Étude sur les équipements et usages numériques des PME et ETI en France

Le Baromètre France Num 2025 révèle une confiance toujours forte des dirigeants de TPE et PME dans les outils numériques, tout en soulignant une vigilance accrue face aux risques de cybersécurité. Près des quatre cinquièmes des dirigeants de TPE PME (79 %) estiment que le numérique représente un bénéfice réel pour leur entreprise. Les dirigeants restent majoritairement convaincus de l’intérêt du numérique en particulier pour améliorer la relation client et soutenir le développement commercial.

État des lieux des usages numériques

Le Baromètre France Num, relatif à la transformation numérique des TPE PME françaises, mesure chaque année l’évolution de leur perception et de leurs usages du numérique. La 4ème édition du Baromètre France Num s’inscrit dans la continuité des précédentes éditions et de l’étude BCG-EY réalisée en 2020 pour la Direction générale des Entreprises / France Num sur les besoins des TPE PME et leurs pratiques numériques. Pour mener leurs projets numériques, les TPE PME s’appuient sur une combinaison de compétences internes (détenues pour 46 % des entreprises) et externes (prestataires, pour 39 % des entreprises).

79 % des TPE PME ont effectuées des dépenses en faveur du numérique en 2023. Et près d’une sur 3 (29 % en progression de 2 points) a dépensé plus de 2000 €. L'échantillon est de 10 125 entreprises répondantes (contre 9 453 en 2023 et 4 671 en 2022) : 3 700 PME et 6 425 TPE dont 1 175 entreprises de zéro salarié.

Plus d’une entreprise sur deux (56 %) obtient désormais au moins 5 % de ses clients en ligne. 26 % des TPE PME disposent au moins d’une solution de vente en ligne (taux comparable aux années précédentes). En cumulé, 37 % des TPE PME proposent la vente en ligne ou le paiement en ligne. Cela montre que de nombreuses entreprises ont recours au paiement en ligne sans vendre en ligne et inversement.

13 % des TPE PME ont indiqué avoir recours à des solutions d’intelligence artificielle. Si le résultat n’est pas entièrement comparable avec celui de 2023 (5 %), la question ayant été posé différemment, l’augmentation n’en reste pas moins significative. Les taux d’utilisation les plus importants sont constatés dans les secteurs du numérique (40 %) et des services spécialisés et techniques (bureaux d’étude, ingénierie, architectes, avocats, etc.) (22 %). Les usages sont dominés par l’intelligence artificielle générative (10 %), suivie des chatbots et assistants (5 %).

Lire aussi: Étude de marché : le guide ultime

Cybersécurité : priorité et inquiétudes

Dans le même temps, la cybersécurité s’impose comme une préoccupation majeure. Le piratage des données est au cœur des inquiétudes pour plus de la moitié des entreprises interrogées. Les entreprises françaises investissent largement dans les technologies de « protection » (82 % se déclarent équipées en cybersécurité). En ce qui concerne le taux de déploiement actuel, on observe une légère avance française, en particulier dans les domaines de la cybersécurité (82 % de taux d’équipement contre 58 et 61 % pour l’Allemagne et l’Italie).

Disparités selon la taille et le secteur

Le constat est sans appel vis-à-vis des autres pays européens : les entreprises françaises adoptent moins vite les solutions digitales à leur disposition. Plus les entreprises sont petites, moins elles sont digitalisées. 11,5% des PME françaises sont capables de vendre leurs produits en ligne, contre 47% des entreprises d’au moins 250 salariés. L’usage d’outils numériques en interne est également moins important : 11% dans les PME contre 36% dans les ETI et grandes entreprises.

Deloitte remarque également un écart important entre l’usage du digital par les entreprises françaises et celui de leurs clients. En France, 7 consommateurs sur 10 achètent des produits sur Internet et paient directement en ligne. Dans le même temps, seule une grande entreprise sur 2 et une PME sur 8 dispose d’une solution e‑commerce. Du coup, les consommateurs français se tournent vers les entreprises étrangères.

Comparaison internationale et trajectoires technologiques

McKinsey & Company et La Fabrique de l’industrie publient les résultats d’une étude comparative menée avec IPSOS sur la pénétration de 14 technologies numériques auprès des PME et ETI industrielles en France, Italie et Allemagne. Les entreprises françaises investissent largement dans les technologies de « protection » (82 % se déclarent équipées en cybersécurité) et de « standardisation » (66 % ont franchi le pas du cloud). En matière de pénétration de la robotique - et c’est l’une des surprises de l’étude -, la France surclasse l’Allemagne et l’Italie (respectivement 48 %, 20 % et 26 % des PME-ETI disposent d’au moins un « équipement d’automatisation des tâches répétitives et dangereuses »).

Cependant, alors que les PME et ETI allemandes et italiennes déclarent avoir l'intention d'augmenter significativement leur niveau d’équipement au cours des douze prochains mois, la France marque très nettement le pas. Cela pourrait entraîner, d’ici 2030, une perte de l’avance du pays dans des domaines tels que la réalité virtuelle/augmentée, les jumeaux numériques, l’impression 3D, l’Internet des objets, les advanced analytics, les cleantech, ou encore le stockage d’énergie.

Lire aussi: Formation pour les entrepreneurs

Les Français sont plus familiarisés avec l’IA générative que leurs homologues allemands et italiens (52 % contre respectivement 33 et 35 % de taux de sensibilisation). Ils sont cependant moins familiarisés avec l’Internet des objets (31 % contre 92 % et 73 %), le stockage d’énergie (36 % contre 87 et 66 %) et les cleantech (32 % contre 8 % et 62 %).

Technologies clés et secteurs

14 technologies clés ont été abordées dans le cadre de cette étude, proposant des cas d’usage tout au long de la chaîne de valeur : 4 technologies liées à la connectivité et à la puissance de calcul (cloud, advanced analytics, machine learning, IA générative), 5 liées du domaine de l’interaction homme-machine et de l’optimisation des processus (réalité virtuelle, réalité augmentée, robotique, impression 3D, jumeaux numériques) et 5 technologies transverses (informatique quantique, cleantech, Internet des objets, stockage d’énergie, cybersécurité).

En France, on distingue premièrement les technologies répandues dans l’ensemble des secteurs (cloud, cybersécurité), celles pour lesquelles deux ou trois secteurs seulement présentent un niveau d’équipement nettement supérieur à la moyenne (robotique, impression 3D) et enfin celles qui sont encore assez peu déployées, quel que soit le secteur (informatique quantique).

Freins à l’adoption et leviers d’action

Parmi les freins évoqués par les dirigeants français : des perspectives incertaines, un manque de compétences ou de talents pouvant freiner l’adoption ou encore la volonté de démontrer l’impact potentiel avant d’investir dans une technologie de production. Le manque d’intérêt ou de pertinence pour l’activité est la raison n°1 dans l’ensemble des trois pays, un frein particulièrement prégnant en France (70 % des répondants, contre 33 % en Allemagne et 49 % en Italie).

Selon Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie, « la réorganisation de l’entreprise est, avec la formation des salariés, une condition sine qua non de la rentabilité des investissements dans les technologies avancées de production ». Pour Matthieu Dussud, Directeur associé de McKinsey : « Inverser la trajectoire pour les PME et ETI française est possible et indispensable. Les industries européennes qui investissent dans la transformation technologique sont plus compétitives, elles améliorent durablement leurs performances opérationnelles et s’adaptent aux bouleversements induits par les technologies de pointe. Pour ne pas se faire distancer, nous identifions plusieurs leviers. Le premier : une priorité donnée aux cas d’usage offrant le plus de compétitivité, en s’appuyant sur les atouts de la France en matière d’innovation industrielle, tels que les solutions robotiques, les jumeaux numériques, la réalité virtuelle. Le second : une collaboration entre acteurs via de véritables « partenariats de compétitivité » entre les grandes entreprises et les PME, un partage de R&D ou des programmes de recherche communs.»

Lire aussi: Choisir ses études en finance

Transformation digitale : culture, organisation et ressources humaines

La transformation numérique concerne l’ensemble des secteurs et entreprises. C’est plus que d’injecter de la technologie : cela touche l’organisation et la culture d’entreprise. À la différence de la digitalisation, la transformation numérique s’applique véritablement à toutes les strates d’une entreprise, sans exception. Du service des ressources humaines, au pôle marketing en passant par les forces de vente. Par conséquent, elle est transverse et vient transformer l’existant en modifiant en profondeur les codes culturels de l’entreprise.

L’équipe managériale doit donner l’impulsion et être convaincue des bénéfices de la transformation digitale pour être capable d’accompagner les collaborateurs dans ce changement. Selon une étude de Unow, spécialiste de la formation en ligne, 9 DRH sur 10 estiment avoir un rôle à jouer dans la digitalisation de leur entreprise. Conduire la transformation numérique est un des défis des ressources humaines. Il leur faut détecter et recruter de nouveaux talents et, éventuellement, organiser leur mobilité tout en proposant de nouveaux modes de formation pour faciliter l’acquisition de compétences (MOOC, plateformes d’apprentissage…).

Atteindre un haut niveau de maturité digitale prend du temps ! Gilles Babinet parle de « temps courts et temps longs ». Il faut en effet être capable de gérer les projets de digitalisation sur le long terme tout en menant à court terme des « petites missions ». Autrement dit : des quick wins qui montreront concrètement aux équipes que la transformation digitale de leur entreprise est en marche et qui les mettront en confiance.

Profils de maturité numérique

Face au digital, toutes nos entreprises françaises ne se trouvent pas au même stade. Il est en effet possible, selon Capgemini Consulting (2016), de mettre en avant différents profils qui tiennent compte de leur investissement dans le digital et des moyens mis en œuvre pour réussir leur transition.

  1. Profil « Beginners » : plus de la moitié des entreprises françaises sont à ce niveau de maturité peu avancé. Leurs expérimentations numériques sont timides et elles restent sceptiques quant aux bénéfices de la digitalisation.
  2. Profil « Conservatives » : 14% des entreprises en France sont convaincues des bienfaits que représente le numérique et utilisent le web partiellement, sans pour autant franchir le cap de la transition numérique.
  3. Profil « Fashionistas » : ces entreprises n’ont pas de stratégie digitale à long terme. Elles sont 14% à utiliser les nouvelles technologies comme une « mode ».
  4. Profil « Digirati » : ces entreprises se placent en haut du podium de la maturité digitale ! En France, elles sont seulement 15% à avoir intégré le digital comme outil de transformation stratégique.

Et ainsi, sans surprise, plus la maturité numérique des entreprises sera forte, et plus ses indicateurs de performance seront élevés : tant en termes de création de revenus, de profit que de valorisation boursière.

Exemples concrets d'usages et d'impact territorial

Une entreprise transformée est une entreprise ouverte sur l’extérieur et en particulier sur l’amélioration de l’expérience client. La marque française d’optique Lissac, surfe par exemple sur l’avancée de la technologie 3D pour proposer à ses clients des prototypes de lunettes imprimées sur-mesure. Le service personnalisé de Lissac est rendu possible grâce à la technologie de l’impression en 3D.

La société Alenvi accompagne les personnes âgées. Elle a souhaité intégrer le digital à ses process métiers dans le but de garantir un meilleur accompagnement de ses clients. Mise en place d’une solution innovante de tchat, dédiée à ses équipes. Le tchat permet aux assistant(e)s de vie d’obtenir des réponses instantanées à leurs questions opérationnelles. Grâce à ce tchat, les assistant(e)s de vie sont rassuré(e)s, responsabilisé(e)s et peuvent gagner en autonomie dans leur travail auprès des personnes âgées. Création d’une chaîne Youtube : les vidéos postées valorisent le métier et la société n’hésite pas non plus à partager les moments difficiles auxquels les assistant(e)s de vie peuvent être confronté(e)s.

Le leader européen de la piscine prête à monter a souhaité renforcer sa relation client et adapter son produit au maximum afin de le personnaliser encore plus. Développement d’une application sur tablette : l’application reprend l’ensemble du catalogue papier avec de nombreux visuels. Elle sert aux commerciaux - formés à son utilisation -, depuis la prise de contact avec le client jusqu’à la conclusion de la vente, en passant par la réalisation du bon de commande. Selon la société, le pourcentage d’erreur sur bon de commande est passé de 42% à 1% grâce à l’application.

Initiatives d’accompagnement et ressources

Depuis 2018, France Num accompagne les petites et moyennes entreprises dans leur transformation numérique. Au quotidien, ces relais proposent aux entreprises des ateliers pratiques, mettent à disposition des ressources accessibles, valorisent les bonnes pratiques et facilitent l’orientation vers les aides financières disponibles. Le Baromètre France Num a aussi interrogé cette année les TPE PME, pour la première fois, sur leur mode d’acquisition majoritaire de solutions numériques.

Où en sont les TPE PME en matière d'utilisation du numérique ? Consultez la datavisualisation du Baromètre France Num pour découvrir l'évolution de la numérisation des petites et moyennes entreprises depuis 2020 et comparer les chiffres nationaux avec ceux d'une région, d'un secteur d'activité ou en fonction de leur taille. A l’occasion de sa revue stratégique, l’Arcep a identifié le marché des services de communications électroniques à destination des entreprises comme l’une de ses priorités. Dans la perspective d’accroître sa connaissance du marché à destination des entreprises, l’Arcep a mandaté l’Ifop afin de réaliser une étude permettant de quantifier les usages et les problématiques rencontrées en matière de communications électroniques par les entreprises, notamment celles liées aux freins à la migration, et d’identifier d’éventuels dysfonctionnements du marché.

Cas régional : Nouvelle-Aquitaine

Les 280 000 PME recensées en Nouvelle-Aquitaine évoluent principalement dans les domaines du commerce, des transports, de l’hébergement et de la restauration (sources : INSEE). La région se distingue également avec une part importante d’entreprises e‑commerce, parmi lesquelles le leader français Cdiscount, qui réalise 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec 16 millions de clients. Du côté des PME, 11,2% des PME en Nouvelle-Aquitaine ont une activité e‑commerce.

La Nouvelle-Aquitaine ne manque pas d’idées pour accompagner et booster la transition numérique des entreprises. Depuis septembre 2017, l’Agence de développement et d’Innovation (ADI Nouvelle-Aquitaine) s’intéresse en effet aux commerçants de proximité curieux de tester l’utilité du numérique sur leur business, avec le projet « Connecte un commerçant ». 20 commerçants de la région Bordelaise (fleuriste, coiffeur, pharmacien…) sont ainsi accompagnés par des experts du marketing digital afin d’identifier comment le numérique peut contribuer à leur activité.

Perspectives économiques du e‑commerce

Le rapport fournit un certain nombre de chiffres qui prouvent l’intérêt de la digitalisation des entreprises, en France comme ailleurs. Ces dernières années, le e‑commerce a contribué à 40% de la croissance des ventes en France. La croissance du e‑commerce est vingt fois supérieure à celle des ventes offline. Dans le monde, le e‑commerce a généré 1 300 milliards d’euros de CA dont 300 grâce à des produits fabriqués en Europe de l’Ouest.

Indicateur Valeur française
% TPE/PME estimant le numérique bénéfique 79 %
% PME vendant en ligne 11,5 %
% PME équipées cybersécurité 82 %
% PME équipées cloud 66 %
% PME équipées robotique 48 %
% TPE/PME utilisant IA 13 %

Messages clés pour les décideurs

  • La transformation numérique est un enjeu transversal qui exige une vision portée par la direction, une feuille de route claire et des investissements en compétences.
  • Les leviers prioritaires comprennent la priorité aux cas d’usage compétitifs, le renforcement des partenariats entre grandes entreprises et PME, et le partage de R&D.
  • La cybersécurité et le cloud sont des atouts français, mais il faut lutter contre la frilosité d’investissement qui pourrait faire perdre des avantages compétitifs d’ici 2030.
  • Les initiatives locales et l’accompagnement, comme ceux de France Num ou des agences régionales, restent essentiels pour accélérer l’adoption et obtenir des quick wins.

Si les dirigeants d’entreprises s’accordent à dire que le numérique est une chance, est-ce pour autant une priorité stratégique pour toutes nos entreprises françaises ? 87 % d’entre eux n’en font pas une priorité stratégique pour leur entreprise. Et parmi ceux qui ont une vision de leur transformation digitale, ils sont encore 63 % à ne pas avoir établi de feuille de route parfaitement claire pour la mener à bien.

balises: #Pme

Articles populaires: