Encours de crédits aux TPE : définition, enjeux et statistiques

La fin de l'été verra la publication d'un outil attendu : le premier suivi des encours de crédits aux très petites entreprises (TPE) par la Banque de France. Une étape majeure dans la connaissance des concours bancaires aux entreprises, qui complète le recensement trimestriel existant des crédits aux PME.

Qu'est-ce que l'encours de crédit ?

L'encours est le montant total des crédits émis par une ou des institutions financières à une date donnée et non remboursés. L'encours permet de mesurer l'exposition d'un prêteur et le volume de financement effectivement mobilisé par les emprunteurs à un instant donné.

Pourquoi mesurer spécifiquement les crédits aux TPE ?

  • Seule lacune : "Ce dispositif englobait les crédits octroyés à toutes les PME au sens européen du terme, donc à toutes les sociétés réalisant jusqu'à 50 millions d'euros de chiffre d'affaires", raconte Jacques Fournier, directeur général des statistiques de la Banque de France. D'où la nécessité d'un suivi dédié aux TPE.
  • Près de 1,3 million de TPE-PME accèdent au financement bancaire. Elles représentent environ la moitié des encours de crédit aux entreprises en France.
  • L'Observatoire du financement des entreprises (OFE) et la Fédération bancaire française (FBF) soulignent l'importance des réseaux bancaires de proximité pour accompagner les TPE, notamment lorsqu’elles rencontrent des difficultés.

Méthodologie de collecte

La Banque de France a collecté auprès de l'ensemble des banques, le montant de leurs encours de crédits aux toutes petites entreprises (TPE). Jacques Fournier, directeur général des statistiques de la Banque de France, a organisé la collecte des données auprès de l'ensemble des banques. L'enquête est menée auprès d'un échantillon de succursales et de sièges sociaux d'établissements bancaires opérant en France métropolitaine.

Depuis 2010, la Banque de France collectait, à la fin de chaque trimestre, le montant de leurs flux et de leurs encours de crédits aux PME; les données agrégées, publiées six à huit semaines après, permettaient de cerner les grandes tendances des concours bancaires aux petites et moyennes structures. Les premiers résultats du suivi dédié aux TPE ont été annoncés pour une publication mi-septembre.

Principales statistiques récentes (résumé des données disponibles)

Au 1er semestre 2025, l'encours total des crédits aux entreprises atteint 1 397 milliards d'euros, en hausse de 2,5 % en rythme annuel à fin juillet. Cette progression reste supérieure à la moyenne de la zone euro. En juillet 2025, 31,3 milliards d’euros de crédits nouveaux ont été octroyés aux entreprises, soit l’équivalent de 43 millions d’euros par heure.

Lire aussi: Comprendre l'importance de l'encours

Indicateur Valeur ou évolution
Encours total crédits aux entreprises (S1 2025) 1 397 milliards d'euros (+2,5 % en glissement annuel)
Crédits nouveaux en juillet 2025 31,3 milliards d'euros
Part des TPE-PME dans les encours Environ 50 % (1,3 million d'entreprises financées)
PGE : nombre d'entreprises bénéficiaires Près de 686 000 entreprises, total 144,5 milliards d'euros
Remboursement des encours PGE (31/08/2025) 83,6 % remboursés (plus de 108 milliards d'euros)
Défaillances d'entreprises (à fin juillet 2025) 67 413 défaillances

Évolutions par taille et par secteur

En 2025, la croissance des financements accordés aux sociétés non financières (SNF) a atteint 3,1 % (après 1,6% en 2024), portée à la fois par la hausse de l'encours des titres de dette (4,1 %) et celle des crédits bancaires (2,6 %). La croissance des encours de crédit demeure positive mais contrastée selon les tailles d'entreprises :

  • PME et entreprises de taille indéterminée : +1,2 % (après +0,9 % en 2024)
  • ETI : +0,5 % (après +1,2 % en 2024)
  • Grandes entreprises : +3,0 % (après +3,2 % en 2024)

La croissance des encours mobilisés varie aussi selon les secteurs : elle demeure positive pour les conseils et services aux entreprises (+5,1 %), les activités immobilières (+4,8 %), le transport et entreposage (+3,2 %) et l'agriculture (+2,3 %). En revanche, elle recule dans l'enseignement, santé et action sociale (-3,5 %), le commerce et réparation d'automobiles (-3,2 %), l'industrie (-1,7 %), l'hébergement-restauration (-1,0 %) et la construction (-0,9 %).

Accès au crédit : état des lieux pour les TPE et PME

L’accès au crédit reste très favorable aux entreprises en France. Selon les dernières statistiques trimestrielles de la Banque de France, 9 PME sur 10 obtiennent le crédit d’investissement demandé et près de 8 sur 10 le crédit de trésorerie. Par ailleurs, les dirigeants d’entreprises n’hésitent pas à se tourner vers leurs banquiers pour demander les financements dont ils ont besoin. Seuls 2 % expliquent qu’ils n’ont pas formulé de demande car ils anticipaient un éventuel refus.

La demande de nouveaux crédits par les PME a augmenté depuis mars : 24 % des PME ont demandé un nouveau prêt d’investissement contre 21 % au 1er trimestre. Interrogées sur les causes de leur absence de demande de crédit, 65 % des PME répondent qu’elles n’ont pas besoin de financement. L’anticipation d’un refus pour critères jugés trop sévères apparaît marginale (2 %).

Coût du crédit et conditions d’octroi

D'après l'Enquête de conjoncture de BPI France, le coût du crédit reste un obstacle majeur à l’investissement. Il était devenu fin 2023 le premier obstacle en raison de l’envolée des taux (passant de 1,4 % en avril 2022 à 5,2 % en décembre 2023), puis commence à refluer (4,9 % en avril 2024). Malgré un recul, 49 % des dirigeants en mai 2024 considèrent encore le coût du crédit comme un frein important voire insurmontable.

Entre fin novembre et fin décembre 2025, le taux d'intérêt moyen des nouveaux crédits progresse selon la taille : 3,32 % pour les grandes entreprises, 3,51 % pour les PME et entreprises de taille indéterminée, et 3,70 % pour les ETI. Le durcissement récent des conditions est également lié à la transposition finale de Bâle III depuis janvier 2025, impliquant une hausse moyenne de 15 % des exigences en capital pour les grandes banques, pouvant peser sur l'octroi de crédits, notamment aux entreprises non notées.

Impact macroéconomique et risques

Le contexte macroéconomique a été particulièrement chahuté depuis 2020 : difficultés d’approvisionnement, envolée des prix de l’énergie, inflation, hausse des taux bancaires, conflits armés et instabilité politique. La hausse des taux d'intérêt a constitué un défi pour les TPE-PME, l’augmentation des coûts de financement et des conditions de crédit plus strictes pouvant compromettre leur développement, voire la survie des plus vulnérables.

Les défaillances d’entreprises sont reparties à la hausse : d’après la Banque de France, elles ont atteint 63 095 sur les douze derniers mois cumulés à fin juillet 2024, et 67 413 à fin juillet 2025. Après les années Covid et les aides publiques qui ont permis de maintenir nombre d'entreprises à flot, le retour à la normale a été douloureux pour certaines structures.

Résilience, mesures d'accompagnement et médiation

Malgré la conjoncture défavorable, les entreprises ont stabilisé leur trésorerie, laquelle avait largement fondu depuis 2021. « Un quart des TPE-PME jugent leur trésorerie difficile, une proportion stable sur un an », précise l'Enquête de conjoncture du premier semestre 2024 réalisée par BPI France.

La Médiation du crédit souligne que « les entreprises se sont montrées résilientes au travers des crises qui se sont succédées depuis 2020 et l’accès au financement bancaire a été assuré dans de bonnes conditions ». Au premier semestre 2024, la Médiation du crédit a recensé 672 demandes éligibles, un niveau faible. L’institution recommande toutefois de mieux faire connaître les dispositifs de détection précoce et de soutien aux entreprises en difficulté.

Rôle et conséquences du Prêt Garanti par l'État (PGE)

Le PGE a joué un rôle majeur depuis 2020 : près de 686 000 entreprises en ont bénéficié pour un total de 144,5 milliards d'euros, principalement au deuxième trimestre 2020 et à 80 % en faveur des TPE/PME. Les défauts de remboursement des PGE sont faibles (environ 4 % des prêts octroyés aux TPE-PME). Au 31 août 2025, 83,6 % des encours PGE des TPE-PME-ETI ont été remboursés.

Toutefois, le remboursement des PGE peut avoir accentué les difficultés de certaines entreprises : le rééchelonnement de paiements via des moratoires et l'assignation par les URSSAF des débiteurs incapables d'honorer ces moratoires ont contribué à la hausse des défaillances en 2023 et début 2024. De plus, le remboursement d'un PGE peut réduire la capacité des entreprises à obtenir de nouveaux crédits de trésorerie ou d'investissement.

Stratégies pour les TPE face au durcissement du financement

  • Repenser son financement externe : se refinancer pour réduire le coût global (baisse du taux, allongement de la période de remboursement) ou consolider plusieurs prêts en un prêt unique.
  • Diversifier les sources de financement : crowdfunding, business angels, leasing, obligations privées, ou négociation de délais de paiement plus avantageux avec les fournisseurs.
  • Optimiser la trésorerie : faire appel à l'affacturage pour obtenir des liquidités dès l'émission des factures et externaliser le recouvrement.
  • Mieux préparer ses dossiers : utiliser la fiche pédagogique élaborée pour aider les entrepreneurs à bien préparer leurs demandes de crédits de trésorerie auprès des banques.

Points d'attention pour les mois à venir

Le panorama est globalement positif en matière d'accès au crédit, mais il ne doit pas faire oublier les incertitudes macroéconomiques. Les membres de l'OFE s’accordent à dire qu’il est nécessaire de rester vigilant dans les mois à venir. Les entreprises ont appris à évoluer dans un contexte particulièrement incertain, qui a conduit à un durcissement des conditions d’octroi de crédits.

Aujourd’hui, si des signaux positifs se font sentir - ralentissement de l’inflation et baisse progressive des taux -, la dynamique de croissance des entreprises reste freinée par une faible demande. Les carnets de commandes poursuivent leur repli, notamment dans l’industrie et le bâtiment, ce qui pèse sur la demande de crédits liée à l'investissement.

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FAQ rapide

  1. Quelle est la différence entre nouveaux crédits et encours ? La croissance des nouveaux crédits mesure les prêts accordés sur une période donnée; l'encours mesure le stock total non remboursé à une date donnée.
  2. Les TPE ont-elles encore accès aux crédits ? Oui : l’accès au crédit reste important, et la confiance entre banques et chefs d’entreprise est soulignée par les institutions bancaires et par la Banque de France.
  3. Quels sont les risques qui pèsent sur le crédit aux TPE ? La hausse des exigences prudentielles (Bâle III), l'augmentation du coût du crédit et la faiblesse de la demande sont des risques majeurs.

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