La Finance Verte : Définition et Enjeux

On entend beaucoup parler de la "finance verte", terme plutôt vague qui englobe parfois des investissements qui n'ont pas même le vernis de la durabilité. Pourtant, la finance verte recèle beaucoup d'outils d'une grande utilité, qui peuvent servir à la protection environnementale et sociale.

La finance verte est une notion qui apparaît dans les années 2000, qui comprend notamment le financement des investissements verts publics et privés dans les deux domaines suivants : (i) les biens et services environnementaux tels que la gestion de l'eau ou la protection de la biodiversité et des paysages ; et (ii) la prévention, la réduction au minimum et la compensation des dommages causés à l'environnement et au climat, tels que les barrages ou les mesures visant à accroître l'efficacité énergétique. Enfin, elle pose un cadre au développement d’instruments financiers dédiés aux investissements verts, comme les green bonds.

Dans le contexte actuel de crise socio-économique, du déclenchement inexorable de l'urgence climatique et d’une fragmentation géopolitique, les institutions financières ont de ce fait une opportunité et une responsabilité sans précédent dans la lutte contre le réchauffement climatique. En réalisant des opérations financières soutenant le développement durable, elles définissent les contours de la finance verte (telle que définie par la Banque de France).

Pour vous aider à voir un peu plus clair dans ce domaine qu'on a tendance à croire réservé aux initiés, on vous propose un petit tour d'horizon des principaux outils de la finance verte.

La finance durable : qu’est-ce que c’est ? | Banque de France

Le Rôle de la Finance dans la Transition Écologique

Si la France veut honorer son engagement envers l’Accord de Paris, fixant la limite de la hausse de la température globale à moins de 2°C d'ici 2100, et plus globalement contribuer efficacement à la lutte contre le réchauffement climatique, chaque citoyen devrait diminuer son empreinte carbone de 80%. En 2018, les Français émettaient en moyenne 11 tonnes équivalent CO2 par habitant, quand ils devraient ne pas dépasser 2 tonnes par habitant pour être neutres en carbone.

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Sachant que l’application de petits gestes du quotidien à l’échelle individuelle ne permettrait au mieux qu’une baisse de 10% de cette empreinte, il est nécessaire d’offrir aux ménages la possibilité d’effectuer des investissements dans des projets bas carbone (notamment en termes de logement et de mobilité) pouvant conduire jusqu’à une baisse de 10 à 20% de l’empreinte carbone par individu.

En effet, dans une société socio-technique telle que la nôtre et face au problème systémique qu’est le réchauffement climatique, combiner actions individuelles et collectives est nécessaire pour s’aligner sur une trajectoire 2°C. Les entreprises ont donc un rôle important à jouer, et a fortiori celles du secteur financier qui doivent rendre les flux financiers compatibles avec les objectifs climatiques conformément aux objectifs de l’Accord de Paris.

Dans les années à venir, elles devront donc mieux intégrer la mesure de leurs émissions dans leurs processus décisionnels et réduire l’intensité carbone de leur chaîne de valeur. Pour ce faire, de nombreux investissements seront nécessaires tant en termes de recherche et développement (calcul précis de l'empreinte carbone de leur procédé) qu’en politique d’achat et d’offres responsables.

Les banques sont particulièrement concernées par cette impérieuse nécessité de verdir leurs activités : le rapport Oxfam susmentionné montre en effet que le dépôt bancaire d’un Français est son premier poste d’émissions de CO2 et qu’en l’absence de transformation de la politique de financement des banques françaises, nous nous dirigerons vers un monde à +4°C, loin des 1,5°C encouragés par le GIEC.

Les Outils de Financement de la Transition

Deux axes majeurs d’intervention se distinguent actuellement pour financer la transition écologique : la diminution de l’empreinte carbone des investissements via le désinvestissement des secteurs les plus carbonés (soit 5 500 milliards de dollars en 2017) et la réallocation des fonds en faveur de la transition (électrification des usages énergétiques, décarbonation des moyens de transports, reforestation, etc.). Afin de permettre des arbitrages éclairés entre les financements, la notation extra financière, notamment la mesure de l’exposition au risque climatique des actifs financiers, s’impose progressivement comme incontournable pour la mise en place d’une finance verte.

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Les géants américains de la notation financière Moody’s et Standard & Poor’s ont ainsi récemment développé une offre d'évaluation ESG à destination des entreprises. Toutefois, il n’existe pas à ce jour de cadre précis et contraignant pour les acteurs de la finance verte.

Pourtant, pour que la finance mondiale devienne plus responsable, l’une des exigences absolues est celle de la définition de cadres méthodologiques, permettant de définir ce qu’est une finance durable et les moyens à mettre en œuvre pour accélérer son développement, tout en évitant le détournement de termes à des fins de greenwashing (ou écoblanchiment). C’est pourquoi la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) créée à l'initiative du G20 a émis des recommandations en juin 2017, un an avant que le Groupe d’experts de haut niveau sur la finance responsable (High Level Expert Group on Sustainable Finance) mis en place par la Commission Européenne ne publie ses recommandations.

Actuellement, les financements publics sont insuffisants pour couvrir les besoins en investissement climat. Pour la France, le différentiel est d’ailleurs estimé par le think tank I4CE à 55 à 85 milliards d'euros supplémentaires par an. Par conséquent, l’injection de capitaux privés est aussi nécessaire qu’elle reste rare en raison de défis macroéconomiques, comme les problèmes d'internalisation des externalités environnementales, les problèmes d'asymétrie de l’information (par exemple entre les investisseurs et les bénéficiaires), le manque de définitions vertes généralement acceptées et l'horizon temporel à court terme des épargnants et des investisseurs qui ne correspond pas à la nature à long terme des projets d'investissement vert.

Ainsi, alors même que la finance verte se généralise, de nombreux défis émergent parmi lesquels le manque de clarté de la définition des financements verts qui ouvre la voie au greenwashing. Penser la finance verte implique donc de connaître les méthodologies adoptées et les instruments développés par les acteurs financiers mais aussi et surtout de comprendre les cadres réglementaires existants.

Les Obligations Vertes (Green Bonds)

L’obligation verte, ou green bond, est l’instrument de finance verte le plus connu à date. Ce titre de dette émis sur le marché financier par une entreprise ou une entité publique lui permet de financer ses projets contribuant à la transition énergétique et écologique.

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La première obligation verte a été lancée en 2007 par la Banque européenne d’investissement, rapidement suivie en 2008 par la Banque mondiale. Quant au premier État à avoir émis des obligations vertes, il s’agit de la Pologne en 2016. Qu’elles soient émises par une entreprise ou un gouvernement les obligations vertes sont, dans leur gestion et leur fonctionnement, tout à fait semblables aux autres obligations. Et leur maturité est également fixée entre 5 et 10 ans. La différence porte donc sur les critères qui s’appliquent aux investissements financés par ce type d’emprunt.

Chaque émetteur d’obligation verte doit ainsi fournir un reporting détaillé afin de prouver que les fonds sont bien utilisés dans un objectif favorable à l’environnement et l’écologie. De plus, l’Union Européenne a formalisé une taxonomie verte, c’est-à-dire un système de classification des activités économiques selon des critères techniques. Elle permet de déterminer les activités qui peuvent être considérées comme « durables sur le plan environnemental » ou « vertes ».

Le marché des green bonds souffre d’un manque de transparence de la dimension environnementale des projets et d’harmonisation des critères d’évaluation des projets financés et des indicateurs de mesure d’impact.

Dans le monde, il a été levé 2 500 milliards de dollars investis en obligations vertes4 et le mouvement se poursuit. Au vu des besoins immenses ; l’investissement vert a de beaux jours devant lui.

Finance Verte : Infographie Novethic

Les Crédits Durables et Verts

Moins connus, les crédits durables et les crédits verts (sustainability-linked and green loans) sont des emprunts dont le coût est lié à la réalisation d'objectifs environnementaux et sociaux et qui sont spécifiquement dédiés au financement d'activités « vertes » ou favorables à la transition. Toutefois, leur marché manque également de standards.

Faute de normes pour mesurer l’impact extra-financier des projets financés, ces crédits peuvent donc contribuer au greenwashing des entreprises-souscriptrices.

Investir pour la Transition Écologique

Outre les instruments financiers, la finance verte englobe également les stratégies d’investissement : notamment l’investissement socialement responsable (ISR) et l’investissement à impact.

L'Investissement Socialement Responsable (ISR)

L’ISR consiste à prendre en compte les critères ESG dans son processus d'évaluation pré-investissement. On distingue généralement trois approches de ces critères : par exclusion (écarter les actifs d’entreprises à impact négatif), “best in class” (retenir l’entreprise la plus performante de son secteur), par inclusion (se concentrer sur les actifs d’entreprises à impact positif).

Cependant, en dépit des Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) incitant les investisseurs à prendre en compte les critères ESG dans leurs gestions d'actifs financiers, le niveau de transparence, d’accessibilité et de fiabilité de l’information ISR est encore assez faible.

L'Investissement à Impact

Pour leur part, les fonds à impact, alliant explicitement retour social et retour financier sur investissement, ne se contentent pas d’éviter les impacts négatifs mais se concentrent principalement sur les impacts positifs engendrés. Toutefois, cette branche jeune et assez occulte de l’investissement, notamment par la variété de ses véhicules financiers, n'est également soumise à aucune standardisation, en particulier sur la notion d’impact.

Se Prémunir des Risques Financiers Induits par la Crise Climatique

La finance verte n’est pas une finance de niche : au-delà des principes structurants et des bonnes pratiques d’investissement et de financement responsables, elle montre qu’il est essentiel pour tous les acteurs financiers d’intégrer le facteur climatique dans l’évaluation des risques afin de se prémunir contre deux types de risques résultant directement du réchauffement climatique :

  • Les risques physiques comme les dommages dus aux catastrophes naturelles.
  • Les risques de transition dus au changements de comportements sociétaux et aux mesures politiques mises en place dans le cadre de la transition, qui pénalisent certains financements.

Les instruments mis en place par la finance verte permettent donc de rendre la finance plus résiliente dans son entièreté et de la protéger d'une crise induite par le changement climatique.

Focus : Les Actifs Échoués

Les actifs échoués (stranded assets) illustrent bien le risque de transition. Cette catégorie désigne des investissements ou actifs dont la valeur diminue brutalement suite à une évolution de la législation, des contraintes environnementales ou des technologies. Pour les compagnies pétrolières, le risque de dévalorisation dû à la poursuite des objectifs de l’Accord de Paris, comme celui d’atteindre la neutralité carbone en 2050, pourrait ainsi s’élever à plusieurs milliards de dollars.

Carbon Tracker, think-tank britannique, référent dans le domaine et inventeur de l’expression stranded assets, alerte régulièrement les investisseurs depuis 2011 à ce sujet.

Les Acteurs de la Finance Verte

Traditionnellement, les marchés financiers facilitent la rencontre entre les agents économiques ayant des besoins de financement et ceux ayant des capacités de financement. Les premiers (grandes entreprises, États) émettent des titres et les proposent sur le marché primaire, celui de l’émission. Les seconds (investisseurs, épargnants) achètent ces titres. Ils peuvent ensuite les céder ou les acheter sur le marché secondaire, celui des échanges de titres existants.

Les placements, qui proviennent en grande partie des ménages, sont canalisés par des institutions financières également appelées investisseurs institutionnels : compagnies d’assurance, banques, fonds de placement (également appelés fonds d'investissement) et fonds de pension.

Le Cadre Théorique de la Finance Verte

Deux axes majeurs d’intervention se distinguent actuellement pour financer la transition écologique : la diminution de l’empreinte carbone des investissements via le désinvestissement des secteurs les plus carbonés (soit 5 500 milliards de dollars en 2017) et la réallocation des fonds libérés en faveur de la transition (électrification des usages énergétiques, décarbonation des moyens de transports, reforestation, etc.).

Afin de permettre des arbitrages éclairés entre les financements, la notation extra financière, notamment la mesure de l’exposition au risque climatique des actifs financiers, s’impose progressivement comme incontournable pour la mise en place d’une finance verte.

Les géants américains de la notation financière Moody’s et Standard & Poor’s ont ainsi récemment développé une offre d'évaluation ESG à destination des entreprises.

Toutefois, il n’existe pas à ce jour de cadre précis et contraignant pour les acteurs de la finance verte.

Pourtant, pour que la finance mondiale devienne plus responsable, l’une des exigences absolues est celle de la définition de cadres méthodologiques, permettant de définir ce qu’est une finance durable et les moyens à mettre en œuvre pour accélérer son développement, tout en évitant le détournement de termes à des fins de greenwashing (ou écoblanchiment).

C’est pourquoi la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) créée à l'initiative du G20 a émis des recommandations en juin 2017, un an avant que le Groupe d’experts de haut niveau sur la finance responsable (High Level Expert Group on Sustainable Finance) mis en place par la Commission Européenne ne publie ses recommandations.

Les Enjeux de la Finance Verte

Le premier enjeu de la finance verte et durable concerne le développement d’un environnement commun à tous les acteurs du secteur, de tous les pays. Le monde de la finance verte doit être soumis à un cadre juridique clair et unique, des critères précis avec des labels reconnus.

Un autre enjeu majeur concerne l’arrêt du financement des projets très énergivores ou incompatibles avec la sauvegarde des écosystèmes et du climat. La lutte contre le greenwashing doit être une priorité. La Commission européenne parmi ses projets de finance durable a publié une proposition de directive dans ce sens.

Le dernier enjeu concerne l’information des investisseurs.

Tous ces enjeux doivent être pris en compte par les différents acteurs de la finance verte. En favorisant des investissements à impact positif, les acteurs de la finance verte jouent un rôle essentiel dans la promotion d’une économie plus durable et résiliente.

Les acteurs de la finance verte ont à leur disposition une série d’outils parmi lesquels les obligations vertes, en pleine croissance.

Autre outil essentiel, les fonds verts font partie des mécanismes les plus efficaces du secteur de la finance durable. Certains de ces fonds sont labellisés « Greenfin ». Ils financent des projets en faveur de la transition écologique. D’autres fonds détiennent le label ESG ou ISR en français. Leur champ d’intervention est plus large. Ils visent à réaliser des investissements socialement responsables.

Cette liste de label n’est pas exhaustive. La labellisation des fonds au niveau de l’Union européenne s’est fortement développée ces dernières années.

La Mesure des Impacts Environnementaux et Énergétiques

La mesure des impacts environnementaux et énergétiques des projets est au cœur des investissements verts. Pour les meilleures banques écologiques et compagnies d’assurances, il s’agit d’évaluer la contribution réelle de chaque initiative à la transition écologique.

L’empreinte carbone est l’un des indicateurs phares. Elle évalue la quantité de gaz à effet de serre émise par un projet tout au long de son cycle de vie.

La taxonomie européenne désigne la classification des activités économiques ayant un impact favorable sur l’environnement.

L’empreinte écologique ne se concentre pas seulement sur des variables climatiques, mais englobe une gamme plus large de facteurs. Elle tient compte notamment de la consommation de ressources naturelles, des risques pour la biodiversité et des externalités environnementales.

Enfin, la « Net Environmental Contribution » (NEC) est une approche émergente des enjeux climatiques. Elle tente de synthétiser l’ensemble des impacts environnementaux d’un projet en une seule mesure, prenant en compte à la fois les aspects positifs et les risques.

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