Les sources de financement du cinéma français
Le financement d'un film est crucial, car de lui dépend l'existence, la qualité et la viabilité commerciale d'une œuvre cinématographique. Sans soutien financier, un scénario, même le meilleur, reste à l'état de projet. Aucune œuvre ne peut voir le jour et rencontrer son public.
La création d'un film mobilise de nombreux moyens humains, techniques et logistiques, souvent très coûteux (de quelques milliers à plusieurs millions d'euros). Allouer un temps de tournage suffisant, évitant ainsi la précipitation est essentiel. Aussi bon soit-il, un film sans budget de promotion risque de passer inaperçu. Le financement représente également un levier stratégique pour tout un écosystème lié à l'industrie cinématographique.
Un film s'inscrit à la fois comme un produit culturel et économique. Sans un financement structuré, une production, aussi excellente soit-elle d'un point de vue artistique, peut s'avérer un échec économique.
Le producteur fait appel à diverses sources de financement pour permettre la fabrication de son film. Voici la plupart d’entre elles, que le producteur tente de convaincre à l’aide d’un package artistique (scénario, réalisateur, casting) et du budget prévisionnel du film :
Les sources de financement principales
Le Centre National du Cinéma et de l'Image Animée (CNC) et les régions
Le CNC et les régions apportent aides et subventions. Le CNC dispose de nombreuses aides pour soutenir la production française (aides à l’écriture de scénario, avance sur recettes, aides aux nouvelles technologies, etc.). Les régions subventionnent quant à elles les films pour développer l’activité locale. Les plus importantes sont le CRRAV (Nord Pas-de-Calais) et la région Rhône-Alpes.
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Les chaînes de télévision
Des chaînes de télévision achètent le film avant sa fabrication, ce qui leur donne droit à l’exclusivité sur 1, 2 ou 3 diffusions. C’est ce qu’on appelle le préachat.
Les coproducteurs
Des coproducteurs investissent en échange d’un droit de propriété sur le négatif du film et un droit sur les recettes futures. Contrairement aux distributeurs qui n’ont qu’un droit sur les recettes, les coproducteurs sont véritablement propriétaires d’une part du film.
Le distributeur
Le distributeur verse au producteur une avance sur les recettes futures du film. C’est lui qui se rembourse le premier sur les revenus générés par le film. Il devient parfois coproducteur s’il verse en plus un apport en coproduction.
Les recettes d’un film
Le film est exploité sur plusieurs supports dans le monde entier et suivant une chronologie bien déterminée en France :
- Le film sort tout d'abord en salles, puis en DVD/VOD (4 mois après).
- Il est ensuite diffusé sur une chaîne de télévision payante (10 mois après la sortie en salles).
- Puis gratuite (22 à 30 mois après la sortie en salles selon les cas).
En règle générale, les premiers passages à la télévision ne génèrent pas de recettes pour le producteur et le distributeur puisque le producteur a prévendu les premières diffusions afin de financer la fabrication du film.
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En parallèle de cette exploitation, souvent avant ou dès la sortie en salles en France, le distributeur revend les droits du film à l’étranger, pays par pays.
COMMENT FINANCE-T-ON UN FILM DE CINEMA ?
Focus sur l’économie du producteur
Le producteur quant à lui se rémunère en prenant un salaire et des frais généraux pour fabriquer le film. Avec un budget moyen autour de 4 millions d’euros, la production d’un film coûte cher. Et pour qu’un projet soit « greenlighté » ou « mis en production » en bon français, la société de production qui le porte doit réunir le financement nécessaire à la couverture du coût de fabrication.
Mais quelles sont les sources de financement des films français ?
On entend souvent dans le secteur que « le cinéma est une industrie de prototypes », c’est-à-dire que chaque projet est unique, la même recette n’est jamais utilisée deux fois. Ce sont les financements gratuits ou quasi-gratuits pour la société de production, dans la mesure où ils sont apportés sans contrepartie de droits à recettes, ni de droits de copropriété ou bien avec des droits à recettes peu significatifs en proportion du montant du financement.
Ce sont notamment les aides publiques, le crédit d’impôt et le fonds de soutien producteur.
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C’est le meilleur argent pour la société de production du point de vue des contreparties demandées, puisqu’il n’est pas ou peu remboursable. Toutefois, cette source de financement est plafonnée en application de la réglementation européenne : le montant total des aides publiques attribué à une production cinématographique ou audiovisuelle ne doit pas dépasser 50% du coût définitif de production de l’œuvre.
Dans cette catégorie nous regroupons deux sources de financement de nature différente : les préachats TV/SVOD France et les apports des coproducteurs étrangers.
Leur caractéristique commune est que la valeur supposée de marché de ce qui est acquis, à savoir des droits de diffusion en France dans le premier cas et les droits d’exploitation sur un territoire étranger dans le second, est inférieure au prix d’acquisition consenti.
Les préachats de droits de diffusion des chaînes de télévision françaises et des plateformes SVOD diffusant en France
Ces préachats, c’est-à-dire les achats en amont de la fabrication d’un film, par opposition aux achats sur film terminé, sont réalisés dans le cadre d’obligations d’investissement dans la production cinématographique imposées par décret aux diffuseurs importants.
Si ces obligations diffèrent selon le mode de diffusion, le principe est toujours le même : un pourcentage du chiffre d’affaires du diffuseur doit être consacré chaque année au financement de nouvelles productions. Ces investissements prennent la forme de préachats de droits de diffusion et s’inscrivent dans la chronologie des médias.
Du fait du caractère obligatoire, les prix d’acquisition sont supérieurs à la valeur de marché. En d’autres termes, cela signifie qu’un diffuseur va payer une fenêtre de diffusion d’un film en préachat plus cher que ce qu’il payerait en achat simple, c’est-à-dire sur film terminé, hors du cadre des obligations d’investissement.
Bien sûr, au moment du préachat, la valeur réelle de la fenêtre de diffusion n’est pas connue, elle dépendra énormément de la carrière du film (réussite artistique, succès ou non en salles, présence ou non dans un festival majeur etc).
Et dans certains cas, notamment lorsqu’un film crée la surprise en réalisant un nombre d’entrées bien supérieur aux attentes, le prix d’acquisition en préachat s’avère sous-estimé. Cela reste des exceptions qui n’invalident pas la règle générale : le montant d’un préachat est bien supérieur à la valeur de marché de la fenêtre de diffusion achetée.
Les apports de coproducteurs étrangers
Dans le cadre d’une coproduction internationale, le coproducteur étranger apporte en amont des financements levés sur son territoire (aides publiques, préachats de diffusion, investissements…). En contrepartie, il conserve généralement l’intégralité des recettes générées sur son territoire.
Le montant du financement apporté par le coproducteur étranger est, sauf exception, largement supérieur au montant que la société de production française pourrait espérer a posteriori par une vente des droits d’exploitation du film dans ledit territoire.
En effet, le coproducteur étranger bénéficie sur son territoire de financements de plusieurs types : love money, soft money et hard money. C’est pourquoi le montant apporté par un coproducteur étranger en amont est généralement supérieur à la valeur de marché en aval.
Les financements en Soft Money sont plus coûteux pour la société de production que ceux en Love Money, puisqu’ils viennent en contrepartie de droits de diffusion en France ou de recettes sur un territoire étranger.
Enfin dans la catégorie Hard Money sont regroupés les investissements privés en contrepartie des recettes futures des films. Il s’agit de financements dits « de marché », c’est-à-dire qu’ils sont négociés de gré à gré entre les partenaires et qu’ils répondent à la loi du marché : si la société de production a peu de propositions d’investissement, alors elle risque de devoir accepter des conditions financières dures.
Elle permet de comprendre pourquoi le secteur du cinéma est potentiellement très intéressant pour des investisseurs : ils peuvent acquérir 100% des recettes futures pour un investissement de seulement 30% du coût du projet !
Cela demande bien sûr une solide expertise du financement de films, dont l’ingénierie est particulièrement complexe. Plus le budget est élevé, moins il y a d’amour.
Notons que sur les petits budgets (< 1M€) la part de Soft money est faible.
Cela s’explique par le fait que ces projets ont tendance à ne pas être préachetés par des chaînes de télévision qui craignent que la qualité ne soit pas suffisante pour une diffusion sur leur antenne.
Ou à l’inverse, ce sont des projets qui ont dû revoir leur budget drastiquement à la baisse car ils n’ont pas été préachetés par des chaînes de télévision.
Les avances sur les recettes futures faites par les sociétés chargées de l’exploitation du film, appelées communément « MG » pour « Minimum Garanti » :
- MG Salles France : avance sur les recettes des salles de cinéma en France.
- MG Vidéo France : avance sur les recettes d’exploitation DVD, Blu-ray et VoD en France.
- MG International (ou Etranger) : avance sur les ventes aux territoires étrangers.
En général, c’est la même société qui détient les droits d’exploitation sur tous supports en France. Il est donc courant que la société apporte un « MG salle / vidéo France ». De même, il arrive que la même société détienne tous les mandats d’exploitation du film, en France et à l’international.
Les SOFICA
Les Sociétés de financement de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (SOFICA) ont été créées par la loi du 11 juillet 1985. Elles constituent des sociétés d’investissement destinées à la collecte de fonds privés consacrés exclusivement au financement de la production cinématographique et audiovisuelle.
Le rôle stratégique des SOFICA est crucial. Une charte signée avec le CNC les oblige à investir une part significative de leurs fonds dans la production indépendante, les premiers et deuxièmes films, et les œuvres dont le devis est inférieur à 8 millions d’euros.
Elles constituent donc une source de financement vitale pour les films “du milieu ». C’est un besoin réél tant ces projets sont souvent jugés trop risqués par les investisseurs purement commerciaux mais trop coûteux pour les seules aides sélectives.
Le système SOFICA présente néanmoins des limites structurelles. Le profil des investisseurs, majoritairement issus de tranches d’imposition élevées, oriente le système vers une logique de défiscalisation plutôt que de rentabilité cinématographique.
Financement public
On entend par financement public d’un film, l’ensemble des aides financières accordées par des institutions publiques (État, régions, collectivités, Europe, etc.) pour soutenir la création, la production, la diffusion ou la conservation d’œuvres cinématographiques. Le financement public via par exemple le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), les aides des collectivités locales, des instituts culturels, des télévisions publiques, etc.
Financement participatif
Le financement participatif d’un film (ou crowdfunding) est un mode de financement alternatif, dans lequel un ou plusieurs porteurs de projet (réalisateur, producteur, scénariste…) s’adressent directement au public via une plateforme en ligne pour collecter de l’argent et ainsi financer tout ou partie d’un film.
Prêt bancaire
Ce mode de financement prend la forme d’un prêt auprès d’une banque ou d’un organisme financier spécialisé, afin de couvrir tout ou partie du budget de production.
Apport personnel ou familial
L’apport personnel ou familial pour financer un film, est le fait d’utiliser ses propres ressources financières ou celles de proches (amis, famille, entourage) pour lancer ou soutenir la production d’un projet cinématographique.
Les aides publiques
Les instruments d’intervention publique sont multiples. En complément des aides directes du CNC, l’État déploie des outils fiscaux puissants pour localiser les dépenses de production et renforcer l’attractivité du territoire français.
Le Crédit d’Impôt Cinéma (CIC)
Mis en place en 2004, il s’adresse aux entreprises de production déléguée pour les films d’initiative française. Il permet de déduire de l’impôt sur les sociétés jusqu’à 30 % des dépenses de production éligibles engagées en France, avec un plafond fixé à 30 millions d’euros par œuvre.
Le Crédit d’Impôt International (C2I)
Créé en 2009, il vise à attirer les productions étrangères en offrant des conditions similaires : un taux de 30 % (voire 40 % pour les œuvres à forts effets visuels) sur les dépenses effectuées en France, pour un minimum de 250 000 euros de dépenses ou 50 % du budget si celui-ci est inférieur à 500 000 euros.
Aide aux Cinémas du Monde (ACM)
Au-delà des outils fiscaux, le CNC pilote des fonds sélectifs à vocation stratégique. Le plus emblématique est l’Aide aux Cinémas du Monde (ACM), un fonds dédié aux coproductions internationales. Ce dispositif constitue un instrument clé de la diplomatie culturelle française. Il soutient la diversité de la création à l’échelle mondiale en finançant des œuvres qui peineraient à voir le jour dans leur seul marché d’origine.
L’aide peut être accordée avant réalisation (avec un plafond de 300 000 € - voire 500 000 € pour certains films d’initiative française) ou après réalisation (plafonnée à 70 000 €).
Les aides des régions
Les régions françaises sont devenues des cofinanceurs essentiels. Elles apportent des aides sélectives significatives. Ces aides sont généralement conditionnées. Une part importante du budget du film doit être dépensée sur le territoire régional pour stimuler l’économie et l’emploi local.
L’importance stratégique de ces fonds est croissante : les financements issus des politiques territoriales sont passés de 112 millions d’euros en 2014 à plus de 158 millions en 2019.
Cette territorialisation du financement cinématographique s’inscrit dans une logique de développement économique local. Les régions voient dans le cinéma un vecteur d’attractivité touristique et d’image.
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