Éric Lombard : Parcours d'un HEC devenu Ministre de l'Économie

Élu HEC de l’année en 2023, Éric Lombard (H.81) a été nommé Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique le 23 décembre 2024 par le premier ministre, François Bayrou.

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Ce technicien de l'économie, un temps conseiller sous Mitterrand, aura la tâche de doter la France d'un budget pour 2025. Le nouveau ministre de l'Économie et des Finances, Éric Lombard, a pris ses fonctions lundi 23 décembre, en remplacement d'Antoine Armand. Ancien directeur de la Caisse des dépôts et consignations, présenté par François Bayrou comme un homme de gauche, ce technicien de l'économie, fort d'un bilan favorable à la tête de la puissante institution publique, était déjà pressenti à Bercy en mai 2022.

Éric Lombard

Jeunesse et Formation

Éric Lombard est né le 16 mai 1958 à Boulogne-Billancourt. Il a grandi à Troyes. Son père, Alfred Lombard, est cadre dans une grande entreprise et sa mère, Annie Lévy, est spécialisée dans la graphologie.

Il est le petit-fils de Pierre Lévy, qui a créé le groupe textile Devanlay (lequel commercialise aujourd’hui de célèbres polos marqués d’un crocodile à la place du cœur), mais était également un grand collectionneur d’art. Après le Bac, il avait d’abord envisagé de suivre des études d’ingénieur, mais ne faire que des maths, cela ne l’emballait pas vraiment.

Pour ne pas renoncer totalement aux matières littéraires et aux sciences sociales, il se dirige vers les hautes études de commerce. C’est ainsi qu’à la toute fin des années 70 arrive sur les campus de Jouy-en-Josas un gaillard aux cheveux longs, qui joue au rugby et qui, de son propre aveu, n’est pas particulièrement bosseur.

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Mais au-delà de ses résultats, sportifs ou académiques, c’est une initiative toute différente qui marque ses années d’études. À l’époque, il n’existait que deux syndicats étudiants à HEC : l’un à droite, et l’autre à gauche, affilié au Parti communiste.

Ne se reconnaissant dans aucune de ces sensibilités politiques, le jeune Éric Lombard entreprend d’ouvrir une troisième voie en créant un syndicat de gauche « réformatrice ».

Début de Carrière dans la Finance et Engagement Politique

En 1981, alors qu’il s’imaginait devenir directeur financier d’un groupe industriel, le jeune diplômé entre en stage à la banque Paribas. Il y restera longtemps. Les banquiers d’affaires de gauche, cela ne court pas les rues.

Pour autant, la direction de Paribas accueille avec intérêt et bienveillance son engagement en politique, et lui promet de conserver son poste s’il est amené à occuper des responsabilités publiques. Finalement, Michel Rocard ne sera pas candidat, mais il devient Premier ministre en 1988. Éric Lombard rejoint alors le gouvernement.

Pendant quatre ans, il est conseiller de Louis Le Pensec puis de Michel Sapin… avant de revenir chez Paribas, guidé par le sens de l’éthique et de la loyauté, malgré les propositions de postes très bien rémunérés d’une banque américaine.

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En 1989, il devient conseiller technique pour le porte-parolat du gouvernement au cabinet de Louis Le Pensec, alors également ministre des Départements et Territoires d'Outre-mer. Parallèlement, il est désigné conseiller au sein du ministère des Départements et Territoires d’Outre-mer en 1989. Du fait de ses activités politiques, il quitte un temps la BNP Paribas, mais réintègre l’entreprise en 1993.

En avril 1993, il retrouve la Banque Paribas où il est responsable Fusions & Acquisitions dans le secteur banque et assurance. Lors de la création de BNP Paribas, en septembre 1999, il est nommé responsable du Financial Institutions Group et membre du Comité de Direction Générale de la Banque de Financement et d'Investissement, avant de prendre la responsabilité des Relations Entreprises et Institutionnels, en septembre 2002.

Ascension dans le Secteur Financier

Éric Lombard marche beaucoup à l’affect. D’ailleurs, c’est sur les conseils de Pierre Vernimmen, son professeur de finance à HEC pour lequel il a gardé une grande affection, qu’il crée à cette époque le département fusions-acquisitions de Paribas, dont l’activité progresse rapidement.

En 2004, il change de métier sans changer de groupe pour diriger Cardif, l’assurance du groupe BNP Paribas. En 2004, il devient Directeur général de BNP Paribas Cardif, puis en 2006, Président-directeur général. Il intègre le Comité exécutif de BNP Paribas en 2011.

En octobre 2013, Eric Lombard rejoint le groupe Generali. Il est membre du Group Management Committee de Generali S.p.A. et, parallèlement, Directeur général puis Président-directeur général de Generali France, jusqu’en mai 2017.

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En 2006, il est nommé PDG de BNP Paribas Assurance, poste qui lui permet d’étendre à l’international l’action de BNP Paribas Cardif. On peut aussi noter dans sa carrière professionnelle un poste de PDG chez Arts et Biens, entreprise familiale, de 2004 à 2007.

Ses talents de banquier d’affaires, sa connaissance des mécanismes financiers et ses talents de dirigeant lui valent d’être nommé à la tête de la Caisse des Dépôts par le président Emmanuel Macron.

Directeur Général de la Caisse des Dépôts

Éric Lombard, qui a nourri tout au long de sa carrière un double intérêt pour la finance et la politique, devenait en 2017 le premier directeur général de la Caisse des Dépôts qui n’est pas issu de la fonction publique. Il aurait déjà pu être nommé HEC de l’année à ce moment-là.

Mais en janvier 2023, il devient le premier directeur général de la Caisse des Dépôts dont le mandat est renouvelé par le gouvernement. La Caisse des dépôts joue un rôle central dans la mise en application de la politique économique française.

Dans la foulée, au terme d'un feuilleton de plusieurs semaines, il obtient finalement le poste à la tête de la CDC fin 2017 en remplacement de Pierre-René Lemas, poussé vers la sortie par Emmanuel Macron après avoir atteint l'âge de retraite préfectorale, malgré un mandat courant jusqu'en 2019. Il s'était opportunément proposé à la fonction de directeur général de la Caisse des dépôts "si le poste devait être vacant" moins de deux semaines après l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.

Sous sa tutelle, le bras financier de l'État, à la tête duquel il est reconduit en 2023, réalise l'an dernier un bénéfice net de 3,9 milliards d'euros. Parmi les autres faits d'armes du nouveau ministre des Finances également, la création de la Banque des territoires, qui finance les collectivités locales et les entreprises publiques, le redressement en catastrophe d'Orpea (aujourd'hui Emeis) ou encore le rapprochement entre CNP Assurances et la Banque Postale.

Grand communicant, le directeur de la CDC parle volontiers aux médias et multiplie les déplacements. Le patron de La Poste Philippe Wahl, interrogé sur lui en 2022, lui prête de grandes compétences techniques et des qualités relationnelles indéniables.

Nomination au Poste de Ministre de l'Économie

Éric Lombard est, depuis le 23 décembre 2024, ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Ce technicien de l'économie, fort d'un bilan favorable à la tête de la puissante institution publique, était déjà pressenti à Bercy en mai 2022.

Son premier défi, de taille, sera de faire passer un budget pour 2025 à l'Assemblée nationale, là où le 4 décembre, le précédent gouvernement a été renversé par une motion de censure.

À peine nommé, le nouveau ministre de l'Économie a immédiatement appelé à "traiter notre mal endémique, le déficit" qui devrait culminer au-dessus de 6% cette année. "Plus nous sommes endettés, plus la dette (...) étouffe le pays", a-t-il fait valoir au cours d'une cérémonie de passation de pouvoirs au ministère de l'Économie et des Finances. "Nous devons réduire le déficit sans tuer la croissance. C'est cet équilibre que nous devons rechercher".

Appelant à une meilleure "répartition des revenus", il dit aussi vouloir "protéger nos entreprises" : "Trop de nos concitoyens ont des revenus insuffisants pour vivre dignement et il nous faut ici travailler à une meilleure répartition des revenus, augmenter dans les mêmes mouvements, la quantité de travail et aussi la justice sociale", a-t-il expliqué lundi, tout en affirmant que "le moteur de notre économie, ce sont les entreprises. Il faut protéger, il faut développer nos entreprises".

Éric Lombard à la Caisse des Dépôts

Prises de Position et Affinités Politiques

Sortant de la réserve attendue d'un patron de la Caisse des dépôts, le nouveau ministre de l'Économie et des Finances s'exprime régulièrement sur la politique, se disant par exemple "en phase avec l'itinéraire et le projet d'Emmanuel Macron". Il n'hésite pas pour autant à lui décocher quelques flèches, notamment contre la réforme des retraites, la gestion de l'Agence des participations de l'État et le Trésor public.

Dans son livre "Au cœur de la finance utile", paru début 2022, Éric Lombard expliquait avoir été marqué par deux figures : son grand-père, Pierre Lévy, fondateur du groupe textile Devanlay, et le socialiste Michel Rocard.

Il est pourtant aujourd'hui le seul ministre à trouver grâce aux yeux d'Olivier Faure, le patron des socialistes, qui le qualifie lui d'"homme de gauche". Mais aura-t-il "les mains libres", "noyé au milieu de personnalités en contradiction complète avec ses positions" ? se demande-t-il.

Vie Privée et Distinctions

Côté vie privée, il est marié à Françoise Carré. Mélomane, amateur de piano, il est aussi, depuis 2020, président du Théâtre des Champs-Élysées, et a rejoint en 2023 le conseil d'administration du Louvre. Une fibre artistique héritée de son grand-père, puisque l'industriel du textile était aussi un mécène et grand collectionneur d'art.

Aujourd'hui âgé de 66 ans, "on ne le ressent pas en interne comme un homme de gauche", observe Salomé Vaillant, secrétaire générale du syndicat Unsa. "Pour tout ce qui est social, il n'est pas vraiment au rendez-vous", déplorait-elle lundi, auprès de l'AFP.

En juin dernier, alors que l'intersyndicale de la Caisse des dépôts avait déposé un préavis de grève, les cinq organisations syndicales représentatives dénonçaient dans un courrier l'"obstination (...) uniquement guidée par une logique budgétaire ne prenant absolument pas en compte l'impact humain" de leur patron.

Tableau Récapitulatif du Parcours d'Éric Lombard

Période Fonction
1981-1989 Banque Paribas - Commerce international et Gestion financière
1989-1993 Conseiller technique au Cabinet de Louis Le Pensec et Michel Sapin
1993-2004 Banque Paribas/BNP Paribas - Responsable Fusions & Acquisitions
2004-2013 BNP Paribas Cardif - Directeur général puis Président-directeur général
2013-2017 Generali France - Directeur général puis Président-directeur général
2017-2024 Caisse des Dépôts et Consignations - Directeur général
2024-Présent Ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique

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