La Direction Régionale de l'Insee : Définition et Action sur le Terrain
L'Insee, ou Institut National de la Statistique et des Études Économiques, est un acteur clé dans la production et l'analyse de données statistiques en France. Au sein de cet organisme, les directions régionales jouent un rôle essentiel en matière d'action régionale. Cet article vise à explorer la définition et les fonctions de ces directions régionales, en mettant en lumière leur contribution au débat public et à la prise de décision au niveau territorial.
Le Rôle des Directions Régionales de l'Insee
Les établissements de l’Insee en région sont des unités de production chargées de collecter et de traiter les données « sur le terrain ». Il s’agit du recensement de la population, des relevés de prix, ou des enquêtes en face à face auprès des ménages.
Au niveau des régions administratives, l’action régionale, c’est la déclinaison du « ée » (études économiques) de « Insee ».
Les directions régionales de l’Insee réalisent, à la demande des acteurs publics en région (APR), ou en auto-saisine, des études pour répondre aux besoins du débat public au sein des territoires.
La réponse au besoin d’un APR est mise en œuvre dans le cadre de partenariats qui servent à définir à l’avance les thématiques à étudier et les restitutions visées (publication, conférence de presse, présentation en interne…), ainsi que les apports de ressources de chacun.
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Les APR sont les services déconcentrés de l’État (préfectures notamment), les collectivités locales et leurs groupements (Conseils Régionaux, Conseils Départementaux…), ainsi que tout acteur des politiques publiques locales (fédérations professionnelles (ex. : BTP), chambres de commerce et d’industrie, universités, comités de développement des métropoles, comités locaux du tourisme…).
Les préfets sont un peu à part. Ils sont chargés de mettre en œuvre des décisions nationales, qui ne sont pas toujours éclairées par des études locales en amont. Leurs besoins dépendent alors en grande partie de leur propre appétence, disons personnelle, pour les études.
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Initiatives des Directions Régionales
Il existe des problématiques pour lesquelles l’initiative revient aux directions régionales (DR) : soit parce qu’un partenariat local dans une DR mérite d’être étendu à d’autres régions; ainsi en est-il de l’étude de la DR d’Occitanie sur l’exposition de la population à des épisodes de canicule, partie d’un partenariat local avec Météo France ; soit parce qu’il s’agit de problématiques pour lesquelles la DR estime que l’Insee doit apporter un éclairage au débat public, même sans demande formelle, comme l’analyse des écarts de revenus ou de patrimoine en Île-de-France.
L'Expertise de l'Insee et les Conseils aux Acteurs Régionaux
L’Insee dispose d’un patrimoine de données qui lui permet d’apporter son expertise de façon rapide et, néanmoins, synthétique. Ainsi, on peut évoquer les conseils que peuvent fournir les DR, que ce soit dans le cadre de réunions, ou par la production de documents internes. C’est particulièrement le cas avec les préfets de département ou de région. En général, cette mission revient au directeur régional qui dispose de nombreux matériaux d’études pour être en mesure de dresser un panorama riche des questions économiques et sociales.
Coopération entre la Direction Générale et les Directions Régionales
On peut penser qu’il y a un intérêt pour que, dans le domaine des études, il y ait une coopération resserrée entre les unités de la direction générale et les services d’études des directions régionales.
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Les unités de la direction générale contribuent à une mutualisation des outils communs d’études, par exemple pour l’analyse des quartiers de politique de la ville, l’orientation économique des zones d’emploi, la localisation des résidences secondaires ou encore l’analyse des effets économiques et sociaux de la crise sanitaire dans les territoires.
En 2020, en pleine pandémie, on a démultiplié ces coopérations, que ce soit pour l’analyse de la mortalité, du volume d’heures travaillées, des déplacements de population ou encore du tourisme.
Il existe également des coopérations national/local ciblées, comme l’aide apportée par l’Insee pour accompagner la réflexion engagée par le ministère de la Justice sur la répartition, au niveau local, des compétences entre les différents tribunaux.
La Spécificité des Analyses Territoriales
Certaines analyses territoriales nécessitent des outils et des approches qui peuvent être spécifiques. Un événement invisible au niveau national peut être de première importance au niveau local. On peut penser à la fermeture d’une unité de production dont localement on peut avoir besoin de mesurer les effets directs et les effets induits.
Sources Statistiques et Données Administratives
La question qui est sans doute au centre de la capacité de conduire des études locales, ce sont les sources statistiques. Si une enquête spécifique peut être nécessaire à l’échelon local, comme l’analyse des flux touristiques en Corse, ou les extensions d’enquêtes ménages réalisées régulièrement dans les DOM, il est impossible de disposer systématiquement de statistiques représentatives issues des enquêtes nationales à l’échelle de tous les territoires, compte tenu de la taille des échantillons.
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La mobilisation de sources administratives est alors indispensable, même si on en connaît les limites. Ainsi, la localisation de la donnée administrative n’est pas toujours signifiante notamment pour les entreprises, puisque de nombreuses données sont disponibles au niveau des sièges mais pas au niveau de chaque établissement.
En revanche, l’exploitation des données d’état civil tout au long de l’année 2020 a permis non seulement de comptabiliser les décès et de fournir les analyses élémentaires sur l’évolution de la mortalité par âge ou par département, mais aussi de mener des études pour faire le lien entre « surmortalité » et densité de population.
Autres exemples intéressants, la mobilisation des DSN des entreprises (déclaration sociale nominative) et des sources de chiffre d’affaires provenant des remontées des déclarations de TVA ont servi pour l’analyse des effets de la crise sur le secteur du tourisme.
Je pourrais citer également les perspectives offertes par de nouvelles sources, comme la base des transactions immobilières dont l’accès est ouvert par les services fiscaux, mais qui doit faire l’objet de traitements sophistiqués pour rendre la donnée brute exploitable pour l’analyse.
Le recensement de la population (RP) constitue une pièce maîtresse dans l’approche territoriale.
Le RP constitue certes une pièce maîtresse.
La principale difficulté en matière économique résulte du fait que l’unité d’observation (l’entreprise) conduit souvent à regrouper les agrégats économiques au siège ou au lieu de déclaration.
Cependant, depuis longtemps, l’Insee procède à une répartition des données agrégées entre les établissements, comme pour la valeur ajoutée, en tenant compte de la répartition des emplois. Mais ce n’est pas si simple.
L’observation économique à un niveau géographique fin reste cependant un enjeu majeur pour l’action régionale, qui est mieux équipée aujourd’hui qu’hier en ce domaine.
Impact de la Crise Sanitaire et Nouvelles Sources de Données
La crise sanitaire a été, en effet, un accélérateur pour l’utilisation de sources nationales qui étaient absentes, jusque-là, de la boîte à outils du statisticien public : données de téléphonie mobile, de consommation électrique, des transactions par carte bancaire, déclarations sociales mensuelles permettant de rendre compte de l’évolution des salaires et de l’emploi à un niveau détaillé, etc.
Redéfinition des Régions en 2016
Les régions ont été redessinées en 2016. La définition des nouvelles régions ne constitue pas un bouleversement pour la nature des travaux de l’action régionale.
Les périmètres des nouvelles régions sont parfois très vastes et souvent hétérogènes. Mais, de fait, c’était souvent déjà le cas avant la réforme. En dehors de quelques rares régions à l’identité plus affirmée, il existe une grande diversité de territoires au sein de chaque région : l’Occitanie ou Auvergne-Rhône-Alpes sont très hétérogènes, mais Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Rhône-Alpes l’étaient déjà beaucoup également.
Les phénomènes marquants qui caractérisent le territoire, comme la « diagonale des faibles densités », la « façade atlantique », les « métropoles », le « littoral méditerranéen », les « zones de montagne », les communes hors attraction des villes, ne coïncident ni avec les anciennes régions, ni avec les nouvelles.
La réforme n’a eu que deux conséquences internes. Les directions régionales ont fusionné, elles sont devenues 15, départements et régions d’outre-mer compris, au lieu de 24. Les services d’études ont été regroupés pour gagner en efficience, en revanche les implantations sont demeurées inchangées : la production statistique continue de reposer sur une trentaine d’établissements correspondant au découpage des anciennes régions.
Pour les relations avec les acteurs publics régionaux, nous avons bénéficié d’une réduction du nombre d’interlocuteurs pour ce qui est de l’échelon régional, qu’il s’agisse des services de l’État ou des conseils régionaux.
Enjeux Futurs et Besoins Locaux
Les sujets que tu évoques ici constituent bien des axes de développement. La statistique publique innove : le service statistique du ministère de l’Environnement développe ainsi un suivi des objectifs de développement durable, en gardant en tête l’intérêt de disposer d’indicateurs au niveau des territoires. Le service statistique du ministère de l’Agriculture enrichit également son champ d’observation et d’analyse pour investir ces nouveaux domaines. Ainsi, le questionnaire du recensement agricole a été complété de façon à pouvoir appréhender de façon fine et locale les sujets émergents de circuits courts et d’agriculture biologique.
L’Insee a développé un blog (dont Variances.eu reprend régulièrement les publications) qui sert aussi à éclairer des questions pertinentes pour les territoires.
La Commission européenne a entrepris des actions dans le domaine économique (green deal, subventions-prêts aux pays, centralisation des achats de vaccins…) qui montrent une possible montée en puissance de la coordination européenne. En rajoutant un échelon (ici, européen), on complique la gouvernance mais on gagne en potentiel de comparabilité et donc d’analyses de politiques publiques à un niveau transnational.
L’analyse territoriale montre l’intérêt de zoomer sur les caractéristiques des zones transfrontalières, avec des spécificités marquées pour les frontières avec l’Allemagne ou la Suisse. La Suisse ne fait pas partie de l’UE, mais disposer de statistiques homogènes de part et d’autre de la frontière constitue un élément déterminant pour la qualité des analyses produites. Des associations ou des organismes contribuent, avec les DR de l’Insee, à rendre possibles ces analyses.
La grille communale de densité, qui classe les communes en 3 catégories - denses, de densité intermédiaire, peu denses - est définie au niveau européen et rend possibles les comparaisons des agglomérations et des métropoles, comme celle des territoires ruraux peu denses ou très peu denses. Au niveau européen sont centralisées des données sur les villes des différents pays.
Harmoniser les concepts au niveau européen demande pas mal de temps mais c’est indispensable pour analyser dans la durée l’effet de politiques publiques qui sont définies au niveau européen.
Pour ceux qui souhaitent disposer d’un panorama sur une région donnée, j’invite les lecteurs à découvrir les « Essentiels Régionaux » sur le site Insee.fr : pour chaque Région, une présentation d’ensemble est complétée par un jeu de six questions/réponses illustrées. En lien avec ce que je viens de développer sur la densité de population, j’invite les lecteurs à lire le dossier sur la nouvelle définition du rural dans l’ouvrage La France et ses territoires, déjà cité.
Tableau récapitulatif des missions des directions régionales de l'Insee
| Mission | Description |
|---|---|
| Collecte de données | Recensement de la population, relevés de prix, enquêtes auprès des ménages. |
| Études économiques | Réalisation d'études à la demande des acteurs publics régionaux ou en auto-saisine. |
| Conseil et expertise | Fourniture de conseils et d'expertise aux préfets et autres acteurs régionaux. |
| Coopération | Mutualisation des outils d'études avec la direction générale, coopération nationale/locale. |
| Analyse territoriale | Analyses spécifiques adaptées aux particularités locales. |
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