Définition et enjeux de la finance sociale et solidaire
La finance solidaire relie les épargnants qui cherchent à donner du sens à leur argent à des entreprises et associations dont l’activité est à forte utilité sociale et/ou environnementale. La finance solidaire est un type de finance reposant sur des épargnes investies dans des projets sociaux ou environnementaux (aussi appelés produits financiers solidaires). On peut définir la finance solidaire comme l’ensemble des mécanismes et institutions qui appliquent au secteur financier les principes de l’économie sociale et solidaire. La finance solidaire désigne l'ensemble des mécanismes financiers qui appliquent les principes de l'économie sociale et solidaire.
« Donner du sens à son argent ». Une expression qu’on entend régulièrement depuis quelques années, sans toujours savoir ce qu’elle veut (vraiment) dire 🙃. S’agit-il de financer une partie de l’économie réelle ? De placer ses euros en fonction de ses convictions et de ses valeurs ? Simple citoyen ou grande entreprise, de nombreux leviers permettent aujourd’hui de contribuer facilement à l’économie sociale et solidaire.
Origines et trajectoire historique
La finance solidaire naquit il y a fort longtemps, probablement même avant le Moyen-Âge. Pour un premier exemple concret et connu de finance solidaire, direction l’Allemagne. Le groupe bancaire Raiffeisen créa aux alentours de 1850, une caisse de Crédit Mutuel Agricole. Elle permettait aux paysans et aux artisans d’une même zone géographique assez restreinte d’améliorer leur situation matérielle et morale, grâce à des crédits aux taux d’intérêt assez bas. Pour bénéficier de ce système, l’emprunteur devait devenir membre de la caisse. L’initiative a été reproduite dans différents pays à travers le monde.
Le premier fonds éthique a vu le jour dans les années 1920 au sein de mouvements religieux. Puis il a fallu attendre 50 ans avant de voir apparaître pour la première fois la notion de RSE. Pour répondre à la relative « inefficacité » de la finance traditionnelle et améliorer les conditions de vie des citoyens, des initiatives de finance solidaire ont alors commencé à être développées dans plusieurs pays. Mais permettons-nous une petite ellipse narrative et atterrissons directement en 2014 : cette année-là, la loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) est adoptée en France.
Principes et finalités
L’ensemble est « social » parce qu’on poursuit un but non lucratif et parce que l'on privilégie l’humain par rapport au capital. « Solidaire » renvoie au fait que l'on propose des nouveaux modèles de développement et de financement d'organisation ayant une forte utilité sociale et environnementale. Son but est donc de permettre à chacun d’utiliser son épargne pour des causes qui lui sont chères. Parce qu’elle met les êtres humains et leurs liens sociaux au centre de sa mission, la finance solidaire se pose comme outil au service du développement humain et sociétal : elle cherche à cibler les pauvres et les exclus, promouvoir la création d’emplois ‘décents’ à travers l’appui aux petites entreprises, adapter les services aux clients, renforcer les bénéfices pour eux et leurs familles, garantir la responsabilité sociale des IMF vis-à-vis de leurs employé.es, de leurs client.es, de la communauté et de l’environnement.
Lire aussi: Amour et Résistance : "Je Te Fume, Je Te Finance"
Acteurs, labels et gouvernance
Collectif des acteurs de la finance à impact social en France, l’association FAIR (ex-Finansol) œuvre depuis près de 30 ans à la promotion d’une finance solidaire en mobilisant les épargnants individuels et les investisseurs institutionnels. FAIR réunit plus de 150 entreprises solidaires, banques, sociétés de gestion, ONG, grandes écoles, personnalités engagées, et porte le label Finansol, créé par des acteurs de la société civile qui garantit la nature solidaire des produits d’épargne labellisés, ainsi que la transparence de l’information. Qu'est-ce que l'association Fair ? L’association Fair est un regroupement d’acteurs de la finance solidaire. FAIR, c’est le collectif des acteurs de la finance solidaire en France. Depuis 30 ans, l'association : promeut la finance à impact social, une autre façon d’épargner et d’investir, plus consciente des enjeux sociaux et écologiques, et qui finance l’économie réelle.
La finance solidaire ne possède qu’un seul label : le label Finansol. Le label Finansol garantit-il la qualité d'un produit d'épargne solidaire ? Le label Finansol reconnaît les produits d'épargne à forte valeur sociale ou environnementale. Pour être labellisé par le comité du label, un produit d’épargne doit répondre à plusieurs critères de solidarité, de transparence et d’information. Pour l'obtenir, un produit doit respecter des critères stricts de solidarité, transparence et information, notamment reverser au moins 25% des intérêts à des associations. Le comité examine annuellement tous les produits labellisés pour vérifier leur conformité. Le label Finansol est attribué à des produits et non à une association, une entreprise ou un établissement financier dans son ensemble.
Instruments et solutions d’épargne solidaire
Ces financeurs collectent de l’épargne solidaire pour la réinvestir dans des projets sociaux et/ou environnementaux. Ils permettent de répondre à des besoins généralement ignorés par les financeurs traditionnels. Et parfois sans demander de contrepartie. L’objectif ? Rendre le projet réalisable. La finance solidaire, c’est une autre façon d’épargner et d’investir, plus consciente des enjeux d’aujourd’hui et de demain.
- Les fonds 90/10 : Un fonds 90/10 investit 90% en titres ISR cotés sur les marchés financiers et 10% dans des entreprises solidaires non cotées à forte utilité sociale. Ces 10% peuvent financer des entreprises solidaires, des financeurs sociaux ou des institutions de microfinance, permettant ainsi de combiner performance financière et impact social.
- L’épargne salariale : L'épargne salariale est un système d'épargne collectif mis en place au sein de certaines entreprises. Entre 5% et 10% de ce placement seront investis dans des entreprises agréées ESUS (Entreprise Solidaire d'Utilité Sociale). Aujourd’hui, toute entreprise ayant mis en place un PERCO et/ou un PEE doit proposer au moins un fonds solidaire (FCPES).
- L’actionnariat solidaire : L’actionnariat solidaire consiste à investir directement dans des projets solidaires en entrant au capital d’une entreprise agréée ESUS. En achetant un ou des titres d’une entreprise, vous en devenez actionnaire et bénéficiez d’un droit de décision dans l’entreprise.
- Produits de partage : Parmi les différentes solutions de partage existantes, on retrouve les livrets d’épargne et les Fonds Communs de Placement (FCP). Le premier produit d’épargne de partage a été créé par le Crédit Coopératif. Le partage peut également passer par un autre produit : l’assurance-vie.
- Arrondi solidaire et cartes bancaires solidaires : L’arrondi solidaire permet d’allouer la différence lors d’un paiement à une cause. En utilisant une carte bancaire solidaire, l’épargnant ne perçoit aucun retour sur investissement puisqu’il effectue des dons.
Le principe est simple : toute personne qui souhaite souscrire un placement solidaire labellisé Finansol fait le choix de placer son argent pour qu’il finance des activités à forte utilité sociale et environnementale, tout en offrant un rendement financier selon le type de produit choisi.
Exemples d’acteurs et de produits
L’ADIE est une association de financement et d’accompagnement. Elle permet notamment à des entrepreneurs de créer ou de développer leur entreprise. L’association octroie également des crédits pour acheter ou assurer un véhicule, ou encore passer le permis. Ce réseau associatif accompagne les entrepreneurs pour leur donner les moyens de s’engager socialement et en faveur de l’environnement.
Lire aussi: Créer un CV Finance et Comptabilité
La Nef ne finance que des activités à forte valeur ajoutée sociale, culturelle ou écologique. Cependant la Nef n’est qu’une banque de dépôt. Le Crédit Coopératif permet à ses clients d’effectuer des dons à des associations œuvrant pour différentes causes. Elle oriente ses crédits vers des secteurs qui contribuent à la préservation de l’environnement.
Mirova est une société de gestion dédiée à l’investissement durable. Elle propose des solutions de financement combinant performance financière et impact environnemental et social. Ces placements consistent à investir tout ou une partie de son épargne dans un projet de l’économie sociale et solidaire.
Luko est une assurance habitation éthique et solidaire certifiée B Corp. Son point fort ? La transparence. 70% des cotisations sont destinés aux assurés et 30% servent à la gestion du service. S’il reste de l’argent à la fin de l’année (non utilisé pour rembourser les sinistres), il est reversé à des associations.
Microfinance : complément et limites
La microfinance met en lien des épargnants souhaitant investir dans des activités à forte utilité sociale et des porteurs de projets n’ayant pas suffisamment accès aux financements classiques. Sa fonction essentielle est de desservir les pauvres et les exclus, elle est aujourd’hui largement reconnue comme un « levier du développement » qui contribue à la lutte contre la pauvreté. De par sa vocation double cependant, elle doit pouvoir concilier performances sociales et performances financières. L’institutionnalisation des Institutions de MicroFinance (IMF) et la pression forte des bailleurs de fonds en faveur d’une rentabilité à court terme ont souvent amené le secteur à privilégier les performances financières aux détriments de la création de liens sociaux et de capital social chez les plus démunis.
Les institutions de microfinance cherchent à promouvoir la création d’emplois, l’adaptation des services aux clients et à garantir la responsabilité sociale. Toutes ces ambitions illustrent que la finance solidaire vise, avant tout, à relier l’argent aux hommes.
Lire aussi: Tout sur les métiers de la finance
Performance financière et impact : une combinaison possible
La finance solidaire peut permettre une rentabilité financière comme les autres produits d’épargne traditionnels. Cette rentabilité est due à la performance financière et aux avantages fiscaux auxquels certains produits donnent droit : cela dépend simplement du type de produit solidaire choisi et du risque maximal souhaité par l’épargnant. Oui… et non. Par exemple, en utilisant une carte bancaire solidaire, l’épargnant ne perçoit aucun retour sur investissement puisqu’il effectue des dons. Cependant dans le cas des fonds 90/10, vous obtenez une performance sociale et/ou environnementale ainsi qu'un rendement financier. En effet, les revenus peuvent provenir des 90% investis en ISR. La rentabilité varie donc en fonction du produit financier choisi par l’épargnant.
La prise de risque dépend spécifiquement du produit choisi, tout comme les produits financiers classiques. Par exemple, l’épargne placée sur des livrets est garantie et souvent sans plafond maximal. L’épargnant peut tout à fait souscrire des livrets de partage avec un taux de 3% bruts où le capital est garanti, ou bien des placements de type OPC et assurance vie qui peuvent proposer des taux plus élevés pour l’épargnant mais où il peut exister un risque en capital et/ou la durée de détention conseillée est généralement de plusieurs années.
Fiscalité et avantages
En plaçant votre épargne salariale (intéressement, participation) sur un Fonds Commun de Placement d’Entreprise (FCPE) solidaire, vous bénéficiez d'une exonération d'impôt sur le revenu en conservant les sommes placées pendant au moins 5 ans. Aussi, en souscrivant au capital d’une entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS), vous pouvez bénéficier d'une réduction d'impôt de 25 % des sommes investies en conservant vos titres pendant au moins 5 ans. En revanche, si vous avez choisi un produit d’investissement solidaire (SICAV, FCP) dans votre banque, aucun avantage fiscal n’est prévu.
Transparence et information : un point central
Il est possible de savoir vers quoi est fléché une partie de l’épargne de chacun : les équipes de FAIR procèdent chaque année à un travail de consultation et d’analyse des investissements de chaque produit labellisé. Le gérant, l’émetteur ou le distributeur proposant des produits labellisés Finansol s’engage à informer clairement et régulièrement l’épargnant, avant et après la souscription, entre autres sur : l’activité à impact social et écologique du ou des bénéficiaires ; le rendement et les aspects financiers du produit ; les principaux investissements solidaires (dans les fonds solidaires) sont renseignés dans la documentation officielle de chaque produit financier.
Chiffres et impact concret
La finance solidaire représentait au 31 décembre 2020 plus de 20 milliards d’euros d’encours en France, une somme en hausse de 33% par rapport à 2019. L’épargne solidaire représentait en 2023 un encours de 30,2 milliards d’euros, soit une hausse de 15 % par rapport à l’année précédente. L’épargne salariale représente plus de la moitié de l’encours total d’épargne solidaire.
+ de 1 800 projets soutenus avec un réel impact social ou environnemental dans la vie des citoyens ! 3 053 hectares d'agriculture biologique mis à disposition, soit l'équivalent de 3 360 terrains de football avec 168 agriculteurs soutenus. 60 institutions soutenues dans les pays en développement dans différents domaines : la microfinance, les coopératives agricoles, les entreprises sociales... Ce sont des milliers de personnes en situation de précarité dans les pays en développement qui ont bénéficié d'un accès aux biens et services essentiels apportés par ces structures.
Comment sauter le pas ?
Épargner solidaire, c’est facile et accessible à tous. C'est simple ! Dans la finance classique, l’argent est investi à la fois dans des produits cotés et non cotés, mais aussi dans de l'immobilier et dans des infrastructures, avec pour principale finalité le rendement financier. Au contraire, la finance solidaire investit une partie de l’argent dans des actifs et des entreprises non cotés ayant une finalité sociale ou écologique (ESS) et permet à chacun de participer à la création d’effets bénéfiques pour la société et l’environnement, tout cela simplement en choisissant comment son épargne est utilisée.
Se renseigner constitue la première étape avant de se lancer. Discutez-en avec votre banquier.e, votre assureur ou votre entreprise. Et si ces acteurs ne vous apportent pas les informations espérées, tournez-vous vers des financeurs solidaires. Vous pouvez également séparer votre compte courant de votre épargne. Pour ce faire, des outils spécialisés existent comme Cashbee. Grâce à cette application, vous pouvez connecter votre compte en banque, mettre de l’argent de côté et suivre vos placements. Cashbee a par exemple mis en place un système de virements récurrents pour épargner facilement et intelligemment. Et pour investir de manière responsable, on vous conseille de passer par Goodvest. L’entreprise vous propose de placer votre épargne dans des fonds labellisés (Finansol, Greenfin et ISR) pour soutenir la transition écologique.
📈Que valent les labels Greenfin, Finansol, ISR ? Quelle performance avec les labels éthiques & verts
Différences avec d’autres approches (ISR, Impact Investing)
Quelle est la différence entre finance solidaire, ISR et Impact Investing ? La finance solidaire finance des activités luttant contre l'exclusion dans des entreprises non cotées. L'ISR intègre des critères ESG dans la gestion d'entreprises cotées pour améliorer leurs pratiques. L'Impact Investing cherche à générer un impact social ou environnemental mesurable tout en obtenant un rendement financier, combinant performance et impact positif.
Rappels pratiques et recommandations
La prise de risques, la liquidité et la durée de détention conseillée dépendent du produit choisi. S’assurer au fil du temps que son/ses produit(s) respectent les critères. Que ce soit en épargnant dans un produit financier solidaire ou en labellisant les siens, chacun peut agir à son niveau dans l’ESS. Mais attention, la rentabilité ne doit pas nécessairement être la motivation première. Car être acteur de la finance solidaire, c’est avant tout contribuer à l’émergence de nouveaux modèles économiques plus vertueux 😉.
| Instrument | Caractéristique | Rendement / Risque |
|---|---|---|
| Fonds 90/10 | 90% ISR cotés / 10% solidaire non coté | Mix performance + impact |
| FCPES (épargne salariale) | Obligatoire dans PERCO/PEE, 5-10% investi en ESUS | Avantage fiscal si conservation ≥5 ans |
| Livrets de partage | Capital garanti, partage d’intérêts | Faible risque, rendement modéré |
La finance solidaire permet d'utiliser son épargne pour financer des projets à forte utilité sociale ou environnementale, créant ainsi des emplois, des logements sociaux ou soutenant des initiatives écologiques, offrant une alternative aux circuits financiers traditionnels.
balises: #Financ
