortir de la case "réformiste" dans laquelle on voulait nous assigner sur le plan idéologique. » François Hommeril assume : « ma volonté est de sortir de la case réformiste car être réformiste, c’est avoir une assignation à résidence ». « La CFE-CGC cherche à élargir sa base syndicale et donc à se démarquer des réformistes de la CFDT, son principal concurrent chez les cadres », analyse Élodie Bethoux.

Pour autant, la CFE-CGC se définit comme réformiste dans le sens où elle privilégie le dialogue et la négociation : « Si la CFE-CGC est effectivement revendicatrice sur ses demandes, elle reste réformiste dans son mode d'action, en privilégiant le dialogue et les négociations », confirme la sociologue Élodie Bethoux.

Revendiquer mais pas systématiquement manifester

« Nous sommes pragmatiques, défend l’ingénieur de 58 ans. Les manifestations produisent peu d’effet sur le gouvernement alors qu’elles demandent un effort important pour les adhérents. » N’imaginez pas pour autant des hordes de révolutionnaires battant le pavé chaque semaine. Les manifestations sont mesurées : « Les manifestations produisent peu d’effet sur le gouvernement alors qu’elles demandent un effort important pour les adhérents. »

À la fois revendicatrice et tournée vers le dialogue, la CFE-CGC s’implique dans la négociation collective (accords sur les salaires, la formation, le télétravail, etc.) et aide à orienter les politiques d’entreprise. Partenaire social indépendant et force de propositions, nous fédérons avec bienveillance ceux qui s’impliquent en faveur du respect, de la solidarité et de l’équité.

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Politique sociale et critiques

Peu de réformes sociales ont trouvé grâce aux yeux des syndicats ces dernières années. Celle de la formation professionnelle ? « Nous ne croyons pas à l’efficacité de l’individualisation des droits », balaye François Hommeril, pour qui le nouveau compte personnel de formation correspond à un « carnet de tickets de rationnement ». La mise en place des futurs comités sociaux et économiques dans les entreprises ? « Cela ne marche pas », rétorque-t-il. La réforme des retraites ? « Inutile et dangereuse ».

« Ce qui ressort de notre dernier congrès confédéral et des dernières années, c’est que la CFE-CGC est totalement alignée, à tous les niveaux de l’organisation. Avec une marque assumée et revendiquée puisque nous sommes un syndicat catégoriel représentant les personnels de l’encadrement. »

Structure interne, représentativité et instances

La CFE-CGC est composée de fédérations et de syndicats professionnels. Elle est représentée au niveau de l’entreprise par la section syndicale, conformément à la loi du 27 décembre 1968. La section syndicale fait partie d’un syndicat professionnel déterminé en fonction de sa branche d’activité (par exemple : la métallurgie, la chimie, la banque…).

Un élu CFE-CGC, c’est quelqu’un qui connaît bien votre entreprise et vos collègues. Il connaît la stratégie, les contraintes et les difficultés de l’entreprise car il y travaille. Toujours constructif, il parle d’égal à égal avec la direction pour défendre vos droits.

Le rôle dans les instances : CSE et commissions

Un comité social et économique (CSE) est mis en place dans les entreprises d’au moins 11 salariés. La délégation du personnel au CSE a pour mission de présenter à l’employeur les réclamations individuelles ou collectives des salariés. Le CSE a pour mission d’assurer une expression collective des salariés permettant la prise en compte de leurs intérêts dans les décisions relatives à la gestion et à l’évolution économique et financière de l’entreprise, à l’organisation du travail, à la formation professionnelle et aux techniques de production.

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Les élus siègent aussi au sein de nombreuses commissions : commission économique, commission formation, commission du restaurant d’entreprise, commission de la conciergerie d’entreprise, commission d’information et d’aide au logement, commission de l’égalité professionnelle. La commission logement intervient dans le suivi du 1% patronal, appelé aussi « Action logement ». Elle transmet vos dossiers à des organismes habilités à vous assister dans vos démarches pour obtenir des aides financières notamment.

Profil sociologique des adhérents et enjeux

On comptait 4,9 millions de cadres en 2018, soit plus de 18 % des salariés selon l’Insee. Mais « beaucoup n’encadrent plus personne, tels les experts informatiques, tandis que de nombreux chefs d’équipe ne sont pas forcément cadres, comme un contremaître sur un chantier », rappelle Charles Gadéa. La CFE-CGC s’adresse aux deux, cadres et encadrement, et doit concilier des profils parfois très différents entre l’ouvrier promu qui gère une équipe et l’employé du tertiaire très diplômé.

Les évolutions sociologiques du salariat jouent en faveur de la CFE-CGC : il y a de moins en moins d’ouvriers dans les usines, ce qui tend à réduire les troupes naturelles de syndicats plus liés au monde ouvrier. Les jeunes arrivant dans les entreprises à des postes techniques ou de maintenance ont beaucoup moins en tête la lutte des classes. Le syndicat des cadres a une approche très professionnelle du syndicalisme et gagne des adhésions de 2 à 3 % par an.

Cas de direction et leadership

Sauf coup de théâtre, la CFE-CGC a été dirigée par une femme pour la deuxième fois de son histoire. Mercredi 10 juin, Christelle Thieffinne devrait être élue à la tête du syndicat qui défend les cadres et le personnel de l’encadrement, à l’occasion du 39e congrès de l’organisation, à Strasbourg. Seule candidate en lice, elle succède à François Hommeril, qui ne se représentait pas après avoir accompli trois mandats, depuis 2016.

La passation de témoin survient dans un contexte où l’audience de la confédération est portée par des vents ascendants. En cédant le fauteuil de numéro un, à près de 65 ans, François Hommeril peut exprimer de la satisfaction sur au moins un point : sa centrale se trouve dans une bonne dynamique. Il revendique une progression des effectifs et des succès électoraux récents.

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Controverses internes et rapport aux extrêmes

Un bémol à ce bilan positif : des dissensions internes concernant les relations avec l’extrême droite ont éclaté, à la fin de janvier, et laissé des traces. La centrale des cadres voit son audience électorale et ses effectifs d’adhérents progresser malgré des dissensions internes qui l’ont ébranlée, à la suite d’une manifestation organisée par un de ses syndicats à laquelle ont pris part des personnalités d’extrême droite.

Actions prioritaires et revendications

La CFE-CGC entend peser dans les discussions nationales et locales, en particulier sur des sujets comme le travail des seniors : « Il veut pousser le gouvernement à contraindre les entreprises à préparer au mieux les 10 dernières années de la carrière des salariés. Comment ? En adaptant notamment le temps de travail des plus âgés. » Pour la CFE-CGC, c’est la mère des batailles.

Elle s’implique aussi dans des accords sur les retraites complémentaires, l’assurance chômage, la formation, la convention collective sur le portage salarial et d’autres négociations collectives qui orientent les politiques d’entreprise.

La CFE-CGC et l’intérêt général

Bien loin de s’en tenir à des préoccupations catégorielles, la Confédération se veut au service de l’intérêt général. Convaincus que mettre l’humain au centre favorise le progrès social, les militants de la CFE-CGC portent leurs revendications avec détermination et courage. Leur action se veut durable et sociétale, au service des salariés et des retraités.

Thème Position / Action
Mode d’action Dialogue, négociation, revendication ciblée
Public visé Cadres, encadrement, techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs
Orientations Indépendante, catégorielle, réformatrice mais pragmatique
Revendications clés Formation, retraites complémentaires, conditions des seniors, négociations d’entreprise
Ressources Sections syndicales d’entreprise, fédérations, présence dans instances (CSE, commissions)

La CFE-CGC, par son ascension électorale et son développement d’adhérents, revendique aujourd’hui un rôle renforcé pour représenter l’encadrement et influencer les politiques sociales et celles des entreprises. Son équilibre entre revendication et recherche de compromis la positionne comme une force syndicale spécifique dans le paysage français.

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