Enquête de l'INSEE auprès des personnes sans domicile : comprendre et agir
L'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) joue un rôle fondamental dans la collecte et l'analyse de données statistiques en France. Chaque année, l'INSEE réalise des enquêtes sur divers sujets afin de mieux comprendre la société et l'économie françaises. Ces enquêtes sont essentielles pour éclairer les décisions publiques et orienter les politiques sociales.
Dans cette optique, l'INSEE, en collaboration avec la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) au ministère des solidarités et de la santé, prépare pour 2025 une grande enquête à destination des personnes sans domicile. Il s’agit bien sûr de dénombrer les personnes, mais surtout de connaître les profils des personnes sans domicile.
Cette étude interroge les personnes sans domicile ainsi que les structures qui les aident afin de décrire leurs profils, parcours et conditions de vie. En effet, depuis la précédente édition en 2012, la situation a beaucoup évolué et la demande sociale est forte pour renouveler l’enquête.
L'INSEE, c'est quoi ? (définition, aide, lexique, tuto, explication)
Objectifs et enjeux de l'enquête
Les enquêtes nationales auprès des personnes sans domicile sont rares, en raison de leur complexité. Les attentes sont nombreuses pour cette nouvelle édition.
L'enquête Sans Domicile interroge les personnes sans domicile ainsi que les structures qui les aident afin de décrire leurs profils, parcours et conditions de vie. Elle vise à mieux connaître ces personnes qui, faute de disposer d'un logement, ne sont pas suivies par les enquêtes habituelles, et permet d'estimer leur nombre.
Lire aussi: Comprendre l'Enquête Emploi de l'Insee
Les personnes sans domicile échappent souvent aux enquêtes de la statistique publique, réalisées dans les logements dits « ordinaires ».
Il s’agit bien sûr de dénombrer les personnes : 143 000 personnes étaient sans domicile en 2012 en France métropolitaine, c’était déjà une augmentation de plus de 50 % par rapport à 2001. Combien sont-elles aujourd’hui ? Au vu de la seule évolution du nombre de places d’hébergement, elles pourraient dépasser les 300 000. Mais cet ordre de grandeur demande à être confirmé et précisé. Et combien de personnes sans abri parmi elles, c’est-à-dire des personnes à la rue qui ne trouvent pas ou ne souhaitent pas de place d’hébergement ?
Mais surtout, quels sont les profils des personnes sans domicile ? Pour répondre à toutes ces attentes, le questionnaire de la nouvelle enquête Sans Domicile a été élaboré au sein d’un comité scientifique rassemblant des représentants d’acteurs de la solidarité (associations et fédérations d’associations, gestionnaires de services), des représentants des organismes publics chargés du logement et de l’hébergement, ainsi que des chercheurs travaillant sur ces questions.
Situation familiale, santé, revenus, emploi, éducation, relations sociales ou encore victimation : les questionnaires abordent de nombreux domaines, permettant de comprendre le parcours des personnes et de comparer la population sans domicile à celle disposant d’un logement personnel afin d’en saisir ses spécificités.
En particulier, les questions relatives à la santé mentale et aux violences physiques et sexuelles sont développées par rapport aux éditions précédentes, eu égard à leurs influences sur les trajectoires de vie et aux prises en charge adaptées qu’elles appellent.
Lire aussi: Répartition du patrimoine en France
Des questions spécifiques aident par ailleurs à comprendre les situations rencontrées, comme les événements de l’enfance (chômage des parents, maladies, violences…), le parcours migratoire, les démarches d’accès au logement, les discriminations ressenties et le sentiment de rejet.
D’autres modules portent encore sur les conditions de vie et l’accès aux services de base : recevoir du courrier, aller aux toilettes, prendre une douche, se nourrir… Ces gestes simples peuvent mobiliser des efforts considérables pour celles et ceux qui vivent à la rue. Les services proposés sont-ils en nombre suffisant et accessibles ? L’enquête vise aussi à mettre en lumière ces contraintes du quotidien.
L’INSEE, en collaboration avec la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) au ministère des solidarités et de la santé, prépare pour 2025 une grande enquête à destination des personnes sans domicile. C’est un très gros projet, démarré en 2021, qui demande beaucoup d’organisation, de ressources, humaines et financières. On doit s’adapter à un protocole différent des autres enquêtes auprès des ménages, il faut expérimenter. Notre objectif, c’est d’avoir in fine des données représentatives sur l’ensemble du territoire métropolitain.
Méthodologie de l'enquête
Rencontrer les personnes sans domicile pour leur poser toutes ces questions n’est pas immédiat. Les enquêtes classiques de la statistique publique s’appuient sur des répertoires de logements ou de personnes pour constituer un échantillon représentatif de la population à interroger. Pour les personnes sans domicile, il n’existe ni base, ni répertoire : leur nombre lui-même n’est pas connu d’avance.
Pour aller à la rencontre de ces personnes, il est nécessaire de se rendre dans les services d’aide qu’elles fréquentent pour les interroger directement sur place. Recourir aux services d’aide permet également de convaincre plus facilement de l’intérêt de répondre à l’enquête, grâce au lien de confiance que les professionnels et bénévoles ont tissé avec les personnes fréquentant ces services.
Lire aussi: Importance de l'Enquête INSEE
La première étape consiste à dresser la liste de tous les services d’aide aux personnes en situation de grande précarité. Pour y parvenir, 110 agglomérations de 5 000 habitants ou plus ont été choisies pour y concentrer l’enquête (figure 1). Les équipes de l’Insee et de la Drees ont constitué un inventaire exhaustif des structures où pourrait se dérouler l’enquête au sein de ces agglomérations, en compilant de nombreux répertoires associatifs ou administratifs existants. Elles ont toutes été enquêtées au printemps 2024, afin de vérifier que leur activité correspond bien à celle attendue, de connaître leur fréquentation, leurs jours d’ouverture, les spécificités des publics accueillis et les prestations proposées, mais aussi d’éviter d’éventuels doublons.
Ce premier volet de l’enquête sert, en lui-même, à dresser un panorama de l’offre de services aux personnes en grande précarité.
Une fois cette liste des services d’aide établie, un échantillon représentatif de l’ordre de 3 000 services a été sélectionné aléatoirement, associés à un ou plusieurs jours de visite, eux aussi choisis aléatoirement parmi les jours d’ouverture.
Les services retenus sont très variés (figure 2). Il s’agit en premier lieu des centres d’hébergement, qu’il s’agisse d’hébergement généraliste (centres d’hébergement et de réinsertion sociale, centres d’hébergement d’urgence, etc.), d’hébergement avec un accompagnement sanitaire (lits halte soin santé, lits d’accueil médicalisés, etc.) ou encore plus spécialisés (par exemple les accueils mère-enfant, destinés aux femmes enceintes et mères d’enfant de moins de trois ans). L’hébergement à l’hôtel notamment en Île-de-France, est également pris en compte.
En 2025, afin de mieux inclure les personnes sans abri, la liste des services hors hébergement est élargie. En 2001 et 2012, les éditions précédentes de l’enquête se concentraient sur les distributions de repas, restaurations intérieures gratuites ou peu coûteuses (moins de 2 euros) et points de distribution à l’extérieur.
Cette diversité des services permet d’inclure au maximum des profils différents de personnes sans domicile, qui ne fréquentent pas toutes les mêmes services. Par exemple, les maraudes permettent d’atteindre des personnes qui ne se rendent pas spontanément dans les services d’aide.
Il n’est cependant pas possible d’aller partout car plus les services sont différents et plus l’enquête est complexe : il faut en effet multiplier les protocoles d’enquête différents pour les adapter au fonctionnement de chaque type de service (cf. infra). De plus, si les personnes fréquentent plusieurs services (ou plusieurs fois le même service) durant la période de l’enquête, il faut corriger d’éventuels doubles comptes dans l’estimation du nombre de personnes sans domicile. Et plus les types de services où ont lieu l’enquête sont nombreux, plus la mémoire des enquêtés est sollicitée pour recenser toutes leurs utilisations des services.
Toutes les personnes qui fréquentent les services d’aide sont concernées par l’enquête, dès lors qu’elles ont 16 ans ou plus. L’enquête permettra donc de réaliser des études sur l’ensemble des personnes en situation de grande précarité fréquentant ces services, qu’elles soient sans domicile ou non.
Ensuite, les réponses au questionnaire permettront d’identifier les personnes « sans domicile » ou « sans abri », au sens de leur définition par la statistique publique (cf. supra).
Par rapport aux éditions précédentes, l’enquête ne concerne pas seulement les personnes majeures, mais est élargie aux jeunes de 16 et 17 ans (qu’ils soient accompagnés ou non de leurs parents).
Adaptation aux populations non francophones
L’autre spécificité de cette étude, c’est l’importante proportion dans la cible de personnes non francophones. Les précédentes enquêtes de 2001 et 2012 n’ont pas donné de résultats probants sur les parcours de ces personnes; le protocole était basé sur un questionnaire papier traduit dans plusieurs langues, à remplir seul et renvoyer par courrier ou à remettre aux équipes INSEE sur place.
Prendre en compte tous les profils, c’est bien sûr aussi s’adresser aux personnes non francophones. L’édition 2012 avait déjà enquêté ces personnes à l’aide d’un questionnaire papier auto-administré traduit dans 16 langues. En 2025, les outils informatiques permettent d’aller plus loin. Désormais, les questions sont posées à l’aide d’une tablette.
Les questions seront disponibles par écrit mais également au format audio. Les personnes interrogées pourront lire les questions et les écouter au casque ou par haut-parleur, et répondre en suivant les consignes pour chaque question.
Déroulement de l'enquête sur le terrain
Pour éviter les biais d’enquête et assurer la représentativité de l’échantillon, les personnes doivent être sélectionnées aléatoirement au sein de chaque service d’aide retenu pour l’enquête. La méthode de tirage au sort dépend alors du type de service.
Dans la plupart des services d’hébergement, le tirage aléatoire est réalisé sur la liste des personnes de 16 ans ou plus hébergées dans le service le jour de la collecte.
Dans les services hors hébergement, comme les accueils de jour, les distributions de repas ou les maraudes, il n’y a pas de liste car on ne sait pas à l’avance qui va fréquenter le service un jour donné. On identifie alors une sorte de « file d’attente », qui peut être réelle et physique (des personnes attendant leur tour pour récupérer un repas sur une distribution de rue) ou reconstituée (constituée au fur et à mesure des entrées dans un accueil de jour, ou des personnes abordées par une maraude lors de son parcours).
L’échantillonnage est donc réalisé directement sur place et doit respecter les contraintes de fonctionnement du service : il s’agit bien entendu de laisser le service fonctionner normalement et de s’inscrire le plus naturellement possible dans son cadre d’activité. La coordination avec le personnel du service est donc nécessaire pour bien identifier en amont le meilleur endroit et moment pour réaliser le tirage (doit-on se placer à l’entrée d’un accueil de jour ? à la sortie d’une distribution de repas intérieure pour proposer les entretiens seulement après que les personnes ont mangé ?).
Il s’agit également de s’adapter au public, en l’occurrence des personnes souvent en situation de grande fragilité, et de respecter un certain nombre de règles éthiques.
Tout d’abord, l’enquête n’est pas obligatoire et les personnes sont libres de refuser de répondre, intégralement ou à certaines questions.
Enfin, il est demandé aux enquêteurs et enquêtrices de rechercher des conditions d’entretien permettant de garantir la confidentialité, notamment vis-à-vis des autres personnes fréquentant le service et des personnels.
Quelles que soient les conditions de collecte, les réponses recueillies resteront strictement confidentielles et protégées par le secret statistique comme pour toutes les enquêtes de la statistique publique.
Phases préparatoires et calendrier
C’est un très gros projet, démarré en 2021, qui demande beaucoup d’organisation, de ressources, humaines et financières.
Un premier volet « Structures » a eu lieu au printemps et à l’automne 2024, auprès des structures d’aide aux personnes sans domicile, afin de comprendre leur fonctionnement. Un second volet « Individus », au printemps 2025, aura lieu au sein d’un échantillon de services d’aide.
L’enquête grandeur réelle aura lieu en 2025 : il reste encore du travail pour finaliser le questionnaire et organiser le dispositif qui est très ambitieux.
Prochaine étape : en 2024, une troisième opération pilote de plus grande ampleur sur tous les champs de l’enquête, toujours avec l’accompagnement de Gide, avant l’enquête finale en 2025.
Confidentialité et secret statistique
Alors face à ce courrier de l’Insee, il peut y avoir deux types d’inquiétudes. D’abord : est-ce que les réponses sont confidentielles ? La réponse est oui : elles sont protégées par le secret statistique.
Le secret statistique garantit la confidentialité de vos réponses. Les réponses fournies lors des entretiens restent confidentielles, comme la loi en fait la plus stricte obligation.
Collaboration et remerciements
L’enquête Sans Domicile s’articule avec d’autres dispositifs d’observation sociale sur les personnes sans domicile. En particulier, l’enquête auprès des établissements et services en faveur des personnes en difficulté sociale (ES-DS), menée tous les quatre ans par la Drees, a lieu au premier semestre 2025 et sera utilisée pour consolider les résultats sur le champ commun de l’hébergement.
Les équipes de conception de l’Insee et de la Drees remercient vivement l’ensemble des acteurs associatifs et opérateurs ayant soutenu le projet, notamment celles et ceux qui accueilleront les agents de la statistique publique ce printemps dans leurs services pour mettre en place l’enquête.
Un grand merci également aux enquêteurs et enquêtrices de l’Insee et à l’ensemble des agents mobilisés sur l’opération !
Cette enquête est reconnue d’intérêt général par le Conseil national de l’information statistique (Cnis).
Pour les personnes francophones, elles sont posées en face-à-face par un enquêteur ou une enquêtrice de l’Insee.
Pour le moment, ça s’est bien passé, on a reçu un très bon accueil des associations. On ne savait pas à quoi s’attendre mais on a eu de bons résultats, les personnes interrogées répondent le plus souvent, même les plus isolées.
balises: #Insee
