Théorie de l’entrepreneur selon Joseph Schumpeter
Joseph Schumpeter naît en 1883, la même année que Keynes et l’année de mort de Marx. Comme eux, il aura jusqu’à sa mort en 1950 une réputation d’économiste « hérétique », qui bouscule la pensée économique établie. Ce qui l’intéresse par-dessus tout, c’est l’évolution du système capitaliste : « il constitue, de par sa nature, un type ou une méthode de transformation économique, et non seulement il n’est jamais stationnaire mais il ne pourra jamais le devenir » écrit-il en 1942. C’est grâce à un « entrepreneur innovateur » que la dynamique économique se fait sentir à travers des progrès aussi bien quantitatifs (avec l’augmentation du niveau de production) que qualitatifs. L’entrepreneur est donc l’acteur fondamental de la croissance économique. Il aime le risque et est à la recherche du profit maximal. L’innovation lui permettra d’obtenir un monopole temporaire sur le marché. Aussi, Schumpeter explique que l’économie est gouvernée par un phénomène particulier : la « destruction créatrice ». C’est « la donnée fondamentale du capitalisme et toute entreprise doit, bon gré mal gré, s’y adapter ». La croissance est un processus permanent de création, de destruction et de restructuration des activités économiques. En effet, « le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire ».
Ainsi, les formats de fichier audio numérique (ex. mp3) sont en passe de remplacer les supports physiques de lecture (ex. CD), il s’agit d’un phénomène de destruction créatrice.
Contrairement à beaucoup d’économistes qui ont passé la majorité de leur vie à l’université, Joseph Alois Schumpeter a eu une vie aventureuse par ses diverses activités professionnelles exercées sur plusieurs continents. L’Autrichien né en 1883 était ambitieux. Il prétendait avoir pour but de devenir le meilleur économiste du monde, le plus fin cavalier d’Autriche et le meilleur amant de Vienne. Il a exercé, au cours de sa vie, les fonctions d’avocat, de ministre des Finances, de banquier, d’enseignant et d’écrivain. Bien que Schumpeter ait étudié à Vienne sous les auspices des économistes les plus brillants de leur génération comme Wieser et Böhm-Bawerk, il est davantage considéré comme un économiste inclassable que comme un représentant de l’école autrichienne d’économie. Il ne partage pas avec eux l’idée que le socialisme est impraticable, et il accorde une place plus importante à l’histoire pour expliquer les mécanismes économiques.
Tout d’abord, le rôle de l’innovation et des entrepreneurs pour expliquer le développement économique. Schumpeter distingue l’entrepreneur tant du rentier qui ne doit son revenu qu’à la spéculation, que de l’héritier qui ne doit sa fortune qu’à son ascendance. Pour Schumpeter, qui est aussi sociologue, l’appât du gain n’est pas uniquement ce qui motive l’entrepreneur. Il est avant tout animé par un caractère d’aventurier et cherche la sensation de conquête et de découverte. Les innovations qu’ils créent changent la vie de milliers de personnes. Le profit est légitime, car il sert ainsi à récompenser la prise de risque de l’entrepreneur.
Ensuite, Schumpeter a laissé une trace dans l’histoire de la pensée économique par sa théorie des cycles économiques dominés par le phénomène de l’innovation. Le processus de croissance économique est ponctué par des épisodes de routine et des moments de ruptures marqués par des destructions généralisées d’entreprises dans certains secteurs. En effet, les grandes inventions comme la machine à vapeur ou l’électricité ont été accompagnées par des grappes d’innovations qui ont bouleversé l’ensemble de l’économie. Souvent décriés, ces moments de bouleversements sont en fait souhaitables. D’une part, parce que l’innovation se diffuse et bénéficie à toute la société. D’autre part, car il s’agit d’un processus de déplacements d’activité. Les destructions d’emplois et pertes d’activité d’un secteur sont compensées par les créations dans un nouveau secteur innovant. Cette théorie était utile en son temps pour comprendre les mutations qui ont accompagné la Révolution industrielle. Elle l’est tout autant aujourd’hui pour comprendre les transformations qui accompagnent la révolution numérique qui s’opère sous nos yeux. Ces mutations font dire à certains que les robots et les ordinateurs vont remplacer nos emplois.
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Enfin, l’œuvre de Schumpeter frappe également par son analyse de la société et de la politique. De nature pessimiste, il prévoyait la disparition inéluctable du système capitaliste et son remplacement par le socialisme en raison de l’hostilité croissante de fractions entières de la population à son égard. Heureusement, les prédictions pessimistes du professeur autrichien ne se sont pas réalisées et le socialisme s’est effondré à la fin du XXe siècle. Mais son analyse sociologique du ressentiment paradoxal de certaines populations envers l’économie de marché est toujours pertinente. Jasmin Guénette est vice-président aux opérations de l’Institut économique de Montréal. L’entrepreneur, ce héros …L’entrepreneur schumpetérien n’est pas un simple rouage de l’économie mais le personnage central de la réflexion de l’économiste. Véritable révolutionnaire du capitalisme, l’entrepreneur est celui qui dynamise l’économie capitaliste en prenant la responsabilité d’innover pour rompre avec la routine du marché.
Lorsque Schumpeter parle de l’entrepreneur, il utilise la méthode développée par le sociologue Max Weber : l’idéal-type. L’idéal-type est un outil conceptuel permettant de rendre intelligible une réalité empirique. Théorique, il permet cependant d’expliquer la singularité des individus et des phénomènes sociaux en proposant un portrait-type. L’entrepreneur versus l’homo œconomicus. Pour Schumpeter, l’entrepreneur ne se réduit pas à un investisseur rationnel pesant les avantages et inconvénients de tout investissement. En cela, il s’écarte radicalement de l’homo œconomicus néoclassique. Les qualités de l’entrepreneur schumpetérien sont nombreuses. Elles ne reposent pas sur une origine sociale favorisée ou une intelligence supérieure à la moyenne. Sa force provient de sa capacité à anticiper les attentes du marché. Il dispose de qualités relationnelles fortes. Par son charisme et son énergie, il est en mesure de rassembler autour de son projet. Ses motivations sont le profit que lui apportera son entreprise, mais également sa volonté d’accéder à un rang social élevé.
La destruction créatrice et le rôle de l’entrepreneur
La destruction créatrice est la donnée fondamentale du capitalisme et toute entreprise doit s’y adapter. Le processus de croissance est marqué par des phases de création et de destruction qui, ensemble, réorganisent les activités économiques et créent de nouvelles opportunités.
Idéal-type et comparaison avec l’homo œconomicus
L’idéal-type schumpetérien permet de comprendre les spécificités de l’entrepreneur, qui ne se limite pas à l’investisseur rationnel.Ce portrait-type met en lumière le mélange de vision stratégique, de sociabilité et de tolérance au risque nécessaire à l’innovation.
Hugo Décrypte l'économie - Joseph Schumpeter : pourquoi l’innovation détruit pour mieux créer
Tableau synthèse des idées clés
| Concept | Description |
|---|---|
| Entrepreneur innovateur | Acteur clé de la croissance par l’innovation et le risque |
| Destruction créatrice | Renouvellement permanent par création et destruction |
| Homo œconomicus | Distingué par Schumpeter de l’entrepreneur, plus restreint |
| Rôle du profit | Récompense la prise de risque et l’anticipation du marché |
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