Chanson sur Emmanuel Macron par des patrons de PME

Les patrons sont vraiment prêts à tout pour se faire entendre du gouvernement. Après le défilé des membres de la CGPME lundi à Paris et Toulouse, les patrons des Côtes d'Armor vont plus loin.

Dans une vidéo publiée mercredi sur Youtube, les chefs d'entreprise de l'Union patronale interprofessionnelle d'Armor, la section locale du Medef, lancent à leur tour un appel… En chantant.

On y voit un certain nombre de patrons, équipés de gilets de sauvetage rouge fluo, faire semblant de ramer depuis leur chaise de bureau au moyen de drapeaux européens, français et bretons. Ces rameurs, qui semblent perdus dans leur environnement économique, sont également soutenus par des patrons en casque jaune, portant un grand panneau "route barrée".

Les paroles, elles, sont à l'aune des images. Au son de "le paquebot France prend l'eau", nos chanteurs en costume cravate demandent l'abandon du compte de pénibilité, perçu comme une immense usine à gaz par les patrons de PME, qui doit entrer en vigueur le 1er janvier prochain.

"L'entreprise, c'est la vie !", s'exclament-ils ensemble, affirmant ensemble que leur combat, "c'est l'emploi" !

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Contexte politique et rencontres avec Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a reçu des chefs d’entreprise français, lundi soir à l’Élysée, à l’occasion de la première édition du "Choose France - Édition France", sommet s'ajoutant à l'édition internationale de mai dernier, destiné à redonner foi aux entrepreneurs du pays.

Au début du dîner, le chef de l'État a pris soin de faire intervenir Nicolas Ferrand, le directeur la société des JO en charge des ouvrages olympiques, et Philippe Jost, le successeur du général Georgelin, qui a orchestré le chantier de Notre-Dame de Paris.

Pour convaincre son auditoire lors du premier sommet "Choose France - édition France", Emmanuel Macron a affirmé devant les patrons d'environ 150 entreprises françaises que la France avait des atouts, qu'elle était capable de grandes choses que le monde nous envie, comme d'organiser des JO ou de rebâtir une cathédrale en cinq ans.

L'objectif de ce dîner était de rassurer les patrons avec une opération de câlinothérapie face à des patrons dépités par le débat budgétaire, inquiets des taxes qu'ils devront payer. Dans la journée, ils avaient été reçus par Sebastien Lecornu, qui leur avait déjà expliqué que la plupart des taxes dont on discute au parlement en ce moment ne verront pas le jour, car elles sont anticonstitutionnelles.

Emmanuel Macron a joué les coachs, usant plusieurs fois la métaphore de l'équipe de France, "qui doit rester unie", "capable de compromis", face à la brutalité du monde : une Chine "qui veut nous dévorer" et des États-Unis "qui ne nous font aucun cadeau". L'union est donc primordiale a-t-il fait comprendre, sans quoi "nous serions balayés", et il a ajouté : "J'ai besoin de vous pour assurer la stabilité du pays; alors soyez les porteurs d'une forme de consensus minimal dont le pays a besoin".

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Ce discours a été plutôt bien accueilli. La présidente de l'AMF, l'autorité des marchés financiers, Marie-Anne Barbat-Layani a confié à franceinfo que "réunir et porter attention aux gens, finalement, ça compte !" Pour Hubert de Boisredon, le patron de Armor Group, leader mondial de l'encre des codes-barres, a trouvé que "ça faisait du bien de revenir au réel, après des semaines d'élucubrations et de jeux politiques stériles".

Globalement, la plupart des patrons étaient surtout confortés de voir que le président n'a pas changé de cap, ni sur l'innovation, ni sur la politique de l'offre, ou encore le pacte Dutreil, qui facilite la transmission familiale d’entreprises. Même sur la suspension de la réforme des retraites, Emmanuel Macron s'en est longuement expliqué : non, il n'a pas changé d'avis sur le fond, mais "constate qu'il n'y a pas d'adhésion populaire aujourd'hui", a-t-il dit, et qu'il n'a "pas réussi à convaincre".

Toutefois, quelques patrons, plus rares et souhaitant garder l'anonymat, ont toutefois vécu cette soirée, comme "une provocation d'un président à l'origine de la dégradation de la situation, après une dissolution dont notre économie paye encore lourdement le prix aujourd'hui".

Réactions des chefs de PME à l'appel et au discours présidentiel

"Réveillez-vous !" s'adresse Emmanuel Macron aux patrons de PME. "Moi, je ne sais pas à qui s’adresse Emmanuel Macron quand il dit cela", réagit Sophie Guichard, cheffe d’entreprise et secrétaire territoriale Medef Occitanie. Sincèrement, je n’en ai pas la moindre idée.

En tout cas, il ne s’adresse pas à moi, qui me bats pour le commerce extérieur de la France depuis des années. "Il ne s’adresse pas non plus à mes partenaires de l’export. À mon sens, c’est un effet de com’. On en a l'habitude de la part du Président de la République. Je pense qu'il est plus que conscient que nous sommes dans un monde de chocs, qui sont en train de s'accélérer. C’est une réalité qui s’impose à nous."

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"Si l’on dépend d’un seul marché, et que ce marché est atteint par l’un de ces chocs, c’est la survie de l’entreprise qui est en jeu", insiste Sophie Guichard, cheffe d’entreprise et secrétaire territoriale Medef Occitanie. Aller à l’export, diversifier ses marchés et ses risques, on n’a pas le choix. Nous n’avons pas attendu Emmanuel Macron pour nous réveiller."

"La formule est mal choisie. La contexte international ne peut pas être ignoré. La puissance publique doit compter sur des entreprises fortes, un tissu productif français efficace, qui grandit, emploie et exporte."

Un mouvement d'expression des patrons : formes et revendications

Les patrons des côtes d'Armor lancent en vidéo un appel musical à François Hollande. Les patrons des Côtes d'Armor vont plus loin. Dans une vidéo publiée mercredi sur Youtube, les chefs d'entreprise de l'Union patronale interprofessionnelle d'Armor, la section locale du Medef, lancent à leur tour un appel… En chantant.

Ces initiatives mettent en avant l'usage de la créativité et de la mise en scène pour sensibiliser l'opinion publique et les pouvoirs publics aux difficultés rencontrées par les PME, qu'il s'agisse de contraintes réglementaires, de charges ou d'obligations perçues comme lourdes (compte de pénibilité, fiscalité, complexité administrative).

Pourquoi les chefs d'entreprise chantent-ils ?

Les paroles et les images de la vidéo visent à faire réagir et à interpeller sur des sujets concrets : l'emploi, les charges et les contraintes réglementaires. Les patrons utilisent la chanson et la mise en scène pour affirmer que leur combat, "c'est l'emploi" et pour demander des changements de politiques publiques qu'ils jugent nécessaires à la survie et au développement de leurs entreprises.

Le rôle des PME dans l'économie et les enjeux soulevés

Tous ces freins auxquels sont confrontés au quotidien les entrepreneurs, qu'ils soient à la tête de grands groupes comme Suez, ST Micro, la Française des jeux, EDF, de pépites de l'IA comme Mistral, ou encore d'entreprises familiales moins connues du grand public.

Au-delà de la seule question des impôts, l'objectif de lundi soir était bien de remobiliser les troupes. L'union et la confiance entre pouvoir politique et chefs d'entreprise sont présentées comme nécessaires pour affronter la concurrence internationale et les chocs économiques.

Mesures et réformes touchant les entreprises

Le président Emmanuel Macron a signé les cinq ordonnances réformant le Code du travail, à l’issue du Conseil des ministres. Cette réforme, appelée de ses vœux par Emmanuel Macron et concertée plusieurs semaines avec les syndicats, est l’une des pierres angulaires des grandes réformes du quinquennat.

  • Les TPE de moins de 20 salariés pourront désormais négocier avec un employé non élu et non mandaté par un syndicat.
  • La réforme autorise en effet les employeurs à initier un référendum pour valider un accord d’entreprise.
  • La hausse des indemnités légales de licenciement est étendue à l’ensemble des entreprises.
  • Le télétravail reçoit des clarifications et le télétravailleur a les mêmes droits collectifs que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l’entreprise.
  • Le gouvernement a mis en place quelques mesures destinées à faire en sorte que les compétences acquises par les délégués syndicaux et les élus du personnel dans l’exercice de leurs mandats soient mieux reconnues.

La perception des entrepreneurs : risques, temps de travail et conditions

Parmi les points qui reviennent souvent dans le discours des entrepreneurs, et que voulait souligner Emmanuel Macron, figure en premier lieu le risque, celui de la faillite et de l’échec d’un projet dans lequel on investit souvent beaucoup de temps.

Il y a également les effets induits par ce risque : difficulté à avoir un prêt bancaire, à trouver un appartement à louer, lorsqu’on est un jeune entrepreneur qui débute, par exemple. Néammoins, parmi les salariés, on compte aussi nombre de précaires, dont les contrats à durée déterminée sont également des obstacles à un emprunt bancaire ou à la location d’un logement.

Il y a également la question de la protection sociale : en cas de faillite, un entrepreneur ne peut en général pas compter sur le chômage. Et ne peut pas non plus prendre d’arrêt maladie indemnisé par la sécurité sociale. Même chose pour les retraites, bien moins avantageuse pour un entrepreneur s’il n’a pas fait l’effort et eu les moyens de mettre de l’argent de côté.

Aspect Situation typique des entrepreneurs
Risque financier Faillite et perte d'investissement personnel
Accès au crédit / logement Difficulté à obtenir des prêts et à louer un logement pour jeunes entrepreneurs
Protection sociale Moindre accès au chômage, arrêts maladie et retraites moins favorables
Temps de travail Travail souvent plus long que la moyenne des salariés

En France, hors agriculture, environ 2,6 millions de personnes ayant le statut d'indépendant ou de dirigeant salarié d'entreprise, dont près d’un million d'autoentrepreneurs. Près des trois quarts n'ont pas de salarié.

Les entrepreneurs sont encore largement des hommes : ils représentent 60 % des autoentrepreneurs, 75 % des gérants de Société anonyme à responsabilité limité (SARL) et 83 % des dirigeants salariés d'autres entreprises, selon l'Insee.

En 2012, toujours selon l'Insee, les revenus des entrepreneurs étaient très variables, selon la taille de l'entreprise. Pour les 75 % d’entreprises sans salarié, il était légèrement inférieur au salaire moyen dans le secteur privé. Mais, dès lors que l’entreprise a des salariés, le revenu de son patron tend à augmenter, dépassant rapidement la moyenne pour les salariés du privé.

Temps de travail et santé

Il n’existe que peu de données permettant d’établir le temps de travail, et elles sont très variables. Selon une enquête annuelle de l’assureur professionnel Hiscox, auprès des dirigeants de TPE/PME (moins de 250 employés), les dirigeants français travaillent quarante-sept heures par semaine en moyenne, soit plus que leurs homologues américains (trente-neuf heures), britanniques (trente-huit heures) ou allemands (quarante-cinq heures).

Dans son enquête sur les temps de travail de 2011, l'Insee estime que les indépendants travaillent en moyenne, en incluant congés et absences, quarante-deux heures trente-neuf par semaine, largement plus que les salariés sur contrat long (trente-deux heures trente-huit) ou court (vingt-neuf heures une). Dans tous les cas et quelle que soit la méthodologie retenue, un entrepreneur travaille plus qu’un salarié moyen. Mais pas qu’un cadre : l'Insee évalue le temps de travail de ceux-ci à quarante-cinq heures environ par semaine "normale".

Le travail des patrons a-t-il des conséquences sur leur santé ? Selon un baromètre annuel de l’assureur Malakoff Médéric, près de 80 % des entrepreneurs s’estiment en bonne santé, contre 69 % des salariés et 73 % des cadres. Ils sont même 89 % parmi les patrons d'entreprises de 50 à 250 salariés. Néanmoins, seuls 38 % disent qu’ils pourraient continuer au même rythme dans dix ans (contre 55 % des salariés et 61 % des cadres).

Les patrons sont également plus nombreux à estimer avoir du mal à concilier vie personnelle et vie professionnelle (45 %, contre 39 % des cadres et 34 % des salariés). L’espérance de vie à 60 ans des dirigeants, artisans et commerçants est d’ailleurs plus basse (22,2 ans pour les hommes, 27 ans pour les femmes) que celle des cadres (24 et 27,8 ans).

De la protestation chantée à la réalité diverse des entrepreneurs

Ces manifestations musicales et ces rencontres montrent la volonté des patrons de PME de se faire entendre et de mettre en lumière les difficultés concrètes qui affectent leurs entreprises et l'emploi. Mais au-delà de ces actions, la diversité des situations - des entrepreneurs sans salarié aux dirigeants de grandes sociétés - rend toute généralisation délicate.

Au-delà de ces quelques chiffres, qui montrent que les entrepreneurs français travaillent effectivement plus que les salariés, prennent moins de vacances, mais gagnent relativement mieux leur vie, reste que mesurer la qualité de la vie et sa « dureté » va bien au-delà des chiffres et des courbes. Et pose la question du bonheur et de l'épanouissement au travail.

Être entrepreneur reste un choix, celui de prendre son indépendance et d'être "maître de son destin", qui rend souvent plus facile la charge de travail. A l'inverse les résultats d'une enquête Sumer, réalisée de janvier 2009 à avril 2010 auprès de 47 983 salariés, souligne la situation particulièrement défavorisée des ouvriers non qualifiés qui sont 70,3 % à dénoncer leurs conditions de travail : port de charges lourdes, bruit, rythmes de travail variables, marges d'initiatives quasi-nulles… Une réalité que ne saurait effacer, l'assertion, trop généraliste, de M. Macron.

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