Réussir sa thèse sans financement : Conseils et stratégies

Faire une thèse sans financement est un défi que de nombreux étudiants en sciences humaines et sociales relèvent. Bien que cela puisse sembler intimidant, il est tout à fait possible de mener à bien un doctorat sans bourse, contrat doctoral ou financement externe. Cet article explore les différentes facettes de cette aventure, les difficultés potentielles et les stratégies pour réussir.

Thèse sans financement

Est-il possible de faire une thèse sans financement ?

Oui, il est encore possible de faire un doctorat sans financement, particulièrement dans le domaine des sciences humaines et sociales. Contrairement aux sciences appliquées, où l'accès aux laboratoires et aux équipements spécifiques est crucial, les doctorants en sciences humaines peuvent souvent travailler de manière plus autonome et flexible.

Théoriquement, il est donc possible de mener à bien son doctorat en philosophie, en arts visuels, en sociologie ou en littérature comparée sans financement à proprement parler, c’est-à-dire sans bourse, sans contrat doctoral et sans contrat avec une autre institution ou avec une entreprise (CIFRE). Et c’est tant mieux, dans un sens, parce que certains chercheurs ont pu de cette façon contribuer à la recherche académique alors qu’ils n’avaient pas de financement.

C’est tant mieux, parce que de cette façon des chercheurs ont pu valider le grade universitaire le plus élevé et obtenir leur doctorat alors qu’ils n’avaient pas de financement : personne ne leur avait donné les moyens de le faire, mais ils l’ont fait et cela a parfois changé le cours de leur vie.

Les défis d'une thèse sans financement

Malheureusement, l’expérience doctorale peut tourner au cauchemar - que vous soyez financés ou non, d’ailleurs. Mais la souffrance des non-financés est très spécifique parce qu’elle dévore de l’intérieur les doctorants qui commencent à douter face à l’ampleur de leur tâche.

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Un doctorant non-financé aborde le doctorat avec beaucoup plus de fraîcheur qu’un doctorant financé qui va tout de suite prendre au sérieux l’entité qui le finance et se consacrer pleinement à sa recherche. Un doctorant non-financé ne fait pas cela. Il a un travail par ailleurs, sa hiérarchie est ailleurs, son énergie part ailleurs, le cadre spatio-temporel d’une majeure partie de son travail est ailleurs.

Il fait son doctorat pour des raisons qui lui sont propres : il peut le faire par passion, et c’est souvent dans un esprit de persévérance qu’il s’est préparé à l’expérience du doctorat. Il sait que ce sera dur, mais il le fait quand même parce qu’il sait que c’est sa seule chance de vivre un jour de sa recherche.

Mais que se passe-t-il pour le doctorant non financé à l’université ? Il a les mêmes échéances que le doctorant financé, qui lui dispose de tout son temps de travail pour avancer dans ses recherches ; il a les mêmes contraintes que le doctorant financé, il a le même calendrier, il a les mêmes preuves à faire chaque année auprès de son directeur, la même pression de son laboratoire et de son école doctorale. Est-ce normal ? Oui, même si ce n’est pas logique a priori.

Ce qui est sûr, c’est que les doctorants non-financés oublient souvent d’anticiper ces questions-là. Quand on n’est pas financé, on aborde le doctorat en se disant qu’on fera de nôtre mieux, qu’on avancera à notre rythme, qu’on fera le maximum, et pour ce qui est des résultats, on se dit qu’on verra bien.

On pense à la difficulté du niveau requis en doctorat, du temps de prolongement des études et de la situation de précarité qui l’accompagne, mais on ne pense pas qu’on devra rendre autant de comptes, on ne pense pas qu’on sera jugés de la même manière qu’on soit financé ou non, on ne pense pas qu’on devra se comporter comme des chercheurs alors qu’on est enseignant du secondaire, instit, vendeur, serveur, nounou, entrepreneur ou commercial.

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Et cette division du travail qui en fait s’accumule, et ces casquettes qu’on porte qui se multiplient au lieu de se compléter pour s’enrichir, elles conduisent au burn-out. Elles conduisent inévitablement à la question du sens, et de sens il n’y a plus quand il s’agit de se dédoubler dans des vies professionnelles qui ne sont pas connectées, qui ne se rejoignent pas mais qui attendent de nous toujours plus, pour moins de bénéfice.

Erreurs à éviter

Faire un doctorat sans financement est possible les amis, mais il vous faut comprendre qu’une des difficultés majeures que vous rencontrerez, c’est que vous allez aborder ce projet comme un étudiant salarié, et c’est vraiment la pire erreur que vous puissiez faire. Vous serez en fait dans deux vies professionnelles distinctes. Vous ne serez plus étudiant, vous serez doctorant, et c’est là toute la différence.

Comment financer sa thèse ???

Options de financement alternatives

Même sans financement initial, plusieurs options peuvent vous aider à financer votre thèse en cours de route :

  • Contrat doctoral : Un contrat de droit public d'une durée de trois ans, renouvelable sous certaines conditions.
  • Contrats CIFRE : Des contrats de recherche en collaboration avec une entreprise, une collectivité ou une association.
  • Bourses de mobilité : Pour financer des séjours de recherche à l'étranger dans le cadre d'échanges universitaires.
  • Vacations d'enseignement : Des missions d'enseignement ponctuelles pour compléter vos revenus.
  • Postes d'ATER : Des postes d'Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche pour la fin de thèse.

Le contrat doctoral

Le contrat doctoral est un contrat de droit public conditionné par l’inscription en doctorat. Le contrat doctoral est reconnu comme une vraie expérience professionnelle. Le président ou le directeur de l’établissement recrute le doctorant contractuel par contrat d’une durée de trois ans, sur proposition du directeur de l’école doctorale, après avis du.de la directeur.trice de thèse et du de l’unité ou équipe de recherche concernée.

Le contrat doctoral précise sa date d’effet, qui doit intervenir au plus tard six mois après l’inscription en thèse. Le contrat doctoral peut être prolongé d’un an pour circonstances exceptionnelles, dans le déroulement de votre activité de recherche. Il le sera en outre de droit, en cas de congé de maternité, de paternité, de congé d’adoption ou de congé maladie de longue durée.

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Lorsque les doctorant.e.s contractuel.le.s assurent un service d’enseignement, ils.elles sont soumis.es aux diverses obligations qu’implique cette activité et participent notamment au contrôle des connaissances et aux examens relevant de leurs enseignements. L’exécution de ces tâches ne donne lieu ni à une rémunération supplémentaire, ni à une réduction des obligations de service.

Le contrat doctoral intègre la possibilité d’exercer des activités complémentaires au métier de la recherche, à savoir la valorisation, les missions de conseil ou d’expertise pour les entreprises ou les collectivités publiques, et bien sûr l’enseignement.

Les écoles doctorales organisent chaque année un concours ouvert aux étudiant.e.s, titulaires d’un master 2 n’ayant encore jamais été inscrits en doctorat pour l’attribution des contrats doctoraux. Suivant les écoles doctorales, les dates varient. Il faut se renseigner auprès des gestionnaires des écoles doctorales pour les connaître.

Le dispositif CIFRE

Un nombre non négligeable de doctorants du Lavue ont obtenu des contrats CIFRE. Il s’agit de véritables contrats réalisés pour partie en entreprise. Le dispositif CIFRE subventionne toute entreprise, collectivité ou association qui embauche un doctorant pour le placer au cœur d’une collaboration de recherche avec un laboratoire public : c’est l’organisation d’accueil du doctorant.

Chacun des trois acteurs peut être à l’origine de la proposition du projet de recherche. Les candidatures spontanées de la part d’étudiant•e•s auprès des organisations d’accueil peuvent susciter l’intérêt et être à l’origine du projet qui n’est pas encore financé.

Le montage financier réunit l’entreprise, qui doit financer l’essentiel, le laboratoire, qui doit contribuer notamment sur les frais d’accueil et d’encadrement scientifique, et l’ANRT qui subventionne l’entreprise d’accueil pendant trois ans. Le•a doctorant•e est financé•e directement par l’organisation d’accueil, via un CDD (minimum trois ans) ou un CDI.

Le salaire versé par organisations d’accueil au doctorant ne peut être inférieur à 23 484 € brut annuel, ce qui semble être assez courant pour les thèses en sciences humaines et sociales. Les financements CIFRE sont des dispositifs originaux et fortement professionnalisants qui demandent une extrême rigueur aux étudiants contractuels, de façon à éviter certains biais parfois constatés comme celui de travailler en salarié et non plus exclusivement sur son sujet de thèse.

Bourses de mobilité

Les bourses de mobilité permettent de financer un doctorant lors d’un séjour de moyenne ou longue durée (un ou plusieurs semestres) à l’étranger. Ce séjour est réalisé la plupart du temps au cours d’un échange avec une université partenaire.

L’esprit du programme est de favoriser la mobilité des doctorants, post doctorants et chercheurs des institutions universitaires partenaires. Des bourses de mobilité sont attribuées. Les bourses Lévi-Strauss, portées par le programme Paris Nouveaux Mondes (Comue Hésam), sont destinées à apporter une aide à la mobilité pour des séjours d’un à deux semestres dans une université étrangère.

Cette bourse est proposée par la Commission Franco-Américaine (CFA). Elle offre des bourses à des étudiant.e.s, à des jeunes professionnel.le.s et à des chercheurs.ses français.es et américain.e.s.

“Le programme de bourses de la Fondation Palladio vise à soutenir des étudiants, français et étrangers, dont le projet de formation supérieure ou de recherche est directement lié à l’industrie immobilière et à la construction de Ville. Ce projet devra être conçu sous le parrainage d’un établissement d’enseignement supérieur et de recherche français ou étranger et/ou d’une entreprise du secteur.

Vacations d'enseignement et postes d'ATER

Les vacations d’enseignement sont possibles, même pour les salariés. Le doctorant doit se rapprocher de son.a directeur.trice de thèse pour connaître les besoins d’enseignement existants dans son réseau. Les postes d’Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche (ATER) permettent de compléter le financement sur la fin de thèse.

Cependant, l’importance de la charge d’enseignement doit être anticipée par le•a doctorant.e. Il est important de noter que l’accès à ces postes est très sélectif, et que les doctorant.e.s doivent envisager d’autres possibilités de financement.

Selon le ministère de l’Enseignement et de la Recherche, “un enseignement de 128 heures de cours ou de 192 heures de travaux dirigés ou de 288 heures de travaux pratiques par an doivent être assurés. Il est possible d’exercer ses fonctions à temps partiel. Cependant, le service d’enseignement ne peut être inférieur à 64 heures de cours, 96 heures de travaux dirigés ou 144 heures de travaux pratiques par an.

Cette bourse est destinée au financement de la quatrième année de thèse. Sont éligibles les étudiants inscrits dans un établissement membre de la Comue Hésam et titulaires d’un contrat doctoral. Toutes les unités mixtes des instituts français de recherche à l’étranger (UMIFRE) proposent des bourses de mobilité.

Il existe aussi d’autres bourses post-doctorales, comme le fonds AXA pour la recherche (sur les risques environnementaux par exemple) ou la bourse Marie Curie.

Contrat doctoral

Conseils pour mener à bien une thèse sans financement

Voici quelques conseils pour optimiser votre expérience de thèse sans financement :

  • Choisir un sujet en accord avec votre directeur de thèse : L’enseignant-chercheur qui aura supervisé la rédaction du mémoire de recherche d’un étudiant sera peut-être plus enclin à accepter de diriger sa thèse. Le mémoire de recherche offre également l’opportunité d’évaluer l’investissement nécessaire à l’élaboration d’un travail de recherche et de mieux cerner les types d’interaction avec un éventuel futur directeur de thèse. Le choix du sujet doit se faire en accord avec le directeur de thèse envisagé.
  • Anticiper les contraintes : Quand on n’est pas financé, on aborde le doctorat en se disant qu’on fera de nôtre mieux, qu’on avancera à notre rythme, qu’on fera le maximum, et pour ce qui est des résultats, on se dit qu’on verra bien. On pense à la difficulté du niveau requis en doctorat, du temps de prolongement des études et de la situation de précarité qui l’accompagne, mais on ne pense pas qu’on devra rendre autant de comptes, on ne pense pas qu’on sera jugés de la même manière qu’on soit financé ou non, on ne pense pas qu’on devra se comporter comme des chercheurs alors qu’on est enseignant du secondaire, instit, vendeur, serveur, nounou, entrepreneur ou commercial.
  • Gérer son temps efficacement : Etre libre de son temps, c’est souvent malheureusement en être esclave aussi. Et si s’auto-discipliner a du bon, cela a aussi des à-côtés fâcheux. A savoir, quand on s’éloigne de la première année et à mesure que la date théorique de soumission se rapproche, on s’engouffre souvent à corps perdu dans sa thèse, quitte à sacrifier soirées, week-ends et vacances, ami·es, amours et famille - autrement dit, la vie. C’est ce que j’ai fait personnellement et je l’ai beaucoup regretté par la suite. Je recommanderais vraiment de prendre la thèse comme un job à part entière, avec des horaires fixes, des jours de pause et des congés.
  • Ne pas s'isoler : Il est possible par ailleurs, et même très recommandé, de tout faire pour amenuiser cette solitude. Je vous conseille dès la première heure de faire connaissance avec les autres doctorant·es (et post-docs) de votre département et d’échanger régulièrement avec elleux. N’hésitez pas à monter un séminaire hebdomadaire ou mensuel entre doctorant·es pour échanger sur vos avancées. N’hésitez pas non plus à travailler dans la salle des doctorant·es ou bien votre bureau si votre université vous en pourvoit. Rien de tel pour se motiver que de travailler dans un endroit dédié et bien entouré·e. Si vous allez travailler en bibliothèque, essayez de vous trouver un·e library buddy avec qui vous pourrez faire des pauses déjeuner. Il n’y a rien de pire que manger seul·e à son bureau quand on a l’impression déjà de se noyer dans son boulot et que rien ne semble avancer.
  • Préparer l'après-thèse : La thèse, on l’a vu, n’est pas une fin en soi, mais une porte d’entrée. Autrement dit, il faut la considérer (et l’utiliser) comme un outil vers autre chose. Même si on a parfois le nez dans le guidon lors de sa thèse, il faut s’efforcer de relever un peu la tête pour préparer l’après, quel que soit celui-ci.
  • Publier pendant la thèse : J’aurais donc aimé qu’on me parle dès le début de la nécessité de publier avant la fin de mon doctorat. Pas forcément mille articles, mais déjà un seul, un bon, dans une revue peer-reviewed, de préférence internationale (attention ici aux revues prédatrices, qui ne valent rien et vous prendront potentiellement des sous !). Il y a encore une dizaine d’années, on pouvait dans bien des disciplines décrocher un poste permanent ou tenure track (c’est-à-dire avec possibilité de devenir permanent) avant même la fin de la thèse et sans publication aucune. Maintenant, pour décrocher un post-doc, il faut souvent avoir déjà publié. Bref. Pour cela, pensez publications dès la conception de votre thèse. Je ne parle pas là de thèses cumulatives (en cumulant des articles), car cela ne fonctionne que dans certaines disciplines, mais réfléchissez dès que vous concevez un chapitre de votre thèse à en faire un article.
  • S'insérer dans des réseaux : Enfin, insérez-vous dans des réseaux : participez à des conférences, organisez des séminaires, prenez contact avec d’autres chercheur·ses, même bien plus expérimenté·es (vous aussi êtes un·e chercheur·se, ayez confiance en vous). Bref, faites du networking, car non seulement vous obtiendrez ainsi reconnaissance et motivation, mais également d’éventuels financements de post-doc.
  • Bien choisir son encadrement : Un point majeur de la thèse, c’est l’encadrement. Et si celui-ci laisse à désirer, vous avez le droit de le changer. C’est votre thèse, ce sont souvent vos financements, pas ceux d’un autre, quand bien même celui ou celle-ci aurait X années d’ancienneté. Dans la plupart des cas, il est possible de changer de directeur·ice en cours de thèse et si c’est nécessaire, alors il ne faut pas hésiter.

En conclusion, faire une thèse sans financement est un défi réalisable avec une bonne planification, une gestion efficace du temps et une connaissance des options de financement alternatives. N'oubliez pas de prendre soin de votre bien-être et de vous entourer d'un réseau de soutien pour traverser cette aventure avec succès.

Type de financement Description Avantages Inconvénients
Contrat doctoral Contrat de droit public de 3 ans Expérience professionnelle reconnue, financement stable Concours sélectif, obligations d'enseignement
CIFRE Collaboration de recherche avec une entreprise Financement par l'entreprise, professionnalisant Rigueur exigée, équilibre entre thèse et travail
Bourses de mobilité Séjours de recherche à l'étranger Ouverture internationale, financement partiel Durée limitée, conditions d'éligibilité
Vacations d'enseignement Missions d'enseignement ponctuelles Complément de revenu, expérience pédagogique Charge de travail supplémentaire, précarité
Postes d'ATER Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche Financement en fin de thèse, expérience académique Accès sélectif, charge d'enseignement importante

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