Impact environnemental de la pollution plastique dans les mers et les océans
La pollution plastique en mer est un fait établi, mais elle est encore mal connue. Flottant à la surface, tapissant les fonds marins ou échoués sur les plages, les plastiques menacent les écosystèmes aquatiques. Les déchets en mer sont de nature et de taille très diverses : mégots, cotons-tiges, filets et équipements de pêche, bourres de chasse, biomédias, ballons de baudruche, etc. Parmi eux, les déchets plastiques (emballages, sacs, granulés industriels…) sont de loin les plus répandus dans l’environnement marin.
Échelle et origine de la pollution plastique
Chaque année, ce sont des millions de tonnes de plastiques qui se retrouvent dans les océans du monde. À l’échelle mondiale, on estime aujourd’hui que la quantité de plastique dans les océans est comprise entre 75 à 199 millions de tonnes (ce qui représente 85% des déchets marins), et que 24400 milliards de particules de micro-plastiques flotteraient à la surface des océans. Il est estimé qu’entre 5 à 13 millions de tonnes de déchets plastiques entrent dans les océans par an (soit 1 % à 4 % de la production mondiale).
La majorité de la pollution plastique trouvée en mer provient de la terre, et on estime que 80 % des déchets marins proviennent des activités à terre. Ces déchets arrivent en mer le plus souvent en empruntant le chemin des égouts ou des rivières. Parmi les sources de pollution plastique marine, on trouve l’aquaculture, la pêche, le trafic maritime et le tourisme.
Trajectoire et devenir des plastiques en mer
Transportés par les courants marins sur de vastes distances, ces déchets s’échouent sur des côtes éloignées de leur lieu d’émission ou s’accumulent dans des zones de convergence océaniques, comme le tristement célèbre « continent de plastique » dans la gyre subtropicale du Pacifique Nord. Les gyres sont de gigantesques tourbillons océaniques créés au point de convergence de plusieurs courants marins. Sous l’action mécanique des courants, des marées et des vents, l’action du soleil (photolyse) et de bactéries présentes à leur surface, les macrodéchets plastiques vont se fragmenter en particules plus petites, de taille inférieure à 5 mm : les microplastiques.
Les plastiques s’accumulent sur les plages, dans les sédiments le long des côtes, ou continuent de flotter à la surface des océans. Une part non négligeable de plastique finit sa course au fond des océans, dans les sédiments marins profonds ou encore dans les fosses océaniques. La dégradation des plastiques conventionnels en mer est un processus très lent (supérieur à cent ans) qui conduit à leur accumulation dans les océans.
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Microplastiques : sources et caractéristiques
Les microplastiques primaires entrent directement sous la forme de microplastiques. Certains sont issus de l’usure lors de l’utilisation (poussière de pneus, fibres issues du lavage des textiles synthétiques...). Les microplastiques secondaires, les plus nombreux, sont le résultat de la fragmentation de déchets plus gros, nommés « macroplastiques ». Ces dernières agressions (vent, rayonnement UV, oxygène, température…) les fragilisent et les fragmentent en des particules plus petites. La moitié de ces microplastiques secondaires provient des emballages alimentaires, en grande majorité à usage unique.
Impacts sur la biodiversité marine
La biodiversité marine est la première victime de la pollution plastique des océans. À ce jour, on estime que 100 000 tortues et mammifères marins meurent chaque année de la pollution plastique. De plus, 90 % des oiseaux de mer ont des fragments de plastique dans l’estomac. Les microplastiques sont facilement ingérés par les espèces aquatiques en tout genre, du plus petit au plus gros, et peuvent pénétrer les tissus. Ils peuvent être ingérés par filtration par les cétacés, les mollusques, le plancton ou les poissons et ainsi entrer dans la chaine alimentaire.
En étant ingérés ou en entravant les animaux marins, ces déchets peuvent conduire à leur noyade, à leur étouffement ou à la perforation de leur tube digestif. Ils sont, en outre, la cause d’effets sublétaux (par exemple, l’amputation d’un membre ou le développement d’une infection) empêchant l'animal d'avoir un comportement normal (déplacement, alimentation, etc.) et affectant ainsi ses capacités de reproduction et de survie avec de possibles répercussions sur la préservation des espèces à plus long terme.
Sur 393 estomacs de fulmars boréaux analysés dans la région de l’Atlantique du Nord-Est sur une période de cinq ans (2014-2018), 92% avaient ingéré du plastique (dont 51% des particules supérieures à 0,1g), pour une moyenne de 21 particules par individu. À l’échelle globale, toutes les espèces marines sont aujourd'hui affectées par cette pollution. Dans les eaux européennes, plus de 70% en moyenne des espèces sont concernées, et ce chiffre peut atteindre localement 100% (Corse, Antibes, Toulon).
Pêche fantôme et dommages physiques
A titre illustratif, on considère qu’environ 640 000 tonnes de filets de pêche sont perdues ou abandonnées en mer chaque année. Par ailleurs, les filets de pêche abandonnés ou perdus en mer continuent pendant plusieurs années à piéger des poissons, tortues, oiseaux et mammifères marins, parmi lesquels se trouvent des espèces menacées d’extinction. Ce phénomène est appelé « pêche fantôme ». Les engins de pêche perdus ou abandonnés en mer détériorent également les habitats marins (recouvrement ou abrasion du substrat, « cueillette » ou emprisonnement d’organismes vivants, etc.).
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Transport d’espèces non indigènes et plastisphère
En agissant comme des “radeaux” de toutes tailles, les débris de plastique offrent un support particulier au développement d’organismes qu’ils peuvent déplacer sur des milliers de kilomètres, bien au-delà de leurs aires de répartition naturelles. Lorsque les déchets plastiques atteignent de nouvelles côtes, les espèces non indigènes (ENI) qu’ils transportent peuvent se détacher et, si elles trouvent des conditions locales favorables, peuvent proliférer et potentiellement devenir envahissantes.
À la suite du tsunami provoqué par le séisme japonais du 11 mars 2011, on estime que 5 millions de tonnes de débris se sont retrouvés dans la mer dont 47 % en plastique. Un an plus tard, certains de ces objets flottants ont commencé à s’échouer sur la côte ouest américaine, après plus de 7 000 km de pérégrinations à travers l’océan Pacifique. Résultats : au moins 289 espèces originaires des côtes japonaises avaient traversé l’océan.
La plastisphère, ce biofilm microbien et macrofouling qui colonise les déchets plastiques, permet la propagation de micro-organismes (virus, bactéries…) et peut concentrer à leur surface un nombre important de polluants. Leur ingestion peut alors potentiellement affecter le développement et le comportement des animaux marins.
Impacts économiques et sociaux
Enfin, le nettoyage des déchets en amont du milieu marin représente un coût important pour les gestionnaires et pour les collectivités locales. Une fois en mer, les déchets peuvent avoir un impact sur l’activité touristique et porter atteinte à la sécurité de la navigation et des activités professionnelles de pêche. Dans son rapport « De la pollution à la solution : une évaluation mondiale des déchets marins et de la pollution plastique » publié en 2021, l’Organisation des Nations unies évalue les coûts économiques de la pollution marine liée aux déchets plastiques entre 6 et 19 milliards de dollars américains au niveau mondial.
À l’occasion d’une surveillance sur un échantillon représentatif de plages européennes (276 plages de 17 États membres de l'Union européenne et de 4 mers régionales au cours de l'année 2016), 355 671 déchets ont été recensés. Sur la base de cette surveillance, la liste révèle la prédominance des mégots de cigarettes en tant que déchets les plus courants dans toutes les mers, à l'exception de l'océan Atlantique Nord-Est, où cette catégorie est la deuxième plus abondante après les déchets en plastique.
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Aspects chimiques et sanitaires
Le plastique est non inerte, il contient des additifs chimiques qui peuvent être des perturbateurs endocriniens, cancérigènes ou provoquer des réactions toxiques. Les plastiques, quelles que soient leurs tailles, libèrent des molécules chimiques dues aux additifs et autres composants qui sont ajoutés. Ces molécules, ingérées par les huîtres, peuvent notamment causer des perturbations endocriniennes.
La recherche suggère que les Européens consomment actuellement jusqu’à 11 000 morceaux de plastique dans leur nourriture chaque année en raison de la consommation de produits de la mer. Toutefois, les conséquences sur notre santé sont encore mal connues. Les plastiques une fois ingérés sont-ils encapsulés par les tissus et oubliés par le corps, causent-ils de l’inflammation, libèrent-ils des produits chimiques ?
Mesures et actions pour lutter contre la pollution plastique
Tous les océans étant affectés, le déploiement d’actions de lutte contre les déchets marins aux plans national et international est nécessaire. En conséquence, l’accent doit être mis sur : la prévention des déchets à la source (c’est-à-dire réduire la production de déchets) ; la sensibilisation des acteurs ; une meilleure gestion des déchets à terre (notamment la collecte) ; la prévention des dépôts sauvages de déchets.
La loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire du 10 février 2020 (dite « loi AGEC »), outre ses dispositions visant à réduire, voire interdire, les produits en plastique à usage unique, a renforcé le dispositif national de lutte contre les déchets marins, avec notamment une réforme de la responsabilité élargie des producteurs (REP) et la création de nouvelles filières REP pour des produits fortement générateurs de déchets sauvages, notamment les produits du tabac (mégots) et les engins de pêche.
La directive-cadre « stratégie pour le milieu marin » (DCSMM) vise à assurer l’atteinte du bon état écologique des eaux marines. Deux objectifs environnementaux ont été définis pour parvenir à un bon état écologique des eaux marines : réduire les apports et la présence de déchets d’origine terrestre retrouvés en mer et sur le littoral ; réduire les apports et la présence de déchets en mer issus des activités, usages et aménagements maritimes.
Plans d’action et mesures opérationnelles
Le Plan d’action « Zéro déchet plastique en mer » (2020-2025) décline en 35 actions les objectifs du Comité interministériel de la mer et du Plan biodiversité. Les 35 actions du Plan d’actions sont réparties en quatre axes : la prévention des pollutions plastiques en amont /à terre ; la lutte contre les déchets dans les cours d’eau, eaux usées et eaux pluviales ; la lutte contre les déchets plastiques sur le littoral et en mer ; la sensibilisation, l’information et l’éducation.
La mise en œuvre du Plan d’action repose principalement sur la mobilisation des Agences de l’eau, de l’Agence de la transition écologique (ADEME), du Laboratoire Eau Environnement et Systèmes Urbains (LEESU), du CEREMA et du CEDRE. Parmi les actions phares portées par le plan d’action, il est notamment possible de citer : le lancement d’études sur les alternatives aux plastiques ; l’identification des dispositifs pour éviter et/ou récupérer les macro-déchets dans les cours d’eaux ; la limitation des fuites de biomédias filtrants en plastique depuis les stations de traitement des eaux résiduaires urbaines ; la mise en place d’un accord volontaire pour la collecte et la valorisation des engins de pêche usagés ; le lancement d’appels à projets visant la récupération de déchets en mer et sur le littoral.
Sensibilisation et mobilisation citoyenne
Les actions de lutte contre les déchets sauvages et de sensibilisation des acteurs et des citoyens sont un levier majeur pour contribuer à réduire et prévenir les déchets marins. À cet égard, le ministère soutient les associations et leurs initiatives, notamment la plate-forme de sciences participatives Zéro Déchet Sauvage et l’installation de bacs à marée, bacs à rive et bacs à crue, points de collecte volontaires destinés aux citoyens organisant des actions de ramassage de déchets.
Agir contre la pollution plastique passe aussi par l’implication des citoyens au quotidien. Les sacs en plastique figurent parmi les plus grands fléaux en matière de pollution des océans. Pour résoudre le problème, rien de plus simple qu’un sac en tissu réutilisable ou encore un sac à dos. Cette manière de raisonner et de consommer s’applique à une infinité de produits.
Recherche, surveillance et lacunes de connaissance
Depuis 2010, l’Ifremer, en collaboration avec d’autres instituts, développe la récolte de données sur les microplastiques sur l’ensemble du globe, notamment avec des programmes d’observation des microplastiques flottants. Toutes les zones de l’océan suivies par l’Ifremer sont contaminées, mais à différents niveaux. Les travaux de recherche de l’Ifremer ont montré que la Méditerranée est la zone la plus affectée du monde.
Pour pallier le manque d’information sur le rôle des déchets marins comme vecteur de dispersion des ENI, une équipe de chercheurs a publié en 2023 une revue de la littérature existante. La base de données DeNIS (Global Database on Marine Debris and Non-Indigenous Species), lancée en mai 2023, est une plateforme collaborative qui permet de mettre à disposition des informations complètes sur les débris marins et les espèces non-indigènes.
J'ai pas bien compris : les microplastiques en mer
Quels leviers pour l’avenir ?
Seule la lutte contre la pollution plastique, en amont, pourrait prévenir la propagation des ENI marines par ce biais. Cela nécessite des efforts à tous les niveaux, de la réduction de la consommation de plastique à la surveillance des écosystèmes marins. Le nettoyage des déchets plastiques en mer et sur les côtes pourrait aider à limiter la propagation des espèces non indigènes mais les technologies permettant des nettoyages à grandes échelles n’existent pas encore. Rappelons qu’une action de gestion ne peut être efficace, en milieu marin, qu’au tout début d’une invasion biologique.
| Élément | Chiffre ou fait |
|---|---|
| Quantité estimée de plastique dans les océans | 75-199 millions de tonnes |
| Part des déchets marins représentée par le plastique | ~85% |
| Filets de pêche perdus/abandonnés annuellement | ~640 000 tonnes |
| Part des déchets marins d’origine terrestre | ~80% |
| Pourcentage d’Europe des déchets plastiques recyclés | ~33% (sur 29 Mt collectées) |
La pollution plastique touche aujourd’hui toutes les mers et océans du monde. Seule une action concertée permettra de préserver la santé des océans et des espèces qui en dépendent.
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