La Banque de Syrie et du Liban (BNC) au Liban : histoire et services

La Banque de Syrie et du Liban (BSL), connue aussi comme la Banque Nationale du Crédit (BNC), est une institution financière historique qui a joué un rôle majeur dans le développement économique et financier du Liban et du Levant depuis sa création. Son histoire riche et complexe, ainsi que ses services variés, en font un acteur clé de la place bancaire orientale.

Origines et création de la BNC

La Banque de Syrie et du Liban a été créée le 2 janvier 1919 par la Banque Impériale ottomane. Initialement, elle s’est rapidement distinguée par sa double vocation : banque commerciale et banque émettrice. Suite à la signature de la Convention du 23 janvier 1924 entre les États du Levant, la BSL reçut le privilège exclusif d’émettre une nouvelle monnaie, la livre libano-syrienne.

Cette monnaie était rattachée directement au Franc français, afin de faciliter tant le fonctionnement administratif de la France au Levant que le commerce avec la Métropole. Cette association monétaire renforça considérablement la crédibilité de la banque et joua un rôle déterminant dans la confiance de la population locale à l'égard de la BNC.

Activités principales : émission monétaire et services bancaires

En plus de son rôle d’émetteur de la livre libano-syrienne, la BSL agissait comme une banque commerciale à part entière. Son activité principale était axée vers le crédit et les avances aux États du Levant et aux particuliers. Par ailleurs, elle servait d’agent financier des États du Levant et était également une banque de dépôt importante. Sa position unique en tant que banque émettrice du billet local a inspiré confiance aux déposants, qui y plaçaient leurs économies en toute sécurité.

Sa profonde connaissance du territoire et sa bonne réputation favorisaient l’alliance avec des capitaux français, qui s'appuyaient sur la BNC pour l'exécution de leurs investissements dans la région du Levant.

Le secret bancaire libanais et son impact

Le 3 septembre 1956, un tournant décisif s’opère avec le vote par le Parlement libanais, sans amendements, d’une loi sur le secret bancaire, élaborée par Raymond Eddé, figure politique libanaise. Signée par le président Camille Chamoun, cette loi garantissait une confidentialité absolue des données bancaires.

Cette confidentialité attira massivement les capitaux locaux et étrangers au Liban, stimulant les investissements et les crédits bancaires dans le pays. Le système libanais offrait alors aux clients la libre circulation des capitaux et un secret bancaire rigoureux, à la fois très apprécié par les investisseurs arabes et étrangers.

Le secret bancaire contribua à faire du Liban la « Suisse de l'Orient », un refuge pour l'argent provenant, notamment, du pétrole arabe, avec des taux d'intérêts créditeurs largement avantageux comparés à l’Europe ou même à la Suisse. Ce contexte a permis au secteur bancaire libanais de prospérer durablement, faisant du Liban la « Banque des Arabes ».

Crises financières et scandales : de la faillite de la Banque Al Madina à la crise actuelle

Malgré ce succès historique, le secteur bancaire libanais a connu plusieurs crises majeures. En 1998, la faillite de la Banque Al Madina a ébranlé le système. Ce dossier complexe impliquait des personnalités libanaises et étrangères, y compris des acteurs saoudiens, irakiens, syriens et même des groupes mafieux russes. Plus de 4 milliards de dollars se sont évaporés dans ce scandale financier.

Les pratiques frauduleuses caractéristiques comprenaient le blanchiment d’argent via l’achat de biens immobiliers surévalués, le paiement d'intérêts à partir de fonds non inscrits dans la comptabilité légale, ainsi que la réalisation de nombreuses transactions douteuses par des intermédiaires de confiance comme Rana Koleilat, personnage central de cette affaire.

Malgré les contrôles exercés par la Banque du Liban à l’époque, les opérations illicites ont continué pendant plusieurs années, mêlant blanchiment d’argent de fonds irakiens et transferts occultes vers des responsables syriens. Ce système pyramidal fonctionna jusqu’au début des années 2000, lorsqu’une diminution des capitaux étrangers provoqua une crise de liquidités majeure.

En juillet 2003, la Banque centrale libanaise prit le contrôle de la banque en faillite Al Madina, estimant le déficit à plus de 100 millions de dollars. Plusieurs enquêtes furent menées, mais l’impunité politique et le manque de transparence entravèrent considérablement la justice.

Tableau récapitulatif des événements majeurs

Année Événement Conséquences
1919 Création de la BSL par la Banque Impériale ottomane Débuts de la banque émettrice et commerciale
1924 Convention du Levant : émission de la livre libano-syrienne Renforcement du rôle monétaire et commercial
1956 Vote de la loi sur le secret bancaire au Liban Attraction massive des capitaux et prospérité bancaire
1998 Faillite de la Banque Al Madina Perte de milliards et début de la grande crise
2003 Prise de contrôle d’Al Madina par la Banque centrale Déficit massif et investigations judiciaires
Depuis 2019 Effondrement du secteur financier libanais Crise économique majeure, fuite des capitaux

Crise actuelle : effondrement du secteur bancaire et défis

Soixante-six ans après la mise en place du secret bancaire, les secteurs financiers et bancaires libanais vivent aujourd’hui un effondrement brutal. La mauvaise gestion politique combinée à des manœuvres occultes a provoqué la fuite massive des dépôts estimés à plusieurs milliards de dollars. Face à cette situation, l’État libanais a lancé un appel à l’aide au Fonds Monétaire International (FMI) pour tenter de sortir de la crise.

Des sources indiquent que, face aux exigences du FMI qui demandent la levée du secret bancaire pour assurer la transparence et l’octroi de prêts, les responsables libanais auraient mieux fait de préserver ce climat de confiance caractéristique du secteur bancaire libanais. Ils auraient dû expliquer clairement la loi sur le secret bancaire et ses modalités exceptionnelles de levée en cas de suspicion. Malheureusement, la destruction des fondements des secteurs vitaux - touristique, hospitalier, éducatif et bancaire - menace aujourd’hui de replonger le pays dans une crise profonde.

La crise sociale et économique du Liban - reportage #cdanslair 03.08.2021

Mobilisation judiciaire des déposants et tentatives de réparation

Les déposants libanais, furieux de ne plus pouvoir accéder à leurs dépôts en dollars, ont abandonné les manifestations de rue au profit d’actions en justice. Plusieurs centaines de recours ont été lancés devant les tribunaux libanais, ainsi que dans des juridictions internationales (française, anglaise, américaine). Ces démarches correspondent à une tentative des citoyens pour obtenir justice face à la confiscation de leurs économies dans un contexte d’hyperinflation et de dévaluation de la livre libanaise.

Un avocat franco-libanais évoque cette situation comme « l’escroquerie du siècle » en soulignant l’ampleur du scandale et l’ample vacillement de confiance envers le système bancaire libanais. Le secteur est désormais reconnu en faillite technique depuis 2019, conséquence d’un contrôle informel des capitaux instauré à l'époque.

Conclusion partielle

En résumé, la Banque de Syrie et du Liban (BNC) représente un pan essentiel de l'histoire financière libanaise. Sa mission initiale d’émetteur monétaire et de banque commerciale puis son rôle dans la création d’un système bancaire attractif fondé sur le secret bancaire ont façonné l’économie locale pendant des décennies. Néanmoins, cette histoire est également marquée par des scandales financiers et un effondrement récent qui soulignent les défis politiques et économiques persistants sur lesquels le Liban continue de travailler.

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