Christine Lagarde et la Finance Islamique : Une Nouvelle Ère pour la France ?

La finance islamique, fondée sur la "charia", loi islamique, interdit le recours aux intérêts, la spéculation, et les investissements considérés comme impurs (jeu, alcool, armement, pornographie, tabac...). Elle modifie ainsi le prêt à intérêt par un montage où la banque achète l'actif, puis le revend au client, en étalant les paiements et en les augmentant d'une rémunération correspondant à cette possibilité donnée de payer au fil du temps.

A l'occasion d'une conférence sur la finance islamique, organisée à Bercy, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avait annoncé que la détermination de la France à mener à bien des réformes susceptibles de favoriser le développement de la finance islamique dans l'Hexagone était "intacte".

Depuis juillet 2008, la ministre de l'Economie a multiplié les déclarations pour adapter l'environnement juridique français et pour que les activités de la finance islamique soient "aussi bienvenues à Paris qu'elles le sont à Londres et sur d'autres places". À sa demande, le Trésor public a publié une instruction fiscale afin d'éviter aux instruments financiers "charia-compatibles" une trop lourde taxation. Deux autres doivent l'être prochainement.

Après Londres, des banques islamiques pourraient ouvrir leur guichet, Christine Lagarde voulant faire de Paris une capitale de la finance islamique. Des banques islamiques pourraient voir le jour en France. Le Parisien révèle que les banques islamiques sont "au moins trois à avoir déposé une demande d’agrément".

Parmi les 5 millions de musulmans résidant en France, "500 000 personnes d’origine musulmane seraient très intéressées par des emprunts bancaires respectant la charia", indiquait l'Ifop dans une enquête. Mais la crise doit également jouer.

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Christine Lagarde estime que la finance islamique peut devenir un facteur de stabilité financière. La directrice générale du FMI a loué le modèle sur lequel se base la finance islamique et qui, selon elle, peut devenir un "facteur de stabilité".

La croissance rapide de la finance islamique peut devenir un facteur de stabilité en raison des notions de partage du risque et d'échange basés sur des actifs tangibles, a indiqué Christine Lagarde. "La finance islamique peut en principe devenir un facteur de stabilité financière car le partage du risque réduit le ratio d'endettement et les échanges sont adossés à des actifs tangibles donc entièrement garantis", selon la directrice générale du FMI.

Les banques islamiques offrent également des contrats de partage des bénéfices et des pertes qui permettent de réduire les pertes et d'atténuer le risque de contagion dans le cas d'une crise du secteur bancaire, a-t-elle souligné.

"Ceci implique (...) une plus grande capacité d'absorption des pertes de capital, qui est l'un des objectifs clés de la nouvelle réforme de la réglementation (bancaire) mondiale", a-t-elle affirmé à l'occasion d'une conférence organisée par le FMI et la Banque centrale du Koweït.

Mais pour que la finance islamique puisse donner tout son potentiel, elle doit augmenter le nombre de ses clients, uniformiser les normes et améliorer le cadre réglementaire. Christine Lagarde a déclaré par la suite lors d'une conférence de presse que le FMI allait davantage s'impliquer dans le secteur de la finance islamique, avec une plus grande surveillance bilatérale et aide analytique.

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La finance islamique, qui interdit la spéculation et l'intérêt, manque toujours d'un cadre réglementaire et de contrôle. Elle interdit également les transactions concernant les produits financiers à haut risque, ceux considérés comme illicites comme les jeux de hasard notamment, et les ventes à découvert.

Christine Lagarde a ainsi affirmé que les actifs de la finance islamique avaient dépassé la barre des 2.000 milliards de dollars et avaient un potentiel de croissance encore plus grand. Près de 40 millions des 1,6 milliard de musulmans à travers le monde sont des clients de la finance islamique, dont la popularité ne cesse d'augmenter.

Elle a servi à financer un emprunt d’Etat en Côte d’Ivoire… Elle, c’est la «finance islamique». Mais que se cache-t-il derrière ces mots et ce concept? En quoi consiste-t-elle? Quelles différences avec la finance classique? Quel développement connaît-elle dans le monde et en France?

Cette finance a le vent en poupe. Plusieurs Etats européens tentent de lui faire une place. Londres a émis des obligations «islamiques», des «sukuk», tout comme le Luxembourg, en euro. Il faut dire que les montants en jeu sont importants.

Mme Lagarde, la patronne du FMI, a affirmé que les actifs de la finance islamique avaient dépassé la barre des 2.000 milliards de dollars et avaient un potentiel de croissance encore plus grand. Il faut dire que les pétro-monarchies débordent (débordaient ?) de dollars. Ce type de banques connaît une croissance à deux chiffres.

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Principes Fondamentaux de la Finance Islamique

Cette finance repose sur quelques principes. L’interdiction de l’intérêt tout d'abord. «La rémunération du temps» est proscrite, explique Kader Merbouh. Dans ce système, les bénéfices des parties-prenantes d'un contrat financier doivent tenir compte du risque encouru par chacun.

Cette condamnation de l’intérêt est une notion qui n'est pas propre à l'islam. Elle apparaît dans les religions monothéistes. Deuxième règle, interdiction d’introduire dans les contrats toute opacité, tout élément hasardeux. «Ce qu’on appelle la spéculation», résume M.Merbouh.

Enfin, troisième règle, pour garantir une prospérité réelle, les transactions doivent nécessairement s'appuyer sur des actifs tangibles. Enfin, le financement des produits condamnés par la religion (les armes, le porc, l'alcool, l'industrie du jeu et la pornographie) est interdit.

Le prêt avec intérêt étant interdit, la finance islamique procède différemment. Ainsi, «si vous voulez acquérir un appartement, c’est la banque dite islamique qui l’achète d’abord puis vous le revend à un prix nécessairement plus élevé avec un crédit échelonné selon un échéancier déterminé.

Au-delà des aspects techniques, la finance islamique est-elle différente de la finance normale ? Pour M.Merbouh, l’idée est de «faire de la finance et de l’économie, sans que la finance s’impose à l’économie».

La finance islamique serait moins sensible à la folle créativité de la finance classique responsable de la spéculation. La nécessité d'adosser les titres à des actifs tangibles aurait empêché la crise de 2008 qui, grâce à la titrisation des subprimes, avait vu la spéculation américaine se répandre dans le monde entier. La Banque islamique serait donc mieux ancrée dans l'économie réelle.

Cela n'empêche pas les critiques. «Sur ce qui est de la pratique usurière (taux d'intérêt), la pratique est la même. Les taux d'intérêt pratiqués par les banques islamiques sont même parfois bien supérieurs à ceux des banques commerciales», note l’économiste tunisien Walid Hasni.

Une position partagée par le philosophe et islamologue Tariq Ramadan pour qui les promoteurs de cette finance religieusement correcte «ne font en réalité que remplacer le langage financier classique par une terminologie spécifique, on change les noms, mais on fait la même chose».

Pour Kader Merbouh, il n'en reste pas moins que «la finalité n'est pas la même». Et de rappeler la création de «bulles et de valeurs dissociées de la réalité», dans la finance traditionnelle «où des millions d'Américains se sont endettés à des taux variables».

Il n’est pas étonnant de voir les pays occidentaux se lancer dans l’adaptation de leurs règles à ce type de finance. «Proposer des obligations respectant ces principes religieux permettrait d'attirer l'excès de liquidité des pays musulmans, au premier rang desquels les pays du Golfe. Voilà pour la France une opportunité économique précieuse pour stimuler l'investissement et diversifier nos sources de financement», notait Les Echos. La France entend d'ailleurs bien s'inscrire sur ce marché.

Le Parlement avait adopté dans le cadre de la loi sur les PME un article modifiant le régime de la "fiducie" et devant faciliter l'émission en France de "sukuks", des obligations conformes à la loi islamique, mais il a été censuré par le Conseil constitutionnel, au motif que l'article n'avait pas de lien avec l'objet du texte.

Mais son adaptation en France trouve des détracteurs, au nom du principe de laïcité.

Carte de la Finance Islamique dans le Monde

Répartition de la Finance Islamique dans le Monde

Tableau : Comparaison entre Finance Islamique et Finance Conventionnelle

CaractéristiqueFinance IslamiqueFinance Conventionnelle
Intérêt (Riba)InterditAutorisé
Spéculation (Gharar)InterditeAutorisée (sous conditions)
InvestissementsConformes à la Charia (pas d'alcool, jeux, etc.)Pas de restrictions spécifiques
Partage des risquesObligatoireNon obligatoire
Adossement à des actifs tangiblesRequisPas toujours requis

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