Revirement chez Lubrizol à Rouen : Annulation du Plan Social
C'est une marche arrière inattendue. Ce lundi 5 mai 2025, la direction de Lubrizol annonce le retrait de son "projet de réorganisation des activités des sites de Rouen et du Havre", autrement dit, le plan social est annulé. L'annonce a surpris tout le monde ce lundi 5 mai.
L'entreprise d’industrie chimique prévoyait un lourd plan social sur ses sites de Rouen et d’Oudalle en Seine-Maritime, avant d’annoncer ce lundi 5 mai qu’il n’y aura finalement pas de «réorganisation des activités». C’est une bonne nouvelle que les employés de Lubrizol n‘attendaient plus.
Alors que le géant américain avait annoncé en février la suppression de 169 postes à Rouen et Oudalle (Seine-Maritime) avant de réduire début avril ce nombre à 106 maximum après une grève des salariés et des négociations avec les syndicats, il n‘y aura finalement pas de suppression de postes. Le plan de sauvegarde de l’emploi est donc officiellement enterré.
L’entreprise a annoncé ce lundi 5 mai lors de comités sociaux et économiques (CSE) sa décision de «mettre un terme au projet de réorganisation des activités», rapporte le journal Paris Normandie.
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Les raisons du revirement
Lubrizol évoque "le contexte international des chaînes d'approvisionnement qui a considérablement évolué dans un environnement macroéconomique incertain et avec des pressions accrues sur les coûts et sur les disponibilités des matières premières". Il s'agit finalement de sécuriser les approvisionnements actuels pour les clients du spécialiste des additifs pour lubrifiants et carburants.
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Fabrice Jerineck, directeur des opérations pour les activités Lubrizol additifs (Europe, Moyen-Orient, Afrique et Inde), justifie ce revirement soudain auprès du quotidien régional : «On s’adapte à notre environnement qui évolue très vite en mettant fin à cette procédure. On reste sur des problématiques de surcapacité et de compétitivité, mais nous avons confiance en ces nouvelles solutions qui ont émergé avec nos partenaires sociaux.»
Selon le dirigeant, les négociations entamées avec les syndicats ont permis de voir émerger des pistes pour sauvegarder les emplois. Il explique également qu’aucune pression externe, du gouvernement par exemple, n‘a influé sur leur décision. «C’est purement interne. Il y a eu des changements majeurs ces derniers temps sur la chaîne d’approvisionnement. Nous devons être agiles et sécuriser l’approvisionnement de nos clients. Donc on s’adapte, on évolue, et on pense à nos salariés et à nos clients», a-t-il assuré.
« La problématique de baisse des volumes de production et de surcapacité sur les deux sites reste une réalité, mais nous espérons qu’en travaillant à retrouver un environnement de travail productif, nous serons en mesure de faire face à ces enjeux externes », complète Nicolas Adam, Directeur Général de Lubrizol France et directeur du site du Havre dans le communiqué.
"Aujourd'hui, on repart sur une nouvelle base", veut croire Fabrice Jerineck, le directeur des opérations de Lubrizol Additifs dans la région Europe Moyen-Orient et Inde. "On a besoin de chaque employé, de chaque idée pour améliorer notre productivité. Il va falloir remotiver tout le personnel, retrouver la confiance. Parce qu'un processus comme ça, on le sait, ça atteint la confiance. On s'engage aujourd'hui à récupérer cette confiance-là, à remotiver nos employés autour d'un projet positif. On est motivé à 300 % pour y parvenir."
L'usine de Lubrizol à Rouen après l'incendie de septembre 2019. Source: Challenges.
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Réactions et perspectives
"Il n'y a pas d'effusions de joie, c'est très ambigu, réagit de son côté Francis Malandain, délégué syndical central de la CFE-CGC à Lubrizol France. Par ailleurs, "certains s'étaient projetés dans leur vie d'après via le plan de départs volontaires.
Interrogé par la radio locale Tendance Ouest, François Malandain, délégué syndical CFE-CGC de Lubrizol, raconte qu’«il n‘y a pas d’effusions de joie» du côté des salariés après cette annonce car même si «c’est une bonne nouvelle», il note que «la confiance est rompue» avec la direction.
Le syndicaliste indique que des pistes avaient déjà été évoquées pour redonner de la compétitivité aux sites normands, comme le non-remplacement des départs en retraite. Le retournement soudain de situation ne le rassure pas. "A mon avis, on a eu affaire à des amateurs. Nous, l'intersyndicale, on a bien démonté le dossier. "
Mais pour les syndicats, les tensions de ces trois derniers mois créées par le PSE vont laisser des traces. La confiance et la motivation espérées par la direction seront très difficiles, voire impossibles à retrouver.
"C'est particulier... Honnêtement, c'est particulier", s'étonne Thierry Bazire, le délégué syndical central CGT de Lubrizol France, qui travaille à l'usine du Havre.
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- "On est content quand même que ce soit annulé, mais on a encore plein de questions".
Des questions notamment sur les raisons de l'annulation du PSE. "Ils tournent autour du pot, ils sont pas clairs", déplore sur le site de Rouen Francis Malandain, le délégué syndical central CFE-CGC de Lubrizol France.
"Ça fait deux ans qu'on nous ment, donc on ne les croit pas. Est-ce que ce n'est pas plutôt une manière de préparer un prochain PSE, parce que celui-là, ils ont été tellement amateurs qu'ils étaient absolument pas capable de le mettre en œuvre." Un sentiment que partage Thierry Bazire : "Dès le départ, on a vu que rien ne collait. Il y avait plein d'incohérences sur la réorganisation, il n'y avait rien de chiffré, ce qui était chiffré n'était pas bon... À se demander s'ils connaissaient le sujet ! À un moment donné, je leur ai demandé si ça n'avait pas été fait par Chat-GPT. Je pense qu'ils ont dit stop parce que justement il n'y a rien qui collait. On se demande si c'est pour reculer, pour mieux sauter."
Coralie Moreau, Emmanuel Grabey Publié le lundi 5 mai 2025 à 15:44
Contexte de l'annonce
L'annonce de l'annulation du PSE chez Lubrizol, si elle a été moins douloureuse, a été aussi brutale que celle du plan de suppression de postes le 6 février dernier. De nombreux salariés se voyaient déjà vivre une autre vie loin des usines de Rouen et du Havre. Ils ont vu leurs projets s'effondrer.
Le site rouennais de Lubrizol avait été victime d’un gigantesque incendie le septembre 2019. La combustion de 1 000 tonnes de produits chimiques avait alors causé toux, gênes respiratoires, irritations, maux de gorge, nausées et vomissements dans une partie de la population locale. Un rapport de suivi de l’université de Rouen avait mis en évidence la présence de huit substances classées «cancérogènes et mutagènes, perturbateurs endocriniens ou reprotoxiques, ou toxiques pour les organismes aquatiques» dans l’environnement.
Cette décision a surpris tout le monde d'autant que les négociations de mise en place du PSE (plan de sauvegarde de l'emploi) étaient difficiles et avaient provoqué une mobilisation des salariés à l'appel de l'intersyndicales.
Lubrizol avait annoncé un plan social le 6 février 2025 qui prévoyait la suppression de 169 postes dans ses usines de Rouen et du Havre. Elle explique aujourd'hui son changement de stratégie par le contexte économique et souhaite désormais s'appuyer sur ses sites normands pour sécuriser l'approvisionnement de ses clients. Sans garantie pour l'avenir.
Image de l'incendie de Lubrizol en 2019. Source: France 3 Régions.
Chronologie des événements récents
| Date | Événement |
|---|---|
| 6 février 2025 | Annonce d'un plan social prévoyant la suppression de 169 postes. |
| Mars 2025 | Réduction du nombre de suppressions de postes à 106 maximum après négociations. |
| 5 mai 2025 | Annonce de l'annulation du plan social. |
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