L'Espadrille Made in France: Histoire, Artisanat et Fabrication
L'espadrille, plus qu'une simple chaussure d'été, est un véritable emblème du Pays Basque et un symbole de la mode française. Elle traverse les siècles en conservant son authenticité tout en s'adaptant aux tendances actuelles. Découvrons ensemble l'histoire fascinante, la fabrication artisanale et l'évolution de cette chaussure emblématique.
Une sélection d'espadrilles colorées.
Origines et Histoire de l'Espadrille
L’origine de l’espadrille est controversée, revendiquée à la fois par la France et l’Espagne. Les premières traces écrites remontent à 1322, dans des documents catalans qui décrivent cette chaussure sous son nom originel : espardenya. On raconte qu'au début du XIIème siècle, les fantassins du roi d'Aragon étaient chaussés d'espadrilles, mais à ce jour, personne ne peut précisément déterminer la naissance de cet artisanat.
L’histoire nous apprend également que les espadrilles, portées quotidiennement autrefois en Espagne et dans les Pyrénées françaises, ont eu aussi des usages surprenants, mais bien révélateurs des atouts de ces chaussures faites de toile, et en jute ou en chanvre pour la semelle : légèreté, confort, respirabilité. On les trouve aux pieds des soldats du roi d’Espagne dès le XIIe siècle semble-t-il, des mineurs du nord de la France au XIXe, des joueurs de rugby dans les Pyrénées…
Dès le 18ème siècle, l'espadrille est fabriquée dans le Béarn et en Pays Basque par des artisans du chanvre et du lin. C'est au début du XIX° siècle à Mauléon, qu'une famille, les Béguerie, se lance dans la vente d'espadrilles en grande quantité et collecte les paquets faits à domicile, à la main dans les villages voisins. A partir de 1880, on fabrique l'espadrille en usine et en ville avec l'aide de machines de plus en plus perfectionnées.
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L’année 1860 marque un tournant décisif dans l’histoire de l’espadrille française. Joseph Sans, neveu du précédent, développe une méthode révolutionnaire de tressage manuel des semelles. Au début du XXe siècle, Saint-Laurent-de-Cerdans devient l’un des plus importants centres de production d’espadrilles en France.
Ouvrières fabriquant des espadrilles au début du XXe siècle.
Mauléon: Berceau de l'Espadrille
L’espadrille est née, paraît-il, à Mauléon, Mauléon-Licharre pour être précise. La fabrication des espadrilles françaises est attestée au Pays basque au XVIIIe siècle et s’y développe considérablement le siècle suivant, en usine mais aussi à domicile, grâce à la famille Beguerie de Mauléon. Vers la moitié du XIXe siècle, une famille d’anciens épiciers, les Béguerie, la commercialise dans toute la région mais aussi… en Amérique latine.
Résultat : à Mauléon, première ville de France à électrifiée, en 1891, les usines se multiplient permettant à la commune de produire sa sandale à grande échelle. A cette époque, le jute devient la matière première de sa semelle et on se met à la recouvrir de tissu.
Juste retour aux origines, 65% des espadrilles françaises viennent de Mauléon, la capitale française de l’espadrille. C’est une chaussure qui colle aux Basques. Et à la ville de Mauléon-Licharre, sa capitale, où elle est apparue, comme dans toute la Soule, au 18ème siècle.
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A Mauléon, des femmes ont œuvré à la confection de la célèbre sandale : ce sont les Hirondelles, de jeunes espagnoles employées dans les usines souletines comme saisonnières, entre 1870 et 1930. Ces ouvrières, venues d’Aragon et de Navarre, se rendaient en France entre octobre et mai suivant ainsi le cycle inverse des oiseaux migrateurs dont elles portent le nom.
Fabriquer une espadrille est un travail minutieux. En Soule, on fabrique des espadrilles en famille. Troisième génération de sandalier de sa famille, Pascale Peirera a repris l’entreprise créée en 1979 par ses parents, Armand et Maïté Perez.
Fabrication et Évolution de l'Espadrille
Traditionnellement fabriquées et cousues à la main, les espadrilles étaient à l’origine composées d’une semelle tressée en corde de jute (ou en chanvre) et de tissu. Ce dernier, généralement de la toile de lin, recouvrait le dessus de la chaussure.
Cousue à la main, cousue à la machine, l’espadrille du Sud Ouest reste encore un produit artisanal, dans le sens où sa confection n’est pas entièrement industrialisée et nécessite la main de l’homme à chaque étape. Le procédé de vulcanisation des semelles en caoutchouc n’a que très peu changé. Le design même de l’espadrille a peu évolué. Dans une paire d’espadrille neuve, il n’y a ni droite ni gauche. À force de les porter, le tissu adoptera la forme du pied droit ou gauche.
Avec l’ajout d’une semelle de gomme au début du XXe siècle … et les vacances d’été, leur usage se répand dans tout le pays. Mais la production française a connu des hauts et des bas, en rapport avec l’évolution de la demande : une crise dans les années 50, à cause notamment de la concurrence asiatique, un rebond dans les années 60 grâce aux innovations d’Yves Saint-Laurent qui lui ont donné une image mode (espadrille à talon compensé et laçage à la cheville renouant avec ses origines espagnoles !), puis à partir des années 80, une chute vertigineuse.
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Depuis le début des années 2010, la vraie espadrille française tient sa revanche : elle est devenue tendance, comme la charentaise dix ans plus tard. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer, entre autres la progression de la demande de Made in France et la capacité des fabricants à renouveler leur offre pour s’adapter aux tendances de la mode.
Aujourd’hui la production a été divisée par dix : 1,6 million de paires d’espadrilles sont fabriquées par an, mais le savoir-faire hexagonal a résisté, renforcé par de nouvelles matières et de nouveaux motifs.
Malgré la concurrence des espadrilles fabriquées à la chaîne, un certain nombre d’artisans et d’amoureux de cette chaussure traditionnelle basque tentent de préserver avec ferveur ce savoir-faire ancestral. Mauléon demeure encore aujourd’hui, le lieu de production principal de l’espadrille avec environ 65 % de la production française annuelle. Cependant, afin d’être dans l’air du temps et de se conformer aux exigences des acheteurs actuels, les espadrilles du Pays Basque revêtent mille et une couleurs et se personnalisent à l’infini.
Elles proposent de nombreuses variantes tant au niveau de la forme que des matériaux. Elles peuvent ainsi être agrémentées de rubans, d’éléments en cuir, de broderies, de tissus imprimés, de talons compensés ou semi compensés, de semelles en caoutchouc ou encore d’élastiques.
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Les Marques et Ateliers d'Espadrilles Françaises
De nombreux ateliers perpétuent la tradition de l'espadrille à Mauléon et au Pays Basque. Voici quelques exemples :
- Don Quichosse
- Prodiso
- Zétoiles
- Armaité
- L’Art de l’Espadrille
Ces ateliers proposent également leur propre collection. Don Quichosse et L’Art de l’Espadrille ont tous les deux obtenu le label Entreprise du Patrimoine Vivant qui récompense le savoir-faire artisanal. La marque Zétoiles, créée en 2017, valorise un savoir-faire familial né en 1947.
Certaines marques de mode, comme Le Slip Français, Payote, Arsène, 1789 Cala, Archiduchesses et Repetto, font appel à ces fabricants historiques pour leurs propres collections d'espadrilles.
Comment Choisir ses Espadrilles Made in France ?
La production d’espadrilles correspond parfaitement à l’ADN des marques Made in France comme Jules et Jenn et Unsibeaupas : utilisation de matières naturelles (jute, chanvre, lin, coton, parfois recyclé) et soutien de l’emploi local ainsi que du savoir-faire traditionnel de l’artisanat, avec en plus, pour éviter la surproduction, certains modèles mixtes chez Le Slip français.
Et la variété des modèles témoigne de l’inventivité des créateurs et ateliers français, qui leur permet de répondre à la diversité des goûts, des usages et des besoins. Ne vous inquiétez pas de savoir avec quoi vous allez porter vos espadrilles, elles conviennent à tous les types de vêtements (short, pantalon, robe …). Noir ou blanc pour les soirées chic, couleurs qui claquent dans la lumière de la plage ou le soir en contraste avec l’incontournable petite robe noire, rayures à choisir parmi différents coloris … vous n’aurez que l’embarras du choix pour que le style de vos espadrilles fabriquées en France soit adapté à votre tenue.
Elles ne sont pas toutes plates : on trouve des espadrilles à talons compensés, par exemple chez Unsibeaupas ou Le Slip français. Un revêtement de caoutchouc sous la semelle de corde protégera vos espadrilles de l’humidité, et il vous évitera de glisser dans l’escalier, si vous en avez choisi comme chaussons. N'oubliez pas que la toile des espadrilles se détend en se faisant à votre pied. Si vous hésitez entre deux tailles, les marques vous conseillent de choisir la plus petite.
La qualité d’un travail artisanal et en grande partie manuel, rémunéré à sa juste valeur, et la solidité qui en résulte, notamment celle des coutures, expliquent un prix de 20 à 40 euros. Comptez jusqu’à 60 euros environ pour le modèle brodé au point de croix d’Inès de la Fressange Paris ou pour ceux d’Espigas, qui vous offriront un confort supplémentaire avec une semelle intérieure en cuir et un élastique pour maintenir le cou-de-pied. Pour moins de 100 euros, celles qui hésitent entre le look de la sandale et celui de l'espadrille trouveront leur bonheur avec les espadrilles à talons compensés d'Unsibeaupas en cuir et corde de chanvre.
| Caractéristique | Description |
|---|---|
| Origine | Pays Basque, Mauléon |
| Matériaux | Jute, chanvre, lin, coton, cuir |
| Fabrication | Artisanale, parfois semi-industrielle |
| Prix | Entre 20 et 60 euros (peut varier) |
| Style | Varié: plates, compensées, couleurs et motifs divers |
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