La City de Londres: La Finance en Eaux Troubles et la Crise Mondiale

Comment sortir de la crise financière systémique mondiale, si l'on refuse de reconnaître l'ennemi à abattre, la source des cinquante dernières années d'effondrements financiers, agro-industriels, sanitaire, culturels et moraux des nations ? Car sans l'éradication de la City, c'est immanquablement l'éradication d'une bonne partie du genre humain qui sera inévitable, par la troisième guerre mondiale que celle-ci tente désespérément d'amorcer pour se sauver, comme en 1914 et en 1939.

France 5 diffusait un film documentaire inédit braquant enfin les projecteurs sur la City de Londres. La City, la finance en eaux troubles a pu montrer aux téléspectateurs français, à une heure de grande écoute, que cette Cité-État nichée au cœur de la capitale britannique est non seulement le centre, mais la mère de la mondialisation financière.

Indépendante de la Couronne britannique, la City de Londres est un vestige du monde médiéval dont les privilèges fiscaux et juridiques durent depuis mille ans et lui confèrent le statut envié de paradis fiscal. Mais comme le souligne très bien le film, la City est surtout le centre névralgique d’une nébuleuse offshore internationale.

Alors que l’empire colonial anglais fermait officiellement ses portes dans l’après-guerre, la City de Londres a reconverti l’ensemble des possessions et ex-dominions britanniques en paradis fiscaux - Jersey, Guernesey, les Caïmans, les Iles Vierges, les Bahamas, Man, les Bermudes, etc. - tissant ainsi une toile mondiale lui permettant de capter l’ensemble des flux financiers mondiaux, qu’ils soient légaux ou non.

En effet, ces paradis fiscaux patronnés par la City, ont pour fonction première le secret. Ils servent tout aussi bien à capter et blanchir les centaines de milliards de dollars générés annuellement par le trafic de drogue, qu’à permettre les spéculations les plus folles à n’importe quel opérateur financier ou même acteur économique, puisque l’essentiel des grandes banques, des multinationales et des grandes fortunes y ont des succursales leur permettant d’évacuer revenus et profits afin de contourner l’impôt.

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Selon les économistes du Tax Justice Network consultés dans le film, l’État britannique perdrait 150 milliards de recettes fiscales par an à cause de ce système, alors qu’une austérité de plus en plus féroce s’abat sur les sujets de sa majesté. Mais ce qu’il nous faut souligner ici, c’est qu’il ne s’agit en rien d’un problème anglais, mais d’un fléau mondial, d’un péril pour l’ensemble de l’humanité.

La City de Londres est le centre de la finance mondiale et règne en maître sur le commerce des monnaies, des matières premières et des produits financiers dérivés. Son système offshore aspire la majorité des investissements et du commerce mondiaux, détournant l’argent qui devrait servir à alimenter le développement des peuples et des territoires. Tous les pays du monde perdent des rentrées fiscales, subissent la loi des trafiquants ou du terrorisme à cause de cet empire offshore.

Une grande partie des produits de consommation que vous achetez - du kilo de banane à l’ordinateur - échappent à l’impôt aussi bien dans le pays d’origine que dans le pays de destination. Les fortunes qui spéculent sur l’immobilier des grandes capitales, rendant les loyers hors de prix et poussant les travailleurs à l’exode péri-urbain, sont le fruit de ce système. Et d’où croyez-vous que vient l’argent finançant les extravagances du foot-business ? Et les liquidités des banques ? La criminalité en col blanc n’est plus un appendice du système, elle est le système ; et ce système a un nom : Empire britannique.

Les haut fonctionnaires français collaborent avec la City et marchent de plein gré dans ses combines depuis que de Gaulle est parti, la droite comme la gauche ont pactisé pendant 30 ans avec Thatcher et Tony Blair dans cette vaste entreprise de « dérégulation » financière, la majorité des économistes ont préféré ne pas voir ni entendre, et nombre de journalistes ont qualifié de fous ou de conspirationnistes ceux qui ont osé dénoncer et combattre politiquement « l’Empire britannique ».

Il est vrai que l'endroit est particulier : la City n'est pas un "borough" comme les 32 autres quartiers de Londres, il jouit de nombreux particularismes : les électeurs sont les personnes physiques et morales installées dans le borough, le Lord Mayor de la City dispose d'une large autonomie par rapport à la ville de Londres, notamment en matière de police, etc.

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Le film montre comment l'organisation discrète de la City, avec ses us et coutumes étranges, lui permet de peser sur toutes les velléités politiques de réguler le monde de la finance et même, quand c'est son intérêt, de pouvoir mettre à genoux des Etats, comme cela a été le cas avec la Grèce récemment.

Plus de la moitié des fonds internationaux transitent par la City, à Londres, et près de 80% des actifs des «hedge funds» européens y sont brassés. Ce leadership, la City le tient de son savoir-faire et de sa réputation.

Avec la bénédiction de Westminster, la place financière a essaimé ses ramifications à travers le monde en créant des satellites offshore, qui pratiquent souverainement le secret bancaire et la soustraction d'impôts. Gibraltar, les îles Vierges, les îles Caïmans, les Bermudes, les îles Anglo-Normandes : près de la moitié des paradis fiscaux du monde battent pavillon britannique.

Dans notre cas, la Banque d’Angleterre permet d’exempter des transactions financières réalisées à Londres, entre deux non-résidents, dans une devise autre que la livre sterling, de tout contrôle réglementaire de sa part. Notons au passage que le taux d’imposition des résidents au Royaume Unis reste important ; un principe commun des paradis fiscaux est justement que ces avantages soient accordés aux non-résidents uniquement.

Globalement, Londres se situe au cœur d’une galaxie de satellites étant eux-mêmes des paradis fiscaux. D’après l’économiste John Christensen, membre du « réseau pour la justice fiscale », il existe environ 60 paradis fiscaux, dont la moitié est issu de l’ex-empire britannique. Ces anciennes colonies sont directement liées à la city of London : elles sont régies par le droit anglais et surtout, elles ont recours aux banques anglaises dont beaucoup sont très présentes à Londres.

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Pour comprendre ce rôle central, il faut savoir que l’argent à blanchir ou à exempter de toute taxe se déplace généralement par étapes. Comme le décrit le journaliste économique Nick Kochan, ces capitaux cherchent à brouiller toutes les pistes susceptibles d’indiquer l’origine de l’argent. Ce faisant, ces capitaux commencent par aller vers des juridictions de premières intentions (tel Chypre pour le cas de l’argent russe par exemple). Ce n’est qu’après, une fois les pistes définitivement brouillées, que l’argent réapparaît au grand jour sous sa façade la plus honorable. Londres, capitale économique de la finance, joue ce rôle de façade la plus honorable justement.

Tout d’abord, bien que freinée par le Royaume-Uni et le Luxembourg, l’Europe a pris des mesures luttant contre les paradis fiscaux. Depuis juillet 2005, la directive épargne impose aux gouvernements de l’UE de fournir aux autres États des informations sur les placements des particuliers non-résidents. Par ailleurs, la Cour de justice des communautés européennes a établi dans les affaires Halifax (avril 2005) puis Cadbury Schweppes (mai 2006) qu’il était interdit de réaliser une transaction dans l’unique but d’en retirer un avantage fiscal.

Néanmoins, ces mesures n’ont généralement que peu d’effets réels sur la situation. Mettre en œuvre des mesures efficaces est logiquement un pari hardi car les paradis fiscaux sont éparpillés partout sur la planète et sont ainsi peu soumis à de telles réglementations. De même, comme l’indique Nick Kochan, les paradis fiscaux résistent aisément à ces attaques car les individus régulant notre économie sont souvent peu formés, sous-payés ; et justement, les meilleurs d’entre eux sont sous la pression du secteur privé qui souhaite les embaucher. A partir d’un certain niveau de compétence, une forte tendance est de rejoindre le secteur privé.

Début 2011, un éditorialiste prestigieux du quotidien The Guardian écrivait à propos des paradis fiscaux notamment: « Aujourd’hui, l’industrie de la finance n’est plus une perversion du système, elle est le système. ». Cette phrase démontre bien que Londres et les paradis fiscaux en général sont au cœur de la mondialisation malgré ce rôle parfois méconnu.

Pour donner une idée, on peut reprendre une image de l’économiste John Christensen disant que si l’ensemble de ces paradis fiscaux étaient imposables, ces nouvelles recettes suffiraient à résoudre la crise financière. Mais on est bien loin de trouver de véritables solutions à ce système.

Coeur historique de Londres, le quartier de la City est la plus ancienne entité politique du monde. Une cité médiévale avec un système d'élection et un Parlement qui font d'elle le berceau de la démocratie britannique, comme le rappelle le documentaire de France 5, La City, la finance en eaux troubles, qui relate l'histoire de ce territoire hors norme. Dans cette enclave hérissée de tours de verre, l'opacité règne en maître. Et la démocratie s'arrête où commence l'évasion fiscale, rebaptisée « opportunisme fiscal » dans la novlangue locale, et estimée à près de 150 milliards d'euros annuels.

« Souvent, les gens censés vérifier les flux sont sous-informés. Ce territoire de 3 kilomètres carrés passe pour être le périmètre le plus riche de la terre, regroupant 550 banques, près de la moitié des compagnies d'assurances du monde, près de 80 % des hedge funds, et brassant chaque jour un volume d'échanges près de cinq fois supérieur au PNB de l'Angleterre. L'endroit est aussi une place forte dans l'Etat: on prête à son « lord-maire » plus de pouvoir qu'à Boris Johnson, l'édile de Londres. La City, c'est un quartier d'affaires dans tous les sens du terme. D'abord parce qu'il est le poumon de la croissance britannique.

Pour tenter de comprendre la place prépondérante occupée par la City aujourd'hui, le documentaire fait un intéressant détour par le passé. De tout temps, cette enclave semble avoir été allergique à l'impôt, et les autorités locales ont toujours cherché à instaurer des dispositifs d'exonérations fiscales.

Si c'est grâce aux banques de la City que la couronne d'Angleterre a pu financer son expansion coloniale, ses guerres et sa révolution industrielle, c'est paradoxalement la chute de l'Empire britannique qui va accentuer l'essor de la place financière.

Une zone de non-droit? Plutôt d'impossible régulation. Les volumes brassés sont trop importants. La volonté politique manque. « Et les gens censés vérifier les flux sont souvent sous-informés, sous-payés, considère le journaliste économique Nick Kochan dans le documentaire. Les meilleurs sont sous pression du secteur financier privé qui cherche à les recruter pour bénéficier de leur connaissance du secteur public et des dispositifs pour lutter contre les fraudes.

Si la crise financière devait rester une occasion manquée de remise à plat du système, elle aura au moins fait quelques heureux à la City: les cireurs de chaussures. Explication: « Avec la crise, beaucoup de gens ont perdu leur boulot. Et lors des entretiens d'embauche, ils font davantage attention à leur apparence.

Dans ce reportage captivant, plongeons au cœur du monde des hedge funds, ces entités de gestion de portefeuille non régulées, qui offrent la promesse de gains fulgurants en un temps record. Malgré les soubresauts de la crise économique, les hedge funds demeurent une force majeure sur les marchés financiers.

L'équipe du reportage s'est rendue à Stockholm pour rencontrer les cerveaux derrière ces opérations financières complexes et découvrir les secrets de leur réussite. Découvrons les coulisses d'un hedge fund à travers les témoignages exclusifs de ses employés. Ces experts expliquent comment ils formulent des algorithmes et des formules mathématiques sophistiquées, véritables clés de leur succès. Cette vidéo nous plonge dans le quotidien de ces professionnels de la finance, décryptant leur processus de prise de décision basé sur l'interprétation des informations générées par ces formules.

Le reportage offre un regard privilégié sur le terrain, montrant concrètement comment les hedge funds spéculent sur les marchés financiers. À l'aide d'images factuelles, nous suivrons ces hommes d'affaires dans leurs stratégies risquées mais potentiellement lucratives. Comment réagissent-ils aux fluctuations du marché, et quelles sont les clés de leur succès dans ce monde complexe de la spéculation financière ?

Au-delà des gains vertigineux, le reportage aborde les enjeux et les critiques entourant les hedge funds. Comment ces acteurs influent-ils sur l'économie mondiale, et quelles sont les conséquences de leurs actions souvent dénuées de régulation ? Des commentaires éclairés accompagnent des images d'illustration et des infographies pour offrir une analyse approfondie.

Pour comprendre le krach financier de 2008 qui a mené l'économie mondiale au bord de l'effondrement, Joris Luyendijk, journaliste d'investigation et anthropologue, s'est immergé plusieurs mois au cœur de la City de Londres. Il y a rencontré plus de deux cents acteurs de la finance, qui, sous couvert d'anonymat, révèlent les dysfonctionnements aberrants du secteur : opacité technologique et mathématique, toxicité des conditions d'embauche et de licenciement, obsession du court-terme... Certains avouent même avoir stocké des réserves de nourriture, acheté de l'or et s'être préparés à évacuer leurs enfants à la campagne lors de l'effondrement de Lehman Brothers ! Pourtant, depuis cette panique, rien n'a changé.

Mathieu Verboud propose une enquête sur l'un des plus importants paradis fiscaux méconnu du grand public : la City de Londres. Comment a-t-elle réussi à être un des acteurs majeurs de la dérégulation financière, des bonus extravagants, de la culture du profit à court terme, de la fiscalité douce mais aussi du secret bancaire, de l'évasion fiscale et du blanchiment d'argent ?

Maintenant que la télévision publique a braqué ses projecteurs sur l’ennemi, il n’y a plus d’excuse pour ne rien faire.

Tableau: Paradis fiscaux liés à la City de Londres

Paradis fiscalLien avec la City de Londres
JerseyAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
GuerneseyAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
Îles CaïmansAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
Îles ViergesAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
BahamasAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
Île de ManAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
BermudesAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
GibraltarAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
Îles Anglo-NormandesAncienne possession britannique, liée par le droit anglais et les banques anglaises
City de Londres

Comprendre les Paradis Fiscaux

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