Financement de la campagne de Nicolas Sarkozy : Enquête sur une affaire politico-financière
L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, a été jugé devant le tribunal de Paris pour des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Douze prévenus, dont Nicolas Sarkozy, ont été jugés à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007. Le procès s'est tenu jusqu'au 10 avril devant le tribunal correctionnel de Paris.
Les origines de l'affaire
Les premières accusations d'un financement de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy proviennent de Libye, peu avant la chute en 2011 de Mouammar Kadhafi. Son fils, Saif al-Islam Kadhafi, réclame dans une interview que Nicolas Sarkozy "rende l'argent au peuple libyen". En avril 2012, Médiapart publie une note affirmant que Tripoli, en 2006, a donné son accord pour un financement de 50 millions d'euros de la campagne de Nicolas Sarkozy. Quelques mois plus tard, en décembre, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine affirme devant un juge détenir des preuves de ce financement libyen. Le 19 avril 2013, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X. Nicolas Sarkozy et les anciens ministres Claude Guéant, Brice Hortefeux et Éric Woerth sont mis en examen.
Les accusations et les enjeux du procès
Nicolas Sarkozy a-t-il accepté l'argent d'un richissime dictateur pour financer la campagne qui l'a porté au sommet de l'État ? Vingt ans après le début de l’affaire, c’est à cette question que le tribunal correctionnel de Paris a répondu au cours d’un procès historique. Nicolas Sarkozy était jugé pour « recel de détournement de fonds publics », « corruption passive », « financement illégal de campagne électorale » et même « association de malfaiteurs ».
Il encourrait dix ans de prison, 375 000 euros d'amende, et jusqu'à cinq ans d'inéligibilité. Pour la première fois, l'ex-chef de l'État comparaissait avec un casier, trois semaines après avoir été définitivement condamné pour corruption dans l'affaire des écoutes à un an de prison ferme sous bracelet électronique.
Au deuxième jour de ses réquisitions, le Parquet national financier s’est attardé sur la preuve « déterminante » que représentent les carnets de Choukri Ghanem. Au premier jour de ses réquisitions, le Parquet national financier a déjà réclamé la condamnation de Nicolas Sarkozy et de ses complices présumés dans l’affaire des financements libyens. Les conseils de l’ancien président ont réclamé la relaxe de leur client, en faisant l’impasse sur plusieurs points durs de l’accusation. Dans ses derniers mots, Nicolas Sarkozy a dénoncé un « réquisitoire politique et violent ».
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Les principaux protagonistes
Parmi les prévenus figuraient un ancien chef de l'État, trois ex-ministres de droite, des intermédiaires officieux et un ancien très proche de Mouammar Kadhafi, ancien dirigeant de la Libye. Voici ce qui était reproché aux hommes clés de ce dossier :
- Nicolas Sarkozy : Soupçonné d'avoir "noué" avec le dictateur Mouammar Kadhafi "un pacte de corruption", afin qu'il abonde sa campagne victorieuse de 2007, en échange notamment d'un retour en grâce sur la scène internationale, et d'avoir laissé agir en "parfaite connaissance de cause" ses proches pour "obtenir des soutiens financiers des autorités libyennes".
- Claude Guéant : Poursuivi pour avoir été un intermédiaire afin d'obtenir des fonds des Libyens, via les réseaux des affairistes Ziad Takieddine et Alexandre Djouhri, à l'occasion de rencontres avec des collaborateurs officiels de Kadhafi.
- Brice Hortefeux : Il lui était reproché d'avoir lui aussi agi comme intermédiaire du financement à travers le réseau de Ziad Takieddine, et d'avoir organisé des transferts de fonds publics via des comptes offshore.
- Éric Woerth : Trésorier de la campagne de 2007. Il a justifié la circulation d'argent liquide au sein de l'équipe de Nicolas Sarkozy par des dons anonymes reçus par courrier.
- Ziad Takieddine : L'intermédiaire franco-libanais a affirmé avoir remis entre fin 2006 et début 2007 cinq millions d'euros à Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy.
Les éléments au cœur du procès
Pour démontrer la réalité des flux, le tribunal correctionnel devait aussi se pencher sur ce que les enquêteurs appellent des « tentatives de dissimulation de preuves ». D’une part, en révélant des « canaux de blanchiment » mis en place pour masquer les transferts venus de Libye, pas seulement pour la campagne de 2007 mais aussi pour de l’enrichissement personnel.
Les juges d’instruction soupçonnaient notamment Claude Guéant d’avoir acheté en 2008 un appartement parisien à hauteur de 500 000 euros pour blanchir cet argent. Quelques jours avant cet achat, la même somme provenant de l’étranger a été virée sur un compte de l’ancien ministre.
L’enquête judiciaire a finalement révélé que ces 500 000 euros seraient le fruit d’un montage financier mis en place par Bachir Saleh, à la tête du fonds souverain libyen, avec l’aide de l’intermédiaire Alexandre Djourhi.
Les rebondissements et les témoignages
Revirement de situation le 11 novembre 2020 quand Ziad Takieddine, en fuite au Liban, dédouane dans la presse française l'ex-chef de l'État et accuse l'ancien juge d'instruction chargé du dossier, Serge Tournaire, d'avoir déformé ses propos. Mais, auditionné à Beyrouth par les juges français le 14 janvier 2021, il incrimine à nouveau l'ex-chef de l'État.
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À la barre, Nicolas Sarkozy a vivement nié les faits qui lui sont reprochés. Il a dénoncé cette affaire qui a débuté par un "faux grossier". "Je veux deux choses, la vérité et le droit. Enfin, si ce n'est pas un gros mot, le droit", a-t-il scandé.
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Il a évoqué la visite de Mouammar Kadhafi à Paris, non comme une contrepartie à un financement, mais à la libération d'infirmières bulgares. "Si je n'étais pas intervenu, elles seraient mortes. Ça me vaut d'être ici, mais j'ai la fierté d'avoir sauvé ces innocentes."
Après le virement de 500 000 euros, la montre Patek Philippe à 11 300 euros offerte par Alexandre Djouhri, Claude Guéant, ancien secrétaire général de l’Élysée, s’est ensablé une nouvelle fois au procès des financements libyens. Alexandre Djouhri a nié ses démarches pour effacer l’ardoise fiscale du Libyen Bachir Saleh.
Sherpa rappelle que jusqu’à ce qu’une éventuelle décision de condamnation soit définitive, toute personne accusée ou poursuivie par une juridiction nationale ou internationale est présumée innocente. À cet égard, une décision frappée d’un recours, par exemple un appel ou un pourvoi en cassation, ne constitue pas une décision définitive.
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