Château Fortia et l'Histoire de Châteauneuf-du-Pape

L'histoire de Châteauneuf-du-Pape est intimement liée à celle de son vignoble et à des figures emblématiques comme le Baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié, propriétaire du Château Fortia.

Vignoble de Châteauneuf-du-Pape

Les Origines du Vignoble

Les premières cultures de vignes datent de la colonisation du littoral méditerranéen par les explorateurs grecs vers 600 av. J.-C. Après la chute de l’Empire, c’est l’Église qui va contribuer à assurer le maintien sinon l’essor d’une production de qualité. L’arrivée des papes en Avignon en 1309 va assurer la reconnaissance dans le monde chrétien des vins issus de Châteauneuf-du-Pape.

Les papes, incommodés par la chaleur estivale à Avignon, choisirent Châteauneuf comme résidence d'été en raison de son climat plus frais, balayé par le mistral. C’est ainsi que Châteauneuf est devenu résidence d’été des papes, prenant ainsi le nom de Châteauneuf-du-Pape. Le vin de notre belle appellation devient alors « vin du pape », ce qui lui permet d’accéder aux grandes cours européennes.

Les vignerons expédients alors leurs vins en bouteille en lieu et place du tonneau dès la fin du XVIIIème siècle.

La Naissance de l'Appellation

Devant un succès florissant et désireux de défendre les vins de Châteauneuf-du-Pape, les vignerons vont être à l’initiative du concept de l’AOC. Ils décident de mettre en place une réglementation stricte afin de défendre leur vin, la loi de 1919 sur les appellations étant jugées trop générale puisqu’elle délimitait uniquement les aires d’appellations.

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C'est ainsi qu'en 1923, ils se rendent en délégation au Château Fortia, propriété du Baron Le Roy de Boiseaumarié, vigneron et juriste de formation, pour les aider dans cette tâche. Alerte, il leur répond : « Je veux bien, mais à une condition, c’est que vous-mêmes donniez l’exemple de l’honnêteté et de la discipline. » Le 4 octobre 1923 a lieu l’assemblée générale constitutive du « syndicat des propriétaires viticulteurs de Châteauneuf-du-Pape », dont la présidence est confiée au Baron Le Roy.

Sous sa direction, les vignerons s’imposent des règles de production totalement inédites : réglementation des modes de culture, fixation d’un degré minimum d’alcool (12,5°), liste restrictive de cépages autorisés, tri de la vendange obligatoire… Leur exemple sera bientôt suivi par les autres régions viticoles de production françaises.

Leurs travaux sont couronnés de succès le 21 novembre 1933 : la Cour de cassation confirme la délimitation de l’aire et les conditions de production de l’appellation. À l’exception de quelques modifications, elles sont toujours en vigueur pour protéger et garantir la qualité des vins de Châteauneuf-du-Pape. Le 15 mai 1936, le décret de l’appellation est publié et Châteauneuf-du-Pape devient la 1ère AOC viticole de France.

Ancien pilote de chasse de la Première Guerre Mondiale, le Baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié se marie en 1919 avec l’héritière du Château Fortia à Châteauneuf-du-Pape.

Le Vignoble Aujourd'hui

Le vignoble compte aujourd’hui 3.200 hectares sur les communes de Châteauneuf-du-Pape, Bédarrides, Courthézon, Orange et Sorgues. 1ère AOC viticole de France en 1936, les 3150 hectares de l’appellation s’étendent sur 5 communes : Châteauneuf-du-Pape, Bédarrides, Courthézon, Orange et Sorgues.

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Forte de 300 déclarants de récolte, l’appellation produit en moyenne 90 000 hectolitres par millésime, soit environ 12 millions de cols, répartis à 93% sur les vins rouges et 7% sur les vins blancs. Bénéficiant d’un patrimoine naturel unique, l’AOC s’appuie sur 13 cépages, 5 terroirs distincts et un climat exceptionnel, empreint de soleil et de mistral, pour élaborer des vins d’exception distribués en majorité à l’export (66% des volumes en 2021). Engagée de manière historique et continue sur les sujets de développement durable, 35% des surfaces de l’AOC sont conduites en agriculture biologique ou biodynamie.

Depuis 2004, Pierre Pastre gère le domaine avec son épouse Chantal, petite fille du baron. Venu du monde de l’industrie pharmaceutique, il a pris largement son temps pour étudier le domaine avant d’apporter la moindre modification : d’abord étudier, faire un zonage par satellite des parcelles, classer les deux tiers du domaine en réserve de chasse pour encourager la biodiversité, désherber mécaniquement et remplacer les insecticides par un système de confusion sexuelle.

Pesant le pour et le contre, il pense que des produits de synthèse bien dosés sont plus écologiques que des produits bio qui doivent être utilisés en grand volume.

Les 13 Cépages de Châteauneuf-du-Pape

À Châteauneuf-du-Pape, la tradition veut que les vins naissent de treize cépages, chacun apportant sa caractéristique à l’ensemble : couleur, charpente, parfum, fraîcheur ou longévité.

En effet, pas moins de treize cépages peuvent entrer dans la composition des vins rouges mais également des vins blancs : grenache (Noir, Gris, Blanc), syrah, mourvèdre, cinsault, clairette (blanche, rose), vaccarèse, bourboulenc, roussanne, counoise, muscardin, picpoul (blanc, gris, noir), picardan, et terret noir. Les vignerons puisent librement dans cette collection pour élaborer leurs vins, chaque exemplaire conférant sa particularité à l’ensemble.

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À l’origine, les vignes étaient complantées en « foule » : tous les cépages se trouvaient mélangés sur une même parcelle. Ce patrimoine ampélographique provient d’un travail de sélection élaboré depuis des générations par les vignerons de l’appellation.

Ainsi, au début du XIXe siècle, Joseph Ducos, le propriétaire du Château La Nerthe, a observé sur sa propriété le comportement d’une dizaine de cépages et a pu établir précisément l’assemblage type d’un Châteauneuf-du-Pape. De nos jours, le grenache a l’ascendant dans la plupart des vins élaborés. Originaire de la péninsule ibérique, il a trouvé une terre d’élection à Châteauneuf-du-Pape. Il fait corps avec les sols pauvres et secs de l’appellation. Rustique, il résiste à la chaleur et aux assauts répétés du vent. Colonne vertébrale des vins rouges, il leur apporte la structure, la puissance et l’aptitude à défier le temps.

Pour atteindre l’équilibre, les vignerons l’assemblent généralement au mourvèdre, à la syrah et au cinsault.

La Bouteille Armoriée

La bouteille armoriée est l’écrin des vins de Châteauneuf-du-Pape. Créée en 1937, elle participe à leur promotion et à leur notoriété. Elle est aussi une marque collective. Les vins de Châteauneuf-du-Pape méritent un habit à leur mesure ! En 1937, le syndicat des propriétaires viticulteurs de l’appellation, alors présidé par le Baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié, fait créer un flacon original : la bouteille armoriée.

L’écusson qu’elle porte symbolise une tiare papale placée au-dessus des clés de Saint-Pierre. L’inscription « Châteauneuf-du-Pape contrôlé » écrite en lettres gothiques entoure cet emblème. Depuis, le flacon a fait le tour du monde. Connu et reconnu, il fait partie des moyens de promotion des vins de l’appellation. Il est aussi un gage de leur authenticité.

D’un point de vue juridique, la bouteille armoriée a valeur de marque collective. À cet égard, elle bénéficie des droits de protection dont jouissent les marques. Dans un arrêt rendu le 21 septembre 2004, la Cour de cassation a d’ailleurs confirmé la validité des droits attachés à la bouteille armoriée Châteauneuf-du-Pape.

Elle a ainsi jugé que : « la bouteille écussonnée constitue bien une œuvre artistique protégée, présentant un caractère original et distinctif. L’auteur d’une telle œuvre est en droit de la faire protéger par le dépôt d’une marque. Une appellation d’origine peut être valablement incorporée à une marque complexe, dont les éléments figuratifs présentent un caractère original et distinctif. »

Dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée, où l’usurpation et la contrefaçon font rage, c’est un atout majeur pour Châteauneuf-du-Pape de posséder une marque collective dotée d’une forte identité et d’une protection juridique indiscutable.

Bouteille armoriée de Châteauneuf-du-Pape
Bouteille armoriée de Châteauneuf-du-Pape

L'Évolution du Village

Un document datant de 1094 témoigne de l’histoire de notre village sous le nom de « Castro novo », qui signifie le « nouveau village fortifié ». Au 13ème siècle, le village est nommé « Châteauneuf- Calcernier », « calcernier » indiquant la chaux tamisée produite en quantité sur la commune dont la qualité et la notoriété a dû contribuer à la réussite économique du village de cette époque.

Ce n’est qu’en 1893, à la demande du maire Joseph Ducos et de ses élus, que le village est nommé « Châteauneuf-du-Pape », faisant ainsi référence à ce lieu de villégiature des Papes qu’est le château construit au XIVè siècle à l’initiative du Pape Jean XXII, mais aussi à cette époque qui marquera les prémices de la renommée de ses vins.

L’économie du village a été favorisée par sa proximité des deux voies de commerce ; le Rhône, une voie fluviale de communication importante autrefois, et la « grande route » construite par les romains et permettant l’accès d’ Arles au Sud et de Lyon au Nord. Au XIVème siècle, le village connait sa propospérité grâce à la chaux, les tuiles, le sel et la culture de la vigne.

A l’origine du nom que portait le village au XIIIème siècle, la chaux utilisée pour la construction connait un essor et la demande se fait grandissante dans tout le Comtat. La qualité et la quantité de la chaux produite alors à Châteauneuf- Calcenier fait la prospérité du village. La vente de tuiles serait alors associée à ce succès.

L’évêque d’Avignon accède en 1238 au droit de posséder un port franc pour le commerce de sel, port établi sur le Rhône près de Châteauneuf où les navires marchands de sel peuvent y décharger leur marchandise sans être soumis à l’imposition instaurée sur d’autres ports du Rhône. Le sel devient à l’époque une source de revenu importante pour le village qui bénéficie d’un statut spécial.

L’arrivée des Papes dans le village, début du XIVème siècle est à l’origine du dynamisme économique du village. De nombreux habitants du village sont employés mais arrivent aussi de nombreux ouvriers et artisans de l’extérieur qu’il faut nourrir et loger. Tous œuvrent à la construction du château. Le port de Châteauneuf joue un rôle prépondérant dans l’approvisionnement des matériaux autres que la chaux, les tuiles et la pierre des carrières du village. Le commerce et l’artisanat sont florissants.

Au XIVème siècle, la vigne occupe quasiment la moitié des surfaces cultivées, l’autre moitié des terres étant consacrées aux céréales. La culture de la rose est aussi présente ainsi que celle des oliviers. Au fil des siècles, la culture de la vigne a pris une place prépondérante dans l’économie du village. Autour des métiers du vin, la tonnellerie, peu présente encore en fin du XVIIème siècle, profite de la reconstruction du vignoble après la crise du phylloxera en 1866.

A la veille de la 1ère guerre mondiale, Châteauneuf-du-Pape compte 11 tonneliers, tonneaux utilisés alors pour transporter le vin. Puis, la tonnellerie va peu à peu disparaitre au profit des transports de vin en citerne… De nos jours, l’activité économique est centrée sur les métiers de la vigne et du tourisme.

Un Vignoble de Renommée

Bien que remontant très certainement au temps des romains, la culture de la vigne n’est citée qu’en 1157, dans des écrits les plus anciens retrouvés. L’arrivée des Papes en Avignon a véritablement insufflé une dynamique dans le vignoble et c’est Clément V qui a manifesté son intérêt pour les vins issus de ce vignoble. Son successeur Jean XXII, Pape à l’origine de la construction du château, fut le principal artisan de la renommée des vins qu’il nommait « Vins du Pape ».

De 1325 à 1334, plus de 3.000 litres de vins étaient vendus au Palais des Papes. Il y était organisé des réceptions où de nombreux ambassadeurs étrangers étaient invités. Très rapidement, des barriques furent expédiées en Italie, en Allemagne et en Angleterre mais aussi outre atlantique. La barrique laissa place à la vente de bouteilles au XVIIIème siècle.

Plus tard, la notion de cépages entra en compte dans la qualité gustative des vins et c’est Joseph Ducos qui, après de nombreuses dégustations, définit les caractéristiques organoleptiques des cépages et détermine l’assemblage typique d’un vin de Châteauneuf-du-Pape en 4 familles d’assemblage de cépages.

La crise du phylloxera met un terme à cette période faste à la fin du XIXème siècle, frappant le vignoble en 1866. La reconstruction du vignoble ne se fit qu’en 1878. La surface du vignoble croît, la production aussi et le commerce du vin connait un véritable essor. En 1933, l’aire d’appellation et les conditions de productions de l’appellation Châteauneuf-du-Pape sont confirmées en cours de cassation, garantissant ainsi la qualité de l’appellation.

Impossible de dissocier le Château Fortia de la création des appellations contrôlées de France. En effet, c’est vers son propriétaire le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié que se sont tournés, au début des années 1930, les vignerons de Châteauneuf, qui souffraient d’une réputation en berne. Juriste de formation, il mesure l’ampleur des problèmes liés à la fraude, au mauvais état des vignes et au manque de moyens. Son diagnostic est sévère : les vignerons doivent améliorer la qualité de leur production et aussi en protéger l’origine et la typicité.

Le cahier des charges de Châteauneuf-du-Pape servira de base pour définir les futures appellations d’origine contrôlées. Et Châteauneuf figurera parmi les premières AOC de France avec Château Chalon, Vouvray ou Quincy.

Dégustation et Millésimes

Lorsqu’on goûte aujourd’hui différents millésimes du château, on est instantanément transporté dans des mondes lointains. Chaque année est comme la page d’un livre d’histoire qu’on feuilletterait. Le 1984 possède une robe assez pâle, qui contraste avec la vivacité de ses parfums complexes de réglisse, son attaque vive et sa finale délicatement nuancée. Il tient étonnamment bien à l’air. Le 1994 frappe par sa robe encore intense, ses parfums de fumé relevés de pointes d’olive. L’attaque est splendide, pleine et fraîche, la suite de déroule avec ampleur et fruité. La longueur est impressionnante.

Un peu moins âgé, donc peut-être plus accessible, ne serait-ce que dans la restauration, le 2006 se distingue par sa couleur sombre, son formidable nez complexe, épicé, avec une jolie pointe de truffe blanche, sa bouche élégante en attaque, qui gagne en ampleur jusqu’à une finale longue et parfaitement équilibrée. Dix ans est un bel âge pour Châteauneuf-du-Pape.

Film de l'appellation Châteauneuf-du-Pape

Tableau Récapitulatif de l'Appellation Châteauneuf-du-Pape

Caractéristique Donnée
Superficie 3150 hectares
Communes Châteauneuf-du-Pape, Bédarrides, Courthézon, Orange et Sorgues
Nombre de déclarants 300
Production moyenne 90 000 hectolitres (12 millions de bouteilles)
Répartition 93% vins rouges, 7% vins blancs
Exportation 66% des volumes
Agriculture Bio/Biodynamie 35% des surfaces

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