Financement des Campagnes Électorales aux États-Unis : Un Système Complexe et Coûteux
Pour financer leur campagne, les candidats aux élections américaines recourent massivement à des dons privés, qui émanent majoritairement et de plus en plus des Américains les plus fortunés. Les deux principaux candidats, Donald Trump et Kamala Harris, ont collecté pas moins de 2,5 milliards de dollars à eux deux, tout au long de leur campagne présidentielle. Outre-Atlantique, chaque citoyen peut donner autant qu’il veut pour faire élire le président. La présidentielle promet de dépasser un nouveau record. Le chiffre est ahurissant, 16 milliards de dollars (15 milliards d’euros), c’est le coût estimé de la campagne précédent les élections, un chiffre qui prend en compte toutes les dépenses électorales, y compris celles pour le Congrès. Outre la personne qui occupera la Maison-Blanche, les États-Unis votent pour renouveler le Congrès et cette bataille-là aussi bat son plein à coups de dollars.
Les élections américaines du 5 novembre pourraient être les plus chères jamais enregistrées, avec des dépenses avoisinant les 16 milliards de dollars, selon l’organisation OpenSecrets, qui traque l’argent en politique. Ce montant record, qui englobe les dépenses réalisées pour la présidentielle mais aussi pour l’élection du Congrès, s’inscrit dans une course aux fonds depuis quelques années.
Washington : rôle de l’argent dans le processus électoral
Les Sources de Financement : Privé vs. Public
Les candidats ont donc besoin de trouver des sommes colossales. Pour se financer, les concurrents disposent de deux moyens : les dons privés et les fonds publics, attribués par la Commission électorale fédérale. Pourtant, la question du financement des campagnes présidentielles n’est pas récente aux États-Unis. Les États-Unis ont été un des premiers pays à penser et à mettre en place une législation en faveur du financement public des campagnes électorales. En effet, c’est en 1907 que la loi Tillman voit le jour. Cette dernière stipule que les élections doivent faire l’objet d’un financement public.
Dans les faits, la loi interdit aux entreprises toute contribution directe aux élections. Deux réglementations, en 1910 et en 1925, ont également fixé des montants maximaux de recettes et de dépenses par candidat. Au début des années 1970, l’affaire du Watergate éclate. Elle révèle l’existence de pratiques illégales quant au financement de la campagne électorale du président de l’époque, Richard Nixon. Il s’agit en particulier de dons venant d’entreprises et de particuliers. Une fois encore, la question de l’argent privé pour financer la politique se pose. En 1971, le FECA (Federal Election Campaign Act) fixe un cadre juridique général pour le financement des élections. Il permet la création des principaux organes de financement public du pays. Le principe de source financière publique pour les candidats aux élections présidentielles est restauré. En 1974, la FEC (Federal Election Commission) est créée. Ce comité encadre et renforce les lois sur le financement des campagnes électorales.
Bureau de vote en Californie pendant le Super Tuesday, 5 mars 2024.
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Si une bonne partie de l’élite économique avait parié sur Hillary Clinton plutôt que sur Donald Trump en 2016, elle a très bien su s’accommoder de la politique mise en œuvre par ce dernier, notamment en matière de baisse des impôts. Si tous les soutiens traditionnels du parti démocrate n’ont pas été jusqu’à choisir ouvertement Trump, ils se sont largement détournés de Joe Biden, et son remplacement par Kamala Harris n’a que partiellement changé la situation.
Désuétude des Fonds Publics
Mais dans les faits, ce mode de financement est très peu utilisé depuis une quinzaine d’années, car très contraignant : une fois investis par leur parti, les candidats sont contraints à renoncer aux dons privés. C’est Barack Obama en 2008 qui avait changé la façon de faire campagne en y renonçant pour pouvoir lever des fonds plus importants. John McCain, également candidat en 2008, est le dernier gros candidat à avoir fait appel à des fonds publics pour sa campagne. Les candidats ont aujourd’hui compris qu’il était possible de lever des sommes faramineuses par d’autres moyens.
Les Dons Privés : Une Source Prépondérante
Aujourd’hui, les aspirants à la présidence privilégient donc les fonds privés. Ils peuvent utiliser leur fortune personnelle, mais comme tout le monde n'est pas Donald Trump (qui finance d'ailleurs de moins en moins ses campagnes lui-même), ils doivent compter sur les dons privés. Cela peut être des dons directs de citoyens ou d'entreprises. Mais ils sont limités à 3 300 dollars. Ou pour les lobbies et les syndicats, par exemple, par l'intermédiaire de ce qu’on appelle aux États-Unis les Political Action Committees (PAC), des organisations spécifiquement créées pour collecter des fonds pour promouvoir un candidat. Mais là aussi, les dons sont plafonnés à 5 000 dollars par an.
En théorie, les dons aux candidats sont limités à 3 300 dollars, mais en vérité, il y a un moyen de contourner cette limitation en passant par des Super PAC, PAC, pour Political Action Committee. Censés être indépendants des partis, en réalité ces comités relaient leurs idées dans des campagnes publicitaires, et là les dons sont illimités. Au final donc, 1% des donateurs assurent 50% des fonds récoltés pour les élections. Le plus gros PAC est Républicain, et se nomme MAGA, Make América Great Again. Il soutient bien sur Donald Trump. Son plus gros donateur est Timothy Mellon, l’héritier de la famille Mellon dont la fortune n’a fait que prospérer depuis le milieu du XIXᵉ siècle. Il a versé plus de 115 millions de dollars à Trump via ce comité, plus que les 75 millions d’Elon Musk.
Le Rôle des Super PAC
Pour contourner ces limitations, ont donc été créés les super-PAC. Leurs particularités : officiellement, ils sont indépendants des partis et des candidats. En gros, leur campagne n’est pas censée être coordonnée avec un candidat ou un parti. Mais dans les faits, ce n’est pas si évident. Par exemple, on a vu des super-PAC dirigés par d’anciens conseillers de candidats. En tout cas, cette indépendance juridique leur offre plus de liberté. Surtout, depuis l’arrêt de la Cour suprême Citizen United v. FEC en 2010, le montant des dons que les super-PAC peuvent recevoir est illimité. « The sky is the limit », comme on dit outre-atlantique.
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Seule contrainte : les dons doivent être publics. Mais en réalité, grâce à des montages, leur provenance est souvent intraçable. En effet, les contributions peuvent passer par des organisations à but non lucratif (organisations 501(c)), par exemple le syndicat ouvrier Liuna - soutien des démocrates -, ou le puissant lobby des armes National Rifle Association (NRA) - soutien des républicains, qui elles, n’ont pas l’obligation de déclarer la provenance de leurs fonds. Et elles peuvent ensuite transférer l’argent à un super-PAC. Au final, difficile de savoir qui se cache derrière les fonds à l’origine, ce qui fait craindre notamment les ingérences étrangères, venues de Russie par exemple.
Certaines enquêtes évaluent qu’en 2020, un milliard de dollars provenaient de fonds opaques. D’autant que ces dépenses dites indépendantes ont explosé depuis une dizaine d’années. Alors qu’en 2010, elles ne représentaient que 4% du total dépensé, elles atteignaient 23% en 2022, selon un article de la Fondation Jean Jaurès. Elles ont largement contribué à l’envol des dépenses globales. Make America Great Again Inc, pro-Trump, est de loin le super-PAC qui a dépensé le plus, 125 millions à lui seul. Une partie de l’argent a été consacré à combattre ses nombreux rivaux républicains lors de la primaire.
Les Principaux Donateurs et Secteurs Financiers
Selon OpenSecrets, au jour où nous écrivons, l’investisseur Timothy Mellon, connu pour ses activités dans le secteur financier et son engagement financier dans les campagnes électorales, est le plus gros contributeur de la campagne de Donald Trump. Côté démocrate, c’est Michael Bloomberg, ancien maire de New York et fondateur de la société de logiciels financiers et de médias qui porte son nom.
Selon une analyse réalisée par le Washington Post, les 50 plus gros donateurs de ce cycle électoral ont injecté 1,5 milliard de dollars dans cette campagne. Un poids de plus en plus important qui donne à une poignée de milliardaire beaucoup de pouvoir. Signe de cette influence : le 12 juillet dernier, le New York Times avait révélé que des donateurs d’un gros super PAC avait décidé de geler 90 millions de dons tant que Joe Biden refuserait de jeter l’éponge.
Le secteur qui contribue le plus, et de loin, c'est le milieu de la finance. En 2022, il représentait près des deux tiers des fonds. Viennent ensuite les lobbies et les organisations syndicales. Et si les candidats démocrates ont largement les faveurs du monde de la tech et des médias, les républicains sont eux largement soutenus par des secteurs comme l’agriculture ou l’industrie.
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Financement des Campagnes Électorales : Comparaison France - États-Unis
En France, les candidats à la présidentielle peuvent financer leur campagne par des aides publiques et des fonds privés. Mais les dépenses sont plafonnées pour favoriser l’équité. Pour la présidentielle de [Année], le montant maximal pour les candidats au premier tour était fixé à [Montant] millions d’euros et à [Montant] millions pour ceux au second tour.
Les fonds privés peuvent venir des partis politiques, sous la forme de cotisations d’adhérents, ou de dons privés. Montant maximal : 4 600 euros par personne. Depuis 1995, les entreprises, les syndicats ou encore les associations ne peuvent plus faire de dons. Les candidats ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés bénéficient d'un remboursement forfaitaire de 47,5 % du plafond de dépenses autorisé pour le premier tour, soit environ [Montant] millions d'euros en [Année]. Pour les deux finalistes qualifiés au second tour, les remboursements s’élèvent à 47,5 % du plafond, soit près de [Montant] millions d’euros en [Année].
Depuis les années 1980 et plusieurs affaires de financement occulte, les règles sont strictes. La source des fonds doit être précisément consignée dans un compte de campagne géré par un mandataire financier pour garantir la transparence. C’est la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), une autorité administrative indépendante, qui est chargée de la vérification.
En cas d’irrégularités, la CNCCFP peut décider de rejeter les comptes de campagne d’un candidat. Ce fut notamment le cas de Nicolas Sarkozy en 2012. En conséquence, il n’a pas été remboursé de ses frais électoraux. Après les révélations sur l’affaire Bygmalion, il a été condamné à un an de prison pour financement illégal.
Influence des Réseaux Sociaux et Transparence
Les campagnes électorales s’adaptent aux évolutions des outils de communication permettant d’atteindre la cible électorale. Ainsi, plus de la moitié des dépenses de la campagne de [Année] concernent la communication via les médias. En effet, aux États-Unis les candidats doivent payer pour les spots télévisés sur lesquels ils apparaissent. Plus précisément, une grande partie de ces dépenses est directement allouée aux réseaux sociaux. En plus d’être régulièrement utilisés par la majorité de leurs membres, les citoyens les perçoivent comme des sources fiables d’informations. Ils constituent donc une aubaine pour les candidats et leur permettent de s’immiscer dans les habitudes quotidiennes des Américains.
D’une part, les présidentielles de [Année] l’ont particulièrement bien illustré : les dérives sont croissantes à mesure que les réseaux sociaux sont exploités pour la campagne. Plutôt que d’en faire des places de débat et d’échanges avec les citoyens, les réseaux sociaux sont principalement utilisés comme des outils offensifs entre candidats, mais aussi contre certains journalistes ou personnalités publiques. D’autre part, la visibilité que les candidats cherchent à avoir sur les réseaux sociaux est devenue un réel business, très lucratif. Le système de financement de la politique américaine est donc graduellement devenu marchand et politisé.
Tableau Récapitulatif des Montants Clés
| Élément | Montant (estimations pour [Année]) |
|---|---|
| Coût total des élections (présidentielle et Congrès) | 16 milliards de dollars |
| Contribution maximale par personne à un candidat | 3 300 dollars par élection |
| Contribution maximale par PAC à un candidat | 5 000 dollars par an |
| Dépenses des groupes externes (Super PAC) | Potentiellement plus de 5 milliards de dollars |
La campagne qui s’achève a été ponctuée par les surenchères de Donald Trump dans les discours ouvertement racistes et misogynes et par des appels plus ou moins feutrés à la violence politique pour intimider ses adversaires, réveillant le spectre de l’attaque du Capitole le 6 janvier 2020 par des partisans de l’ancien président. L’attitude des milieux d’affaires reflète cette normalisation.
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