Filiales des FMN : valeur ajoutée et ventes — explications
Les firmes multinationales (FMN) sont parmi les acteurs les plus puissants de l’espace mondial. Leur développement est à la fois la conséquence et l’un des moteurs essentiels de la mondialisation.
Définition, taille et répartition
Par leur poids économique et financier et leur capacité d’influence sur les politiques fiscales et sociales des États, les firmes multinationales (FMN, aussi nommées firmes transnationales) sont des acteurs majeurs de l’espace mondial. Une FMN est une entreprise de grande taille possédant des filiales dans plusieurs pays et concevant son organisation et sa stratégie de production et de vente à l’échelle globale. Il existe actuellement dans le monde quelque 60 000 FMN, contrôlant plus de 500 000 filiales.
Sur cette carte de la capitalisation boursière des 2 000 premières firmes multinationales en 2017, la taille des cercles est proportionnelle à leur poids en termes de capitalisation boursière. On y voit le poids des firmes états-uniennes (44 %, contre 22 % pour la somme des firmes européennes).
Histoire et trajectoire : de l’origine coloniale à la globalisation
On peut faire remonter l’origine des FMN à la fin du xvi e siècle et à la création des compagnies commerciales européennes en particulier anglaises et hollandaises et dont l’une des plus emblématiques, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, fut fondée en 1602 -, chargées d’exploiter les ressources des colonies. Ces compagnies devinrent l’un des piliers du développement du capitalisme et un vecteur essentiel de l'impérialisme européen dans le monde.
C’est dans les secteurs minier, pétrolier et agricole, dont la production est directement liée au territoire, que les premières FMN de l’ère moderne se sont constituées au xix e siècle lors de l’avènement du capitalisme industriel. Nombre de compagnies des secteurs extractif et agricole, plus que centenaires, figurent toujours parmi les plus grandes entreprises mondiales.
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Internationalisation puis globalisation des chaînes de valeur
L’internationalisation des entreprises s’est accélérée au cours de la seconde moitié du xx e siècle, en particulier dans le secteur manufacturier. Elle s’est faite en partie afin de contourner les barrières douanières ou commerciales en installant des filiales au sein même des marchés consommateurs, comme l’ont fait les constructeurs automobiles européens et japonais en implantant des usines de montage aux États-Unis pour accéder au marché local.
Selon le classement annuel des entreprises du magazine économique états-unien Forbes, ce diagramme montre à la fois le secteur d’activité, la capitalisation boursière, le chiffre d’affaires (selon lequel le classement est réalisé) et les bénéfices des 25 premières firmes multinationales en 2017. Les FMN des secteurs énergie/matières premières et automobile restent les plus nombreuses, mais, en termes de bénéfices, la finance et l’électronique occupent les premiers rangs.
À partir des années 1980, les FMN ont pu délocaliser leur production pour profiter des faibles coûts de main-d’œuvre et des normes sociales, environnementales et de sécurité très basses offertes par les pays en développement (PED), en particulier ceux d’Asie du Sud-Est. Dorénavant, la chaîne de production est éclatée entre de multiples unités réparties dans les pays où la main-d’œuvre est la moins chère, tandis que les stratégies de communication et de marketing se font à l’échelle du monde (avec l’émergence de marques et de produits globaux) et que les profits sont localisés dans des paradis fiscaux afin de minimiser l’impôt.
La Cnuced aide les gouvernements à promouvoir et à faciliter l’investissement ; elle compile, valide et diffuse des données sur les IDE. Cette carte montre à la fois des stocks (points proportionnels) et des évolutions au cours de la dernière décennie (dégradé de couleur). La Cnuced aide les gouvernements à promouvoir et à faciliter l’investissement ; elle compile, valide et diffuse des données sur les IDE mais sa base de données ne permet pas de croiser des IDE sortants et entrants, qui de plus transitent souvent par des paradis fiscaux.
Organisation productive : filiales, sous-traitance et fragmentation
Afin de profiter au mieux de la division internationale du travail sans supporter les contraintes juridiques (et morales) liées à la détention de filiales dans des pays où la protection sociale et les règles environnementales sont bafouées, les FMN tendent à organiser leur production à travers un réseau de sociétés n’ayant plus de liens capitalistiques entre elles. De nombreux produits (électronique, textile, etc.) sont dorénavant assemblés ou confectionnés dans des usines appartenant à des sous-traitants juridiquement indépendants des donneurs d’ordre.
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C’est le cas d’Apple, dont les produits sont fabriqués en Chine par un sous-traitant taïwanais, Foxconn. La firme pétrolière BP se compose de centaines de filiales qui possèdent elles-mêmes des filiales. Le graphe de réseau montre que la majorité des filiales relèvent du droit états-unien ou britannique et néerlandais pour BP Europe. La carte montre que ces filiales, distribuées dans toutes les régions du monde, ne correspondent pas nécessairement aux lieux d’extraction d’hydrocarbures.
Un tiers du commerce mondial est donc réalisé au sein même des FMN, du fait du fractionnement de la chaîne de valeur (DIPP). Le même bien traverse plusieurs fois les frontières à plusieurs stades de sa fabrication, entraînant une hausse artificielle des échanges mondiaux.
Valeur ajoutée, ventes et localisation des profits
Les FMN profitent de la baisse des coûts de transport et cherchent à bénéficier d’économies d’échelle. Elles rationalisent leur production, en fabriquant les éléments nécessaires à la production d’un bien dans différents pays. Elles produisent des effets contrastés tant dans les pays d’accueil que dans les pays d’origine.
Les IDE suivent une logique économique à long terme et ne doivent pas être confondus avec les investissements en portefeuille (IP), tels que l’achat de valeurs mobilières à la bourse pour les revendre rapidement et en tirer une plus-value. Les flux d’IDE sont cycliques: plus forts en période de croissance, mais réduits pendant les crises. Les IDE ont été brutalement réduits en 2009, du fait de la crise financière. L’évolution est plus erratique depuis, en 2015 les flux d’IDE sont au plus haut niveau depuis la crise, mais ceci est principalement lié à la progression des opérations de fusions et acquisitions transfrontalières (surtout en Europe et Am.).
Les FMN rationalisent la répartition des étapes à forte valeur ajoutée et déplacent souvent les activités à faible valeur ajoutée vers des pays à faible coût de main-d’œuvre. Elles cherchent à se positionner près de leurs marchés en vue d’élargir leur clientèle et de pouvoir ainsi bénéficier d’économies d’échelle. Les Firmes Multinationales sont soucieuses de la qualité de l’environnement local des affaires (infrastructures, d’éducation, de transport par exemple ports, aéroports, routes, réseau Internet, etc..) et cherchent à investir dans des pays où elles ne courent pas de risques économiques, politiques (stabilité..
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Impacts économiques et sociaux
L’internationalisation des FMN a certes permis le rattrapage économique de certains pays du Sud, comme la Chine dont le développement est fondé sur l’accueil des IDE et sur son insertion dans la mondialisation. Mais elle contribue également au creusement des inégalités internes : en mettant en concurrence les salariés des pays riches avec ceux des pays en développement, elle participe à l’augmentation du chômage dans les pays développés, qui se désindustrialisent, tout en favorisant l’apparition de classes de nantis dans les pays du Sud.
Certaines régions et certains secteurs économiques sont particulièrement touchés par la délocalisation des activités vers des pays à faible coût de main-d’œuvre. Il y a tout à la fois perte d’emplois directs. C’est notamment le cas du secteur textile qui a perdu quelque 200 000 emplois en quinze ans ; les salariés mis au chômage, souvent peu qualifiés, ont du mal à se réinsérer sur le marché du travail.
Cependant, le pays d’origine peut aussi percevoir des retombées économiques positives de l’IDE. La délocalisation peut aider à réaliser des gains de productivité, améliorer les compétences, diminuer le risque de change… des entreprises concernées.
Concurrence interterritoriale et arbitrages réglementaires
Souvent en position de force face aux États, les FMN mettent ceux-ci en concurrence pour l’attractivité de leurs territoires (équipements, subventions, voire assouplissement des normes fiscales, sociales et environnementales). Les gouvernements mettent également en place de nombreuses mesures en vue d’alléger les coûts des entreprises. La compétition entre les territoires peut amener les gouvernements à réduire excessivement les impôts et charges des entreprises, au détriment des recettes du budget de l’État et de la protection des salariés. On parle alors de dumping fiscal et/ou social.
Pour les IDE entrants, l’Europe reste largement en tête, malgré une baisse marquée depuis la crise de 2008 ; les États-Unis, en deuxième position, connaissent une baisse encore plus forte ; alors que les pays émergents bénéficient d’une hausse continue, jusqu’à rejoindre les volumes investis aux États-Unis. Plus de la moitié des IDE sont issus des pays développés. Globalement, les IDE vers les pays développés ont eu tendance à baisser depuis la crise financière au profit des PED qui ont moins souffert de la crise.
Responsabilité, régulation et limites
La globalisation des FMN les soumet néanmoins à une surveillance accrue des organisations de la société civile, qui les pressent d’adopter des comportements responsables, notamment quant aux normes sociales et environnementales qu’elles appliquent. En réponse, les FMN élaborent, de manière volontaire, des codes de conduite (éventuellement au niveau sectoriel) et des politiques de responsabilité sociale des entreprises (RSE) relatives à la protection de l’environnement, à la défense des droits humains et sociaux et à la lutte contre la corruption.
Souvent limitées à un effet d’affichage (greenwashing), ces pratiques cherchent autant à répondre aux critiques des ONG militantes sur leurs pratiques et sur les conséquences négatives de leurs activités qu’à dissuader les autorités politiques d’adopter des législations contraignantes sur ces sujets. Afin de profiter au mieux de la division internationale du travail sans supporter les contraintes juridiques (et morales) liées à la détention de filiales dans des pays où la protection sociale et les règles environnementales sont bafouées, les FMN tendent à organiser leur production à travers un réseau de sociétés n’ayant plus de liens capitalistiques entre elles.
L’internationalisation des chaînes de valeur
Quelques exemples concrets
- Apple : les produits sont fabriqués en Chine par un sous-traitant taïwanais, Foxconn.
- BP : la firme pétrolière se compose de centaines de filiales qui possèdent elles-mêmes des filiales ; la majorité des filiales relèvent du droit états-unien ou britannique et néerlandais pour BP Europe.
- Constructeurs automobiles européens et japonais : implantation d’usines de montage aux États-Unis pour accéder au marché local.
Tableau synthétique : effets des FMN selon les territoires
| Territoire | Effets positifs | Effets négatifs |
|---|---|---|
| Pays d’accueil (PED) | Rattrapage économique, emplois, transferts de technologie | Dépendance, concurrence interne, normes faibles d’emploi |
| Pays d’origine (pays développés) | Accès à de nouveaux marchés, gains de productivité | Délocalisation, perte d’emplois, désindustrialisation |
| FMN | Économies d’échelle, optimisation fiscale, contrôle global des ventes | Critiques sociales et environnementales, risques réglementaires |
L’ouverture des économies a exacerbé la concurrence entre les entreprises, les obligeant à rester compétitives. En vue d’élargir leur clientèle et de pouvoir ainsi bénéficier d’économies d’échelle, les entreprises cherchent également à se positionner près de leurs marchés.
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