Financement de la Campagne Électorale Américaine: Un Système sans Limites?

À quelques jours du vote de l’élection présidentielle américaine, les candidats, Kamala Harris et Donald Trump, ont récolté au moins 2,5 milliards de dollars à eux deux, grâce aux soutiens des citoyens. Un chiffre astronomique par rapport à ce qui est possible en France. Outre-Atlantique, chaque citoyen peut donner autant qu’il veut pour faire élire le président.

Au cours des dernières décennies, le financement des campagnes présidentielles américaines a explosé. Kamala Harris tient actuellement le record de la collecte de fonds, avec 1,5 milliard de dollars récoltés auprès de ses partisans, chiffre arrêté au 17 octobre d’après la base d’OpenSecrets.

États-Unis/Élections de mi-mandat: les règles du financement électoral

Les Sources de Financement

Plusieurs possibilités existent pour les citoyens qui souhaitent envoyer des dons aux candidats :

  • Dons directs : Les citoyens états-uniens peuvent faire des dons directement à la campagne du candidat de leur choix dans la limite de 3 300 $ par élection.
  • Super PAC : Depuis 2010, une nouvelle structure s’est ajoutée dans le jeu : les « Super PAC ».

En 2010, la Cour suprême des États-Unis a en effet rendu un arrêt appelé « Citizens United v. Quelles sont les possibilités offertes aux citoyens pour envoyer des dons aux candidats ? Quelle est la limite ? Et qui encadre ces dons ?

Selon la Federal Election Commission (FEC), Kamala Harris et Donald Trump avaient respectivement collecté pour leurs dépenses 901 et 376 millions de dollars au 30 septembre 2024.

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En théorie, les candidats peuvent bénéficier d’une dotation publique individuelle de l’État fédéral, dont le montant s’élève en 2024 pour les partis « majeurs » à 123,5 millions de dollars, sous réserve de ne pas accepter de contributions privées complémentaires. En pratique, Barack Obama en 2008 a été le premier candidat d’un parti majeur à refuser d’emblée cette dotation.

Depuis lors, tous les candidats démocrates et républicains n’ont fait appel qu’aux fonds privés, provenant de donateurs individuels, d’entreprises et de syndicats.

Les PAC traditionnels, autorisés à effectuer des transferts aux comités des candidats et des partis, reçoivent des dons d’individus, d’entreprises ou bien d’autres PAC pour un montant plafonné à 5 000 dollars par contributeur et par an. À l’inverse, les Super-PAC, qui agissent sans coordination avec les partis politiques, peuvent recevoir des dons illimités. Leurs dépenses, qualifiées d’indépendantes, portent sur la publicité (favorable ou défavorable) à un ou plusieurs candidats ou partis.

Les Super-PAC sont à l’origine de dépenses de plus en plus massives. Le site AdImpact recense ainsi 9 milliards de dollars dépensés en publicité politique sur le cycle électoral de 2020, toutes sources de financement et toutes élections confondues (incluant gouverneurs, Congrès, etc.), et projette que plus de 10 milliards auront été dépensés pour le cycle de 2024, dont 2,7 milliards de dollars spécifiquement associés à la présidentielle. Mais les dépenses sont parfois difficiles à attribuer à un candidat spécifique.

En 2020, les hommes d’affaires Thomas Steyer et Michael Bloomberg, tous deux candidats à la primaire démocrate, faisaient campagne en grande partie sur leurs propres fonds. Chez les Républicains, le principal donateur de la campagne de Donald Trump en 2020 était le magnat de l’immobilier et des jeux d’argent Sheldon Adelson, pour un montant estimé à près de 90 millions de dollars. Sa veuve Miriam avait annoncé fin mai 2024 son intention de faire don de près de 100 millions de dollars en faveur de Trump pour la campagne 2024 à travers le PAC Preserve America.

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Financement Campagne Electorale Americaine

L'Impact des Réseaux Sociaux

L’usage des moyens de communication revêt une dimension stratégique fondamentale dans toute tentative de conquête du pouvoir. L’élection présidentielle américaine en 2016 l’a illustré de manière éclatante. La première a en effet été qualifiée de « première élection du xxie siècle » en raison notamment de la stratégie de communication novatrice mise en place par le candidat démocrate.

L’élection de 2016 fut indéniablement marquée par les tweets de Donald Trump tout au long de la campagne. L’importance des réseaux sociaux dans la campagne américaine tient tout d’abord au poids de ces réseaux dans la société elle-même. Non seulement ces réseaux sociaux sont très largement utilisés, mais ils sont également le moyen d’accès privilégié à l’information.

Il s’agit là de l’effet premier de l’usage des réseaux sociaux en ce qu’ils favorisent, par leur nature même, la mise en action et la réactivité. Ce rôle de catalyseur de l’action politique peut s’envisager de deux manières.

S’agissant des citoyens, il permet la mise en oeuvre d’une nouvelle forme d’engagement et de participation, auxquels on renvoie parfois à travers l’expression « démocratie connectée ». Les maîtres mots en l’espèce seraient donc l’horizontalité et le dialogue.

En 2004, lors des primaires démocrates, Howard Dean, candidat méconnu du grand public, s’appuya sur les netroots pour mener une campagne qui demeure une référence en matière de mobilisation des jeunes électeurs et d’exploitation de la Toile.

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En premier lieu, ces outils servent de moyens d’information. Les activistes et groupes investis dans une campagne peuvent utiliser ces réseaux pour produire et diffuser une information alternative, différente de celle véhiculée par le parti, ou les autres partis, en mettant l’accent sur tel ou tel enjeu de la campagne éventuellement négligé.

En deuxième lieu, ces outils permettent aux individus de contribuer et de devenir chacun à son niveau, chacun dans son réseau si l’on ose dire, un acteur de la campagne. En troisième lieu, les réseaux sociaux permettent précisément une mobilisation accrue.

Si l’effet catalyseur des réseaux sociaux sur la mobilisation politique en période de campagne électorale est difficilement contestable, il convient d’apporter une précision importante s’agissant de la thèse selon laquelle les réseaux sociaux permettraient la mise en place d’un dialogue entre le candidat et les citoyens. On ne trouve pas réellement trace de dialogue, et les candidats ne retweetent que rarement des messages de citoyens ordinaires.

Barack Obama a eu la clairvoyance de mesurer très tôt la portée des réseaux sociaux et d’investir en la matière. Cette stratégie active du candidat démocrate lui a permis d’établir des écarts significatifs avec ses adversaires en termes de soutien en ligne. Elle permet tout d’abord d’atteindre des couches particulières de l’électorat travers une communication ciblée.

En second lieu, les réseaux sociaux sont un outil formidable pour lever des fonds. Howard Dean est le pionnier en la matière. Howard Dean établit ainsi de nouveaux records côté démocrate, recueillant plus de quinze millions de dollars sur le dernier trimestre de l’année 2003, et plus de cinquante millions de dollars au total, provenant majoritairement de contributions inférieures à 200 dollars.

En 2008, l’équipe de campagne de Barack Obama s’inspira et développa cette stratégie, permettant au candidat de récolter la somme record de plus de sept cent quarante millions de dollars.

En troisième lieu, l’usage des réseaux sociaux par le candidat peut être un outil offensif permettant d’attaquer des adversaires. En 2015 et 2016, les nombreux tweets de Donald Trump à l’encontre de Jeb Bush, Ted Cruz et Marco Rubio durant les primaires, et à l’encontre d’Hillary Clinton durant l’élection générale sont particulièrement révélateurs.

L’élection présidentielle de 2016 a révélé une autre potentialité s’agissant de l’usage des réseaux sociaux par un candidat, à savoir la possibilité de s’en servir pour renverser et transcender des structures établies.

Réglementation et Transparence

La mise en exergue des potentialités d’Internet et des réseaux sociaux pour lever des fonds conduit logiquement à s’interroger sur l’état de la réglementation en la matière concernant le financement des campagnes. Il apparaît que porter la campagne sur la Toile permet, dans une large mesure, de s’affranchir des réglementations traditionnelles. En effet, l’espace en ligne est, en quelque sorte, une terre vierge, très faiblement réglementée par la puissance publique.

Le principe fondamental, imposé par la Commission électorale fédérale (FEC), est que toute communication placée sur un site en échange d’une somme d’argent tombe sous le coup de la réglementation classique relative aux « communications publiques ».

L’évolution de la législation américaine sur le financement des campagnes électorales a conduit au fil du temps à une véritable privatisation de la vie politique.

Les PACs ont en effet l’inconvénient d’être soumis à des obligations de transparence. Il est possible de contourner cet obstacle en faisant transiter l’argent par des structures plus opaques et en dirigeant l’essentiel des fonds vers des entités comme les « Super PACs ».

Ces dernières, qui interviennent dans des campagnes mais sans lien formel avec un candidat, sont souvent utilisées pour les campagnes négatives ou de désinformation. Elles sont l’un des instruments d’influence privilégiés des milliardaires dans la politique américaine.

Les Milliardaires et la Campagne

Pour financer leur campagne, les candidats aux élections américaines recourent massivement à des dons privés. Limités en théorie, ils émanent majoritairement et de plus en plus des Américains les plus fortunés.

En nombre de milliardaires, c’est Kalama Harris qui l’emporte haut la main. La candidate démocrate a reçu le soutien financier d’au moins 81 d’entre eux contre seulement 50 pour Donald Trump. Mais pour autant, ils ont un poids plus important dans la campagne du républicain avec environ un tiers des dons récoltés contre 6% pour la démocrate.

Côté républicains, il y a évidemment Elon Musk, particulièrement investi pour faire réélire l’ex-président. Lors du dernier décompte, il avait déjà donné presque 120 millions de dollars, tout en faisant savoir que ce n’était qu’un début. Elon Musk et Tim Mellon ont donné 270 millions de dollars à Trump.

Mais le plus généreux, c’est pour l’instant Tim Mellon, l’héritier d’une famille de banquier qui a mis 150 millions de dollars sur la table pour soutenir Donald Trump. Du côté de Kamala Harris, 50 millions de dollars ont été donnés par Bill Gates. Le fondateur de Microsoft s’est justifié en parlant d’un scrutin à l’importance sans précédent. Tout comme le constructeur Boeing.

Milliardaires et Campagne Electorale

Tableau Récapitulatif des Principaux Donateurs

Voici un tableau récapitulatif des principaux donateurs et des montants qu'ils ont versés :

Candidat Donateur Montant
Donald Trump Tim Mellon 150 millions de dollars
Donald Trump Elon Musk 120 millions de dollars
Kamala Harris Bill Gates 50 millions de dollars

Ces sommes donnent le tournis et semblent illimitées. Si les particuliers ne peuvent donner directement que 3.300 dollars par an à la campagne d’un candidat, d’autres canaux peuvent être utilisés comme les PAC, les comités d’actions politiques. Ce sont des organisations privées et indépendantes qui agissent officiellement pour un candidat et permettent des dons de 5.000 dollars maximum par personne.

Il y a aussi les super PAC qui eux, n’ont pas de liens officiels avec les candidats mais qui opèrent en leur faveur.

Les Groupes Français et le Financement Politique aux États-Unis

Dans de nombreux cas, ces financements ont même été à des hommes ou femmes politiques de la faction la plus extrémiste du parti, qui contestent encore aujourd’hui la légitimité du scrutin de 2020 et ont refusé d’en entériner officiellement les résultats.

Celui qui arrive en tête de la liste ne devrait pas être une surprise tant il est désormais, au moins dans la tête de ses dirigeants, davantage américain que français : le géant de la pharmacie Sanofi. Son PAC a déclaré à ce jour pour 409 000 dollars de contributions à des campagnes électorales, en majorité pour des républicains.

Une autre catégorie d’entreprises françaises, plus inattendue, se distingue également par ses financements politiques : les groupes à capitaux publics comme Airbus, EDF, Engie et Thales. Le premier, contrôlé conjointement par la France, l’Allemagne et l’Espagne, affiche 276 000 dollars de contributions, dans leur immense majorité en faveur de républicains.

Selon l’organisation Donations and Democracy, le PAC d’Airbus US a soutenu pas moins de 28 candidats républicains qui ont voté contre l’approbation des résultats de l’élection de 2020. Les political action commitees d’EDF aux États-Unis (où le groupe est présent à travers ses filiales Framatome et EDF renouvelables) ont versé 151 800 dollars de contributions, principalement pour des candidats démocrates.

Hors de la sphère publique, un autre groupe français qui se distingue est Pernod Ricard avec près de 63 000 dollars de financements via son PAC, à 78% pour des républicains dont plusieurs ont refusé de reconnaître le résultat des élections de 2020.

Lorsqu’elles sont montrées du doigt pour ce type de contribution politique, les entreprises concernées se défendent généralement en faisant valoir qu’il ne s’agit pas de financements directs de leur part, mais de dons de leurs employés transitant par une structure certes liée à l’entreprise, mais indépendante d’elle.

En réalité, la constitution d’un « political action committee » est décidée par l’entreprise, qui a le pouvoir de désigner les personnes qui décideront où iront les dons. Ce sont généralement les dirigeants de l’entreprise qui apportent les contributions financières.

Groupes Francais Financement Politique

Si Airbus se montre si généreux avec les candidats de l’Alabama et du Mississippi, deux États dominés par les républicains, cela tient évidemment à la localisation de sa seule usine dans le pays.

Enjeux et Conséquences

La campagne qui s’achève a été ponctuée par les surenchères de Donald Trump dans les discours ouvertement racistes et misogynes et par des appels plus ou moins feutrés à la violence politique pour intimider ses adversaires, réveillant le spectre de l’attaque du Capitole le 6 janvier 2020 par des partisans de l’ancien président.

Si une bonne partie de l’élite économique avait parié sur Hillary Clinton plutôt que sur Donald Trump en 2016, elle a très bien su s’accommoder de la politique mise en œuvre par ce dernier, notamment en matière de baisse des impôts.

Si tous les soutiens traditionnels du parti démocrate n’ont pas été jusqu’à choisir ouvertement Trump, ils se sont largement détournés de Joe Biden, et son remplacement par Kamala Harris n’a que partiellement changé la situation.

Les appuis de cette dernière, comme le milliardaire Mark Cuban, poussent à ce qu’elle revienne sur un positionnement plus centriste et « pro-business », avec pour risque d’aliéner une partie de l’électorat démocrate de gauche comme cela avait été le cas en 2016.

Plus généralement, ce mode de financement interroge sur le lien entre certaines des positions défendues par les candidats et les intérêts de leurs donateurs. Donald Trump est clairement soutenu par l’industrie du tabac pour avoir défendu le vapotage pendant son mandat et annoncé sa volonté de ne pas interdire les cigarettes mentholées dénoncées dans les programmes de santé publique promus par les Démocrates.

« Comme il n’y a pas de régulation et de droit de parole dans les médias, les candidats qui ont les plus d’argent sont ceux qui sont les plus présents dans les médias. De plus, ce système sans plafond a profondément affaibli les possibilités qu’un troisième parti se fasse entendre dans le pays.

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