Définition et indicateurs de la croissance économique selon l'Insee
Le terme « PIB » est passé dans le langage courant, pour autant peu de gens savent précisément ce qu’il recouvre. Dans le monde économique et au-delà, les critiques ne manquent pas : le PIB mesurerait mal l’activité économique ; le PIB devrait mesurer autre chose. Une discussion conceptuelle de ce sujet, qui est d’importance, va au-delà de l’objet de ce billet (Blanchet et Fleurbaey, 2022).
Qu’est-ce que le PIB et pourquoi le calculer ?
Les comptes nationaux et leur indicateur phare, le Produit intérieur brut (PIB), ont été mis au point au milieu du 20e siècle pour répondre aux préoccupations de l’époque : le chômage de masse induit par la Grande Dépression, la mobilisation des ressources nationales (pendant la seconde guerre mondiale, et après pour la reconstruction), le développement de l’État et des politiques économiques. Le succès du PIB tient en partie à cette nature polymorphe. Il peut s’analyser sous plusieurs aspects qui sont tout à la fois cohérents et complémentaires : vitalité de la demande d’un côté, de la production de l’autre, dynamisme des revenus. Le PIB est donc un chiffre de synthèse, mais qui s’accompagne d’un narratif provenant des diverses manières de le décomposer et donc d’en rendre compte.
L’objectif principal des comptes nationaux est bien plus vaste que de calculer le PIB. Il s’agit d’un cadre pour mesurer l’économie sous ses différents angles et rassembler un ensemble de données macroéconomiques cohérentes entre elles et dans le temps. L’ambition est de faciliter l’appréhension de l’économie, dans son ensemble et dans ses composantes, et de fournir une information utile aux décisions de politique économique. La description de l’économie recouvre le processus de production des biens et des services, les revenus qui en sont tirés et leurs utilisations (consommation, investissement, etc.).
Usages concrets des comptes nationaux et du PIB
Le PIB et les comptes nationaux permettent des comparaisons, notamment entre pays et entre périodes temporelles, et fournissent une information régulière et rapide utile aux décisions de politique économique. Les comptes nationaux trimestriels, dont la première estimation est livrée dès 30 jours après la fin du trimestre, sont une construction indispensable pour mettre en cohérence les indicateurs de court terme. Sans les comptes, il n’y aurait que foisonnement d’informations sans interprétation globale.
Les politiques économiques reposent nécessairement sur un diagnostic de l’état récent de l’économie, ainsi que sur des prévisions (ou projections) à court ou long terme. Les modélisations qui sous-tendent ces scénarios prévisionnels s’appuient sur le cadre des comptes. Enfin le dernier usage provient de la faculté de rapporter les grandeurs entre elles et de les comparer. En particulier, le PIB est fréquemment utilisé comme « dénominateur de référence ». Certains ratios (taux d'endettement, taux de prélèvement obligatoire, position extérieure nette, etc.) facilitent les interprétations et permettent des comparaisons, notamment entre pays et entre périodes temporelles, qui sans cela seraient dénuées de sens.
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Ce que les comptes nationaux permettent d'analyser
L’intérêt des comptes nationaux réside dans l’articulation de ces agrégats économiques qui facilite l’analyse. L’évolution des revenus est, comme on l’a déjà signalé, la contrepartie directe de celle de l’activité. Des indicateurs fondamentaux en découlent, comme l’évolution du partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, ou celle du pouvoir d’achat. À titre d’exemple, les comptes des administrations publiques permettent d’analyser la redistribution opérée par la fourniture (souvent gratuite) de biens et services aux ménages tels que l’éducation, la ventilation des dépenses publiques selon leur fonction (santé, environnement, justice, etc.).
Aujourd’hui la poussée inflationniste offre une illustration des analyses que seuls les comptes nationaux sont susceptibles d’apporter. Le PIB répond à des usages concrets, à condition de ne pas oublier les autres agrégats des comptes nationaux : pouvoir d’achat des ménages, consommation, profit des entreprises, dépenses des administrations publiques, etc.
Limites et critiques du PIB
Bien que le PIB soit très largement utilisé, de nombreuses critiques sont formulées à son encontre. La première critique ne porte pas tant sur le PIB que sur son interprétation. À cet égard, les comptables nationaux considèrent que le PIB n’est pas et ne doit pas être utilisé comme un indicateur de bien‑être. Le Système de comptabilité nationale indique néanmoins (§1.75 et suivants) qu’on peut s’attendre à une corrélation entre croissance et progrès dans les conditions de vie matérielles. Que l’on soit ou non d’accord avec cela, les usages courants des comptes, recensés plus hauts, paraissent valides sans qu’il soit besoin de postuler une liaison étroite entre PIB et bien‑être.
Bien d’autres questions pourraient être mentionnées : mesure des actifs immatériels tels que les logiciels, les bases de données ou la recherche et développement, prise en compte des effets « qualité » (notamment des technologies de l’information et de la communication), prise en compte de l’activité domestique, traitement des services numériques gratuits, etc. Certaines évolutions sont toutefois difficiles à prendre en compte, c’est le cas notamment de la localisation des actifs immatériels liés à la propriété intellectuelle.
Rappelons‑nous l’émoi provoqué par la révision à l’été 2016 de la croissance du PIB irlandais de l’année précédente (de 7 % à plus de 25 % en volume). Cette révision inédite, au moins en Europe, correspondait à un nouveau traitement dans les comptes nationaux irlandais de la relocalisation d’actifs immatériels de quelques multinationales à des fins d’optimisation fiscale générant des royalties reçues du Reste du Monde et donc du PIB. Deux ans plus tard, l’institut de statistique irlandais a dû créer un nouvel indicateur pour suivre l’activité : le « PIB * ». Quel sens donner à cette évolution du PIB déconnectée des autres agrégats : consommation des ménages, emploi ou revenu net ?
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En outre la prochaine révision du Système de comptabilité nationale, bien que prenant en compte des aspects environnementaux, reste très prudente, et les externalités négatives de la croissance sur le climat par exemple ne sont pas prises en compte. On pourrait donc juger que les comptes nationaux n’évoluent pas assez rapidement. C’est vrai, mais il existe une tension entre la nécessité d’innover pour répondre aux enjeux économiques et le besoin de conserver la comparabilité des résultats entre les pays. Il faut que les innovations puissent être mises en œuvre par le plus grand nombre, sinon on perd une des grandes forces des comptes nationaux : leur comparabilité.
Révisions et perspectives : vers un cadre enrichi
La révision en cours des comptes nationaux (publication du nouveau Système de Comptabilité Nationale en 2025) ambitionne d’élargir la perspective à d’autres dimensions du bien‑être et de la soutenabilité, comme le recommandait déjà le rapport de la commission Stiglitz‑Sen‑Fitoussi de 2009. Il est ainsi envisagé l’intégration d’un compte de ménages « par catégorie » (âges, niveaux de vie, etc.) pour enrichir les comptes nationaux d’une analyse de la redistribution des revenus entre ménages en cohérence avec les autres agrégats de comptabilité nationale, ou la prise en compte des coûts d’épuisement des ressources naturelles dans la mesure du produit intérieur net (PIN).
La prochaine révision du Système de compatibilité nationale apportera des réponses à certaines critiques, mais il restera des domaines importants non traités (la mondialisation notamment) sur lesquels il faut investir. Par ailleurs, le PIB ne prenant pas en compte les externalités négatives sur l’environnement et plus globalement sur le bien‑être des activités économiques, il faut le compléter en trouvant le bon équilibre entre incorporation au cadre régulier de publication des comptes et extensions occasionnelles, et entre juxtaposition d’informations et construction d’agrégats de synthèse notamment (cf. billet associé).
Le PIB expliqué en 6 minutes
Points d'attention pour l'utilisateur des statistiques nationales
- Il faut mieux expliquer ce qu’on mesure, les limites des usages, d’ouvrir la « boîte noire » aux utilisateurs.
- Il reste beaucoup à faire pour intégrer certaines dimensions (mondialisation, actifs immatériels, qualité, services numériques gratuits).
- La comparabilité internationale impose prudence avant d’adopter des innovations méthodologiques individuelles.
Tableau récapitulatif : usages et limites du PIB
| Usage | Exemples |
|---|---|
| Analyse de la production et de la demande | Vitalité de la demande, production de biens et services |
| Mesure des revenus et partage de la valeur | Partage entre salaires et profits, pouvoir d'achat |
| Base pour ratios macroéconomiques | Taux d'endettement, taux de prélèvement, position extérieure |
| Limites | Ne mesure pas directement le bien‑être, difficultés avec immatériels et externalités |
En particulier, il reste à investir sur la mondialisation et sur la fermeture de la boîte noire des comptes pour que les utilisateurs comprennent mieux les chiffres et leurs limites. Les comptes nationaux permettent des comparaisons et fournissent une information régulière et rapide utile aux décisions de politique économique, tout en nécessitant des améliorations pour suivre les transformations structurelles de l’économie.
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